TOURBILLONS IMPOSSIBLES
ait entre eux le moindre intervalle : il est évident qu'il faut qu'un d'eux sorte de la place qu'il occupait; car si chacun reste dans sa place, il n'y a point de mouvement, puisque le mouvement consiste à sortir de sa place, à passer d'un point de l'espace dans un autre point de l'espace ; or qui ne voit que l'un de ces cubes ne peut quitter sa place sans la laisser vide à l'instant qu'il en sort? car il est clair que ce cube, en tournant sur lui-même , doit présenter son angle au cube qui le touche, avant que l'angle soit brisé. Donc alors il y a de l'espace entre ces deux cubes; donc, dans le système de Descartes même , il ne peut y avoir de mouvement sans vide.
4° Si tout était plein, comme le veut Descartes, éprouverions nous-mêmes en marchant une réinfinie, au lieu que nous n'éprouvons que celle des fluides dans lesquels nous sommes; par exemple, celle de l'eau, qui nous résiste 860 fois plus que celle de l'air, celle du mercure qui résiste environ 14,000 fois plus que l'air : or les résistances des fluides sont comme les carrés des vitesses; c'est-à-dire, si un homme parcourt dans une tierce un pied d'espace du mercure, qui lui résiste i4,ooo fois plus que l'air;
i, dans la seconde tierce, a le double de î, ce mercure, qui est 1 4,000 fois plus dense que l'air, résistera comme le carré de deux; la résistance sera bientôt infinie; donc, si tout était plein, il serait absolument impossible de faire un pas, de respirer, etc.
5° On a voulu éluder la force de cette démonstra-
tion ; mais oa ne peut répondre à une démonstration que par une erreur. On prétend que ce torrent infini de matière subtile, pénétrant tous les pores des corps, ne peut en arrêter le mouvement. On ne fait pas réflexion que tout mobile qui se meut dans un fluide, éprouve d'autant plus de résistance qu'il oppose plus de surface à ce fluide : or, plus un corps a de trous, plus il a de surface : ainsi la prétendue matière subtile, en choquant tout l'intérieur d'un corps, s'opposerait bien davantage au mouvement de ce corps , qu'en ne touchant que sa superficie extérieure; et cela est encore démontré en rigueur.
6° Dans le plein tous les corps seraient également pesants; il est impossible de concevoir qu'un corps pèse sur moi, me presse; que par sa masse une livre de poudred'or pèse autant sur ma main qu'un morceau dor d'une livre. En vain les cartésiens répondent que la matière subtile pénétrant les interstices des corps ne pèse point, et qu'il ne faut compter pour pesant que ce qui n'est point matière subtile : cette opinion de Descartes n'est chez lui qu'une pure contradiction; car, selon lui, cette prétendue matière subtile fait seule la pesanteur des corps, en les repoussant vers la terre; donc elle pèse elle-même sur ces corps; donc, si elle pèse, il n'y a pas plus de raison pourquoi un corps sera plus pesant qu'un autre, puisque tout étant plein, tout aura également de masse, soit solide, soit fluide; donc le plein est une chimère; donc il y a du vide ; donc rien ne se peut faire dans la nature sans vide ; donc la pesanteur n'est pas l'effet
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d'un prétendu tourbillon imaginé dans le plein x.
Nous venons de nous apercevoir, par l'expérience dans la machine pneumatique, qu'il faut qu'il y ait une force qui fasse descendre les corps vers le centre delà terre, c'est-à-dire qui leur donne la pesanteur, et que cette force doit agir en raison de la masse des corps; il faut maintenant voir quels sont les effets de cette force; car si nous en découvrons les effets, il est évident qu'elle existe. N'allons donc point d'abord imaginer des causes et faire des hypothèses ; c'est le sûr moyen de s'égarer : suivons pas à pas ce qui se passe réellement dans la nature; nous sommes des voyageurs arrivés à l'embouchure d'un fleuve : il faut le remonter avant que d'imaginer où est sa source.
•On ne peut pas rv garder comme absolument rigoureuse la démonstration de l'impossibilité du plein t parccqne le mouvement serait très possible dans un fluide indéfini expansible, dont la densité varierait suivant une certaine loi , puisque le poids , l'action , la résistance d'une colonne infinie d'un tel fluide, pourraient être exprimées par une quantité finie. Il est donc impossible de rien savoir de précis sur celle question , tant que nous ne cou* naîtrons pas la nature des fluides expansibles et la cause de l'expansibilité. Ou peut dire seulement qu'il uous est impossible de concevoir comment la même substance peut occuper on espace double de celui qu'elle occupait, suu qu'il se forme un espace vide entre ses parties. K.