‹ Œuvres de VoltaireChapitre 142 sur 182 · FRAGMENT DUNE LETTRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DUNE LETTRE

rer ces derniers, comme on ôte le bois d'un feu qu'on veut éteindre. Les feseurs de paix disent aux parties : Vous êtes de grands fous de vouloir manger votre argent à vous rendre mutuellement malheureux ; nous allons vous accommoder sans qu'il vous en coûte rien.

Si la rage de la chicane est trop forte dans ces plaideurs, on les remet à un autre jour, afin que le temps adoucisse les symptômes de leur maladie. Ensuite les juges les envoient chercher une seconde, une troisième fois. Si leur folie est incurable, on leur permet de plaider , comme on abandonne au fer des chirurgiens des membres gangrenés : alors la justice fait sa

main

Il n'est pas nécessaire de faire ici de longues déclamations, ni de calculer ce qui en reviendrait au genre humain si cette loi était adoptée. D'ailleurs je neveux point aller sur les brisées de M. l'abbé de Saint-Pierre, dont un ministre plein d'esprit 2 appelait les projets les rêves cVun homme de bien. Je sais que souvent un particulier qui s'avise de proposer quelque chose pour le bonheur public se fait berner. On dit : De quoi se mêlc-t-il? voilà un plaisant homme, de vouloir que nous soyons plus heureux que nous ne sommes ! ne sait-il pas qu'un abus est toujours le patrimoine d'une bonne partie de la nation? pourquoi nous ôter un mal où tant de gens trouvent leur bien ? A cela je n'ai rien à répondre.

1 (Jet exemple a été suivi par M. te due de Rohan-Chabot , dans ses terres de Bretagne, où il a établi, -depuis quelques années, un tribunal de conciliation. K. — Les juges de paix ont été iustitués en France par la loi du a* août 1790. B. — » Ix cardinal Dubois. B.

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