‹ Œuvres de VoltaireChapitre 48 sur 182 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De l' arc-en-ciel ; que ce météore est une suite nécessaire des lois de la réfrangibili té.— Mécanisme de Parc-en-ciel inconnu à toute l'antiquité. Ignorance d'Alhert-le-Grand. L'archevêque Antonio de Dominis est le premier qui ait expliqué I'arc-en-ciel. Son expérience imitée par Descartes. La réfrangibilité unique raison de l'arc-en-ciel. Explication de ce phénomène. Les deux arcsen-ciel. Ce phénomène vu toujours en demi-cercle.

L'arc-cn-ciel , ou l'iris, est une suite nécessaire des propriétés de la lumière que nous venons d'observer. Nous n'avons rien dans les écrits des Grecs, ni des Romains, ni des Arabes, qui puisse faire penser qu'ils connussent les raisons de ce phénomène. Lucrèce n'en dit rien ; et par toutes les absurdités qu'il débite, au nom d'Épicure, sur la lumière et sur la vision, il parait que son siècle, si poli d'ailleurs, était plongé dans une profonde ignorance en fait de physique. On savait qu'il faut qu'une nuée épaisse se résolvant en pluie, soit exposée aux rayons du soleil, et que nos yeux se trouvent entre l'astre et la nuée pour voir ce qu'on appelait l'iris : Mille trahit varios atlverso sole colores T; mais voilà tout ce qu'on savait ;

phénomène avec de» verres artificiels ainsi disposés. Cette double réfraction a été employée avec beaucoup de succès par M. l'abbé Rochon, à la mesure des petits angles. L'instrument qu'il a inventé pour cet objet est très ingénieux , et donne ces mesures avec la plus grande précision. Il peut servir aussi à mesurer des distances sans avoir besoin d'employer des bases d une grande étendue. K.

« Virgile . /£//. , IV. 701. B.

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personne n'imaginait ni pourquoi une nuée donne des couleurs, ni comment la nature et l'ordre des couleurs sont détermines, ni pourquoi il y a deux arcs-en-ciel l'un stir l'autre, ni pourquoi on voit toujours ces phénomènes sous la figure d'un demicercle.

Albert, qu'on a surnommé le Grand paicequ'il vivait dans un siècle où les hommes étaient bien petits, imagina que les couleurs de l'arc-en-ciel venaient d'une rosée qui est entre nous et la nuée, et que ces couleurs, reçues sur la nuée, nous étaient envoyées par elle. Vous remarquerez encore que cet Albert-le- Grand croyait, avec toute l'école, que la lumière était un accident.

Enfin, le célèbre Antonio de Dominis, archevêque de Spalatro en Dalmatie, chassé de son évêché par l'inquisition, écrivit, vers l'an 1 5cjo, son petit traité De Radiis lucis et de irrdet qui ne fut imprimé à Venise que vingt ans après1. Il fut le premier qui fit

» Antonio de Dominis fut une des plus illustres victimes de l'inquisition romaine. Il renonça à son archevêché et se retira , vers i6<»3 , en Angleterre, où il publia l'histoire du concile de lYente de Fra-Paolo, son ami. Il s'occupa do projet de réconcilier les communions chrétiennes; projet qui fut relui d'un grand nombre d'esprits sages et amis de la paix, dans un siècle où les principes de la tolérance étaient inconnus. Ou trouva moyen de rengager, en i6x a, à retourner en Italie, en lui promettant qu'on se contenterait de la rétractation de quelques propositions soi-disant hérétiques , qu'où l'accusait d'avoir soutenue». Mais peu de temps après cette rétractation, on lui supposa d'autres crimes. Il fut mis au château Saint- Ange , où il mourut eu i6a5, âgé de soixante-quatre ans. Les inquisiteurs eurent la barbarie de le laine déterrer et de brûler son cadavre. Outre sou ouvrage sur l'optique , il avait mit uu livre intitulé : Dr HepuMca chruticuia, qui fut brûlé avec lui. t> livre fut condamné par la Sor bonne , parecqu'il routenait des principes de

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voir que les rayons du soleil, réfléchis de l'intérieur même des gouttes de pluie, formaient cette peinture qui paraît en arc, et qui semblait un miracle inexplicable ; il rendit le miracle naturel , ou plutôt il l'expliqua par de nouveaux prodiges de la nature.

Sa découverte était d'autant plus singulière, qu'il a avait d'ailleurs que des notions très fausses de la manière dont se fait la vision. Il assure, dans son livre, que les images des objets sont dans la prunelle, et qu'il ne se fait point de réfraction dans nos yeux: chose assez singulière pour un bon philosophe ! Il avait découvert les réfractions alors inconnues dans les gouttes de l'arc-en-ciel, et il niait celles qui se font dans les humeurs de l'œil, qui commençaient à être démontrées : mais laissons ses erreurs pour examiner la vérité 'qu'il a trouvée.

Il vit, avec une sagacité alors bien peu commune, que chaque rangée, chaque bande de gouttes de pluie qui forme l'arc-en-ciel, devait renvoyer des rayons de lumière sous différents angles : il vit que la différence de ces angles devait faire celle des couleurs ; il sut mesurer la grandeur de ces angles : il prit une boule d'un cristal bien transparent qu'il remplit d'eau ;

tolérance et des maximes favorables à l'indépendance des princes séculiers. Fra-Paolo, plus sage que l'archevêque de Spalatro , resta toute sa vie à Venise , où il n'avait du moins à craindre que les assassins. Peu de temps après, l'illustre Galilée, l'honneur de l'Italie, fut forcé de demander pardon d'avoir découvert de nouvelles preuves du mouvement de la terre, et traîné en prison à Tige de plus de soixante et dix ans , par ordre des mêmes inquisiteurs . Ne soyons donc pas étonnés si on ne trouve pas un seul Romain parmi les hommes illustres en tout genre, qui, dans ces derniers siècles , ont fait honneur à l'Italie. K.

ue l'arc-en-ciel. I 53

il la suspendit à une certaine hauteur, exposée aux rayons du soleil.

Descartes, qui a suivi Antonio de Dominis, qui la rectifié et surpassé en quelque chose, et qui peutêtre aurait dû le citer, fit aussi la même expérience. Quand cette boule est suspendue à telle hauteur que le rayon de lumière, qui donne du soleil sur la boule, fait ainsi avec Je rayon allant de la boule à l'œil un angle de I\i degrés a ou 3 minutes, cette boule donne toujours une couleur rouge.

Quand cette boule est suspendue un peu plus bas, et que ces augles sont plus petits, les autres couleurs de l'arc-en-ciel paraissent successivement de façon que le plus grand angle, en ce cas, fait le rouge, et que le plus petit angle de 4o degrés 1 7 minutes forme le violet. C'est là le fondement de la connaissance de l'arc— en -ciel ; mais ce n'en est encore que le fondement.

La refrangibilité seule rend raison de ce phénomène si ordinaire , si peu connu , et dont très peu de commençants ont une idée nette : tâchons de rendre la chose sensible à tout le monde. Suspendons une boule de cristal pleine d'eau , exposée au soleil ; plaçons-nous entre le soleil et elle: pourquoi cette boule m'envoie-t-elle des couleurs? et pourquoi certaines couleurs ? Des masses de lumière, des millions de faisceaux, tombent du soleil sur cette boule: dans chacun de ces faisceaux il y a des traits primitifs, des rayons homogènes, plusieurs rouges, plusieurs jaunes, plusieurs verts, etc; tous se brisent à leur incidence

dans la boule; chacun d'eux se brise différemment, et selon l'espèce dont il est, et selon l'endroit dans lequel il entre.

Vous savez déjà que les rayons rouges sont les moins réfrangibles ; les rayons rouges d'un certain faisceau déterminé iront donc se réunir dans un certain point déterminé au fond de la boule, tandis que les rayons bleus et pourpres du même faisceau iront ailleurs. Ces rayons rouges sortiront aussi de la boule en un endroit, et les verts, les bleus, les pourpres en un autre endroit, Ce n'est pas assez ; il faut examiner les points où tombent ces rayons rouges en entrant dans cette boule, et en sortant pour venir à votre œil.

Pour donner a ceci tout le degré de clarté nécessaire, concevons cette boule telle qu'elle est en effet, un assemblage d'une infinité de surfaces planes; car le cercle étant composé d'une infinité de droites infiniment petites, la sphère n'est dans sa circonférence qu'une infinité de surfaces.

Des rayons rouges ABC ( figure 34) viennent parallèles du soleil sur ces trois petites surfaces. N'estil pas vrai que chacun se brise selon son degré d'incidence ? N'est-il pas manifeste que le rayon rouge A tombe plus obliquement sur sa petite surface, que le rayon muge B ne tombe sur la sienne? Ainsi tous deux viennent au point R par différents chemins.

Le rayon rouge C, tombant sur sa petite surface encore moins obliquement, se rompt bien moins, et arrive aussi au point R en ne se brisant que très peu.

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