‹ Œuvres de VoltaireChapitre 53 sur 182 · ACTION DES COUPS SUR LA LUMIERE · texte numérisé non relu

ACTION DES COUPS SUR LA LUMIERE

alternatives, de ces jets transmis et réfléchis. Cette action des corps sur la lumière , et de la lumière sur les corps, laisse encore bien des incertitudes dans la manière de l'expliquer.

Celui qui a découvert ce mystère n'a pu , dans le cours de sa longue vie , faire assez d'expériences pour assigner la cause certaine de ces effets. Mais quand par ses découvertes il ne nous aurait appris que de nouvelles propriétés de la matière, ne serait-ce pas déjà un assez grand service rendu à la philosophie 1 ? 11 ne s'y arrête en aucune mauièrc; il s'est

« Dans les éditions de 1 , après le mot philosophie, on lisait ici :

« Il a conjecturé que la lumière émane du soleil et des corps lumineux par accès , par vibrations ; que de ces vibrations du corps lumineux la première opère une réflexion , la secoude une transmission , et ainsi de suite à l'infini. Il avait aussi préparé des expériences qui conduisaient à faire voir eu quoi ce jeu de la nature tient au grand principe de l'attraction ; mais il n'a pas eu le temps d'achever ses expériences. Il avait conjecturé encore qu'il y a dans la nature une matière très élastique et très rare , qui devient d'autant moins rare qu'elle est plus éloignée des corps opaques; que les traits de lumière excitent de» vibrations dans cette matière élastique : et il faut avouer que cette hypothèse rendrait raison de presque tous les mystères de la lumière , et surtout de I'attractiou et de la gravitation des corps ; mais une hypothèse, quand même elle rendrait raison de tout, ne doit point être admise. Il ue suffit pas qu'un système soit possible pour mériter d'être cru , il faut qu'il soit prouvé. Si les tourbillons de Descartes pouvaient se soutenir contre toutes les difficultés dont on les accable, il faudrait encore les rejeter, parcequ'ils ne seraient que possibles ; ainsi nous ne ferons aucun fondement réel sur les conjectures de Newtou uiéme.

- Si j'en parle, c'est plutôt pour faire connaître l'histoire de ses peusées que pour tirer la moindre induction de ses idées , que je regarde comme les rêves d'un grand homme; il ne s'y arrête eu aucune manière, il s'est contenté des faits , sans rien oser déterminer sur les causes. Passons à l'autre découverte sur le rapport qui existe entre les rayons de la lumière et les tons de la musique. »

Dès l'éditiou de 174», presque tout ce passage était supprimé. L'auteur u'en avait conservé que les quatre dernières lignes , à partir des mots : // Ht s'y arrête, etc. B.

contenté des faits, sans rien oser déterminer sur les causes.

Nous ne pousserons pas plus loin cette introduction sur la lumière, peut-être en avons-nous trop dit dans de simples éléments ; mais la plupart de ces vérités sont nouvelles pour bien des lecteurs. Avant que de passer à l'autre partie de la philosophie, souvenonsnous que la théorie de la lumière a quelque chose de commun avec la théorie de l'univers dans laquelle nous allons entrer. Cette théorie est, qu'il y a une espèce d'attraction marquée entre les corps et la lumière, comme nous en allons observer une entre tous les globes de notre univers : ces attractions se manifestent par différents effets ; mais c'est toujours une tendance des corps les uns vers les autres , découverte à l'aide de l'expérience et de la géométrie.

Parmi tant de propriétés de la matière, telles que ces accès de transmission et de réflexion des traits de lumière, cette répulsion que la lumière éprouve dans le vide, dans les pores des corps et sur les surfaces des corps; parmi ces propriétés, dis-je, il faut surtout faire attention à ce pouvoir par lequel les rayons sont réfléchis et rompus, à cette force par laquelle les corps agissent sur la lumière, et la lumière sur eux, sans même les toucher. Ces découvertes doivent au moins servir à nous rendre extrêmement circonspects dans nos décisions sur la nature et l'essence des choses. Songeons que nous ne connaissons rien du tout que par l'expérience. Sans le toucher, nous n'aurions point d'idée de l'étendue des corps : sans les yeux , nous n'aurions pu deviner la lumière : si nous n'avions ja-

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