‹ Œuvres de VoltaireChapitre 64 sur 182 · TOURBILLONS IMPOSSIBLES · texte numérisé non relu

TOURBILLONS IMPOSSIBLES

porte la terre , serait beaucoup plus resserrée : cette matière subtile devrait précipiter son cours, comme un fleuve rétréci dans ses bords, ou coulant sous les arches d'un pont : alors ce fluide devrait emporter la terre d'une rapidité bien plus grande qu'en toute autre position ; mais, au contraire , c'est dans ce tempslà même que le mouvement de la terre est plus ralenti.

Quand Mars paraît dans le signe des poissons, Mars, la terre, et Vénus, sont à peu près dans cette proximité que vous voyez [figure 46 ) : alors le soleil paraît retarder de quelques minutes, c'est-à-dire que c'est la terre qui retarde; il est donc démontré impossible qu'il y ait là un torrent de matière qui emporte les planètes ; donc ce tourbillon n'existe pas.

io° Parmi des démonstrations plus recherchées, qui anéantissent les tourbillons, nous choisirons celleci. Par une des grandes lois de Kepler, toute planète décrit des aires égales en temps égaux : par une autre loi non moins sûre, chaque planète fait sa révolution autour du soleil en telle sorte que si, par exemple, sa moyenne distance au soleil est 10, prenez le cube de ce nombre, ce qui fera 1000, et le temps de la révolution de cette planète autour du Soleil sera proportionné à la racine carrée de ce nombre 1000. Or, s'il y avait des couches de matière qui portassent des planètes, ces couches ne pourraient suivre ces lois; car il faudrait que les vitesses de ces torrents fussent à-la-fois réciproquement proportionnelles à leurs distances au soleil, et aux racines carrées de ces distances, ce qui est incompatible.

1 1° Pour comble enfin, tout le monde voit ce qui arriverait à deux fluides circulant l'un vis-à-vis de l'autre. Ils se confondraient nécessairement, et formeraient le chaos au lieu de le débrouiller. Cela seul aurait jeté sur je système cartésien un ridicule qui l'eût accablé, si le goût de la nouveauté, et le peu d'usage où Ton était alors d'examiner, n'avaient prévalu.

Il faut prouver à présent que le plein , dans lequel ces tourbillons sont supposés se mouvoir, est aussi impossible que ces tourbillons.

i° Un seul rayon de lumière, qui ne pèse pas, à beaucoup près, la cent millième partie d'un grain, aurait à déranger tout l'univers, s'il avait à s'ouvrir un chemin jusqu'à nous à travers un espace immense, dont chaque point résisterait par lui-même, et par toute la ligne dont il serait pressé.

a° Soient ces deux corps durs A B (figure 47 ), ils se touchent par une surface, et sont supposés entourés d'un fluide qui les presse de tous côtés : or, quand on les sépare, il est clair que la prétendue matière subtile arrive plus tôt au point A, où on les sépare, qu'au point B.

Donc il y a un moment où B sera vide; donc, même dans le système de la matière subtile, il y a du vide, c'est-à-dire, de l'espace.

3° S'il n'y avait point de vide et d'espace, il n'y aurait point de mouvement, même dans le système de Descartes. Il suppose que Dieu créa l'univers plein et consistant en petits cubes : soit donc un nombre donné de cubes représentant l'univers, sans qu'il y

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