‹ Œuvres de VoltaireChapitre 47 sur 182 · IO · texte numérisé non relu

IO

l48 PARTIE II, CHAP. X.

s'y sont réfractés; le plus réflexible doit être le plus réfrangible.

Ce prisme a envoyé sur ce papier ces sept couleurs : tournez ce prisme sur lui-même dans le sens A B C,, vous aurez bientôt cet angle, selon lequel toute lumière se réfléchira de dedans ce prisme au -dehors, au lieu de passer sur ce papier; sitôt que vous commencez à approcher de cet angle, voilà tout d'un coup le rayon violet qui se détache de ce papier, et que vous voyez se porter au plafond de la chambre (Jig. 33). Après le violet vient le pourpre; après le pourpre, le bleu; enfin le rouge quitte le dernier ce papier, oîi il est peint , pour venir à son tour se réfléchir sur le plafond. Donc tout rayon est plus réflexible à mesure qu'il est plus réfrangible; donc la même cause opère la réflexion et la réfrangibilité.

Or la partie solide du verre ne fait ni cette réfrangibilité, ni cette réflexion; donc, encore une fois, ces propriétés ont leur naissance dans une autre cause que dans l'impulsion connue sur la terre. Il n'y a rien à dire contre ces expériences, il faut s'y soumettre, quelque rebelle que l'on soit à l'évidence1.

I Un faisceau lumineux , quelque petit qu'il soit , est composé d'une infinité de rayons différemment réfrangible*. Sans cela, en employant un prisme dont l'angle serait plus grand , on aurait sept cercles séparés , et non une image continue dont les cotés sont sensiblement des lignes droites.

II est vrai que ce spectre continu semble n'offrir que sept couleurs distinctes; le passage d'une couleur à l'autre n'est nuancé que sur un très petit espace , tandis que la couleur parait pure sur une plus grande étendue du spectre. On pourrait donc soupçonner que la sensation de la couleur dépend d'une propriété des rayons, différente de leur degré de réfraugibilité. Newton parait avoir cru qu'il n'y avait réellement que sept rayons; il semble

DE LA RÉFR ANG1BILITÉ. I 49

cette suppositiou; ses premiers disciples l'ont entendu dans ce sens: cependant, comme il avait senti dans cette opiniou des difficultés insurmontables, il ue s'est jamais expliqué sur cet objet d'une manière précise.

Plusieurs auteurs n'ont admis que quatre couleurs: ils supprimaient les trois couleurs intermédiaires, pourpre, vert et orangé, comme produites par le mélange des deux couleurs voisines; ils étaieut eouiirmés dans leur opinion par des expériences où on ne voit réellement que quatre couleurs ; mais cette opinion est peu fondée : le bleu et le jaune font , à la vérité, du vert ; mais si vous regardez sur un carlon , à travers un prisme , le vert formé par l'union des rayons jaunes et bleus , les deux couleurs se séparent ; mais si vous regardez sur ce même carton, à travers un prisme, l'image éclairée par les rayons verts d'un autre prisme, vous alongerez l'image, mais elle restera verte.

Le prisme ne donne quatre couleurs seulement que lorsque la lumière est faible, ou trop peu étendue par le prisme; et si elle était encore plus bible, si l image était moins étendue, on ue verrait qu'un spectre d'un blanc sale ou rougeàtre. C'est ainsi que la lumière d'une étoile parait à travers un prisme. Si vous armez le prisme d'une forte luuette , alors le spectre de l'étoile vous montrera distinctement jusqu'à quatre couleurs, rouge , jaune, bleu , et violet; avec une luuette plus faible, le jaune et le blanc disparaissent , et l'on voit du vert à la place. On doit à M. l'abbé Rocbou ces expériences sur la lumière des étoiles , qui prouvent que cette lumière est de même nature que celle du soleil, que celle des corps terrestres era-

Non seulement la réfraction est différente dans les différents milieux , mais la différence de la n*fran^ibilité des différents rayons n'est point proportionnelle dans ces milieux à la réfraction. Il eu résulte que l'on peut , en combinant différents milieux, former des primes où les rayons se réfractent sans se séparer, et détruire les couleurs dans les lunettes en employant des lentilles composées de plusieurs verres de différente nature. Cette idée, que l'on doit à M. Euler, a produit les lunettes achromatiques que plusieurs artistes habiles ont portées à un très grand degré de perfection. M. l'abbé Rochon a trouvé, en appliquant les lunettes aux prismes , des moyens de mesurer avec une grande précision le 1 apport de Ta force réfractive des différents milieux avec leur force dispersive; précision nécessaire pour la théorie des lunettes et pour leur construction.

Il y a des substances qui ont une double réfraction, en sorte que les objets qu'on regarde à travers un prisme formé de ces substances paraissent doubles. Tel est le cristal de roche, le cristal d'Islande; et ces substances ont vraisemblablement cette propriété, pareequ'elles sont composées de lames hétérogènes placées les unes sur les autres; du moins on produit le même

Page 1