‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 1 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES DBDX T0YA6BURS.

On a TU deux armief prendre la ftiite à ce terrible nom : oni, Douglai mort a ga^é des batailles.

John Hobb.

C'ÉTAIT Ters le déclin d'un des premiers jours du printemps. La nature, au milieu même d'une des provinces les plus froides de TEcosse , sortait du long sommeil de l'hiver. Si la végétaticm ne se montrait point encore , du moins la température adoucie promettait la fin des rigueurs de la saison. On vit, à quelques milles du château de Douglas , deux voyageurs qui venaient du sud-est. En se montrant à cette période peu avancée de Tannée , ils annonçaient suffisamment une vie errante, et cela seul assurait un libre passage, même à travers un pays dangereux. Ils semblaient suivre la direction de la rivière qui emprunte son nom au château, et qui parcourt une petite vallée propre à fociliter l'approche de ce &meux édifice féodal. Ce filet d'eau, si petit en comparaison de sa renommée, attirait à lui Thumidité des campagnes d'alentour, et ses bords offraient une route , difficile à la vérité , qui conduisait au village et au château. Les hauts seigneurs à qui ce manoir avait appartenu durant des siècles auraient pu sans doute , s'ils l'avaient voulu , rendre ce chemin plus uni et plus commode. Mais ils ne s'étaient point encore révélés , ces génies qui , plus tard , apprirent au monde entier qu'il vaut mieux faire un circuit autour de la base d!unemontagne que de gravir en droite ligne d'un côté et de descendre pareillement de l'autre, sans s'écarter d'un seul pas pour rendre le chemin plus aisé ; moins encore songeait-on à ces merveilles qui sont tout récemment sorties du cerveau de Mac-Âdam. Mais , à bien dire , pourquoi les anciens Douglas auraient-ils mis ces théories en pratique, quand même ils les eussent connues dans toute leur perfection ? Les machines de transport, munies de roues, si l'on excepte celles du genre le plus grossier et destinées aux plus simples opérations de l'agriculture , étaient absolument inconnues. La femme même la plus délicate n'avait pour toute ressource qu'un cheval ,

Ll GBATKÀV DA!I«BRBVX. i

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OU , en cas de grave indisposition , une litière. Les hommes se servaient de leurs membrp^ vigoiireyi^ ou de rol^u^tfs chevaux \fOVff se transperter d'un lieu dans un autre; et tes veytg^rs, \f^ voyageuses particulièrement, n'éprouvaient pas de petites incommo-dités par suite de la nature raboteuse du pays. Parfois «m torrent grossi leur barrait Iç; p^^sp^e et les forçait d'attendre que les eaux eussent diminué de violence. Souvent la digue d'une petite rivière était emportée par suite «d^une tempête , d^une grande inondation m 4e SU^ltfH^ »^ isOQYHlMP» d^ }à q^ture; et alors il fallait s'en remeUrA à sa «onpuissaftee d^s liepx, ou prendre les meilleures iaformations possibles pour diriger sa route de manière à surmonter

Le Ppygla^ sort i'm mfh\\M^trf de moptaçnei <|ui borpçpt 1a vallée ap «pd-oyest, et c'e^t de Içur? lril)uts, aiqsi qu'^ rgjele 4^ orages , qu'il entretient son rpincç ^H ^'eau. L'aupepf^ pf^R^r^l 4P p^ys est le même qi^ celui 46s pollipes du sud de FÎIcqssç, oiipajs^ ^j^t d^ si ijojnbreux troupe^px. On y reDcontrç de3 terratos «ride? §t SAUvage^, dont la plupart ont ét^, à imç époqpe peu éloig^pé^s 4^ la ^^Ui dç peite histoire , t^ous couverte d's^rbres, cpfpmp plpsi^Pi? d'eu^e epx r^te^tept encore par le poir 4c $àawj^ c'est-li-dirp Jprtt primitive, Sur les bprds même dp Douglas Je terrai^ ^\^}t fl%{^ eap;^b}e dp prodpire d'abopdaptes piqj^^pps d'fiYQine e^ ^ seigle ; U foi^rpissait aux h^biMuts gutapl^ de ces 4enr^eji qu'ils on avaiept bçsoip, Majs , à peu de 4i3tapee d^ bor^s de 1^ rfvièrç , ^i l'op e;^#p(a|t quelques ^n^roits plp^ ft^vorUés , le ^ol spsçuptible ^p $pltur$ é^^it de plps en plps entrecoupa de pr^jfiM ft 4ç boit, fit |a ifi^\, se (erp^inaÛ par de tr(^te« maréçaçe» ^n partie ipaçcesiM^l^.

C'était d'ailjiçprf ppe époque de yuprre, et il fallait ^)ieq qu(ç tp||t ç^ quj iétait 4^ mf^^ copipipdité cédât ap septjment explpsif 4p périlr Çe^t ppprquoi les babitants^ au lieu 4e cjiercber è rendre ipeil)epre§ )es routes qui le$ mettaient en communication n^ec d'autres pantpps^ rep4aient grftces apx dii]^pltés naturelles qpi If; exçmptaieplt dis la nécessité â^i cppstruire de3 fortifications , ei( de ^iirrer ppi^pléitea^ep!: les passages, Leurs besoins^ àpep d'çicepr Um W^ ' ^taieqt complétemept satisfaits , comme nous )>vow d^j.^ 4it ; f^r les ehétiyes production^ qu'ils arracbaient i l(3Uf# V^Qnt^gq^ç fit à leur« holms ' , cef espèces de plaines lepr perm^tr t^t d'exercer }eur agriculture bornée , tandis que les parties Iff ipoips ingrates des mon^agpes et le^ clairières des ^^ts leur 9f:

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fraient dés pâturages pour les bestiaux de toute espèce. Cbmine les profondeurs de ces antiques forêts , qui n'avaient pas même été explorées jusou'au fond , étaient rarement troublées , surtout depuis que les seigneurs du district avaient négligé la chasse , occupation constante des jours de paix, différentes sortes de gibier s'étaient considérablement multipliées. En traversant les parties les pli^s désertes de ce pays montagneux , on voyait parfois non seulement plusieurs variétés de daims, mais encore ces taureaux sauvages particuliers à FEcosse , ainsi que d'autres animaux dont la pré-sence indiquait l'état barbare et primiUf de la contrée. On surprenait fréquemment le chat sauvage dans les noirs ravins ou dans let halliers iparécageux , et le loup, déjà étrapgeraux districts plus populeux du Lothian , se maintenait dans cette contrée contre let empiétements de rboiqme : il faisait encQre la terreur des peuple» gi)i, plus tard, ont fini par l'expulser complètement de leur tie. Dans l'hiver surtout (et l'hiver était à peine écoulé) , ces sauvages anjmapx, poussés par le man^e ^e nourriture, et devenus d'une çxtrème hardiesse, fréquentaient par bandes nombrcuises les champs de bataille , les cimetières abandonnés , quelquefois même les hablâ tatipns humaines, pour y guetter des enfants sans défense , et ils inontraient dans ces expéditions autant de familiarité qu'en laisse voir aujourd'hui le renard , quand U s'aventure à rôder autour du poulailler de la fermière '.

D'après ce que nous avon§ dit, nos lecteurs, s'ils ont fait le^r tour d'Ecosse (et qui ne Ta point fait aujourd'hui?) , pourront se former une idée asse^ exacte de l'état sauvage où se prouvait encore la partie supérieure de la vallée de Douglas pendant les premières années du xiy'' siècle. Le soleil couchant jetait ses rayons dorés sur un pays marécageux oui allait en montant vers Touest^ borné par les montagnes que 1 on nommait le gflind et le petit. Cairntable. La preo^ière était, pour ainsi dire, la mère de toutes les collines du voisinage, source de plus de cent rivières, et sans coqtreditla plus élevée, de toute la chaîne. Elle conservait encore sur sa sombre crête et dans le§ ravins dont ses flancs étaient sillonnés, des restes considérables de ces antiques forêts dont toutes les émineiices de cette contrée étaient jadis couvertes. Cela pouvait se dire surtout des collines sur lesquelles ies rivières, tant celles quî coulent vers l'est que celles qui s'en vont à l'ouest se décharger

1. ir«ilftf4, 4it le iexta, la matlrew ou 1« bonne dame^ comme ob appelle e« icoMelafemmnd^on fermier. ▲. ■•

s LE CHATEAU DANGEREUX.

dans la Soiway , cachaient leur modeste origine , comme de pieux solitaires se dérobent aux yeux du monde.

Le pay^ge était encore éclairé par les rayons du soleil couchant, qui , tantôt se réfléchissaient dans des marais ou des cours d'eau ; tantôt s'arrêtaient sur d'énormes rochers grisâtres qui encombraient alors le sol , mais que le travail de l'agriculture a depuis fait disparaître ; tantôt enfin ils se contentaient de dorer les bords d'un ruisseau , prenant alors successivement une teinte grise, verte ou rougeàtre, suivant que le terrain lui-même présentait des rocs, du gazon , ou formait de loin oomme un rempart de porphyre d'un rouge foncé. Parfois aussi l'œil pouvait se reposer sur la vaste étendue d'un marécage brunâtre et sombre, tandis que les jaunes rayons du soleil étaient renvoyés par un petit lac , par une nappe d'eau claire dans la montagne , dont le brillant , comme celui des yeux dans la figure humaine , donnait la vie et le mouvement à tout l'ensemble.

Le plus âgé et le plus robuste des deux voyageurs était un homme bien mis et même richement habillé , par rapport aux modes du temps. Il portait sur son dos , suivant la coutume des ménestrels ambulants , une boite qui renfermait une petite harpe, une guitare, mie viole ou quelque autre instrument de musique propre à l'accompagnement de la voix : la caisse de cuîr l'annonçait d'une manière incontestable , quoique sans indiquer la nature exacte de l'instrument. La couleur du pourpoint de ce voyageur était bleue , celle de ses chausses éta:t violette , avec des crevés qui montraient une doublure de même couleur que la jaquette. Un manteau aurait dû, suivant la coutume ordinaire, recouvrir ce costume; mais la chaleur du soleil , quoique la saison nouvelle fût encore peu avancée , avait forcé le ménestrel de le plier en le serrant autant que possible , et d'en formel* un paquet long qu'il avait attaché autour de ses épaules, comme la redingote militaire de notre infanterie. La netteté avec laquelle ce ptianteau était arrangé dénotait un voyageur qui connaissait depuis long-teay)s et par expérience toutes les ressources nécessaires contre les changements de temps. Une grande quantité de rubans étroits ou aiguillettes , servant chez nos ancêtres à joindre leur pourpoint avec leurs chausses , entourait tout son corps d'une espèce de cordon composé de nœuds bleus et violets, correspondant ainsi pour la couleur avec les deux parties de rhabillement. La toque ordinairement portée avec ce riche costume était celle que les peintres donnent à Henri YIII et à son fils

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