‹ Œuvres de VoltaireChapitre 52 sur 182 · ACTION DES CORPS SUR LA LUMIERE · texte numérisé non relu

ACTION DES CORPS SUR LA LUMIERE

anneau noir produit sur cette feuille de papier un anneau rouge, et chaque anneau rouge, étant réfléchi vers vous, produit du noir sur le papier.

Il résulte de cette expérience que l'air ou Peau qui est entre vos verres réfléchit en un endroit la lumière, et en un autre endroit la laisse passer, la transmet. J'avoue que je ne peux assez admirer ici cette profondeur de recherche, cette sagacité plus qu'humaine, avec laquelle Newton a poursuivi ces vérités si imperceptibles; il a reconnu par les mesures et par le calcul ces étranges proportions-ci.

Au point de contact des deux verres, il ne se réfléchit à nos yeux aucune lumière : immédiatement après ce contact, la première petite lame d'air ou d'eau qui touche à ce point noir vous réfléchit des rayons ; la seconde lame est deux fois épaisse comme la première, et ne réfléchit rien; la troisième lame est triple en épaisseur de la première, et réfléchit; la quatrième lame est quatre fois plus épaisse, et ne réfléchit point; la cinquième est cinq fois plus épaisse, et réfléchit; et la sixième, six fois plus épaisse, transmet, et ne réfléchit pas.

De sorte que les anneaux noirs vont en cette progression, o, 2, A» 6, 8; et les anneaux lumineux et colorés en cette progression, i, 3, 5, 7, 9.

Ce qui se passe dans cette expérience arrive de même dans tous les corps, qui tous réfléchissent une partie de la lumière, et en reçoivent dans leurs substances une autre partie. C'est donc encore une propriété démontrée à l'esprit et aux yeux, que les surfaces solides ne soient point ce qui réfléchit les rayons.

Car si les surfaces solides réfléchissaient en effet , i° le point où les deux verres se touchent réfléchirait et ne serait point obscur; a° chaque partie solide qui vous donnerait une seule espèce de rayons, devrait aussi vous renvoyer toutes les espèces de rayons; 3° les parties solides ne transmettraient point la lumière en un endroit, et ne la réfléchiraient pas en un autre endroit, car, étant toutes solides, toutes réfléchiraient; 4° si les parties solides réfléchissaient la lumière, il serait impossible de se voir dans un miroir, comme nous l'avons dit, puisque le miroir étant sillonné et raboteux, il ne pourrait renvoyer la lumière d'une manière régulière. Il est donc indubitable qu'il y a un pouvoir agissant sur les corps, sans toucher aux corps, et que ce pouvoir agit entre les corps et la lumière. Enfin, loin que la lumière rebondisse sur les corps mêmes et revienne à nous, il faut croire que la plus grande partie des rayons qui va choquer des parties solides, y reste, s'y perd, s'y éteint.

Ce pouvoir, qui agit aux surfaces, agit d'une surface à l'autre : c'est principalement de la dernière surface ultérieure du corps transparent que les rayons rejaillissent; nous l'avons déjà prouvé. C'est, par exemple, des points BBB {figure 43), plus que de ce point A, que la lumière est réfléchie.

Il faut donc admettre un pouvoir, lequel agit sur les rayons de lumière de dessus l'une de ces surfaces à l'autre, un pouvoir qui transmet et qui réfléchit alternativement les rayons. Ce jeu de la lumière et des corps n'était pas seulement soupçonné avant Newton; il a compté plusieurs milliers de ces vibrations

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