Regan 9t Goneril , filles du roi Lear
Ï08 LES EAUX DE SAMSt-RONAN.
îiMtraiigef réussît encore bien mieux à se concilier les bonnes grâces de tnistre^s Dods lorsqu'il se mît à déclamer coiitre le nouvel établissement d*eabx minérales formé à Saint-Ronaq. Enchantée â*entetidre M. Touchwood appeler les Eaux de Saint-Rouan une véritable source de folle et de fatuité , une Babel pour le bruit, et une foire de sottises, elle s*empara de la théière et reniplit ellemême la tasse de Vétraugef, en lui disant qU^à coup §ûr il n'eu avait pas bu de meilleur aux Eaux.
€ Du thé aux Eaux de Saint-Roùau , madame ! s'écria le voyageur; jamais! Des feuilles d'épine et de frêne ét^ieiit apportées dans des bottes peintes , préparées par des singes portant livrée, et couverts de poudre « et consommées par ceux qui aimaient une pareille boisson, au milieu du bavardage des perroquets et du miaulement des chats. Combien Je regrettais le temps du Spectateur, où j'aurais mis mon sou sur la table, et je, me serais retiré sans cérémonie !»
Meg jugea Foccsision bonne pour dire à l'étranger que, s'il fût descendu chez elle , il aurait bu certaiuement le meilleur thé qu'eu pouvait se procurer dans le pays. Dé l'établissement des Eaux on passa au propriétaire. M. ToUchwoôd ne concevait pas comment le jeune laird de Saint-Roiiatt avait pu fonder tine pareille pétaudière sur les domaines de son père. Mîstress Dods, que son respect héréditaire pour la famille Mowbray empêchait toujours de tenir aucun propos qui pût nuire à la réputation du laird actuel , voulut prendre sa défense en cette occasion; mais M. Bindioose fit chorus avec l'étranger, attendu que lui, Bindioose, avait escompté aU jeune Mowbray deux traites que celui-ci ne s'empressait nullement d'acquitter : le clerc se plaignait surtout de ce que la veille encore Mowbray avait presque mis à vide tous les magasins de la ville pour régaler le beau monde de Saint- B,onan, et n'avait payé toutes ces fournitures qu'en billets.
•( Je crois qu'il en sera pour ses préparalife , ajouta M. Touchwood, car j'ai ouï dire que la fête serait remise à cause d'une indisposition de miss Mowbray. A présent > surtout, que le jeune lord est arrivé , on attendra sans doute qu'elle soit rétablie. »
Un accès de mauvaise humeur difficile à décrire , s'empara de mîstress Dods lorsqu'elle entendit l'étranger dire qu'un lord logeait à l'hôtel rival du sien. Elle s'évertua pour trouver quelque défectuosité au titre qui donnait à ce lord le droit de siéger au parlement. M. l'ouchwood ne manqua point bon phis y pour prouver
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Combien iTeosde âtàit changé, et changé eu mal, d'assnrer que le lord s'était rendu aux Eaux par ^ite d'une bles&ure cpx'il avait re« çtie dans Tépaule : un brigand qui voulait le voler lui avait tiré un coup de pistolet.
Bevenànt, par uue transition assez naturelle , au motif de sa visite , mistress l)ods demanda enfin à l'étranger s'il n^avait point cnteûdu parler, aux Eaux, d*un certain M. TyrreLM. Touchvs^ood répondit qu'on ne parlait plus que de lui seul; qu'il avait eu ,'disait-^n, une sotte querelle pour laquelle il n'avait pas Jugé â propos de se battre. - Pour moi, ajouta-t-il , je vois là encore une folie qui a gagné du terrain chez vous. Autreibis deux lalrds bien orgueilleux, ou deux cadets de famille, pouvaient se battre à la manière 0O&kpie, mm }# m emqm irmÊmA pat qu'on o«e proposer un duel lorsqu'on n'a point d'ancêtres. »
M. Bindloose ne manqua point de profiter de cet incident pour démontrer à mistress Dodê^ ooiume H le lui avait déjà déclaré, qu'évidemment le jeune Tyrrel n'avait pas été assassiné , et que tout simplement il avait pris la fuite : aussi l'aubergiste piquée , se leva-t-elle um êoeonde fois pour demander son carrosse. Mais toute hôtesse qu'elle était dans ses propres domaines , elle comptait Sjans SOU Hôte dans U présente occasion ; car le postillon bossu , aussi absolu dans son département que mistress bods elle-même , déclara que lés chévaUx ne seraient pas capables de se remettre en route avant deux heures. La bonne dame fut donc obligée d'en pàsset* par le bon plaisir de ton domestique ; ne cessant de se lamenter amèrënïent siir les pertes que devait de toute nécessité éprouver une maison publique en l'absence du maître ou de la mat- Irésse, s'imâgiîiaht à ràvancé une longue liste de plats cassés, d'é- Côts mal calculés , de chambres laissées en désordre , et d'autres dl^saètres auxquels il lui fallait s^atlendre à son retour. M. Bindloose , jaloux de reconquérir les bonnes grâces de son excellente àinie d cliente , n'osa cependant pas lui alléguer , pour motif de consolation, mol if désagréable quoique bien naturel, qu'une auberge peu fréquentée n'était guère exposée à de tels accidentis ; au conlraîrè, il la plaignît de la manière la plus cordiale, et alla jusqu'à donner à entendre que si M. TouchXvood était venu à Marchïfï(trn âveé des chevaux dé poste , comme l'annonçaient son costume si propre et ses bottes biert luisantes, elle pourrait eh profiter pour retourner plus vite a Saint -îlonàn .
I0[uellé fut la joî$ âe JVftë bofe quand tétranger non seiflemetft
lui proposa une place dans sa voiture , mais encore manifesta Fintention de passer plusieurs jours à son auberge ! Ce fut alors de longues protestations du soin qu'elle mettrait à contenter son nouvel hôte ; puis elle médita en silence et avec délices le triomphe qu'elle se flattait de remporter en attiran^t dans sa maison un respectable voyageur qui logeait au magnifique hôtel des Eaux.
La chaise de poste fut enfin demandée , et bientôt elle s'arrêta devapt la porte de M. Bindloose. Ce ne IPut pas sans un secret sentiment de répugnance que Thonnète Meg monta dans une voiture sur la portière de laquelle elle lut ces mots : Juberge et hôtel de Fox, Eaux de Saint-Ronan. Mais il était trop tard pour s'arrêter à de pareils scrupules.
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