PSYCHÉ
Tragédie-ballet en vers libres et en cinq actes, représentée devant le roi , dans la *a)lt- dos machines du palais des Tuilerie» , en janvier et durant le carnaval de l'année 167»», et donnée au public sur le théâtre du Palais- Royal en 1671.
Le spectacle de l'Opéra , connu en France sous le ministère du cardinal Mazarin, était tombé par sa mort. 11 commençait à se relever. Perrin, introducteur des ambassadeurs chez Monsieur, frère de Louis XIV; Cambert, intendant de la musique de la reine-mère,
• J'ai déjà dit , tome XXVII , pape 410 , que M. Lamt propose de lire ici
/ 'enveloppe ; au lieu de s' enveloppe, K.
et le marquis de Sourdiac, homme de goût, qui avait du génie pour les machines, avaient obtenu , en 1 669, le privilège de l'Opéra; mais ils ne donnèrent rien au public qu'en 1671. On ne croyait pas alors que les Français pussent jamais soutenir trois heures de musique, et qu'une tragédie toute chantée pût réussir. On pensait que le comble de la perfection est une tragédie déclamée , avec des chants et des danses dans les intermèdes. On ne songeait pas que si une tragédie est belle et intéressante, les entractes de musique doivent en devenir froids, et que si les intermèdes sont brillants, l'oreille a peine à revenir tout d'un coup du charme de la musique à la simple déclamation. Un ballet peut délasser dans les entractes d'une pièce ennuyeuse; mais une bonne pièce n'en a pas besoin, et l'on joue Atlialie sans les chœurs et sans la musique. Ce ne fut que quelques années après que Lulli etQuinault nous apprirent qu'on pouvait chanter toute une tragédie, comme on fesait en Italie, et qu'on la pouvait même rendre intéressante, perfection que l'Italie ne connaissait pas.
Depuis la mort du cardinal Mazarin, on n'avait donc donné que des pièces à machines avec des divertissements en musique, telles qu 'Andromède et la Toison (Cor. On voulut donner au roi et à la cour , pour l'hiver de 1670, un divertissement dans ce goût, et y ajouter des danses. Molière fut chargé du sujet de la fable le plus ingénieux et le plus galant, et qui était alors en vogue par le roman aimable, quoique beaucoup trop alongé, que I>a Fontaine venait de donner en 1669.
44o SOMMAIRES DES PIÈCES
11 ne put faire que le premier acte, la première scène du second, et la première du troisième; le temps pressait : Pierre Corneille se chargea du reste de la pièce; il voulut bien s'assujettir au plan d'un autre, et ce génie mâle, que l'âge rendait sec et sévère, s'amollit pour plaire à Louis XIV. L'auteur de Cinna fît à l'âge de soixante-sept ans cette déclaration de Psyché à l'Amour, qui passe encore pour un des morceaux les plus tendres et les plus naturels qui soient au théâtre.
Toutes les paroles qui se chantent sont de Quinault. Lulli composa les airs. Il ne manquait à cette société de grands hommes que le seul Racine, afin que tout ce qu'il y eut jamais de plus excellent au théâtre se fût réuni pour servir un roi qui méritait d'être servi par de tels hommes.
Psyché n'est pas une excellente pièce, et les derniers actes en sont très languissants; mais la I) eau té du sujet, les ornements dont elle fut embellie, et la dépense royale qu'on fit pour ce spectacle, firent pardonner ses défauts.