CHAPITRE XVI
d'une fièvre nerveuse, et ensuite que sa convalescence était accompagnée d'une telle faiblesse, aussi bien d'esprit que de corps, à ce qu'il semblait, que son utilité, comme compagnon de voyage, devenait absolument nuHe. Peu après, les voyageurs se séparèrent, et Cargill revint seul dans son pays natal , ^'abandonnant , chemin feisant , à une mélancolique abstraction d'esprit , par laquelle il se laissait dominer depuis la catastrophe morale qu'il avait éprouvée. Ses méditations ne furent pas même troublées par la moindre inquiétude sur ses moyens de subsistance , quoique la cessation de ses fonctions seipblàt lèè rendre fort précaires. Mais lord Bidmore y avait prétu j quelque excentrique qu'il se montrât dans ce qui se rattiichait aux beaux-arts , c'était, sous tous les autres rapports, un homme juste et honorable : il ressentait un sincère orgueil* d'avoir tiré les talents de Cargill de l'obscurité , et il lui gardait une reconnaissance convenable pour la manière dont il avait rempli la tâche qui lui avait été confiée dans sa ftxmille.
Sa Seigneurie avait secrètement acheté de la famille Mowbray le droit de nommer un ministre è la cure dé Saint-Ronan , occupée parim très vieux desservant qui mourut bientôt après; de sorte qu'à son arrivée en Angleterre , M. Cargill se trouva nommé à la place vdcante. Mais il reçut avec tant d'indifférence la nouvelle de sa nomination, qu'il ne se serait probablement pas donné la peine de faire les démarches préalables et nécessaires pour son ordination , si sa mère , sdors veuve et dépourvue de moyens d'existence, n'eût pas eu besoin de lui. Il la visita dans l'humble retraite qu'elle occupait dans un des fiiubourgs de Marchthorn ; il l'entendit remercier avec effusion le ciel de lui avoir accordé assez de vie pour voir la promotion de son iils à une charge qui était à ses yeux plua honorable et plus désirable qu'un siège épiscopah... Il rentendit tracer d'avance la vie qu'ils mèneraient ensemble dans Thumble indépendance dont la Providence les gratifiait.... et il n'eut point le courage d'anéantir les espérances et la joie de sa mère en s'abandonnaut à ses sentiments romanesques. Il passa presque machinalement par les formes d'usage, et fût installé dans la cure de Saint-Rouan.
Quoique doué d'une imagination vive, il n'était pas dans la nature de Josiah Cargill de céder à une inutile mélancolie : il chercha ses consolations, non dans la société, mais dans de solitaires études. Sa retraite était d'autant plus complète que sa mère, dont Féducatton avait été aussi modeste que la fortune, se sentait gênée dans
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lie LES EAUX PB SAlNT^tK)NAN.
sa nouvelle dignité : eUe se cojpfennait dcmc sans pme au tf^ d| mx fils qui voulait ne voir p^rsonn^ j d|e p^^aH &W tevaps à »ir-' veiller le, méaage et à éviter de soi» weqK to^s le$ ^^arrtrai 91I auraient pu forcer Josiah à quitter m liv? es. Ma^ lors^pie la viett- ^sse 1^ rendit moins active ; elle se^ mit k résister Que seaa fils fit iqcapaUç de vaquer s^ux ai¥aMre% Npi^érieurea de la wmon i çt 14etia piques n^ots su^f le mariaye.i su^.les inconvénients du eéiy^t. M eç^ admonitions M. Caf«iU n^r#on4it que 4'm^ laiton év^iv^l et iQF&que la vieiU« daopie s'endQçmt d^s le e«mtîère du vittag^^ à un âge assez avs^cé ) il ne sç troikiv£| plus persw^e pour diriger la maison di^ ministre. A ^r^ dire, Joi^ ÇarçiU i|e cbet eba point à la reopiplaeer : il se soiwil patieoM^t à tona kd niacNavâîikMts du célibat ; et ils égalaient au moins poilur lui eeu dtnt M asi^fé le fomeux Mago Pico pendisiot mu étayt de gardon. Son beurre était mal battu et déclaré 9fm mangeable far t€«t te monde, ea^cepté par lui et la fewobe qm le faisait; son lali avait touiomte mai;kvais go&l; on lui volait soè ffuifts et m t^gupes ; enfin ses bas noirs étaient racoiQmodés avec du fil Um et blaiM>/
Mais le ministre ne s'apercev^t de ri^n , car soa espfiH était ee^ e^jipé de cboses^ien diJKrentes. Que m^ jolies lectrkea n*aîlteail pas rendre plus ^pie justice à Jospab» ou supposiçr qu«, commette beau Tébébreu^ da^S; le disert, il demeura victime d'une p^ion malbeureuse ; non. . . il £m4 It^ dire à la bonté du sexe masqtiliA, H n'est pas d'amour sans espoir , si ardeni; et si sinc^rei q^'il soit , qw puisse remplir toute U, vie d'amertume. S feaitqu'â y attespéramm^.. qu-il y ait incertitude.. . qu'il y ait réci|^octté, pour piBimjGttre m tyran des cœurs d'établir un emp^e de km^uer duirée sur un esprit bien constitué , qui désire sa liberté. hQ sou^venir d'Aii^^ta s!éi^ depuis long-temps effiicé de sa mémoire , oubtea il n'y ^n^eait ptef que comme ^ un rêve agréabte , qui laisse* cependant une imprea^ aion mélancolique : il ne s'occupait qu'à recbeiïcber tes fevemm d'une maîtresse çncore plus noble et plus difficile , et cette ma^ tresse unique était la science.
Toutes les heures qu'il pouvait dérober à sea devoirs eçGlësîaai&ques étaient consacrées à l'étude et passées au milieu des livirea; IVKais cette avidité de savoir , quoi^ie balte et intéressante en ettemème , allait à un excès tel qu'elle en devenait moins respeotaUe et moins utile^ : il oubliait y au milieu de ses profondes et minutieo*ses recherches , que la société a de&droits, et que les connaissance»^ qfi'on ne communique à personne sont stériles eonvue te tfésor <Mr
lenit 0m âf «re^ Ses éiseièê at «Mnt ënécm M âtitté imoiitëifieiil ^ ^ podrsolvlé» timir satlsfiitrerânfom* Hnl Ae là «i^ieticé, et ti% tout ^ëiirt dtWf éei i^er» nfi diget d^rttiiûé , éBm pdrtiflent sur déi p|^t6^ lAvài eiifteiix ^'utnèè , et ««rtsiliM ft Tat&iisMtf eut de rfaoti^trie liit^iiië&le 5 èftâs {irotKiettre mteluti àiBnUffd It la sôeiété ea ^ékétàl:
Emef èH dài» d'abstraite» i^eoberehès de tiffts^ètfie et d'Ut*i^è y M. CargMI ^ se tlt»tt fue ^(mr tat èft pet>f ses litres ^ eom traete plusieàrs de eès habitudes Mdièutes qui e%fomi%\\^mm% stttdleox et s61tt«ire am^MisaDterles d« faionâe. La |k>Ilte$se tiàt«relte de ses earaetère aimable en ^ait altérée. No& setiletiiefit il pMsiâM à réitféiire là Q^Hgeiiee pMr sâ tiailetle et son extérieur^ Hfais e&cofe it dethit rbcfmee le |i)às disthtt et le pHis st^et atii abseiieee d'esprit j dafiS 00 état ett les tefti dMette espèee ab^M* A»it. PerscNDiÊe ne eoMmettaft ant^srt de béf ues à regard les iMitiâns auxquels it pelait : e*e^t ainsi ^"^tl hit arrifait totqoùrs de d^atfder ft «me yieme fille des ftoUf elles de son Mari^ oti à \m iSAdme sans eifftnts comment all^t sa jeniie familte ,* enfin , à trtf reiif iÉeonsoiiAle èonflifisnt ie portait soir ^lase , qu'il avait lût-* ifféme eafterrée 4uiifie|ours auparaftaift :. personne ne fut |ama$s » femilier avec les étrangers qu'il voysst poiir la pfeasNère ftSs, et M se rappelâF pltfs dMflièilèÉaent le nom de ses amfis. Le di^tife fidmme eeftfendflfit perpét^eOeûtent les sexes, tes âges, tes proftsskms^ et dpmà un meiadiant avene^ tendait la main ^n demandant Paiimône, on le voyait souvent, comme pour rendre une polfte^, dter son cbapea« et tirer sa révérence^
Parmi ses conii-ères, M. Carg^tl était tour à tour un objet de respect par la profondeur ae soù audition , ou un ^ujet de risée par ses bizarreries. Dans cette derntèro^ circonstance il avait coutume de se soustraire par une brusque retraite au ridicule qu'il avait provoqué >oar , malgré la douceur générale de soi caractère » ses habft«des st^aires avaient» ^iffendré en lui une haine absolue die la cOïi(ratïrc!Wn , et la' saftire d'éfutf i« Fâffieclait bien plus vivement qu'on n'aurait pu le croîre d*ap)f es son caractère si simple. Qusffltàses paroissiens, il leur arrivait souvent, comme enduit bîeii le supposer , de rire aux dépens de leurfpasteur , et parfois, comme le disait mistress Dods , ils étaient plus surpris qu'édifiés de wÈk savoir^ car lorsqu'il expliquait un pacage de la Bible , il ne se rappelait pas toujours qu'il s'adressait à ime assemblée fort igna«»
et souvent il pronom^ait une concio ad clerwn méprise prove*
làjA non de Vopfoeâ que M iaspîrait sa sewifiee i ou du désû^ éé^^
m LES ElUX DE SAINT-RONAN.
montrer, mais de la même distraction qu'eut un jour un théologien Csuneux : préchant devant une troupe de criminels condamnés à mort , il termina son discours en promettant ^x malheureux qui devaient être exécutés le lendemain matin , « le reste de scm sermon à la première occasion. > Mais tout le monde dans le voisinage reconnaissait que M. Gargill remplissait avec exactitude et piété ses devoirs de ministre ; et les paroissiens pauvres lui pardonnaient ses innocentes singularités en considération de sa charité sans bornes. Quant aux plus riches , s'ils se moquaient des distractions de M. Gargill sur quelques objets , ils avaient l'esprit de se rappeler que ces mêmes distractions l'avaient empêché de demander une augmentation de traitement comme tous les autres pasteurs des environs , ou bien d'exiger qu'on réparât sa maison à leurs frais , sinon même qu'on en construisit une neuve. Il est vrai qu*uû jour il voulut faire raccommoder le toit de sa bibliothèque où il pleuvait comme en plein champ ; mais ne.recevant aucune réponse directe de notre ami Micklewham , qui n'était nullensent charmé de la requête et ne voyait pas moyen de l'éluder , le ministre fit tranquillement les réparations à ses dépens , et w donna plus à ses QUaiiles aucun embarras à ce sujet.
Tel était le digne pasteur que notre bon M. Touchwt)od espérait se Concilier par Un bon dîner e€ des vins de choix : mesure excellente en bien 4es eas » mais qui ne paraissait pas devoif réussir cette fois.