‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 110 sur 161 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

mais r^Ièye était un en£mt ^àté , de bonne humeur, de santé faible et dé moyens très ordinaires. Son maître ne put, à la vérité, lui inspirer aucune portion du vif et noble enthousiasme qui oai;actérise Taurore du génie ; mais le jeune lord fit dans chaque branche de ses études autant de progrès que permettait sa capacité. Il comprenait le$ langues savantes, et reteuait aâsez hien les idées principales des auteurs qu'il li3ait. Il cultivait les sciences , ^t pouvait aussi bien classer des coquillages et des mousses qu'arranger des minéfaux. Il dessinait sans goût , mais avec beaucoup d'exactitude]; et quoiqu^il n'atteignît aucune supériorité dans les diverses parties de ses études , néanmoins il possédait assez ie littérature et de science pour employer son temps ^ et défendre contre les tentations une tète qui n'était pas assez forte pour y résister par elle-même.

Miss Àugusta Bidmore, seule fille dé Sa Seigneurie, reçut aussi les instructions de Cargill dans le$ différentes sciences que son père désira lui voir ac(Iuérir, et que Tinstituteur fut capable de lui enseigner. Mais ses progrès différaient autant de ceux de 3on fr^re que le feu du ciel ressemble peu à cet élément grossier que le paysan entasse dans son foyçr fumant. Ses connaissances en littéra** ture italienne et espagnole , ainsi que dans l'histoire ancienne et moderne, sa supériorité dans le dessin et dans tous les arts d'agrément, étaient de nature à enchanter son instituteur, çn même temps qu'elles le tenaient en haleine , de peur qu'à force de progrès heureux et rapides T^coUère ne dépassât le maître.

Hélas I des relations si intimes , dont Les périls proviennent ita plus Aqux et des plus tendres , comme aussi des plus naturels sentiments du ccBur, devinrent fatales à la paix du précepteur. Tous les cœurs sensibles excuseront une faiblesse qui, comme nous rations voir, portait avec elle son propre et sévère châtiment. A la vérité, Cadenus, le oroira qui voudra, nous a assuré que, dans une situation si périlleuse, il conserva lui-même des bornes qui forent malheureusement outre-passées par la pauvre Yanessa, son élève plus passionnée.. ..

StM épfOfrrvr iVêxAft ûéét Il gftftUttriBBOcent plaliir De ? «k i BW lefons «m tiarge atteBtivf '•

i. $^iSi « r«e«Bté en veri ie» aaMuri avec miaf Yvoho^ ^ «9«# lu AtVi de (ki^

Mais Josiah Cargill fut moins heureux ou moins prudent. Sa belle écolière lui devint chère au plus haut degré, avant qu'il aperçût le précipice vers lequel il s'avançait, guidé par une passion aveugle et sans espoir. A vrai dire, il était absolument incapable de profiter des avantages que lui offrait sa position , pour entraîner son élève dans le piège où il était tombé lui-même. L'honneur et la reconnaissance lui défendaient de tenir une pareille conduite, quand même elle^eût été compatible avec la timidité naturelle, la simplicité et l'innocence de son caractère. Soupirer et souffrir en secret , former sans cesse le projet de ne pas rester dans une situation si entourée de périls , et différer de jour en jour l'accomplissèment d*une résolution si prudente » c'était tout ce dont l'instituteur se sentait capable ; et il est permis de croire que la vénération avec laquelle il regardait la iiHe de son patron , et l'impossibilité d'entretenir par la moindre espérance la passion qui le consumait, tendaient à rendre son amour encore plus pur et plus désintéressé.

Enfin , la conduite que la raison lui avait depuis long-temps prescrite ne put être davantage différée. M. Bidmore décida que son fils voyagerait pendant une année en pays étranger, et proposa à M. Cargill d'accompagner son élève ou de se retirer avec une pension convenable, récompense des peines qu'il s'était données. II n'est guère possible de douter du parti qu'il devait choisir; car, tant qu'il était avec le frère , il lui semblait n'être pas entièrement séparé de la sœur. Il était sûr d'entendre fréquemment parler d'Augusta, etde voir quelque partie du moins des lettres qu'elle écrirait à son frère; il pouvait aussi espérer qu'elle ne l'oublierait pas dans ses lettres , qu'elle l'y nommerait « son cher ami , son bon instituteur; » et son âme calme, contemplative, et cependant enthousiaste , voyait dans ces consolations une source secrète de plaisir, la seule que la vie paraissait lui réserver.

Mais le destin lui gardait un coup qu'il n'avait pas prévu. La chance qu'Augusta pouvait échanger sa condition de jeune fille contre celle d'épouse, bien que sa naissance, sa beauté et sa fortune rendissent un tel événement fort probable, ne s'était jamais présentée à son esprit; et quoiqu'il eût bien réussi à se convaincre qu'elle ne pourrait jamais être sa femme , il fut néanmoins terriblement affecté en apprenant qu'elle appartenait à un autre.

Les lettres de l'honorable M. Auguste Bidmore à son père annoncèrent bientôt après que le pauvre M. Cargill avait été saisi

Page 1