‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 105 sur 161 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Que Tôlre Toyftgeut d^aii]ottta^&tii tiemie,ltit

et Bon curedent , ^Haer chez me ieig;iie«He.

fiVAUHUBB* Ca toi /Mm.

Le bruit qui avait troublé l'attention de M. Bindioose était causé par un individu , apparemment très pressé, qui frappait à la porte du bureau de banque , lequel bureau occupait un appartement à

çaiicjbo 4u mm^ t ^di3 ^i^ le salo» o]i^ le clerc ^att Tfi(n JDi$tre$s I)ods ^aît à droite.

En générai j ce bpreau ëtoU oi^?ert {)|Qyr tous cm^ qui y avaiept affaire ; jaidis en «et instant , si pressée que pût Être la personne qui frappait 9 les ci^ootmis quj se trouvaieujt en deda^ ne pQuvjiient pas la faire entji^er^ aUeudu qu'ils avaient étjé Mts eu^-oiémes priswniers par la prudonte circonspection d&M. Bindloose» qui crai^oait quils u'écoutasi^nt sa consultation ayec nûstress Dods. Us ne répondirent donc aux coups réitérés et impatients de Tétranger que p^ des éclats de rire à demi étouffés i trouYant sans doute la plaisanterie exceUenta que la précaution de leur maître les empfich&t de remplir leurs devoirs.

Marmottant une malédiction ou deux contre ses commis, les per^ pétuels fléaux de sa vie, M. Bindloose se Mta de passiNr dans le corridor, et fit entrer l'étranger dans son bureau de banque. Les deux portes du salon et du bureau restant ouvertes, les oreilles de la mère Dods , habiles , comme sait le lectenr , à écouter plus qu'il n'était besoin, purent entendre une partie de la conversation. Elle semblait rouler sur une transaction d'argent de quelque importance, comme Mw I^ reco^ut bien lorsque Fétranger éleva une voix qui était naturellement aigre et baute , en terminant ainsi w entretien qui avait duré environ cinq miiurfes : « lEne prime!.», pas un para, monsieur... pas^un eouri... pas un farthing!,.. une prime pour un billet de banque d'Angleterre?... me prenez-vous pour un imbécile » monsieur ? ne sais-je pus ^que vous jy^peki trai«ter au pair, dooner des bons à qu<u*an;te jour# sur Londr^? »

Là , mistf ess Dods entendit M. Biudloose murmurer assez indistinctement quelques mots sur les4^sages de son métier. A quoi Tétranger répliqua qu'il envoyait toutes les coutusfies ot tous les usages au diable ^ réplique qui parut tellement convaincre le banquier, que non seulement il escom(^> billet sans exiger de prime , mais qu'il invita encore son client i venir prendre une tasse de tbé , ^ le fit passer dans le salon vert.

L'étranger salua en entrant mistreiss Dods qui, voyant ce qu'elle appelait un bomme décent et de bonne mine, et sachant qu'il avait la pocbe pleine d'argent d'Ecosse et de billets d'Angleterre, lui rendit de son mieux sa révérence.

M. Touchwood était un bomme court , mais vigoureux et actif, qm , quoique âgé de soixante ans et plus , conservait ene(Hre sur son visage et dans son s^titu4^ toute la yigwjor 4e )a J^mosse. Sa pby^

m LES EA17X DE SAI^rTRONAN.

sîonomie exprimait une haute confiance en liii-mème, et une espèce de dédain pour ceux qui n*en avaient ni tu ni enduré autant que lui. Ses courts cheveux noirs étaient mêlés de gris. Ses yeux noirs comme le jais , enfoncés, petits et brillants , contribuaient, avec un nez court et retroussé, à marquer un penchant à la colère. Son teint brûlé avait pris une couleur de brique par suite des changements de climat auxquels il avait été soumis ; et sa figure qui , à distance d'un ou deux pas , semblait unie et lisse , présentait , vue de moins loin, un million de rides, se croisant dans tous les sens possibles , mais si fines qu'elles semblaient tracées avec la pointe d'une aiguille. Son costume consistait en un habit bleu et un gilet de buffle , des demi-bottes extrêmement bien cirées, et une cravate de soie nouée avec une précision militaire. La seule partie un peu surannée de ses vêtements était un chapeau à cornes de dimensions équilatérales , en haut duquel il portait une très petite cocarde. Mistress Dods, accoutumée à juger des gens à la première vue, a souvent répété depuis qu'aux trois pas qu'il fit de la porte à la table de thé elle reconnut , avec certitude de ne pas se tromper , la démarche d*un homme en état de bien figurer dans le monde; < et c'est à quoi » ajoutait-elle *avec un clignement d'œil , » nous autres aubergistes, nous nous trompons rarement. Si un gilet brodé d'or a les poches vides, le gilet de daim tout simple sera le [dus beau des deux. >

Avant d'entamer la conversation sur un sujet quiconque , les trois personnes réunies dans le salon vert dur^t naturellement chercher à savoir en quelle compagnie elles se trouvaient. « Tous êtes sans doute de ce pays , dit le banquier , t désirant forcer ainsi l'étranger à s'exprimer catégoriquement; t pourtant je ne croyais pas que Touchwood fût un nom écossais. — Un nom écossais?... non , répliqua le voyageur , mais on peut avoir voyagé dans ce pays sans y être né. . . — Quoi qu'il en soit , si vous avez connu jadis notre pays , vous ne pouvez qu'être merveilleusement satisfoit des changements que nous y avons faits depuis la guerre d'Amérique... des montagnes ^îouvcrtes de luzerne au lieu de bruyères... les revenus doublés, triplés, quadruplés... les vieux donjons abattus, et les gens demeurant dans d'aussi bonnes maisons que partout en Angl^ terre. — Oui-da! vous avez cru qu'il fallait changer tout, absolument tout... inconstants comme l'eau ; vous avez été comme l'eau, vous ne sortirez pas de vos limites... En vérité, il y a eu plus de changements dans votre misérable coin depuis quarante ans que

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dans les grands empires de l'Orient, mais depuis quatre siècles... J'ai laissé vos paysans pauvres , il est vrai, mais honnêtes et indusr trieux , endurant leur sort en ce monde avec courage, et tournant leurs regards vers Tautre avec espérance... Maintenant, je ne vois que vils serviteurs, regardant. Dieu me pardonne! toutes les dix minutes , à leur montre , de crainte de travailler pour leur maître un instant de trop... Et puis, au lieu d'étudier la Bible les jours dç travail , et d'assister les dimanches aux discussions du ministre sur des points douteux de controverse , ils glanent toute leur théologie dans Tom Payne et Voltaire. »

Mistress Dods approuva fort cette déclamation de l'étranger, et se plaignit que des colporteurs vinssent jusque dans sa maison vendre les vanités du monde à ses servantes , et leur soutirer un argent qu'elles emploieraient mieux à soulager leur père sans ouvrage ou malade.

« Leur père ! continua M. Touchwood : elles ne pensent pas plus à, leur père que Regan et Goneril '. Puis ces brutes sont devenues mercenaires. Je me rappelle qu'autrefois un Ecossais n'aurait pas touché à un schelling sans l'avoir gagné , et pourtant il était aussi empressé à obliger un étranger que Test un Arabe du désert. Dernièrement il m'est arrivé de laisser tomber ma canne pen'iant que j'étais à cheval... un manant qui travaillait à une baie fit trois pas pour la ramasser... je le remerciai; mais mon drôle, remettant son bonnet sur sa tète , envoya au diable mes remercîments , si c'était là tout ce que j'avais à lui donner. — Bien, bien, » répliqua le clerc, qui ne partageait nullement les opinions de ses deux hôtes ; « mais le pays est riche , sans contredit , et la richesse. . . — La richesse ! interrompit M. Touchwood; mais ètes-vous vraiment riches? Vous feites un grand étalage de vos constructions et de votre culture : dans tout cela point de fond, pas plus que la graisse d'un homme corpulent n'indique force et santé. Croyez-moi , ce sont là des signes non de richesse , mais de folié , de folie qui est pauvre , et qui se rend d'autant plus pauvre qu'elle désire paraître riche. Et d'où provient cette ostentation? Monsieur le banquier, vous pourriez nous le dire : on escompte, on escompte sans cesse. Vous n'aviez qu'une banque à mon départ , maintenant le pays n'est plus qu'une grande banque. Dans votre pays on ne fait que courir, trotter, galoper... mousse, écume, fumée! Point de consistance, point de caractère. »

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