INTRODUCTION
\jQ?>(Mmres Sociales les Traités sxrt tEsolàoage ont fait connaître Cbanning eoinmeréforéHaleur et comme philanthrope ; ce nouveau votudie lo montrera sous un jour nouveau, comme tien éclairé et fervent. G’œt èous cet aspesèt <|ti’il est le plus intéressant de considérei^ celte befHfr figure, car c’est la foi cjuia fait de Channing un réformateur, et c’est le Christianisme qui a inspîrîé loussesécrils. On ne le connaît vraiment que qtfand on saitcommenirÉvangile était larègle dé toute M vie;, et c’eslcequ’a démontré tout récemment, avé’d” une grande vérité, l’auteur de rcxcelTcnl livre qûî porte lo litre de Channing, sa vie ét sa doctrine'. C’est à cette biographie que nous renvoyons lé lecteur qui veut connaître en détail cette existence si belle par son unité. Croire, penser, agir, sont trop souvent pour nous trois choses distinctes; c’en est une seule pour ce vrai chrétien.
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Ce nom de vrai chrétien donné à Channing surprendra peut-être quelques lecteurs. On sait que le pasteur américain était unitaire , c’est-à-dire qu’il n’admettait pas que Jésus-Christ fût une des trois personnes divines , et il nous est difficile de comprendre qu’on puisse être chrétien en repoussant ce que nous regardons comme le dogme fondamental et la pierre angulaire de notre religion.
Je n’entends pas défendre Channing surce point, mais je voudrais montrer seulement comment les tipinions dogmatiquesdeChanning ne sont pas tout à fait celles qu’on lui prête, et comment ces opiuions ont d’ailleurs peu d’influence sur sa façon ■l’envisager le Christianisme. On sentira dès lors ■2omment, sans être de la secte unitaire, on peut rependant lire avec intérêt et profil les discours que contient ce volume. ■/ -
Channing rejette le dogme de la Trinité parce que, dit-il, il ne le trouve pas dans l’Évangile, et que sa raison le repousse, mais il admet que Jésus-Christ est le fils de Dieu, sans vouloir pénétrer tous les mystères que ce nom peut cacher. « Plus j’avance en âge, écrit-il à madame Joanna » Baillie. moins je m’inquiète d’assigner un rang » précis à Jésus-Christ. La puissance du Christ U est pour moi dans sa purelé sans tache, dans sa * perfection morale. J’attache moins d’impor-
» tance à ce rang parce que j’ai appris que toutes U les âmes sont de même famille, et que la na- » ture angélique et la nature humaine sont essen- » tiellement une. Celte conviction fait que je ne » suispointchoquéparlesystèmehumanitaire(l).
» Il me semble cependant que ce système prête »> à de sérieuses objections , et je ne suis point » touché par l’argument favori de ce parti, que » leur système rapproche Jésus de nous. La perw fection morale me paraît la grande distinction » du Christ, et le sépare de tous les hommes. » Celte distinction reste la même dans tous les » systèmes , et elle est plus inexplicable dans » le système humanitaire que dans tous les au- » très » (2).
Avec de pareils sentiments on comprend comment Cbanning pouvait dire qu’il y avait en lui très-peu d’unitaire, qu’il n’avait point de sympathie pour la doctrine de Priestley, et qu’il se rapprochait, au contraire, de tous ceux qui attendaient une nouvelle et plus pure effusion de la vérité chrétienne. Il se proclamait membre de l’Eglise universelle, formée des amis de Dieu et des amis des hommes. Le dogme le repoussait, la morale
(1) C’est le système qui fait de Jésus -Christ un homme comme les autres.
i'i) MemoirofW. E. Channiug, p. I!t0.
l’attirait, et sans essayer de définir ce qu’était Jésus-Christ, il avait un amour ardent pour celui qu’il considérait comme l’envoyé de Dieu.
Qu’on ne cherche donc pas dans ce volume le symbole d’une secte ; tout au contraire, on n'y trouvera qu’une admiration profonde pour l’Évangile et pour la personne du Christ. Il n’est donc pas de chrétien qui ne puisse lire avec fruit les discours sur les Vreuves du Christianisme^ et sur le Caractère du Christ. On n’y verra rien qui puisse blesser de respectables convictions.
Ceci reconnu, disons maintenant ce que Ghanning voyait dans le Christianisme. Ces idées en ce point ne sont pas nouvelles, mais elles sont exposées avec tant de force, et si bien suivies daiis tous les détails qu’il est difficilede n’en être pas louché, comme d’une vue plus juste et plus vive que tout ce qu’on nous a présenté jusqu’à présent.
Éour Channing, le Christianisme n’est pas un symbole, une collection de dogmes, c’est une doctrine morale qui vient du ciel ; notre intelligence comme notre cœur y trouvent la solution de tous les problème^ qui nous agitent. Mais les bienfaits de l’Évangile ne nous appartiennent qu’à unecondilion. Il faut nous les approprier par le libreeffort de notre esprit ; il faut que cette vérité entre, pour ainsi dire, dans notre substance, et devienne notre
propre vie. Les symboles, les professions de foi, les églises même ne sont que des secours extérieurs, en qui Channing a peu de confiance ; c’est à chacun de nous à se faire chrétien. Dieu nous appelle individuellement, notre salut est chose personnelle, c’est à nous d’agir. La religion, c’est l’amour de Dieu et des hommes ; on se donne un pareil sentiment, on ne le reçoit pas.
Il faut donc que chacun de nous raisonne librement sa croyance, écarte ce qu’il croit l’erreur, embrasse ce qu’il croit la vérité. Sans doute il y a dans celte voie plus d’un danger et plus d’une difficulté, mais la vérité est à ce prix ; elle n’existe pour nous que quand nous la comprenons. La professer des lèvres, ce n’est pas la posséder.
Au reste, je laisse Channing exposer lui-même sa façon de comprendre le Christianisme ; il le fait avec une conviction qui porte le lecteur au respect , et force à réfléchir.
Février 1840 (1).
J’ai lu votre communication avec beaucoup de sympathie. Elle m’a reporté au début de ma propre histoire religieuse. Non pas que j’aie jamais souffert comme vous; mais personne ne peut réfléchir sur un sujet religieux sans rencontrer des difflcullés. Les gens qui n’ont pas de doute doivent souvent ce privilège â l’absence de pensées.
(1) Memoir of W. E. ChanniDg, page 121.
Digilized by Goc^le
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Aussitôt que nous commençons à réfléchir, nous sommes forcés de remettre en question une partie de notre foi traditionnelle, et l’ébranlement d’une partie nous fait quelquefois trembler pour l’édiflce tout entier. J’ai passé des années à rechercher la vérité sérieusement et avec anxiété, je ne regrette pas ma peine. Toute ma peine , toute mon inquiétude s’évanouit quand Je pense à la foi calme, à la largeur de vues et d’espérances où elles ont abouti.
Vous désirez connaître l’histoire de mon àrae, cette histoire remplirait un volume. Ce qui m’a fait chercher la vérité, c’est le coup porté à ma nature morale par le système de croyances religieuses qui régnait en mon enfance. Toutes mes idées de justice et de bonté se révoltaient contre les dogmes cruels qu’oii enseignait alors(l). J’allai droit à l’Écriture, et peu à peu la lumière bénie sortit de la parole de Dieu et rayonna sur moi. J’appris bientôt quelle était la grande fm pour laquelle le Christ est venu dans le monde ; j’appris que son premier objet, sa vue la plus haute n’était pas de nous délivrer du châtiment, mais de nous délivrer de ce qui mérite le châtiment, c’est-à-dire du mal moral , de toutes les impuretés du cœur et de la vie, de tout ce qui nous sépare de Dieu. J’appris qu’il était venu pour répandre une influence morale et spirituelle, grâce à laquelle l’homme devient un être pur, désintéressé, excellent. J’appris bientôt que le ciel et l’enfer sont dans l’âme, que c’est là qu’habitent le feu et le ver rongeur, et que nous ne pouvons atteindre au bonheur du ciel qu’en nous abreuvant de l’esprit céleste. En d’autres termes, j’ai appris que le royaume du
(I) C'esi nne nllusioii à la prédestination calviniste.
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ciel est au dedans de nous, que le Christianisme est par excellence un système spirituel, ou qui avant tout a pour objet de racheter du mal l’âme humaine, et nous ne pouvons comprendre l’Évangile qu’autant que nous l’interprétons d’après ce principe. Une grande vérité s’imposa de plus en plus à ma pensée. Je sentis, je vis que Dieu était désireux de communiquer son saint Esprit, sa force et sa lumière à tous les hommes qui s’elTorcent sérieusement de surmonter le mal et d’avancer vers cette perfection qui est le véritable ciel. Vous comprendrez facilement comment ces idées dissipèrent toutes les ténèbres où m’avait plongé une croyance fausse et traditionnelle.
Croyez bien que je sympathise à vos épreuves. Pour vous encourager, je puis vous dire que les plus nobles esprits ont passé par des troubles semblables, avant d’atteindre la lumière d’une foi calme et heureuse. Ne vous tourmentez pas pour vous former d’un seul coup toutes vos convictions. Soyez sùr que Dieu, la bonté, la justice même, ne peut pas vous demander d'approuver ce qui choque vos meilleurs sentiments. Examinez suivant l’occasion. Cherchez la lumière d’en haut. Surtout soyez fidèle à l’idée du devoir, vivez suivant la lumière que vous avez déjà, et je ne doute pas que les difficultés qui troublent votre e.sprit ne finissent par se dissiper.
S’il nous est imposé de rechercher la vérité pour nous l’approprier, on comprend que la liberté est de l’essence même de la religion , car toute gène apportée à la liberté est une mutilation de notre âme et une injure à la vérité. De là cet amour ardent de Channing pour la liberté, sous toutes ses
r hyf^iogle
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formes et dans toutes ses applications. Voici comment il s’en explique dans un discours qui nous donne le secret de sa vie (1) :
^827. « Vous savez que ma destinée a été de remplir » parmi vous les fonctions du ministère dans un temps » d’épreuves, dans un temps où les passions étaient dé- » chaînées, où i’insolence et la bigoterie renaissaient. » J’aÜais dire que ce fut mon malheur d’être obligé de » vivre et de prêcher dans cette saison d’orages. Mais » non ; j’ai afipris que le grand objet de la vie présente » c’est de nous former i’âme et le caractère par la peine > et la lutte, et je ne doute pas que la sagesse de Dieu
• ne m’ait assigné, comme aux autres, le combat dont » j’avais besoin. Il n'est pas rare d’entendre dire qu’on » désire la paix, et je ne crois pas que personne ait plus
• que moi ce désir, dans le fond de l’ûme. Ce qui me » charme surtout dans mes retraites d’été, c’est que je » m’y mets à l’abri de toutes les collisions de la vie. » Perdu dans une complète solitude, ne voyant autour » de moi que l’ordre et la beauté de la nature, n’eiiten- » dant que les mélodies du vent, des bois et des eaux, » j’ai dit souvent : Il est bon d’être ici. Il me semblait » que le paradis s’étendait autour de moi, et je reculais » devant l’idée de rentrer sur le champ de bataille, et » d’ouvrir de nouveau l’Oreille aux cris de la disconle.
* jMfliÿ je «ne rappelais que la vertu qui fuil à l’ombre ^ quqnd Dieu lui donne une qcmrc à accomplir dqns le » monde, que cette vertu qui exile avec soin toute vue,
J1) Momoir of W. E. Chaniiing, p. 272.
» tout bruit qui la blesse, n’est pas la vertu du Chris- I) tianisme; et je ne crois pas que, môme en celte vie, •) on trouve le bonheur en évitant ie combat. Le Chris- » tianisme, il est vrai, recommande et promet la paix à » ceux qui l’embrassent. Mais c’est une paix intérieure, » qui a pour racine une piété forte, une vertu solide, ce » n’est pas cette paix que répand autour de nous la tran- » quillité extérieure. C’est une paix qui subsiste et se » fortifie au travers des orages, une paix que le monde » ne donne pas et qu’il ne peut pas retirer, la paix d’une » àmc énergiiiue et non pas d’une àme faible, une paix » qui n’est jamais plus entière que dans les moments ') où l’on nous accable de reproches injustes, où l’on nous » charge de devoirs périlleux, alors que' l’âme, forte de » sa droiture, s’appuie en Dieu avec confiance. Malgré » mon amour de tranquillité, j’ai senti que j’étais appelé » au grand combat qui s’agite entre la liberté religieuse » et l'esprit d’intolérance et de domination, entre le B Christianisme qui s’épure et le Christianisme corrompu; I) diverses circonstances m’ont mis en évidence dans B cotte lutte, et m’ont donné un rôle que j’aurais été le B dernier à désirer.
B Peut-être n’a-t-on pas bien compris les motifs qui B m’ont dirigé dans cette partie de mu carrière politique. B On a pu supposer que j’étais poussé par un attache- B ment violent à un symbole particulier ; et il est vrai B que je suis de plus en plus convaincu de l’importance B et de la supériorité des doctrines religieuses que j’en- . B soigne. Mais ce n’est point un zèle particulier, c’est B un principe plus puissant qui a agi sur moi, c’est mon B attachement à la cause de la liberté religieuse. Re- » vendiquer les droits de l’âme, maintenir la liberté
Diaiîizrrd by Coogtc
* intellectuelle, résistera l’intolérance et à l’esprit de » persécution, sauver nos églises du despotisme spi- » rituel, voilà ce qui touchait. bien plus mon cœur que » l’idée d’assurer le triomphe d’une doctrine ou d’une » secte particulière.
» Dès mes premiers pas dans la vie, j’ai vu qu’une ère » nouvelle allait s’ouvrir pour notre pays et pour notre » âge; c'était le commencement d’une lutte violente » pour restaurer des doctrines tombées peu à peu dans » l’oubli. Le cri d’OuTHODOxis venait d’être poussé, et » on adoptait un système de mesures pour étouffer la » libre recherche. On avait soin de répandre au loin de » vagues rumeurs sur une conspiration secrète contre » ce qu’on appelait les doctrines de la réformation, les » doctrines essentielles du Christianisme; on marquait » du fer chaud de l’hérésie des doctrines qu’avaient épou- » sées quelques-uns des hommes les plus sages de l’A- » mérique et de l’Europe. Si j’entrai dans le champ de » la controverse, ce fut moins pour défendre ces opinions » que pour encourager mes frères à se servir de leur » raison, à examiner librement les doctrines religieuses. » Je sentis alors, ce qu’aujourd’hui je sens avec plus de » de force, que l’âme humaine est faite pour avancer par » la liberté, par l’usage de ses facultés, j’entends l’usage » réfléchi, impartial, indépendant. Je ne voulus pas lais- » ser enchaîner mon intelligence par des hommes qui » n’avaient aucun titre à ce despotisme, par des hommes » en qui je voyais souvent des marques d’infériorité dans » l'esprit et dans le cœur. Je ne voulus pas souffrir » qu’on enchaînât les autres. Je sentis quelle honte re- » tomberait sur notre société éclairée et sur nous si nous » endurions qu’une poignée d’hommes ( il n’y en avait
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» pas alors et encore aujourd’hui il n’y en a pas davan- » tage ) se permit de nous dicter ses opinions sur le f plus important objet de la pensée, et réduisit au silence » les sincères amis de la vérité.
* Ce qui m’engagea dans une lutte dont je ne suis » pas encore sorti, ce fut de voir qu’on essayait de nous
• river à des croyances vieillies en excommuniant ceux » qui cherchaient une plus noble vue du Christianisme. » Je n’ai aucune raison de regretter le rôle que j’ai pris, s Mon amour de la liberté a grandi avec mon intelli'
• gence. Il est mélé maintenant à tous mes sentiments » religieux, à toutes mes sympathies, à toutes mes af- » factions; car je suis persuadé que l’honneur de Dieu,
• le bonheur et le progrès de l’humanité demandent » avant tout que rien n’ empêche nos facultés, et qu’on » donne à la pensée le champ le plus large. Si nous
• devons grandir, c’est par le libre exercice de nos fait cultés. Si nous devons atteindre à une conception du
• Christianisme qui soit plus brillante et plus élevée, il ■ nous faut commencer avec l’idée que les âges écoulés » n’ont point épuisé la vérité chrétienne , et qu’il nous » faut avancer au delà de la sagesse de nos pères. Je no » sais rien qui indique une plus grande ignorance de » l’histoire de l’Église et de l’histoire de l’humanité.
• rien qui soit mieux fait pour hébéter l’intelligence » et nous ramener à la barbarie, que l’idée que nous » n’avons plus rien à apprendre, que le Christianisme » est venu à nous pur et parfait, et que notre devoir » ne consiste qu’à recevoir les leçons de notre caté- » chisme. Je suis sûr que cela n’est pas vrai. Tous les
• cœurs sincères savent que le Christianisme a été hor- » riblement défiguré. Supposer que les premiers réfor-
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» mateurs l’ont puriOé de toutes les coiTuptions, c’est » supposer qu’ils a\ aient des lumières spirituelles » aussi brillantes que celles qui ont rayonné sur les » apôtres. Le Clirisiianisme n’a pas été ainsi puriQé. » Personne de nous ne le possède dans sa pureté. Je ne » sens ([ue trop les imperfections de toutes les classes et » de toutes les communions; tout l’espoir du Christia- » nisnie repose sur le courage et la piété de ceux qui » rejettent lou'e autorité Immaine, qui brisent les fers
* de tous les symboles, et qui se livrent à l’étude réflécbie, » pieuse, confiante, de Dieu, de ses œuvres et de sa » providence. La liberté de l’esprit jointe à l’acceptation » sincère de toute la vérité déjà connue, voilà ce qui » constitue l’énergie et l’e.sprit qui doivent affranchir » l’Église et le monde l’e cette foule d’erreurs qui obscur- » cissent encore la religion et en affaiblissent la sainte
• inllucnce.
ii Si j'ai fait quelques progrès, je les dois surtout à » l’esprit de liberté dont je suis imbu ; rien ne peut rem- » placer cet esprit, nidonsde la nature, ni livre, niasso- 9 çiation avec des gens instruits. Ce fut ma destinée de » venir en un temps où allait se décider la question de » savoir si nous aurions celle liberté, ou si l’inquisition, s avçc ses ministres en tôle, lierait l’intelligence de ce » pays avec des cliaincs de mort. La bonté de Dieu, la » résolution de vivre et de penser par moi-môme, une > éducation qui m’avait appris à chérir la liberté, ont » décidé du rôle que j’ai pris. J’espère que je n’ai pas été y inutile. J’espère que j’ai contribué à donner aux autres » le courage de penser et d’exprimer leur pensée, et je ne » doute pas iiue ce soit aux efTorls de Boston que le pays » tout entier ne doive la liberté religieuse dont il jouit.»
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i> Je reviens à vous maintenant, mes chers auditeurs,
I avec le plus grand désir de respecter et de maintenir » votre liberté intellectuelle, et de défendre la grande ^ cause de l’humanité. Je n’ai aucun désir d’imposer » aux autres ma façon de voir, je ne veux ni effrayer, » ni intimii!er, ni employer d’autres armes que la raison » et la persuasion. Je suis de plus en plus choqué de la » tyrannie de la chaire, de l’abus d'influences auquel on D soumet ce lieu sacré, de la prétention qu’affectent le» » maîtres religieux d’étre écoulés comme des oracles, et » de cette hardiesse avec laquelle ils font de l’Être su- » préme un de leurs partisans. »
Je trouve les mêmes opinions exprimées avec plus de calme, mais non pas moins de force, dans un article publédans /e Disciple Chrétien^ en 1 8 H , article qui n’a point clé recueilli dans les œuvres complètes. Voici ce morceau : je ne crains pas de fatiguer le lecteur en lui faisant entendre la parole meme de Channing, car personne n’a mieux exposé la pensée mère qui dodiine aujourd’hui la plupart des communions libres. Peu à peu tout ce qui est sorti de l’Église romaine, tout ce qui n’est pas maintenu dans l’immobilité par la toutepuissante organisation du catholicisme, s’engage dans la voie qu’a signalée Channing. Ce mouvement n’est que la conséquence des principes établis par les premiers réformateurs. Des qu’on a pu juger qu’en dépit des conciles et de l’Église,
tel ou tel dogme n’était pas dans l’Évangile , la porte a été ouverte à la liberté. Avec la raison il n’y a pas de demi-concessions, elle est juge de tout, ou elle n’est juge de rien. Elle est bien faible si elle ne reconnaît pas son impuissance et ses limites naturelles ; mais ces limites, c’est elle seule qui les reconnaît et qui les accepte. En ce sens, il est vrai de dire que pour trouver Dieu et la vérité , elle est notre seule règle et notre seul guide. Ce rôle de la raison en face de la révélation a, du reste, été parfaitement expliqué par Ghanning dans un de ses plus remarquable discours : Le Christianisme est une religion raisonnable. C’est la plus judicieuse défense de la raison qu’ait écrite un chrétien.
De la libre Recherche en religion (1).
La façon dont le Christ et les apôtres ont introduit et établi l’Évangile nous montre qu’ils considéraient la religion comme un sujet sur lequel tous les hommes sont obligés de réfléchir, d’employer leur esprit, de chercher, de peser toutes choses avec une attention sérieuse et impartiale. Le désir et l’intention du grand fondateur de notre religion fut qu’on examinât la religion , et qu’on la reçût par des motifs tout différents de ceux qui font accepter les fausses religions ; le Christ ne voulut point d’autre appui pour sa doctrine que l’excellence même de
(1) Publié dans le Christian Disci/fie, t. ii, p. 308, eu 1811.
son enseignement, et les preuves de l’action divine ()ui l’accompagnait.
Le Chrislianisme considère toujours comme principe certain et indubitable qu’en fait de religion, chacun doit exercer son propre jugement et suivre sa propre conviction. On pense, je le sais, que cette libre recherche est dangereuse, surtout pour la grande masse de l’humanité. On croit qu’il vaut mieux que la minorité conduise et que la foule suive. On dit que la croyance générale doit être reçue comme vraie, et qu’il ne faut pas troubler une foi héréditaire eu suggérant aux hommes l’importance de l’examen.
11 est vrai qu’on peut abuser de son jugement. Sous prétexte de penser librement ou pour rejeter les vérités les plus claires et les plus importantes, on peut dédaigner la foule, et pour montrer sa hardiesse et son indépendance, on peut avancer des opinions qui font reculer d’horreur un esprit ordinaire. Toujours et en toutes choses , on peut abuser de la liberté. Il n’y a qu’une méthode infaillible pour empêcher les hommes de mal faire, c’est de leur lier les pieds et les mains, de ne pas souffrir qu’ils mettent en jeu une seule des forces du corps ou de l’àme. Laissez-leur une faculté quelconque, ils peuvent en abuser. Ouvrez-leur un champ d’action, ils peuvent s’égarer. Fortifiez leur esprit , ils emploieront (juelquefois cette énergie à des fins indignes. Encouragez-les à examiner avant de croire, et il n’est pas impossible qu’ils n’usent de celte liberté au profit de leurs vices, et qu’ils ne présentent l’erreur sous le costume de la vérité. Mais que sont ces maux quand on les met en balance avec les avantages innombrables que nous tirons de l’exercice vigoureux de nos facultés? Restreindre la li-
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berté de pensée et d’action pour écarter ces dangers, c’est nous dépouiller de tout ce qui ennoblit notre nature, c’est réduire l’homme au niveau de la brute.
11 n’cst pas juste de dire que la recherche religieuse a produit la multiplicité des sectes dans la chrétienté. Je croirais plutôt que le défaut d’examen a souvent occasionné et répandu les divisions. Comme la foule est toujours prête à embrasser des assertions dogmatiques hardiment soutenues, des opinions qui s’adressent à la passion plus qu’à la raison, il y a dans cet entrainement une grande tentation pour les chefs de sectes; ils savent où trouver des partisans. Les chefs ont, en général, leur bonne part d’ambition, et cette ambition est encouragée et activée par ce penchant commun à accepter les doctrines sans examen. N’imaginons pas que le moyen d’arrêter les sectes soit d’encourager les hommes à recevoir leurs opinions religieuses sans y réfléchir. Dans un pays de tolérance universelle, c’est le moyen le plus direct de livrçr les gens au mensonge et au fanatisme. La seule façon de produire l’uniformilé, c’est d’encourager une fecherche sérieuse et honnête.
C’est par la contrainte qu’on a poursuivi Tuniformité ; ■vain effort 1 Sans doute, si l’État est assez puissant pour ”fle laisser prêcher qu’une seule religion, et pour étoulfer ^ Joutes les autres, on aura une apparente uniformité . Il ^ n’y aura ni clameués, ni querelles de parti; au lieu de cela, nous aurons le silence de la tombe. Mais, même en ce cas, il n’y aura pas réelle uniformité d’opinions, car peut-on dire que les hommes aient des opinons quand vous empêchez l’activité de leur esprit ? Ils entendent des 'mots, ils les retiennent, mais toutes leurs conceptions sont vagues. Ils peuvent répéter les mêmes sons, mais s’ils
J by GçWiJ;
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attachent un sens précis à ce qu’ils disent, il est probaUe que chacun d’eux diffère autant de l’opinion d’autrui que le font maintenant les différentes églises. D’ailleurs, on ne peut toujours maintenir ce vasselage de la pensée.
Il y a dans l’esprit humain une force élastique qui résiste au poids de l’oppression, et quand le monde asservi conquiert une fois la liberté et commence à penser par luimême, la réaci ion l’emporte, et elle nous égare bien plus que si on ne nous eût pas comprimés. Je le répète, le seul moyen d’obtenir une uniformilé durable dans les opinions, c’est d’encourager les hommes à réfléchir honnêtement et sérieusement sur la religion, à chercher la raison de ce qu’ils croient, à séparer le vrai du faux, et ce qui est clair de ce qui est obscur.
L’eflét d’un pareil examen, c’est de mettre la vérité en ' lumière. La vérité n’est pas cachée sous un voile impénétrable, elle se révèle à celui qui la cherche sincèrement. Des déclamations bruyantes, des as.sertions hardies, des prétentions hautaines n’effrayent pas ces sincères amis de la vérité. Ils voient bientôt que l’affirmation n’est pas le caractère de la vraie science, et que tel qui réclame des autres un assentiment sans réserve est souvent celui qui le mérite le moins. Les amis de la vérité veulent des preuves, et c’est la dernière des demandes que le fanatisme veuille ou puisse accorder. Iis ne se laissent pas entraîner par des mots et des noms. Ils ne se rangent pas sous un drapeau particulier, ils ne demandent pas la guerre et la destruction à tous ceux qui suivent un autre symbole. Réclamant pour eux-mêmes le droit de recherehe , et sadiant par expérience qu’ils sont enclins à se tromper, iis se défient de leur propre jugement et se gardent de censurer les autres. Si leurs opinions ne s’ac-
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cordent pas entièrement avec celles des gens qui les entourent, du moins vivent-ils en paix, recevant et donnant la lumière, et c’est ainsi que s’établissent les premiers fondements d’une réelle et croissante uniformité.
C’est là une question toujours pleine d’intérêt; mais elle a surtout de l’importance au temps où nous vivons , quand tant d’opinions divisent le monde religieux, et que tant de sectes nous appellent avec conûance, en nous oiTrant chacune la vérité et le salut. Dans cette situation il nous faut examiner avant d’approuver. Parmi ces différentes sectes qui se partagent notre république, il n’en est pas une qui puisse produire un gage d’infaiilibité, un acte qui lui donne la haute fonction d’interpréter pour ses frères la parole de Dieu. Ne nous laissons donc pas entraîner par le nom ou par le nombre, ne soumettons pas notre raison à l’autorité d’un dictateur. Cherchons sérieusement les motifs de notre foi chrétienne, et quand nous aurons établi le grand principe que Jésus-Christ est le maître autorisé et la lumière de l’humanité , retournons à sa parole, écoutons ce qu’il dit à nous et au monde, méditons sérieusement son enseignement, avec un esprit sincère, honnête, humble, impartial, désireux de recevoir la vérité divine, et résolu à lui obéir.
Si nous abandonnons ce guide, à qui nous attacher f S’il nous faut une autorité humaine pour nous appuyer, qui choisirons-nous pour notre maître , dans cette foule d’écoles qui veulent nous compter chacune parmi leurs prosélytes ? Qui nous garantira que nous ne tomberons pas dans les bras de ceux qui se trompent le plus? Restons donc fermes dans la liberté par laquelle Jésus-Christ nous a affranchis. Ne recevons rien sur l’affirmation d’autrui. Ne nous oublions pas davantage dans nos idées
présentes, comme si elles étaient infailliblement justes , et qu’on ne pût pas les corriger. Évitons également le goût de la singularité et le goût de la conformité; suivons notre maître avec un esprit sans passion et sans préjugés, et suivons-le partout où il voudra nous mener.
Ce respect, cet amour de la liberté religieuse ont inspiré à Channing quelques-uns des plus beaux discours contenus dans ce volume, tels que la Liberté spirituelle^ t Eglise^ et lagrande Fin du Christianisme. Partout et toujours Channing insiste sur le double caractère de la religion ; elle agrandit Tesprit, elle purifie le cœur; mais elle ne donne ses bienfaits qu’à celui qui s’y prépare par un libre efibrt. Pour lui, ce sont là les grandes vérités qui font l’essence même du Christianisme, et selon moi ces vérités vont à l’adresse de toutes les communions. Le catholique s’incline devant le dogme, mais s’il ne va pas plus loin, s’il se contente de répéter son catéchisme, s’il ne cherche pas à se pénétrer des vérités que l’Église lui enseigne, s’il n’en fait pas sa propre chose, qu’il ne s’y trompe pas, il n’est chrétien que des lèvres, et le premier souffle peut lui enlever sa foi. Pour un catholique éclairé, réfléchi, il y a donc beaucoup à gagner dans la lecture de Channing. Il pourra contester l’eîflension de principe ; mais le principe même, il faut le reconnaître et en
tenir grand compte, si l'on veut rester chrétien, quand vient Tâge du doute et de la raison.
Celte liberté illimitée n’a-t-elle pas de graves inconvénients ? ne mène-t-elle pas à la division, aux sectes , aux haines de parti ? Channing a répondu à toutes ces objections ; ce sont les passions et non pas les opinions qui divisent les hommes, et la liberté, en faisant la part de chacun, en apprenant aux pactisa se respecter et à se ménager mutuellement, mène presque toujours à la véritable concorde. Channing était, du reste, trop pénétré de Tamour de la liberté et de l’amour des hommes pour ne pas respecter chez les autres le droit qu’il défendait pour lui avec tant de chaleur.
« En un point, disait-il uses auditeurs (I), vous me U rendrez témoignage. Je n’ai jamais cherclié à vous » éloigner d’aucune corporation chrétienne. Je ne crois » pas que j’aie jamais cédé à l’esprit de secte, alors • même que je défendais le plus vivement mes vues » particulières. Je ne me suis jamais cru meilleur que » les autres pour avoir échappé aux grossières erreurs » qui prévalent dans la chrétienté , et je n’ai jamais » fermé les yeux sur la vertu et la piété de ceux qui dé- » fendaient ces erreurs. On doit juger de nous non pas » d'après la grandeur de nos lumières, mais suivant la » fidélité avec laquelle nous suivons nos lumières, » grandes ou petites. Si je vous ai jamais inspiré des
(1) Memoir, p. 27i!i.
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•) sentiments de dureté et de- mépris pour les autres chré- » tiens, je vous ai fait une grande injure; j’ai été un » ministre de péché au lieu d’étre un ministre de justice. » Puissiez-vous écarter toujours d’aussi mauvaises in- )) fluences !
» En ce point, permettez-moi quelques mots de coii- » seil. Nos principaux devoirs sont contenus en deux » simples préceptes : Jîespectez ceux qui ne sont pas » de votre opinion, et respectez vous vous-mêmes. A » tout homme, quelle que soit son église , rendez Thon- » nour qui lui est dû. N’imaginez pas que vous ayez » monopolisé la vérité et la vertu. Ne tournez personne » en dérision. N’estimez pas davantage les gens parce » qu’ils pensent comme vous, ne les estimez pas moins » parce qu’ils pensent autrement; jugez chacun suivant » les principes qui gouvernent sa vie. N’attrihuez pas ce » que vous croyez l’erreur à la faiblesse de l’intelligence » ou à la corruption du cœur; mais réjouissez- voius » quand vous voyez des facultés supérieures et une ») vertu éprouvée dans le voisinage de ce que vous eon- » sidérez comme superstition et préjugé. N’imaginez » jamais que l’église du Christ se renferme dans des li- » miles d’invention humaine; pensez qu’elle comprend I» toutes les sectes, et que votre attàchemehf à tout » l’édifice triomphe de l’intérêt que vous prenez à » quelques - unes de ses parties. Respectez tous les I) hommes.
» En même temps respectez-vous vous-même. Comme » vous ne réclamez aucune supériorité sur les autres,, » ne souffrez pas que les autres s’en attribuent sur vous.
» Attendez et exigez d’autrui la déférence à laqueflfc » vous vous sentez tenu de votre côté. Connne vous
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« n'avez aucune prétention à une sainteté exclusive, ne » reconnaissez pas la prétention de votre prochain. Les » saints exclusifs portent une marque qui accuse le dé- » faut de sainteté. Le vrai chrétien est le dernier qui se » croie un saint! Ne souffrez jamais que dans le monde t on traite avec mépris vos opinons et votre carac- » tère; mais en n’imposant vos opinions à personne.
* laissez voir que vous les respectez comme la vérité, et » qu’en ce point comme en tous autres sujets sérieux ,
» vous comptez sur les égards de ceux qui vivent avec » vous. Restez toujours sur le pied d’égalité avec toute » secte et tout parti ; par fausse honte ou par faiblesse » ne souffrez jamais que personne prenne avez vous un » ton d’arrogance , de supériorité ni de mépris. Soyez
• fidèles à vous - même et à vos principes. Une des . » grandes leçons qui m’ait appris l’expérience, c’est que
I» le respect de soi-même, respect fondé, non pas sur des » distinctions extérieures, mais sur les facultés et les
• droits essentiels de la nature humaine, est un sûr
* gardien de la vertu, si même ce n’est pas une de nos » principales vertus. »
Si ces paroles ont fait sur l’esprit du lecteur l’impression qu’elles nous ont laissée, il sentira, comme nous, que Channing, quel que fût sonsymbole, a été une des âmes les plus saintes et les plus chrétiennes qui ait paru sur la terre. La lecture de ce volume achèvera la conviction en ce point. Si mon expérience peut servir à d’autres, je déclare que je n’ai jamais trouvé de livre qui
m’ait plus édifié, qui m’ait donné plus de vues nouvelles, qui m’ait mieux fait sentir la grandeur du Christ et de l’Évangile, qui m’ait mieux appris à respecter et à aimer les hommes.
Il y a dans la simplicité apparente de Channing une connaissance profonde du cœur humain, et une véritable passion pour Dieu et pour l’humanité. Cette passion si pure et si vive vous gagne et vous enflamme avant même qu’on en ait conscience.
Channing est un des meilleurs guides qu’on puisse choisir pour ranimer en notre cœur ce qui n’est le plus souvent qu’une cendre éteinte. En rendant au Christianisme sa dignité véritable, en appelant notre raison non moins que notre cœur à éprouver l’Évangile, il nous ramène à la religion par une voie nouvelle , et la fait triompher de notre oubli et quelquefois de nos dédains. Il nous rend le respect de l'Évangile , et du respect à l’obéissance il n’y a qu’un pas. Que de gens croiraient si les difticultés du Christianisme n’effrayaient leur esprit! Qu’ils lisent Channing, et plus d’un peut être répétera avec lui que le Christianisme est une religion raisonnable et la perfection même de la raison.
Âu moment de finir, je ne puis résister au désir de citer un dernier discours où se peint dans toute sa pureté cette âme délicate et tendre. C’est
au retour d'une longue absence^ d’un voyage en Europe, où Channing était venu rétablir sa santé aflaiblie, qu'il adressait à son trou^teau les parole suivantes :
Août 1823 (I). Grâce à la bonté de notre Père céleste, il m'est de nouveau permis de vous parler; laissez-moi ouvrir cette nouvelle période de mon ministère, en payant mon tribut de gratitude à Celui eu qui toutes nos eeuvfcs doivent commencer et flnir. A Dieu, mon créateur et mon sauveur, mon guide sur les mers sans route, mon ami chez les étrangers, mon gardien au milieu des périls, ma force dans la maladie; à Dieu, qui m’a permis de voir scs œuvres glorieuses, et qui ra’aramené sain et sauf dans ma chère patrie!
A Dieu, qui m’a corrigé et consolé, qui a porté la paht dans mon cœur blessé (2) et qui m’a gardé tant d’amis f
A Dieu, qui a entendu ma prière, qui m’a ramené au milieu d’un troupeau qui m’aime, qui m’a rendu à l’Église qu’il avait confiée à mes soins I
A Dieu, dont la bonté gratuite, Infatigable, infaillible, sutf n*sse toute raison humaine, dont l’amour est la plus douce des bénédictions, dont la providence est notre appui perpétuel, dont la grâce est notre espoir certain I
Je voudrais le remercier de la seule façon qui soitpermise à une créature, en rendant témoignage à sa bonté, en me consacrant à son service avec joie, confiance, reconnaissance, dévouement absolu.
Dans celle maison consacrée h l’honneur de Dieu, en
(!' Memoir, p. 220.
(2) En son absence il avait perdu un de ses enfants.
présence de son peuple, je renouvelle ma promesse de me dévouer tout entier à lui; Vie, pensée, facultés, actions, influence, je lui donne tout ce que je tiens de lui. Que mes lèvres chantent ses louanges, que ce cœur brûle de son amour, que cette force s’use à faire sa volonté ! Puissé-je le servir mieux que je n’ai fait jusqu’à présent, avec des intentions plus droites et plus simples, avec une âme mieux pénétrée de ses perfections, avec un succès digne de sa cause 1 Je connais ma faiblesse, et je ne puis oublier quels froids services je lui ai trop souvent offerts. Mais les récents décrets de la Providence, la leçon de dépendance que j'ai apprise dans la maladie et dans l’affliction, et enfin sa bonté qui m’a conservé et ramené ici, produiront, j,e l’espère, quelque chose de mieux qu’une impression' passagère; /’en garderai une profonde êt tendre reconnaissance, et. le ferme propos, de faire mon. devoir. Ce mystérieux mélangé de bien et de mat dans notre condition présente a pour objet , nous le"^ savons, de nous tirer à Dieu, de briser notre sommeil spirituel, d’adoucir notre endurcissement; l’effet du repentir et de la reconnaissance, du chagrin et de la joie, c’est de changer nos faibles convictions en principes énergiques.
Mes amis, joignez-vous à moi pour prier Dieu, afin qu’à ses autres bontés il ajoute le plus précieux de tous les présents, le don de son Esprit saint. Qu’il me fortifle contre ces penchants égoïstes qui asservissent les méchants et font murmurer les bons, afin que toute ma vie, armé d’une sainte ferveur, je puisse vous enflammer à mon tour. Ce n’est nM comme un simple individu, ce n’est pas pour soula^ un cœur accablé que je vous parle si longuement de la bonté de Dieu. S’il ne ne s’agissait que de moi seuT, je n’ouvrirais pas ainsi mon àrae. Mais je
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sais que l’œuvre de ma vie c’est d’agir sur d’autres âmes, et d’agir par la sympathie non moins que par l’instruction, et je sais que vous ôtes intéressés à l’expression et à 'accroissement de mon amour pour Dieu. Pour votre salut comme pour le mien, que Dieu m’accorde donc que cet amour soit vivant et qu’ii grandisse !
N’attendez pas de moi le récit de ce que j’ai vu et entendu pendant mon voyage; mais je dirai que je n’ai rien vu qui obscurcisse les droits du Christianisme. Dans les écoles des philosophes , dans les gouvernements que j’ai visités, je n’ai point appris de nom plus grand que celui de Jésus, je n’ai point trouvé de nouveau système lie religion , de nouvelles institutions pour améliorer le cœur, de nouvelles méthodes de salut, rien qui ébranle ma conviction de l’excellence infinie de l’Évangile. En ce point je reviens sans autre changement que d’étre plus profondément convaincu du prix inestimable de notre foi. J’ai vu l’humanité dans des conditions différentes, mais partout j’ai trouvé les mêmes principes essentiels , le même besoin d’enseignement, de consolation, de rédemption. Sur d’autres points, mesimpressionsont été corrigées ou effacées, mais jamais je n’ai pu soupçonner un seul moment que le Christianisme fût un préjugé héréditaire et local, jamais je ne l’ai vu s’affaiblir à mesure que je m’éloignais du ciel sous lequel je suis né. Comme le soleil, il brille au-dessus de toute la terre, sans ipie son éclat s’amoindrisse, c’est la véritable et la seule lumière du monde 1
Je reviens avec une conviction qui plus que jamais m’attache à la promesse d’une rénovation morale, promesse que nous fait sa révélation. Moins que jamais j’attends quelque chose des révolutions, des changements
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politiques, des luttes violentes, des hommes d’État, des lois, en un mot des modifications extérieures de la société. Des institutions corrompues seront remplacées par d’autres institutions qui ne vaudront pas mieux , et qui peut-être seront plus corrompues, aussi longtemps que la racine ou le principe de la corruption vivra dans le cœur des individus et des nations. Il n’y a de remède que dans une révolution morale, et cette révolution ne peut se faire que par le Christianisme et par le pouvoir divin qui l’accompagne. La voix du prophète qui annonce un monde plus pur et plus heureux, sous la sainte influence de Jésus, n’a jamais plus doucement résonné à mon oreille, ne m’a jamais donné plus de force, que depuis que j'ai pu observer l’humanité sur un plus grand théâtre; et je quitte toutes les bruyantes promesses des réformateurs pour aller à cette annonce certaine d’un jour plus beau pour l’humanité. -
J’espère, mes amis, que je reviens avec un sentiment plus vif du poids et de la dignité de ma fonction. Ce n’est pas le langage de ma profession que je parle, c’est la conviction la plus profonde que j’exprime quand je déclare que les devoirs d’un ministre chrétien sont le « plus importants qu’on puisse imposer à un homme. En disant cela, je n’affiche pas une prétention exclusive, car tous les hommes ont leur part de ce ministère. Chacun, suivant sa place et ses facultés, est appelé , comme le ministre, à servir la cause de la pure religion, et de la morale divine. La seule différence, c'est que le ministre est établi pour p^^ndre un soin plus direct, plus intime de ce premier intérôt’de l’humanité. A mes yeux, le ministère est devenu plus grand et plus solennel, parce que je sens de plus en plus l’excellence de la religion à qui
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ce service est consacré. C’est des ministres que dépend surtout la cause de Dieu. Il y a sans doute d’autres moyens de servir cette cause, mais l’idée du Christianisme qui prévaut dans la société, la forme sous laquelle on l’accepte, l’influence que la religion exerce sur le caractère et le bonheur des individus, sur la famille, sur l’opinion, sur les institutions, tout cela dépend surtout de l’esprit, de l’exemple, de la doctrine, du zèle et de la fidélité du ministre. L’agent le plus puissant que Dieu choisit pour agir sur l’homme, c’est l'homme. Je sens que l’œuvre à laquelle je suis appelé n’est pas une œuvre ordinaire, et qu’il vaudrait mieux pour moi n’y jamais revenir que d’y apporter un esprit froid et distrait.
Il y a peut-être des orateurs plus éloquents çae Channing, il n’y en a pas de plus sincère, il a’j en a pas chez qui l’àme paraisse davantage. C’est ce qui fait le cliarme infini de sa parole. £b écoutant Channing, vous êtes sûr qu’il n’y a pas un mot qu’il n’ait senti, pas une vérité qu’il n’ail éprouvée, pas un conseil qu’il n’ait essaye sur luimême; aussi se rend-on sans défiance à cette voix si douce et si pénétrée. Ce n’est pas un prédicateur qui nous parle, c’est bien mieux, c’est un frère et un ami.
Édoitahb Laboui>.ite.
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