‹ Œuvres de VoltaireChapitre 24 sur 182 · DE LA FORCE ACTIVE · texte numérisé non relu

DE LA FORCE ACTIVE

que c'est parceque le poids d'une livre est quatre fois autant éloigné du point d appui que le poids de quatre livres. Il n'en est pas de même des premiers principes des choses : c'est alors que ne pas recourir à Dieu , est d'un ignorant; car ou il n'y a point de Dieu, ou il n'y a de premiers principes que dans Dieu.

C'est lui qui a imprimé aux planètes la force avec laquelle elles vont d'occident en orient ; c'est lui qui fait mouvoir ces planètes, et le soleil sur leurs axes.

Il a imprimé une loi à tous les corps, par laquelle ils tendent tous également à leur centre. Enfin il a formé des animaux auxquels il a donné une force active avec laquelle ils font naître du mouvement.

La grande question est de savoir si cette force donnée de Dieu pour commencer le mouvement est toujours la même dans la nature.

Descartes , sans faire mention de la force , avançait sans preuve qu'il y a toujours quantité égale de mouvement; et son opinion était d'autant moins fondée, que les lois mêmes du mouvement lui étaient absolument inconnues.

Leibnitz, venu dans un temps plus éclairé, a été obligé d'avouer, avec Newton, qu'il se perd du mouvement; mais il prétend que, quoique la même quantité de mouvement ne subsiste pas , la force subsiste toujours la même.

Newton, au contraire, était persuadé qu'il implique contradiction que le mouvement ne soit pas proportionnel à la force.

Avant que d'entrer sur cela dans aucune discussion mécanique, il faut prendre les choses dans leur nature

même; car le métaphysicien doit toujours conduire le géomètre. Un homme a une certaine quantité de force active : mais où était cette force avant sa naissance ? Si on dit qu'elle était dans le germe de l'enfant, qu'est-ce qu'une force qu'on ne peut exercer ? Mais quand il est devenu homme, n'est-il pas libre? ne peut-il pas employer plus ou moins de sa force? Je suppose qu'il exerce une force de trois cents livres pour mouvoir une machine; je suppose, comme il est possible, qu'il a exercé cette force en baissant un levier, et que la machine attachée à ce levier est dans le récipient du vide; la machine peut acquérir aisément une force de deux mille livres.

L'opération étant faite, le bras retiré, le levier ôté , le poids immobile , je demande si le peu de matière qui était dans le récipient a reçu de la machine une force de deux mille livres : toutes ces considérations ne font-elles pas voir que la force active se répare et se perd continuellement dans la nature ? Que l'on fasse un peu d'attention à cet argument-ci.

Il ne peut y avoir de mouvement sans vide; or qu'un corps A B C D reçoive une impression dans toutes ses parties , je demande si les parties B C D derrière lesquelles il n'y aura aucun corps , ne perdront point de mouvement; et si les parties B C perdent leur mouvement, ne perdent-elles pas évidemment leur force ?

Écoutons maintenant Newton et l'expérience pour terminer cette dispute métaphysique. Le mouvement, dit-il, se produit et se perd. Mais à cause de la ténacité des fluides et du.peu d'élasticité des solides, il se

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