L’IMMORTALITÉ DE L’AME
• Noire Sauveur Jélua-ChrUt, qui a aboli la mort et qui a mis en lumière la vie et l’iinmortalité par l’Évangile. > [i Fp. (lePaoL A Timothéi I, 10.)
• Honorez tous les honim*s. • [I Piaaaa, II, 17.)
L’immortalité e.st la glorieuse découverte du Christianisme. Je dis découverte, non pas qu’une vie à venir fût absolument inconnue avant le Christ, mais parce qu’elle a été révélée par lui de façon à devenir une doctrine nouvelle. Avant le Christ, l’immortalité était une conjecture ou une vague espérance. Jésus, par son enseignement et sa résurrection, en a fait une certitude. D’ailleurs, avant le Christ la vie future aidait peu à la vertu. Jj’imagination et les passions s’en emparaient et la pervertissaient de façon à servir le vice. Dans le Christianisme, cette doctrine est toute morale; et l’avenir n’est révélé que pour donner des raisons, du courage et de la force à qui .se combat lui -même et veut mener une sainte vie.
Mon objet, dans ce discours, est de confirmer votre conviction de l’immortalité, en démontrant que cette grande vérité nous est aussi enseignée par la nature;
que la raison, bien qu’impuissante à l’étaldir, s’accorde cependant avec elle et l’adopte; qu’enfin elle est également écrite dans la Bible et dans notre àme. 11 est raisonnable de penser que si l’homme a été fait pour l’immortalité, on trouvera dans sa constitution même, des marques de cette destinée, et que ces marques se dessineront davantage à mesure que nos facultés se développeront. Je veux montrer que cette attente est juste, et que notre nature confirme l’enseignement de la révélation.
Ce point est d’autant plus important, que, dans la nature, il y a des choses (pii semblent inconciliables avec l’immortalité. Le dépérissement constant de tous les ouvrages de la création, la dissolution de toutes les formes animales et végétales donnent à penser que la destruction est la loi universelle à laquelle nous sommes soumis ainsi que tous les êtres.
Les sceptiques ont souvent dit que les races sont seules perpétuelles , (pie tous les individus qui les composent . sont destinés à périr. Mais plus nous connaissons l’âme, plus nous voyons de raisons pour la distinguer des animaux et des végétaux qui croissent et périssent autour de nous. Sa nature même, l’exempte de la loi de destruction. J’appelle votre attention sur ce point.
Quand on regarde sur la terre, on voit, il est vrai, que tout change, tout décroît, tout passe, et nous sommes si enclins à raisonner d’après l’analogie ou la ressemblance, qu’il n’est pas étonnant que la dissolution de tous les corps organisés ne semble nous annoncer notre propre destruction. C’est oublier les distinctions qui existent entre la matière et l’esprit, et ces distinctions sont si grandes qu’elles justiflent une conclusion
toute contraire. J’indiquerai quelques-unes de ces distinctions.
I. Quand on considère les corps organisés, on voit qu’il ne leur faut qu’un temps liniité, et souvent trèscourt, pour arriver à leur perfection, et remplir leur destinée. Prenons, par exemple, l’arbre, cette noble production. Lorsqu’il a atteint une certaine hauteur, qu’il s’est couvert de feuilles, de fleurs et de fruits, il n’a ])lus rien à faire. Sa puissance est complètement développée; il n’a pas de forces cachées dont ses bourgeons et ses fruits ne soient que le commencement et la promesse. Sa destinée est achevée, le principe de vie qu’il contient ne peut rien faire davantage. Il n’en est pas de même de l’esprit. Nous ne pouvons jamais dire de lui comme de l’arbre en automne : Il a rempli la fin qui lui était assignée , il a accompli sa tûche ; sa force est usée. La nature, les facultés, les désirs, les desseins de rame sont indéfinis. Quand une grande intelligence s’est élevée à une pensée originale ou à une vaste découverte, nous ne sentons pas qu’elle soit épui.sée, qu’elle ait atteint sa limite, et qu’elle ne puisse plus produire d’autres et de plus nobles fruits. Au contraire, l’idée que nous avons de sa puissance grandit; nous sentons mieux son affinité avec l’inépuisable intelligence de celui qui l’a créée. A chaque pas en avant nous voyons une nouvelle force gagnée, et* l’espoir d’une conquête encore plus noble. Qu’une âme vertueuse et résolue fasse quelque grand sacrifice à la vérité et au devoir, qu’elle prouve aiusi son attachement à Dieu et aux hommes, nous ne sentons pas que toute l’énergie de la vertu soit dépensée, que la mesure de l’excellence soit comble, que les fruits les plus mûrs aient été produits, et que,
dorénavant, l’àme ne puisse plus que se répéter. Nous sentons au contraire que la vertu, par d’illustres efforts, se fortifie au lieu de s’épuiser; qu’en persévérant dans le bien, l’àrae, au lieu de tomber dans une habitude mécaniiiue, devient capable de concevoir des devoirs plus élevés, se trouve armée d’une plus noble audace, d’une charité plus puissante. En avançant, l’àme ne trouve pas devant elle les murs infranchissables d’une prison, elle voit que ses facultés sont sans bornes, comme la route pour laquelle elle a été créée.
Un autre point de vue nous montrera mieux le contraste de l’esprit et de la matière. On dit que l’arbre a atteint sa fin la plus élevée quand il a produit son fruit. On juge de sa perfection d’après un produit fixe, positif, déterminé. Mais à mesure qu’elle s’améliore, l’àme sent que la perfection ne consiste pas pour elle dans des effets fixes , dans des conquêtes exactes et limitées, c’est une énergie créatrice, que rien ne peut borner, qui produit sans cesse, qui transporte la pensée dans de nouveaux mondes, et pousse à de nouveaux efforts pour la religion et l’humanité. Cette vérité est si claire que le plus ignorant la peut discerner. Vous sentez tous que l’esprit le plus parfait n’est pas celui qui suit lin chemin tracé , qui pense et agit suivant des règles prescrites, c’est celui qui a une source d’action en lui-même, qui combine les connaissances qu’il a reçues d’autrui, qui eu approfondit les rapports nombreux et cachés, et qui exprime ce qu’il apprend sous des formes neuves et meilleures. La perfection de l’arbre consiste dans un produit déterminé, celle de l’ûme consiste dans une énergie sans bornes. La première implique l’idée de limites. Fixer des limites à l’esprit, ce
serait détruire i’énergie même qui en fait la perfection. Voilà donc une différence entre la matière et l’esprit. De la destruction de la matière qui achève sa destinée dans un temps limité, on ne peut pas inférer la destruction de l’esprit, qui possède la capacité d’un développement sans fin.
II. Voici un nouveau contraste. A la différence de l’esprit, la matière a des bornes naturelles. L’arbre accomplit sa fin en s’élevant et en s’étendant dans un court espace. La nature demande qu’il n’aille pas plus loin. S’il poussait toujours, il ferait un mal infini. Une seule plante qui croîtrait toujours finirait par couvrir le monde, exclurait toute autre production, et épuiserait la fertilité delà terre. Il faut donc que toutes les choses matérielles aient d’étroites limites, et leur utilité exige qu’elles soient souvent arrêtées dans leur vie et leur développement avant même qu’elles aient atteint les bornes que la nature leur a fixées. Mais l’expansion illimitée de l’esprit, au lieu de contrarier la création, s’harmonise avec elle et la perfectionne. Un seul arbre, s’il poussait toujours, détruirait les autres végétaux. Un seul esprit qui grandit anime et , jusqu’à un certain point, crée d’autres esprits. Il multiplie, au lieu de l’épuiser, la nourriture dont les autres intelligences ont besoin. Plus un homme a de vie morale et intellectuelle, plus il répand de vie et de puissance autour de lui. C’est une source de pensée et d’amour qui s’élargit sans cesse. Ajoutez que l’esprit, par son développement illimité , ne produit pas seulement une somme de bien plus considérable dont tous les êtres profitent, mais qu’il produit continuellement de nouvelles espèces de bien. C’est encore une différence importante. Si l’arbre s’étendait indéfiniment.
il fournirait plus de fruits, mais ces fruits seraient toujours de la même espèce; et, en étouffant tonte autre végétation, il détruirait cette variété de productions qui servent à notre santé et à nos jouissances. Mais l’esprit, dans son progrès, produit sans cesse de nouveaux fruits, de nouvelles formes de pensée, de vertu, de sainteté. Il contient toujours en lui-même des germes d’influences plus élevées que celles qu’il a jamais montrées, les germes de fruits qu’il n’a pas encore portés. C’est ainsi que la raison même ou le bien général, qui exige la limitation des choses matérielles, semble exiger le développement illimité de l’esprit.
III. Une autre distinction entre la matière et l’esprit, c’est que, pour la matière, la destruction n’est pas un dommage. Les choses matérielles existent pour autrui et nullement pour elles -mêmes; les autres seuls peuvent en regretter la perte. L’homme, au contraire, a un intérêt dans sa propre existence. En ce point il diffère de l’animal autant que du végétal. Pour l’animal, le passé et l’avenir n’existent pas. Le présent est tout. Mais, pour l’àme, le présent n’est rien. Nos grandes sources de bonheur sont la mémoire et l’espérance. L’àme a pouvoir sur le passé, pouvoir de se le rappeler, pouvoir d’en mettre à profit les expériences, les erreurs et les souffrances, aussi bien que les succès. L’ùme a pouvoir sur l’avenir, pouvoir de pressentir, pouvoir de faire agir le présent sur cet avenir, et de jeter les semences d’une riche moisson. Pour un esprit capable de se rattacher ainsi à tous les temps, de s’étendre au fond du passé comme de l’avenir, l’existence devient infiniment chère, et, ce qui vaut mieux, l’intérêt qu’il a de vivre augmente comme ses facultés et sa vertu. Un esprit
cultivé comprend mieux la grandeur de sa nature et le prix de l’existence. L’idée de la destruction est pour lui celle d’une ruine dont une âme brutale ne peut comprendre l’étendue. Que des facultés comme la raison, la conscience et la volonté s’éteignent , que des forces qui se rapprochent de l’énergie divine soient anéanties par celui qui les créa, que la vérité et la vertu, ces images de Dieu, soient effacées, que le progrès soit arrêté à son origine, c’est là une pensée faite pour accabler une âme en qui le sentiment de sa nature spirituelle s’est développé. En d’autres termes, plus l’âme est fidèle à elle -même et à Dieu, et plus elle s’attache à l’existence, plus elle recule devant le néant comme devant un mal infini. Sa destruction ne serait-elle pas différente de la destruction des êtres matériels, et peut-on conclure de l’une à l’autre? Cette soif d’existence qui grandit d’autant plus qu’on obéit davantage à la volonté du Créateur, est pour moi la preuve irrésistible que l’âme a été faite pour l’immortalité.
IV. J’ajoute une nouvelle différence de l’esprit et de la matière. Je reviens à l’arbre. Nous disons qu’il est détruit ; nous disons que la destruction est dans l’ordre de la nature , et on prétend que l’homme ne peut pas échapper à la loi universelle. Mais ici les mots nous trompent : il n’y a pas de destruction dans le monde matériel. Il est vrai que l’arbre se résout dans scs éléments; mais ces éléments survivent, et pour la même fin qu’ils ont déjà remplie. Pas une force de la nature n’est perdue. Les particules de l’arbre détruit vont former de nouvelles combinaisons, peut-être plus belles et plus utiles. Elles peuvent repousser dans un plus riche feuillage, ou entrer dans la structure des plus nobles ani-
maux. Mais, si l’âme périssait, il y aurait alors une destruction absolue, irréparable; car Tâme est, par sa nature, quelque chose d’individuel, une essence simple qui ne peut ni se résoudre en parties ni entrer dans la composition d’autres âmes. Je suis moi-méme, et je ne puis pas devenir un autre. Mon expérience, mon histoire, ne peuvent pas devenir celles de mon voisin. On ne peut transmettre à un autre ma conscience, ma mémoire, l’intérêt qu’a pour moi ma vie passée, mes affections. Si j’ai résisté à la tentation, et si, par cette résistance, j’ai acquis de l’empire sur moi-même et quelque droit à l’approbation de mes semblables, cette résistance, cet empire, ces droits sont à moi; je ne puis faire qu’ils soient à un autre. Je puis donner ma fortune et mon corps ; mais ce qui constitue mon moi , en d’autres termes, ma conscience, mes souvenirs, mes sentiments, mes espérances , tout cela ne peut jamais appartenir à un étranger. Dans l’extinction d’un être pensant et moral , qui a conquis la vérité et la vertu, il y aurait donc une destruction absolue. Cet événement ne serait pas comme le coucher du soleil, qui n’est que le passage de la lumière dans de nouvelles contrées; ce serait la nuit. Ce serait une ruine comme on n’en voit pas dans la nature, la ruine de ce qui est infiniment plus précieux que l’univers, et par conséquent on ne peut l’inférer d’aucun des changements du monde matériel.
Je sais que ces considérations, faites pour nous montrer que l’âme porte en soi la marque de son immortalité, n’entrainent pas toujours la conviction, et cela par plusieurs motifs. Aux gens accoutumés à regarder les fautes et tes crimes de la société, l’homme ne parait guère supérieur à la brute ; aussi est-ce avec une
secrète incrédulité qu’ils entendent parler des caractères et des facultés qui montrent l’immortalité de l’ame.
C’est une disj)osition vicieuse que de s’attacher exclusivement aux défauts de la nature humaine ; comme il est criminel de ne songer qu’aux misères de la vie, et de ne voir que du mal dans l’ordre de la création et dans la providence de Dieu. Mais accordons que la nature humaine abonde en crime, cela ne détruit pas ma conviction de sa grandeur et de son immortalité. Dans le crime même, je vois des preuves de la grandeur humaine et d’une nature immortelle. Cette proposition parait étrange, et, cependant, il est aisé de la soutenir.
Considérez d’abord ce que le crime implique. Considérez d’où il tire son origine. C’est du principe le plus noble, c’est-à-dire de la liberté morale. 11 n’y a pas de crime sans liberté d’action, sans pouvoir moral. Si l’homme était une machine, la créature des sens et de l’instinct comme la brute, il ne pourrait mal faire. C’est parce qu’il a la raison, la conscience et l’empire sur luimême qu’il peut commettre un crime. Ainsi, un grand crime est un témoignage rendu aux puissantes facultés de Tâme.
En second lieu, d’où vient que l’homme pèche? c’est parce qu’il est exposé à la tentation. Or, la grande fin de la tentation, c’est que l’ame, en résistant, se fortifie, se développe, et mérite ainsi la récompense céleste. On pèche parce qu’on est exposé à une épreùve qui doit conduire vers la perfection; la cause du crime indique l’immortalité.
Eu troisième lieu , il y a dans le crime une voix particulière qui proclame une vie future. Le crime porte avec lui la menace d’un châtiment; sa compagne naturelle
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c’est la crainte. Un instinct moral pressent la liaison du malheur et du crime; et alors même que l’homme sans principes échappe à la souffrance présente, on songe davantage à une condition future, où cette injustice apparente sera redressée, où la prospérité d’aujourd’hui ne sera qu’une aggravation de douleur. Le crime parle quelquefois d’une vie future plus haut et d’une voix plus solennelle que ne fait la vertu même. On l’a vu accabler l’esprit d’horribles présages, et trouver dans ces pressentiments l’enfer qu’il redoutait. Ainsi, loin de détruire les preuves d’immortalité que J’ùme renferme, le crime les confirme.
Une dernièrç réflexion. Les fautes qui abondent dans le monde et qu’on cite trop souvent, pour refroidir notre foi dans les forces et dans l’avenir de la nature humaine, servent à mieux faire ressortir, à placer sous un jour plus brillant les exemples de piété et de vertu qu’on trouve au milieu des crimes de la foule. Une âjne qui, dans un monde pareil, au milieu de tant d’influences corruptrices, s’attache à la vérité, au devoir et à Dieu, est plus noble que celles qui se formeraient en l’absence de la tentation. C’est ainsi que la corruption du monde, ne rend la vertu que plus glorieuse ; et les luttes mêmes que l’homme de bien soutient contre les séductions et les persécutions préparent à une récompense plus haute. Pour moi ces idées sont pleines d’intérêt et de consolation. J’aime à voir le témoignage que le crime luimême rend à la grandeur et ù l’immortalité de l’homme. Sans doute je vois beaucoup de crime sur la terre ; mais je vois aussi que le crime sert à développer la force morale, le dévouement et la vertu des gens de bien; l’éclat qu’il répand sur l’humanité fait plus que
d’en compenser la laideur. Je ne suis pas aveugle. L’histoire nous montre la méchanceté humaine si grande, si implacable, qu’elle poursuit de scs tortures les meilleurs d’entre les hommes, et les condamne à la mort la plus horrible. Mais, lorsque je vois ces victimes, fermes douces, calmes au milieu des supplices, pardonnant au milieu de leurs souffrances, supérieures à la mort, et plus nobles que jamais à leur dernière heure, alors, dans mon admiration pour la vertu, j’oublie le crime qui la persécute. Dans cette constance sublime je vois une preuve du prix et de l’immortalité de la nature humaine et cette preuve l’emporte sur la méchanceté des bourreaux; je sens, avec une certitude que rien ne peut m’enlever, je sens que la vertu, qui est ainsi expulsée de la terre, trouvera une demeure, et une patrie éternelle dans son ciel natal. Le crime lui-même rend donc témoignage à notre immortalité.
J’ai essayé de montrer que plus on étudie notre nature, plus on y distingue le sceau de l’immortalité. Je ne prétends pas que cette preuve remplace toutes les autres. Par sa nature même elle ne peut être bien comprise que par les esprits purs et cultivés. La preuve de l’immortalité qui est à la portée de toutes les intelligences se trouve dans l’Évangile, .scellée du sang du Christ et confirmée par sa résurrection. Mais cette preuve devient plus frappante lorsqu’on démontre qu’elle s’accorde avec les enseignements de la nature. Pour moi la nature et la révélation n’ont qu’une seule voix quand elles parlent de la vie future. Puisse ce témoignage commun être entendu !
Quelles sont complètes, qu’elles sont brillantes les preuves de cette grande vérité! Qu’ils sont faibles les arguments dont l’incrédulité se sert pour les combattre I
Quant à moi, je ne vois qu’une objection contre l’immortalité, si, toutefois, l’on peut l’appeler de ce nom, c’est la grandeur même de la vérité. Mon âme succombe sous le poids, elle s’abîme devant cette immensité; J’ai peine à croire qu’un pareil bien soit à ma portée. Penser que J’existerai dans tous les temps à venir, survivant à cette terre et à ce ciel, exempt de toutes les imperfections et de toutes les erreurs de la vie, revêtu de la gloire d’un ange, comprenant par mon intelligence, et embrassant, dans mon amour, une étendue de création auprès de laquelle la terre n’est qu’un point; penser que Je verrai l’univers avec des yeux nouveaux qui me révéleront une beauté, une harmonie et un ordre dont je n’ai pas d’idée, que J’approcherai des hommes sages et vertueux, de façon à ce que leur esprit devienne presque le mien; penser que je contracterai des liens d’amitié avec des êtres innombrables doués de l’intelligence la plus riche et de la plus noble vertu, penser que je serai admis dans la société du ciel, que je m’y trouverai avec ceux qui sont grands dans l’histoire, que Je serai réuni aux justes devenus parfaits dans un ministère de bonté toujours croissant , que je converserai avec Jésus-Christ comme un ami, et surtout que Je serai en commerce direct avec Dieu, commerce dont la plus étroite intimité ne peut donner qu’une faible idée ; penser à cet infini me trouble; j’espère et Je crains; le bonheur me semble trop grand; le sentiment de ma faiblesse et de mon indignité surmonte l’espoir. Mais, lorsque Je regarde la création et que J’y vois les marques d’une bonté à qui rien n’est impossible, et de qui on peut tout attendre; lorsque Je sens partout la main d’un Père infini qui doit désirer le progrès perpétuel de ses créatures
intelligentes; lorsque je considère ensuite l’esprit humain, que Je vois quelles forces s’y développent en peu d’années, et que J’y discerne la capacité d’un progrès éternel; et surtout lorsque Je considère Jésus, le vainqueur de la mort, l’héritier 4e l’immortalité, celui qui est parti pour les demeures de lumière et de pureté comme précurseur du genre humain, J’admets cette pensée qui m’accable, Je crois à la vie, au progrès, à la félicité éternelle de l’àme humaine.
Mes amis, cette félicité est offerte à chacun de nous; c’est un bien devant lequel la splendeur de la plus grande fortune perd son éclat et sa grandeur. Je dis qu’elle, nous est offerte. Elle ne peut pas nous être imposée; il nous faut la conquérir. Le bonheur immortel n’est pas autre chose que le développement de notre esprit , l’exercice complet de nos plus nobles facultés; et ces facultés ne se développerorit Jamais ici ni dans l’autre monde que par notre libre action. Espérer une existence plus élevée, tout en négligeant notre âme, c’est une illusion aussi contraire il la raison qu’a la révélation. Ne rêvez pas un ciel où vous puissiez entrer quelle qu’ait été votre vie ici-bas. A ceux qui perdent leur vie présente, l’avenir n’apportera pas et ne peut pas apporter le bonheur. Il n’y a rien de commun entre eux et ce monde où règne la pureté. Celui qui a vécu sans Dieu, et sans vertu, ne peut pas plus Jouir du ciel qu’un cadavre, tiré de la tombe, et placé au milieu d’un site admirable, ne peut Jouir de la lumière par ses yeux dé truils, ou sentir l’air embaumé qui dissipe sa poussière. L’immortalité est une glorieuse doctrine; mais elle ne nous est pas donnée pour rester à l’état de théorie ou pour servir à notre amusement. Le bonheur qu’elle
promet ne peut se réaliser qu’en luttant contre nousmêmes, qu’en acquérant une vertu et une piété nouvelles. Pour être unis au Christ dans le ciel, il faut icibas nous unir avec lui par l’esprit, par la résistance à la tentation, par la charité, par le bien. L’immortalité commence ici-bas. C’est maintenant qu’il faut jeter la semence qui doit se développer à jamais, o Ne vous fatiguez donc pas de bien faire ; nous moissonnerons au temps convenable si nous ne faiblissons pas. »
lA VIE FUTURE.
DISCOURS PRONONCÉ LE DIMANCHE DE PAQUES 1834, APRÈS LA MORT D^UN EXCELLENT ET TRÈS-CHER AMI.
ÉpBÉsiENg 1 , 20 . 0 II l’a levé d’entre lea morts et l’a placé à sa droite dans le ciel. »
Ce our a été choisi par les chrétiens pour célébrer la résurrection du Clirist. Il y a plus d’une leçon dans cet événement; mais il est surtout propre à confirmer la doctrine d’une autre vie, et à tourner nos pensées, nos désirs et nos espérances vers un autre monde. C’est dans cette direction que j’appelle vos pensées.
Parmi les preuves dont la résurrection du Christ appuie notre croyance dans une autre vie, il en est une sur laquelle on insiste rarement, et qui me semble digne d’attention. Nos plus grands doutes en ce point viennent des sens et de l’imagination plus que de la raison. L’œil contemple un cadavre, des traits décomposés, des membres glaçés; l’imagination suit ce corps jusque dans la nuit du tombeau, elle se représente les phases de la dissolution et de la destruction , et cette vue accable l’ame de pensées elTrayantes. Dans le cadavre, les sens ne voient plus trace de l’esprit qui l’animait. Il semble que la mort ait remporté une victoire complète; et quand
la raison et la révélation parlent d’une vie qui doit se continuer, et d’une vie plus noble, les sens et l’imagination, montrant le corps qui tombe en poussière, obscurcissent, par leurs tristes pressentiments, la lumière que la raison et la ré\élation cherebent à faire briller dans rame abandonnée.
La résurrection du Christ rencontre les sens et l'imagination sur leur terrain, elle les combat avec leurs propres armes. Elle nous montre le corps même que la mort, sous sa forme la plus humiliante, avait marqué de son sceau; le corps qui avait été, sans espoir, enfermé dans la tombe, ressuscitant , respirant , animé d’une vie nouvelle, et ressuscitant, non pour revenir sur la terre, mais pour monter bientôt à une région plus pure, et attester ainsi que l’homme est destiné à une vie plus haute. Ces faits, soumis aux sens mêmes, et qui poussent l’imagination à explorer le monde inconnu , me semblent tout à fait propres à détruire les grandes difficultés qu’on trouve dans la croyance chrétienne. On ne laisse pas lutter la raison seule avec les horreurs de la tombe. Jésus-Chrit mort sur la croix, cadavre mutilé et sanglant qu’on enferme au lieu qui reçoit les morts, Jésus-Christ re.ssuscitant pour échanger une vie terrestre contre une vie céleste, voilà un exemj)le qui fait évanouir les tristes augures qui sortent du tombeau comme des spectres ; voilà qui aide notre faiblesse à concevoir que l’homme est destiné à triompher de la mort.
C’est ainsi que la résurrection confirme la foi dans l’immortalité. Cette foi est néanmoins bien faible chez la .plupart des hommes. Le ciel est pour eux un monde imaginaire. Il manque de substance. L’idée d’un monde où des êtres existent sans ces corps grossiers , comme
de purs esprits, sous une forme plus pure, leur parait une fiction. Ce qu’on ne peut voir ni toucher leur semble sans réalité. C’est là une chose plus triste qu’étonnante. Comment, en effet, des hommes qui se noient dans leur corps et dans les intérêts de leur corps comprendraientils une vie i*lus élevée, une vie spirituelle? La foule déclare visionnaire l’homme qui parle avec bonheur de son existence à venir, du triomphe de l’esprit sur la dissolution du corps.
Ce scepticisme à l’endroit des choses spirituelles et célestes est aussi peu raisonnable et aussi peu philoso- [)hique qu’il est dégradant. Nous avons plus de preuves de l’existence de notre ûme que nous n’en avons de l’existence de notre corps. Nous sommes plus sûrs que nous pensons, que nous sentons et que nous voulons, que nous ne sommes sûrs que nous avons des membres solides et des organes étendus. Les philosophes ont dit beaucoup de choses pour prouver que la matière et le mouvement n’existaient pas, mais ils n’ont pas essayé de prouver qu’il en était de même de la pensée; car c’est à l’aide de la pensée qu’ils essayent d’écarter la réalité de la nature matérielle.
D’ailleurs, qu’il est peu raisonnable de s’imaginer qu’il n’y a pas d’autres mondes que celui-ci, et pas d’existence plus élevée que la nôtre! Oui donc, en portant ses regards sur l’immensité de la création, peut douter qu’il n’y ait des êtres supérieurs à nous? Qui, du moins, peut voir rien de déraisonnable dans la doctrine qui admet un état où l’esprit est moins embarrassé et moins étouffé par la matière; en d’autres termes, un monde spirituel? C’est de la puérilité que de faire de notre vie imparfaite le modèle de l’existence dans toutes les sphères. Le phi-
losoplie qui voit Ja chaîne des êtres et la variété infinie de la vie sur ce globe, qui n’est qu’un point dans la création, le philosophe, surtout, devrait rougir dé cet esprit étroit qui , dans l’univers de Dieu . ne peut rien voir de plus noble que notre existence actuelle.
Maintenant, comment la doctrine d’une vie future et plus élevée, doctrine qui est du ressort de la raison aussi bien que de la révélation , agira-t-elle avec plus de force sur l’esprit, comment deviendra-t-elle plus réelle et plus enicacc? Il y a pour cela différents moyens. Je me bornerai à un seul. Ce moyeu, c’est de chercher une idée de l’état futur qui soit claire et bien définie. Cet autre monde semble moins réel parce que ses traits sont confus. On y croirait mieux si on le concevait plus vivement. 11 parait sans réalité parce qu’il est vague et obscur. Je crois donc qu’il est juste de nous servir et de l’Écriture et de la raison, afin de nous tracer comme une esquisse de la vie à venir. Il est vrai que les Écritures nous fournissent peu de choses pour ce crayon , mais ce peu qu’elles fournissent est inappréciable , surtout quand nous y ajoutons les lumières que la connaissance de notre àme répand sur l’avenir. Toute nouvelle loi de l’esprit que nous découvrons, nous sert à comprendre notre destinée; car la vie à venir doit répondre aux lois et aux facultés essentielles de notre esprit.
Il faut user de ce secours pour nous former une idée nette de l’état spirituel ; et il est surtout utile d’en agir ainsi lorsque des êtres vertueux que nous avons connus et aimés passent de la terre dans ce monde invisible. La nature nous porte à les suivre dans leur nouveau sfqour, à chercher quelle est leur vie nouvelle, à nous représenter leur nouveau bonheur; et peut-être
le monde invisible n’est-il jamais plus près de nous et plus réel que lorsque nous y suivons de chers amis , et que nous sympathisons avec eux dans le progrès et dans la jouissance de cette vie heureuse. Ne dites pas qu’il y a danger de substituer ici l’imagination à la vérité. II n’y a point de danger si nous nous bornons aux notions spirituelles que le Nouveau Testament nous donne du ciel, et si nous les interprétons d’après les principes et les l'acultés de notre àme. Le sujet est trop précieux et trop saint pour que je me complaise dans des rêves. J’ai besoin de réalité; j’ai besoin de vérité; et c’est ce que je trouve dans la parole de Dieu et dans l’àme humaine.
Quand nos amis quittent ce monde, nous ne savons où ils vont. Nous ne pouvons pas tourner nos regards vers un point de l’univers, et dire : Ils sont là. Mais notre ignorance ne signiûe rien. Peu importe quelle région de l’espace ils habitent. Ne sachant pas où ils vont, nous ne savons pas où est le ciel , mais nous connaissons Celui qui l’habite, et cette connaissance ouvre un champ infini à notre méditation et à nos espérances.
I. Nos amis, à leur mort, vont trouver Jésus. C’est ce que nous apprend le texte : « Dieu l’a ressuscité des morts et l’a élevé au ciel. » Le Nouveau Testament parle toujours de Jésus comme vivant dans ce monde invisible; et Paul nous dit que le bonheur de ceux qui sont saints, quand ils sont affranchis du corps, c’est de se trouver avec le Seigneur. Voilà un grand fait pour ce qui est de l’autre vie. En nous quittant, les hommes vertueux vont trouver leur Sauveur, et cela seul nous assure de leur inexprimable félicité. Ici-bas ils ont tâché de connaître Jésus dans l’Évangile. Ils l’ont suivi avec vénération et avec amour dans cette vie si pleine
d’événements; ils ont amassé dans leur mémoire ses paroles , ses œuvres et ses promesses vivifiantes ; en recevant son esprit, ils ont appris quelque chose des vertus et du bonheur d’un monde plus élevé. Maintenant ils ont trouvé Jésus, ils le voient. Ce n’est plus un ol>jct qui se présente faiblement à leur esprit, obscurci par la distance et par les nuages des sens et du monde. Il est présent pour eux, plus que nous ne le sommes les uns pour les autres. C’est une chose dont nous sommes certains ; car si nous ne connaissons pas le mode précis de notre existence future, nous savons du moins que des êtres spirituels, dans cet état plus élevé, doivent se rapprocher les uns des autres et communier tes uns avec les autres d’une manière de plus en plus intime en proportion de leur progrès. Ceux qui renaissent pour le ciel y trouvent Jésus, et en reçoivent un accueil plein de bonté.
Nous ne pouvons pas comprendre la joie du Sauveur lorsqu’il admet à une vie plus noble l’homme qu’il a racheté, purifié, celui à qui il a inspiré une vertu immortelle. Concevez ce que vous sentiriez en accueillant au rivage votre meilleur ami échappé des périls de la mer ; le bonheur de cette réunion terrestre n’est rien auprès du bonheur de Jésus lorsqu’il reçoit Tàme pour laquelle il est mort , l’àme qui , sous sa direction , a traversé , avec une vertu toujours croissante, ce monde rempli de cruelles tentations. Sur la terre, quand nous nous retrouvons après nos longues séparations, c’est pour souffrir aussi bien que pour jouir, et , bientôt , pour nous séparer. Jésus accueille ceux qui montent au ciel avec le sentiment que leur épreuve est terminée, que leur course est achevée, que la mort est vaincue. Son regard prophé-
tiijuc les voit entrer dans une carrière de bonheur et de gloire qui ne doit jamais finir. Son salut a une douceur qui n’appartient qu’au langage du ciel, il communique une confiance et une joie qui débordent. Nous rencontrons quelquefois des personnes dont l’aspect, à première vue, détruit en nous toute défiance, et gagne notre cœur comme ferait une vieille amitié. Un sourire nous fait pénétrer dans leurs cœurs, et nous révèle une bonté sur. laquelle nous pouvons nous reposer. Le sourire avec lecpicl Jésus recevra le nouvel habitant du ciel, cet accueil plein de joie, ce rayon d’amour chez celui qui répandit son sang pour nous, cette parole, tout cela, je puis à peine le concevoir, nul langage ne peut l’expriincr. Dans ce seul moment il y aura des siècles de joie. Ce n’est jias une fiction. C’est la vérité fondée sur les lois essentielles de l’âme.
En entrant dans le ciel nos amis y rencontrent Jésus- Cbrist, et leurs rapports avec lui sont tout ce qu’on peut imaginer de plus affectueux et le plus élevé. Nulle distance qui les sépare. On parle, il est vrai, de Jésus comme régnant dans le monde à venir, et l’imagination le place sur un trône. 11 est étrange que de pareilles idées entrent en des esprits chrétiens. Jésus régnera dans le ciel comme il a régné .sur la terre. Il régna dans la barque du pécheur, d’où il enseigna ses préceptes, dans la cabane où il réunissait autour de lui ses disciples qui l’écoutaient avec foi. Son règne ne ressemble pas aux dominations du monde. C’est l’empire qu’un être grand, divin et désintéressé exerce sur des âmes capables de le comprendre et de l’aimer. Dans le ciel, il ne peut exister rien de pareil à ce que nous appelons gouvernement, car, icibas, le gouvernement est fondé sur la faiblesse et les
crimes des hommes. Au milieu des justes, la voix du commandement ne se fait Jamais entendre. Sur la terre même, où le gouvernement le plus i)arfait est celui d’une famille, le père et la mère n’emploient pas d’autre ton que celui d’un conseil affectueux, le fils lit son devoir dans un regard plein de douceur, et trouve sa loi et son mobile dans son cœur. Le Christ ne siégera pas sur un trône au-dessus de ses disciples. Sur la terre il s’asseyait à la môme table que le publicain et le pêcheur. S’éloignera- 1- il de ceux qu’il a rendus dignes des demeures célestes? Comment les âmes communiquerontelles dans cet autre monde , nous l’ignorons ; mais nous savons que nos étreintes les plus étroites ne sont que des types du rapprochement spirituel; et c’est à cette intimité avec Jésus qu’est admis celui qu’une nouvelle naissance fait habitant du ciel.
Mais nous n'avons pas épuisé cette source de félicité à venir. Les hommes vertueux ne quittent pas seulement la terre pour trouver auprès du Seigneur un accueil plein de Joie, et l’assurance d’un éternel amour, il y a quelque chose de plus élevé. Ce nouveau commerce leur donne une nouvelle intelligence, une nouvelle effusion de l’esprit divin.
Certes, c’est un bonheur de savoir que nous sommes un objet d’intérêt et d’amour pour un personnage illustre ; mais c’est un bonheur plus grand que de connaître le beau et sublime caractère de cette personne, de sympathiser avec elle, de pénétrer la grandeur de ses pensées et la pureté de ses desseins, et de devenir ses associés dans les grandes fins qu’elle poursuit. Même ici-bas, dans notre existence ténébreuse et à peine ébauchée, nous en savons assez de Jésus, de son amour qui triomphe des
outrages et de l’agonie pour tressaillir d’une tendre admiration. ^lais ceux qui sont au ciel voient au fond de cette âme immense et divine. Ils en approchent comme nous ne saurions approcher de l’àme d’un ami; et ce voisinage de l’ame de Jésus éveille en eux une faculté d’amour et de vertu , qu’ils étaient loin de soupçonner ici-bas. Je parle à des hommes qui, s’ils ont été jamais mis en rapport avec un nohle caractère, ont senti sans doute se développer en eux un nouvel esprit, une nouvelle force de vie et de pensée. Nous savons tous comment un homme d’un puissant génie et de sentiments héroïques peut se communiquer aux autres, et leur donner pour un moment quelque chose qui ressemble à sa propre énergie; nous avons là une faible image de la puissance exercée sur les âmes de ceux qui approchent Jésus après la mort. Comme la nature, au printemps, prend une nouvelle vie sous les rayons du soleil, lie même l’àmc humaine croîtra et se réchauffera sous l’innuence de Jésus-Christ. C’est alors qu’elle aura véritablement le sentiment de sa force immortelle. La grandeur de Jésus n’accablera pas l’àme, elle y éveillera une grandeur pareille.
Ce sujet n’est pas encore épuisé. En approchant de Jésus, les hommes vertueux ne sympathiseront pas seulement avec lui, ils deviendront ses collaborateurs, des ministres actifs et utiles dans l’accomplissement de sa grande mission , qui est de répandre la vertu et le bonbeur. Ne regardons jamais le ciel comme un lieu de contemplation oisive ou d’amour stérile. Même ici-bas on reconnaît l’influence du caractère du Christ dans l’activité et dans l’abnégation des vrais disciples. C’est Jésus qui les pousse aux demeures de ceux qui souf-
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frent. C’est lui qui les rattache à leurs frères par de nouveaux liens. C’est lui qui leur donne conscience qu’üs ont été créés pour exercer uu ministère de bienfaisance. Quand ils approchent du divin ami des hommes, et que , par une nouvelle alliance avec lui , ils voient la plénitude de son amour, peuvent-ils ne pas se consacrer à son œuvre avec une force de volonté inconnue sur la terre? Notre amour pour le Christ ne serait pas parfait si nous n’agissions de concert avec lui. Rien n’unit tant que de travailler ensemble au succès de la. même cause, et cette union avec le Christ, elle existe là-haut pour les êtres vertueux.
11 y a une autre vue de la vie future, qui me semble la conséquence nécessaire des rapports qu’on y a avec Jésus- Christ. Ceux qui nous quittent pour cette autre vie doivent conserver le plus grand intérêt pour notre monde. Les liens qui les attachaient à ceux qu’ils ont quittés ne sont pas brisés, ils sont épurés. Sur ce point je n’ai pas besoin du témoignage de la révélation; je n’ai besoin d’autre témoignage que des lois et des principes essentiels de l’àme. Si l’autre vie doit être un progrès, si rentendeinent doit s’y fortifier et l’amour s’y développer, la mémoire, la faculté fondamentale de l’entendement , doit donc agir avec une nouvelle force, et toutes les affections que nous avons cultivées ici-bas doivent revivre d’une vie plus élevée. Supposer qu’après la mort tout soit oublie, ce serait anéantir le but de la vie, rompre tout lien entre les deux mondes et détruire toute responsabilité; quelle .serait donc la rétribution d’une existence oubliée? Non; soit que nous entrions dans un monde de bonheur ou de souffrance, il faut que nous emportions le présent avec nous. J^es bons, certainement,
formeront là-haut de nouveaux liens, plus saints, plus forts; mais, sous l’influence de ce monde meilleur, le cœur humain sera assez large pour conserver ses anciennes affections tout en en contractant de nouvelles, pour se rappeler avec amour le lieu de sa naissance, tout en jouissant d’une vie plus complète et plus heureuse. Si je pensais que ceux qui sont partis ne vivent plus pour ceux qu’ils ont laissés, je les honorerais et je les aimerais moins. Celui qui oublie sa famille en la quittant nous semble manquer des meilleurs sentiments de notre nature; si les bons devaient, dans leur nouveau séjour, oublier les frères qu’ils ont sur la terre; si, en approchant plus près du Père commun, ils devaient cesser d’intercéder pour eux , pourrions-nous dire qu’ils ont gagné au changement ?
Toutes ces conclusions me sont imposées par la nature de l’àme humaine. Mais, lorsque j’ajoute que ces nouveaux héritiers du ciel vont à Jésus- Christ, l’ami par excellence de la famille humaine, celui qui habita ici -bas, souffrit ici -bas, qui arrosa notre terre de ses larmes et de son sang, qui nous a quittés, non pour cesser, mais pour continuer et achever ses bienfaits, celui dont la pensée ne se détourne jamais de nous, dont l’intérêt pour le progrès de la vérité et le salut de l’àme. a acquis une force de plus en plus grande depuis qu’il a quitté notre monde, et qui a ainsi rattaché l’humanité à son être môme, lorsque je songe à toutes ces choses, je suis sûr que les morts ne peuvent pas nous oublier. Si nous pouvions les entendre, ils nous diraient qu’ils n’avaient jamais aimé leurs frères auparavant, qu’ils n’avaient jamais su ce que c’est que d’être .sensibles aux douleurs humaines, de se n^ouir de la
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vertu, (le gémir sur les fautes des bomincs. Une nouvelle source d’amour s’ouvre en eux. Ils voient maintenant ce ([ii’ils n’entrevoyaient c[ue d’une manière obscure, les facultés, les mystères de l’ànie humaine. Ils comprenn^it maintenant ce mot : l’immortalité, et tiuiconque est destiné à l’immortalité acquiert une importance indicible. Ils aiment 1a nature humaine comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant, et ils chérissent leurs amis par-dessus tout.
On demandera si ceux qu’une nouvelle naissance a faits habitants du ciel ne se souviennent pas seulement de nous, mais s’ils ont une connaissance présente et immédiate de ceux ({u’ils ont laissés sur la terre? Sur ce point, ni la Bible, ni la nature ne nous fournissent de lumière, et nous restons dans l’incertitude. Pour moi, je ne vois rien qui s’oppose à une pareille connaissance. Nous sommes habitués, il est vrai, à considérer le ciel comme étant loin de nous; mais de cet éloignement nous n’avons pas de preuve. Le ciel, c’est l’union, la société d’êtres spirituels, d’êtres supérieurs. Ces êtres ne læuvent-ils remplir l’univers de manière à ce que le ciel soit partout? Est-il probable qu’ils soient renfermés comme nous dans les limites matérielles? Milton a dit :
O Des millions d’esprits parcourent la terre
Pendant notre veille comme pendant notre sommeil. »
Il est pos.sible que la distance qui nous sépare du ciel n’existe que dans ce voile de chair que notre vue ne peut pénétrer. Un nouveau sens, de nouveaux yeux, pourraient nous montrer un monde spirituel qui nous entoure de tous cêdé.s.
Mais supposons que le ciel soit éloigné. Nous pouvons néanmoins être visibles à ses habitants ; ils peuvent être présents en un sens important; car qu’entendonsnous par présence? Ne suis-je pas présent pour ceux d’entre vous qui sont hors de la portée de mon bras , mais que Je vois? Avec notre connaissance de la nature, est -il impossible de supposer que ceux qui sont au ciel, quel que soit leur séjour, aient des sens ou des organes spirituels qui distinguent ce qui est loin aussi clairement que nous voyons ce qui est près? Cette petite prunelle de l’œil peut voir les planètes à la distance de plusieurs millions de milles, et, avec le secours de la science, elle peut distinguer les inégalités de leurs surfaces. Il nous est facile de concevoir un organe de \ ision assez sensible et assez perçant pour que, de notre terre, on puisse distinguer les habitants de ces mondes qin roulent loin de nous. Pourquoi donc ceux qui sont entrés dans une condition plus élevée, et qui sont revêtus d’une forme spirituelle ne pourraient-ils voir notre terre aussi bien que lorsqu’elle était leur séjour.
Cela peut être vrai ; mais , toutefois , n’en abusons pas. Gardons-nous de croire que ceux qui sont partis nous regardent avec des affections terrestres. Ils nous aiment plus que Jamais, mais d’un amour épuré et spirituel. Ils ne forment plus qu’un seul vœu pour nous, c’est que nous nous préparions à les rejoindre dans ces demeures où régnent l’amour et la vertu. Leur vision spirituelle pénètre Jusqu’à nos âmes. Si nous pouvions entendre leur voix, ce ne serait pas l’expression d’un attachement personnel, ce serait un appel à de plus grands efforts, à une abnégation plus ferme, à une charité plus large, à une patience plus douce , à une obéissance plus
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filiale. N’imaginons pas non plus qu’ils s’occupent uniquement de nous. Ils respirent maintenant une atmosphère de bienveillance divine. Ils sont chargés d’une mission plus élevée que celle qu’ils eurent sur la terre. Cette pensée que leur amour s’est agrandi devrait agrandir le nôtre, nous élever au-dessus des considérations égoïstes, nous'porter aune bienveillance qui approche de celle dont ils sont inspirés.
On prétend, je le sais, que l’idée que je viens d’énoncer sur les rapports des habitants du ciel avec ce monde est incompatible avec leur bonheur. On dit que s’ils continuent à nous connaître , ils souffrent du souvenir ou de la vue de nos péchés et de nos douleurs. Pour jouir du ciel il faut qu’ils se détachent de la terre. Il y a dans cette objection quelque chose de pire que son peu de fondement. C’est une injure au ciel et aux bons. C’est supposer que le bonheur de l’autre monde est fondé sur l’ignorance ; que c’est le bonheur de l’aveugle qui , s’il venait à voir ce qui existe autour de lui, serait rempli d’horreur. C’est faire du ciel un Élysée, dont les habitants perpétuent leurs joies en se renfermant et en se cachant pour ne pas être témoins des souffrances de leurs frères. Mais les bons, par leur nature même, ne peuvent être ainsi confinés. Le ciel serait pour eux une prison s’il les empêchait de compatir à ceux qui souffrent. Leur charité est trop pure, trop divine, pour fuir la vue du mal. J’ajoute que cette objection est une injure faite à Dieu. C’est supposer qu’il y a des régions dans son univers qui doivent lui rester cachées, car leur vue détruirait le bonheur des bons. Mais cela ne peut < être vrai. Il n’existe pas de pareilles régions, point de séjour secret où ces purs esprits ne puissent pénétrer.
Cette pensée est une impiété. Dans un pareil univers il n’y aurait pas de ciel.
Dans ce monde de bonheur on souffrira donc? Je réponds que je considère le ciel comme le règne de l’amour, et qu’il faut le considérer ainsi. Rien, sans doute , n’attire davantage les regards de ses charitables habitants que le malheur dans lequel un de leurs frères est tombé. Je ne puis donc séparer du ciel la souffrance qui a sa source dans une vertueuse sympathie. Mais celte sympathie qui attriste n’est pas du malheur. Même ici -bas, la pitié, quand elle est unie au pouvoir de secourir, et à une sagesse qui eu comprend les fins miséricordieuses, est un esprit de pais, et finit souvent par être la plus pure des jouissances. Exempte de nos infirmités, et éclairée par là vue du gouvernement de Dieu , elle donnera du charme et de la grâce aux vertus des bienheureux, et, comme toutes les autres formes d’excellence, elle finira par augmenter la félicité !
II. Vous voyez tout ce que nous apprenons du ciel dans cette seule vérité : que ceux qui y sont admis y trouvent Jésus-Christ et s’unissent à lui. Il est d’autres idées intéressantes que je ne puis qu’indiquer. Ceux qui meurent ne vont pas seulement trouver Jésus, ils vont trouver la grande et heureuse société qui l’entoure, ceux qui ont été rachetés dans toutes les régions de la terre; ils vont à la cité du Dieu vivant; ils se réunissent à l’innombrable compagnie des anges, à l’église du premier né, aux âmes des justes. Quelle glorieuse société ! Et vous pouvez aisément comprendre comment ils sont reçus. On nous apprend qu’il y a de la joie au ciel quand un pécheur se repent ; lorsqu’il montera au séjour de la
vertu parfaite, est-ce qu’il n’y portera pas un bonheur plus grand? Nos amis, en quittant cette terre, ne se trouvent pas jetés au milieu d’étrangers. L’idée qu’ils ont changé leur patrie pour un monde étranger ne vient pas les attrister. Les plus tendres accents de l’amitié humaine n’approchèrent jamais de l’accueil qu’ils reçoivent dans leur nouvelle et éternelle demeure. Dans ce monde où les âmes ont des moyens plus sûrs de se révéler qu’ici-bas, celles qui arrivent se voient et se sentent entourées de vertus et de bonté; et cette connai.ssancc profonde des âmes qui leur ressemblent, enfante en un moment une intimité plus forte que celle que des années pourraient cimenter sur la terre.
11 me semble conforme à tous les principes de la nature humaine de supposer que ceux qui nous quittent trouvent un accueil particulier près des amis qui les ont précédés, et surtout près de ceux qui ont aidé leur vertu ; près de parents qui leur ont donné les premières leçons de l’amour de Dieu et de l’homme; près de ceux qui, par leurs exemples, les gagnèrent à la vertu, et, par leurs conseils sincères, les détournèrent du péché. Les liens créés par de tels bienfaits doivent être éternels. L’âme reconnaissante doit s’attacher avec une affection particulière à ceux qui la guidèrent vers l’immortalité 1
Quant au bonheur des relations dans l’autre monde, chacun peut s’en former une idée. Si jamais nous avons connu les jouissances de l’amitié et de la confiance, si jamais nous nous sommes associés à ceux que nous aimons pour accomplir heureusement des œuvres honorables, nous pouvons deviner la félicité d’un monde on les âmes dépouillées de leur égoïsme, pures comme le jour, allé-
rées de vérités, douées de facultés nouvelles pour jouir de la beauté et de la grandeur de l’univers, associées aux plus nobles œuvres de charité, et découvrant à chaque instant de nouveaux mystères dans la puissance et la bonté du Créateur, se communiquent les unes aux autres avec la liberté d’un amour parfait. Nos plus étroits attachements sont froids, réservés, indifférents, si on les compare à cette affection.
Comment les âmes communiquent -elles? A l’aide de quel langage ou de quels organes, nous l’ignorons. Mais ce que nous savons, c’est qu’en avançant l’âme doit avoir une plus grande faculté de se communiquer. L’éloquence, les accents pénétrants et inspirés , avec lesquels les cœurs vertueux nous parlent quelquefois sur la terre, peuvent nous donner quelque idée de la force d'expression, de l’harmonie, de l’énergie du langage avec lesquels se révéleront les êtres supérieurs^
Nous pouvons mieux deviner le sujet de leurs entretiens. En entrant dans le monde, nous y trouvons des hommes dont les souvenirs embrassent des siècles; ils se sont réunis des points les plus divers, ils ont été élevés au milieu d’une variété infinie de conditions; chacun d’eux a été soumis à une éducation particulière, et s’est perfectionné à sa façon , chacun d’eux est une preuve particulière de la providence du Père universel. Quels trésors de souvenirs, d’observation, d’expérience, d’images, d’exemples, doivent enrichir les entretiens du ciel! L’histoire d’un selil ange renferme plus de vérités que toutes les annales de notre race.
Après tout , notre expérience nous est d’un bien faible secours quand il s’agit de comprendre les rapports qui existent au ciel, ce commerce que ne trouble aucune
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passion, que ne refroidit aucune réser\'e, que n’attriste aucun remords, qui est confiant comme l’enfance, et qui déborde d’une joie innocente, ce commerce où les plus nobles sentiments coulent du cœur, où des êtres purs expriment simplement les aspirations les plus divines, l’admiration éternelle que leur cause cet univers s’ouvrant toujours et toujours mystérieux. Qui dira leurs transports d’adoration et de reconnaissance, et l'excès d’un amour qui n’a point de limites?
Mais ne croyons pas que les habitants du ciel ne fassent que converser. Ceux qui entrent au ciel entrent dans un état d’action, de vie, d’efforts. Nous imaginons que l’autre monde est un lieu de bonheur où personne n’a besoin de l’aide d’autrui, où l’effort cesse, où il n’y a rien à faire qu’à jouir, La vérité est, cependant, que toute action sur la terre, même la plus intense, n’est qu’un jeu d’enfant auprès de l’énergie et de l’activité de cette vie plus élevée. Cela doit être. Quels principes sont plus actifs que l’intelligence, la hieqveillance, l’amour de la vérité, la soif de la perfection, la sympathie pour ceux qui souffrent, et le dévouement à la volonté de Dieu? et ce sont là les principes qui se développent éternellement dans la vie future. Il est vrai que les travaux que nous impose ici-bas notre nourriture, nos vêtements, nos intérêts matériels, cessent au tonibeap. Mais il se développe au ciel des besoins bien plus grands que ceux du corps. C’est là que l’esprit acquiert la pleine conscience de ses facultés, que la vérité nous ouvre son infini; que l’univers offre une sphère sans bornes aux découvertes, à la science, au sentiment de la beauté, à la bienfaisance et à l’adoration. Là paraissent constamment de nouveaux sujets dignes qu’on vive pour eux, et
près (lesquels nos intérêts actuels ne sont que néant. Il ne faut pas regarder le ciel comme une société immobile. C'est un monde qui fait des plans et des efforts prodigieux pour se perfectionner. C’est une société qui passe à travers des phases successives de développement, de vertu, de science et de force, et cela par l’énergie de ses membres. Dans le ciel, ce génie est toujours occupé à rechercher les grandes lois de la création et les principes éternels de l’âme, à dévoiler le beau dans l’univers , et à découvrir les moyens par lesquels toute âme peut se perfectionner. Dans cet autre monde comme dans celui-ci il y a des intelligences diverses, et les esprits les plus élevés trouvent leur bonheur et leur progrès à élever ceux qui sont moins avancés. Là continue sans fin l’œuvre d’éducation qui a commencé ici-bas; et une philosophie plus divine que celle qu’on enseigne sur la terre révèle l’âme à elle-même, et l’excite à faire pour sa propre perfection des efforts sérieux mais pleins de douceur.
Et ce ne sont pas seulement ceux qui naissent au ciel qui entrent dans une société pleine de vie et d’action ; le ciel tient aux autres mondes ; ses habitants sont les envoyés de Dieu dans toute la création. De grandes missions leur sont confiées. Pendant le cours de leur existence sans fin , le soin d’autres mondes peut leur avoir été donné. Mais je m’arrête; ceux qui n’ont pas l’habitude de pareilles spéculations trouveraient que je dépasse les bornes d’une calme anticipation. Ce que j’ai dit me semble reposer sur la parole de Dieu, sur les lois de l’esprit, et ces lois sont éternelles.
Je voulais traiter longuement un autre point, mais il faut m’arrêter. Ceux qui naissent au ciel ne vont