DE LA PÉRIODE
du printemps au quinzième degré du bélier. On s'imagina qu'il l'avait fait parcequ'il l'avait dû faire. Ptolémée n'en dit rien dans son Almagestc ; et cette considération pourrait, à mou avis, ébranler un peu la chronologie de Newton.
Ce ne fut point par les observations de Chiron , mais par celles d'Aristille et de Méton comparées avec les siennes propres , qu'Hipparque commença à soupçonner une vicissitude nouvelle dans le cours du soleil. Ptolémée, plus de deux cent cinquante ans après Hipparque, s'assura du fait, mais confusément. On croyait que cette révolution était d'un degré en cent années ; et c'est d'après ce faux calcul que Ton composait la grande année du monde de trente-six mille années.
Mais ce mouvement n'est réellement que d'un degré ou environ en soixante et douze ans, et la période n'est que de vingt-cinq mille neuf cent vingt années, selon les supputations les plus reçues, lœs Grecs, qui n'avaient point de notion de l'ancien système connu autrefois dans l'Asie, et renouvelé par Copernic, étaient bien loin de soupçonner que cette période appartenait à la terre. Ils imaginaient je ne sais quel premier mobile, qui entraînait toutes les étoiles, les planètes et le soleil en vingt-quatre heures autour de la terre; ensuite un ciel de cristal, qui tournait lentement en trente-six mille ans d'occident en orient, et qui fesait, je ne sais comment, rétrograder les étoiles malgré ce premier mobile; toutes les autres planètes, et le soleil lui-même, fesaient leur révolution annuelle, chacun
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dans son ciel de cristal ; et cela s'appelait de la philosophie 1 !
Enfin on reconnut dans le siècle passé que cette précession des équinoxes, cette longue période ne vient que d'un mouvement de la terre dont l'équateur, d'année en année, coupe réclip tique en des points différents, comme on va l'expliquer.
Avant que d'exposer ce mouvement et d'en faire voir la cause, qu'il me soit encore permis de rechercher quelle pourrait être la raison de cette période.
Quelque audace qu'il y ait à déterminer les raisons du Créateur, on semble du moins excusable d'oser dire qu'on devine l'utilité des autres mouvements de notre globe. S'il parcourt d'année en année, dans son grand orbe, environ cent quatre-vingt-dix-huit millions de lieues au moins autour du soleil , cette course nous amène les saisons. S'il tourne en vingtquatre heures sur lui-même, la distribution des jours et des nuits est probablement un des objets de cette rotation ordonnée par le Maître de la nature.
IL me paraît qu'il y a encore une autre raison nécessaire de ce mouvement journalier ; c'est que si la terre ne tournait pas sur elle-même, elle n'aurait aucune force centrifuge; toutes ses parties, pressées vers le centre par la force centripète, acquerraient
« Peut-être serait -il plus juste de regarder tout cet édiBce des sphères célestes comme des hypothèses imaginées par les astrouom«s , non pour expliquer le mouvement réel des astres , mais pour calculer leur mouvement apparent ; et il est certain que , dans un temps où l'analyse algébrique était inconnue, ils ne pouvaient choisir un moyen plus simple et plus ingénieux. K.
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une adhésion, une dureté invincible, qui rendrait notre globe stérile.
En un mot, on comprend aisément l'utilité de tous les mouvements de la terre; mais, pour ce mouvement du pôle en a 5, 920 années, je n'y découvre aucun usage sensible : il arrive de ce mouvement que notre ' étoile polaire ne sera plus un jour notre étoile polaire, et il est prouvé qu'elle ne l'a pas toujours été; l'équinoxe et les solstices changent; le soleil n*est plus à notre égard dans le bélier à l'équinoxe du printemps, quoi qu'en disent tous les almanachs; il est dans les poissons, et avec le temps il sera dans le verseau. Mais qu'importe ? ce changement ne produit ni saisons nouvelles, ni distribution nouvelle de chaleur et de lumière ; tout reste dans la nature sensiblement égal.
Quelle est donc la cause de cette période de vingtcinq mille neuf cents années, si longue et en même temps si inutile en apparence ?
Dans toutes les machines composées que nous voyons, il y a toujours quelque effet qui, par luimême, ne produit pas l'utilité qu'on retire de la machine, mais qui est une suite nécessaire de sa composition : par exemple, dans un moulin à eau il se perd une grande partie de l'eau qui tombe sur les aubes ; cette eau , que le mouvement de la roue éparpille de tous cotés, ne sert en rien à la machine; mais c'est un effet indispensable du mouvement de la roue.
lie bruit que fait un marteau n'a rien de commun avec les corps que le marteau façonne s Or l'enclume;
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mais il est impossible que l'ébranlement de l'enclume n'accompagne pas cette action. La vapeur qui s'exhale d'une liqueur que nous fesons bouillir, en sort nécessairement sans contribuer en rien à l'usage que nous fesons de cette liqueur; et celui qui juge que tous ces effets sont nécessaires, quoiqu'ils ne soient souvent d'aucune utilité sensible, en juge bien.
S'il nous est permis de comparer un moment les œuvres de Dieu à nos faibles ouvrages , on peut dire que, dans cette machine immense, il a arrangé les choses de façon que plusieurs effets s'ensuivent indispensablement sans être pourtant d'aucune utilité pour nous. Cette période de vingt -cinq mille neuf cent vingt années paraît tout-à-fait dans ce cas; elle est un effet nécessaire de l'attraction du soleil et de la lune.
Pour se faire une idée nette de ce mouvement périodique de 25,920 ans, concevons d'abord la terre (figure 60) portée annuellement sur son grand axe, AB, parallèle à lui-même autour du soleil* étoile polaire.
Cet axe, porté d'occident en orient, semble toujours dirigé vers cette étoile polaire; la terre, dans la moitié de sa course annuelle, c'est-à-dire, si l'on veut, du printemps à l'automne, a fait environ quatrevingt-quinze millions de lieues; mais cet espace n'est rien par rapport à l'extrême éloigneraent de cette étoile qu'elle regarderait toujours également, si cet axe de la terre était toujours dans le même sens À B que vous le voyez.
Mais cet axe ne persiste pas dans cette position ,
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et au bout d'un très grand nombre d'années, cet axe conçu sur cette ligne de l'écliptique n'est plus dans la situation X B; il ne regarde plus son mouvement de parallélisme, il n'est plus dirigé vers cette étoile polaire.. Cette différente direction n'est presque rien par rapport à l'immense étendue des cieux ; mais c'est beaucoup par rapport au mouvement de notre pôle.
Imaginez donc ce petit globe de la terre fesant sa très petite révolution d'environ cent quatre-vingtdix-huit millions de lieues, qui n'est qu'un point dans l'espace immense rempli d étoiles fixes (figure 61). Son pôle, qui répond à cette étoile polaire en P, au bout de soixante-douze ans, sera éloigné d'un degré.
Dans six mille cinq cents ans ce pôle regardera I étoile T, et au bout d'environ treize mille ans répondra à l'étoile qui est en Z; successivement notre axe de Z ira en F et retournera en P , de façon qu'au bout de 1 5,920 ans, ou à peu près, nous aurons la même étoile polaire qu'aujourd'hui.
Après avoir exposé la figure de cette révolution de notre axe, il sera aisé d'en connaître la raison physique. Souvenons- nous qu'en parlant des inégalités du cours de la lune, Newton a démontré qu'elles dépendent toutes de l'attraction du soleil et de la terre combinées ensemble. C'est cette attraction , cette gravitation qui change continuellement la position de la lune, comme on l'a déjà vu au chapitre vi ; réciproquement l'attraction du soleil et celle jde la lune agissant sur la terre, changent continuellement la position de notre globe : ne perdons pas de vue que la terre
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est beaucoup plus haute à l'équateur que vers les pôles. Imaginez la terre en T, la lune en L, le soleil en S (Jigure 61 ).
Si la terre et la lune tournaient toujours dans le plan de l'équateur, il est constant que cette élévation des terres D E serait toujours également attirée ; mais quand la terre n'est pas dans les équinoxes, cette partie élevée E, par exemple, est attirée par le soleil et par la lune, que je suppose en cette situation; alors il arrive ce qui doit arriver à une boule qui , chargée inégalement, roulerait sur un plan ; elle vacillerait, elle inclinerait. Concevez cette partie D tombée vers E par l'attraction du soleil, elle ne peut aller de D en E, qu'en même temps le pôle terrestre P ne change de situation, et n'aille de P en Z; mais ce pôle ne prut tomber de P en Z , que l'équateur de la terre ne réponde à une autre partie du ciel qu'à celle à qui il répondait auparavant ; ainsi les points de l'équinoxe et du solstice répondent successivement, au bout de soixante-douze ans, à un degré différent datis le ciel : ainsi l'équinoxe arrivait autrefois, du temps d'Hipparque, quand le soleil paraissait être dans le premier point du bélier, c'est-à-dire quand la terre entrait réellement dans la balance, signe opposé au bélier; et ce même équinoxe arrive de nos jours quand le soleil paraît être dans les poissons, c'est-à-dire quand la terre est dans la vierge, signe opposé aux poissons. Par là , toutes les constellations ont changé de place; le taureau se trouve où était le bélier, les gémeaux sont où était le taureau.
Cette gravitation, qui est l'unique cause de la ré-