‹ Œuvres de VoltaireChapitre 117 sur 182 · DON GARCIE DE NAVARRE, OU LE PRINCE JALOUX · texte numérisé non relu

DON GARCIE DE NAVARRE, OU LE PRINCE JALOUX

Comédie héroïque en vers et en cinq actes, représentée pour la première

fois le 4 février 166 1 .

Molière joua le rôle de don Garcie, et ce fut par cotte pièce qu'il apprit qu'il n'avait point de talent pour le sérieux, comme acteur. La pièce et le jeu de Molière furent très mal reçus. Cette pièce, imitée de l'espagnol, n'a jamais été rejouée depuis sa chute. La réputation naissante de Molière souffrit beaucoup de cette disgrâce, et ses ennemis triomphèrent quelque temps. Don Garcie ne fut imprimé qu'après la mort de l'auteur.

L'ÉCOLE DES MARIS, Comédie en vers et en trois actes, représentée à Paris le ?4 juin 1661.

11 y a grande apparence que Molière avait au moins les canevas de ces premières pièces déjà préparés, puisqu'elles se succédèrent en si peu de temps.

V École des maris affermit pour jamais la réputation de Molière : c'est une pièce de caractère et d'intrigue. Quand il n'aurait fait que ce seul ouvrage, il eût pu passer pour un excellent auteur comique.

On a dit que l École des maris était une copie des Adelphes de Térence : si cela était, Molière eût plus mérité l'éloge d'avoir fait passer eu France le bon goût de l'ancienne Rome, que le reproche d'avoir dérobé

» C'est le seul ouvrage de François Doneau. B.

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sa pièce. Mais les Adelphes ont fourni tout au plus l'idée de l'École des maris. Il y a dans les Adelphes deux vieillards de différente humeur, qui donnent chacun une éducation différente aux enfants qu'ils élèvent ; il y a de même dans l'École des maris deux tuteurs, dont Pun est sévère et l'autre indulgent : voilà toute la ressemblance. Il n'y a presque point d'intrigue dans les Adelphes; celle de l'École des maris est fine , intéressante, et comique. Une des femmes de la pièce de Térence, qui devrait faire le personnage le plus intéressant, ne paraît sur le théâtre que pour accoucher1. L'Isabelle de Molière occupe presque toujours la scène avec esprit et avec grâce, et mêle quelquefois de la bienséance, même dans les tours qu'elle joue à son tuteur. Le dénoûment des Adelp/ies n'a nulle vraisemblance: il n'est point dans la nature qu'un vieillard qui a été soixante ans chagrin, sévère, et avare, devienue tout-à-coup gai, complaisant, et libéral. Le dénoûment de l'École des maris est le meilleur de toutes les pièces de Molière. Il est vraisemblable, naturel, tiré du fond de l'intrigue; et, ce qui vaut bien autant, il est extrêmement comique. Le style de Térence est pur, sentencieux, mais un peu froid, comme César, qui excellait en tout, le lui a reproché. Celui de Molière, dans cette pièce, est plus châtié que dans les autres. L'auteur français égale presque la pureté de la diction de Térence, et le passe de bien loin dans l'intrigue, dans le caractère, dans le dénoûment, dans la plaisanterie.

' Elle ne parait pas du tout sur le théâtre : on entend seulement sa voix du dehors. B.

4lO SOMMAIRES DES PIÈCES

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