LETTRE DE L AUTEUR
pas expliqué plus clairement sur la raison qui fait que la force attractive devient souvent répulsive, et sur la force par laquelle les rayons de lumière sont dardés avec une si prodigieuse célérité; et j oserais ajouter que c'est dommage qu'il n'ait pu savoir la cause de ces phénomènes. Newton, le premier des hommes, n'était qu'un homme, et les premiers ressorts que la nature emploie ne sont pas à notre portée, quand ils ne sont pas soumis au calcul. On a beau
n'a que ce sinus commun A B : mais à l'émergence de ce cristal , chacun de ces traits «'écartant sensiblement, prend chacun son sinus différent; celui du rouge (rayon le moins réfrangible) est cette ligne C B, celui du violet (rayon le plus réfrangible) est cette ligne C B D (/Epure 44)«
• Ces proportions posées, voyons quel est ce rapport, aussi exact que singulier, entre les couleurs et la musique. Que le sinus d'incidence du faisceau buuic des rayons soit au sinus d'émergence du rayon ronge, comme cette ligne A B est à la ligne ABC
Sinus donné dans le verre A B.
Sinus donné dans l'air ABC.
- Que ce même sinus A B d'incidence commune soit au sinus de réfraction du rapport violet comme la ligne A B est à la ligue A B C D.
-Vous voyez que le point C est le terme de la plus petite réfrangibilité , et D le terme de la plus grande : la petite ligne C D contient donc tous les degrés de réfrangibilité des sept rayons. Doublez maintenant C D ci-dessus, eu sorte que I en devienne le milieu , comme ci-dessous :
« Alors la longueur depuis A en C fait le rouge : la longueur de A en H fait l'orangé; de A en G, le jaune; de A eu F, le vert; de A en E, le bleu; de A en B, le pourpre; de A en D , le violet. Or, ces espaces sout tels que chaque rayon peut bien être réfracté, un peu plus ou moins, dans chacun de ce» espaces , mais jamais il ne sortira de cet espace qui lui est prescrit : le rayon violet se jouera toujours entre B et D ; le rayon rouge . entre C et I ; ainsi du reste ; le tout en telle proportion, que si vous divisiez cette longueur
supputer la force des muscles , toutes les mathématiques seront impuissantes à nous apprendre pourquoi ces muscles agissent à Tordre de notre volonté. Toutes les connaissances que nous avons des planètes ne nous apprendront jamais pourquoi elles tournent de l'occident à l'orieut, plutôt qu'au contraire. Newton, pour avoir anatomisé la lumière, n'en a pas découvert la nature intime. Il savait bien qu'il y a dans le feu élémentaire des propriétés qui ne sont point dans
depuis I jusqu'à D, en trois cent soixante parties, chaque rayon aura pour soi 1rs dimensions qui» vous voyez dans la grande figure ci-jointe.
« Ces proportions sont précisément les mêmes que celles des tons de la musique : la longueur de la corde qui étant pincée fera ré, est à la corde qui donnera foctave de ré, comme la ligne AI, qui donne le rouge en I , est à la ligne AD, qui donne le violet en D; ainsi les espaces qui marquent les
« La plus grande réfrangibilité du violet répond a ré; la plus grande réfrangibilité du pourpre répond i mi ; celle du bleu répond h fa; celle du vert, à sol ; celle du jaune, à la ; celle de l'orangé, k si ; celle du rouge, à Vut; et enfin la plus petite réfrangibilité du rouge se rapporte à ré, qui est l'octave supérieure. Le ton le plus grave répond ainsi au violet , et le tou le plus aigu répond au rouge. Ou peut se former une idée complète de toutes ces propriétés en jetant les yeux sur la table que j'ai dressée, et que vous devez trouver i côté.
« Il y a encore un autre rapport entre les sons et les conteurs; c'est que les rayons les plus distants (les violets et les rouges) viennent à nos yeux en même temps, et que les sons les plus distants (les plus graves et les plus aigus) viennent aussi a nos oreilles en même temps. Cela ne veut pas dire que nous voyons et que nous entendons en même temps à la même distance; car la lumière se fait sentir six cent mille fois plus vite , au moins , que le son ; mais cela vent dire que les rayons bleus, par exemple, ne viennent pas du soleil à nos yeux plus tôt que les rayons rouges, de même que le son de la note âi ne vient pas a nos oreilles plus tôt que le son de la note ré.
« Cette analogie secrète entre la lumière et le son donne lien de soupçonner que toutes les choses de la nature ont des rapports cachés, que peutêtre on découvrira quelque jour. Il est déjà certain qu'il y a un rapport entre le toucher et la vue, puisque les couleurs dépendent de la configuration des parties; on prétend même qu'il y a en des aveugles-nés qui distin-
Tab
se joue de ce demi-ccrch en C.
Roues.
la plus grande ré fra lisibilité du rouge répond à
LETTRE DE h AUTEUR. l*]5
les autres éléments ; il parcourt cent trente millions de lieues en un quart d'heure.
Il ue paraît pas tendre vers un centre comme les corps; mais il se répand uniformément et également en tous sens , au contraire des autres éléments. Son attraction vers les objets qu'il touche, et sur la surface desquels il rejaillit, n'a nulle proportion avec la gravitation universelle de la matière.
Il n'est pas même prouvé que les rayons du feu
paient au toucher la différence du noir, du blanc, et de quelques autres couleur*.
« Un philosophe ingénieux a voulu pousser ce rapport des wns et de la lumière peut-être plus loin qu'il ne semble permis aux hommes d'aller. Il a imaginé un clavecin oculaire, qui doit faire paraître successivement des couleurs harmoniques, comme nos clavecins nous font entendre des sous : il y a travaillé de ses mains ; il prétend enfin qu'on jouurait des airs aux yeux. On ne peut que remercier un homme qui cherche à donner aux autres de nouveaux arts et de nouveaux plaisirs. Il y a eu des pays où le publie l'aurait récompensé. Il est à souhaiter sans doute que cette invention ne soit pat, comme tant d'autres , un effort ingénieux et inutile : ce passage rapide de plusieurs couleurs devant les yeux semble peut-être devoir étonner, éblouir et fatiguer la vue: nos yeux veulent peut-être du repos pour jouir de l'agrément des couleurs. Ce n'est pas assez de nous proposer un plaisir, il faut que la nature nous ait rendus capables de recevoir ce plaisir ; c'est h l'expérience seule a justifier cette invention. En attendant, il me parait que tout esprit équitable ne peut que louer l'effort et le génie de celui qui rh«Tch<* à agrandir la carrière des arts et de la nature. »
Dans l'édition de 174 1, la fin de ce dernier alinéa fut abrégée. Après les
- Au reste , cette idée n'a point encore été exécutée , et l'auteur ne suivait pas les découvertes de Newton. En attendant , il me paraît que tout esprit équitable ne peut que louer l'effort et le génie de quiconque cherche a «raiidir la carrière des arts et de la nature. -
Daus les éditions de 1 738 , comme dans celle de 1 74 1, après ces derniers mots , étaient les trois derniers alinéa du chapitre xm. Cette disposition est dam l'édition de 1748.
C'est le P. Castel que Voltaire désigne ici par les mots de philosopbf Ingénieux, et qu'il appelle EuciUe- Caste/ dans sa lettre à Thieriot ,
élémentaire ne se pénètrent pas les uns les autres. C'est pourquoi Newton, frappé de toutes ces singularités, semble toujours douter si la lumière est un corps. Pour moi, monsieur, si j'ose hasarder mes doutes, je
vous avoue que je ne crois pas impossible que le feu élémentaire soit un être à part, qui anime la nature, et qui tient le milieu entre les corps et quelque autre être que nous ne connaissons pas; de même que certaines plantes organisées servent de passage du règne végétal au règne animal. Tout tend à nous faire croire qu'il y a une chaîne d'êtres qui s'élèvent par degrés. Nous ne connaissons qu'imparfaitement quelques anneaux de cette chaîne immense, et nous autres petits hommes, avec nos petits yeux et notre petite cervelle, nous distinguons hardiment toute la nature eu matière et esprit, en y comprenant Dieu, et en ne sachant pas d'ailleurs un mot de ce que c'est au fond que l'esprit et la matière. Je vous expose mes doutes, monsieur, avec la même franchise que vous m'avez communiqué les vôtres. Je vous félicite de cultiver la philosophie, qui doit nous apprendre à douter sur tout ce qui n'est pas du ressort des mathématiques et de l'expérience, etc.
du 18 novembre 1736. Mais dans la lettre du aa mars 1738, c'est Zotle- Ctutel ; dans celle à Rameau , de mars 1 7 38 , c'est le Don Quichotte des mathématiques; enGn, dans la lettre à Maupertuis , du l5 juiu 1738, il désavoue l'éloge qu'il avait fait du P. Castel , et qu'il laissa pourtant subsister encore en 174 i- B.