‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 113 sur 161 · CHAPITRE XVII. Sl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. Sl

preuve sensible « que la main d'une femme ayait passé par là. » La porte ne tenant plus qo'à moitié sur ses gonds , l'entrée était momentanément déilsnduepar une herse déla)[)rée qu'il fallait déplacer pour obtenir passage. Le petit jardin , qui aurait pu donner un air d'aisance à la vieille maison s'il avait été bien tenu , ne servait qu'à rendre évidente la paresse du jardinier domestique du ministre , espèce d'hommes connue pour ne feirè que la moitié de l'ouvrage : mais on peut dire de celui-ci qu'il ne faisait rien du tout.

En entrant dans la cour, M. Touchwood l'apergut mangeait le peu de fruits qu'avaient produits quelqueè groseilliers rongés de mousse et entourés de chardons. Il l'appela à haut^ voix et lui demanda à voir son maître ; mais le coquin , se sentant pris en flagrant délit , s'enfuit comme un coupable au lieu de répondre à l'appel , et bientôt'on l'entendit conduire , en stiflant , la charrette qu'il avait laissée près d'une brèche de la muraille du jardin.

Dans l'impossibilité de se feire entendre du domestique , M. Touchwood frappa avec sa canne , d'abord doucement , puis plus fort , et ensuite appela , cria , hurla dans l'espoir d'attirer l'attention des personnes de Tintérieur ; mais il ne reçut pas la moindre réponse. Enfin , pensant qu'on ne pouvait commettre aucune indiscrétioa dans une maison si abandonnée et si déserte , il dérangea la herse avec autant de bruit que possible , de manière à se faire entendre s'il y avait àme qui vécûtdansce misérable bâtiment. Tout demeura encore silencieux , et entrant sous un vestibule dont les murs humides «t les dalles brisées répondaient parfaitement au dehoré de l'habitation , il ouvrit une porte sur sa gauche , laquelle , chose merveilleuse , avaitencore un loquet , et se trouva dans le salon en présence de l'individu qu'il venait visiter.

Au milieu d'un monceau de livres , de manuscrits et de papiers qu'41 avait accumulés autour de lui , dans un fauteuil de cuir tout usé y était assis le savant ministre de Saint-Ronan. C'était un homme maigre , sec , déjà d'un certain âge, ayant un teint brun , et dontlei yeux, quoique ternes et un peu égarés, paraissaient avoir été brillants, doux et expressif^. Il avait l'habitude de se laver aussi régulièrement qu'un Oriental; car il avait oublié la toilette et non la propreté. Ses cheveux auraient pu paraître beaucoup plus en désordre si le temps ne les eût éclaircis : il ne lui en restait guère que sur les deux tempes et le derrière die sa tète; sa profession était suffisamment indiquée par les bas noirs qu'il portait, sans jarretières toutefois , et ses pieds étaient fourrés dans de vieux souliers qui lui

114 LES EAPX DK l4IMT-RbNAN.

fienai^pt de p^QtQiifias. Le reste de m Tfttemeiits , ^t-Mîre et qp*oq ep aperoevulj'i eaniîstsiii en une robe de tortan, qm eo^elopçait d^n^ de n^t^ vM% tfm grand et loi>g oorfM maigre , et deiee»dait Jusqu'il^ susdit^ pantoufles. U lii^it a¥ep tant d*attfntiea I9 livre placé devant lui, in-folio d'une taille peu (irdînaire» qu'il ne s'aperçut aucunement 4u bruit qufl Qt M. TQUQl)WQad en entrant , pas plus que des liumf ! fit des beios I pur lesquels Tétranger jugea convenable d'anPWeer ta pr^n^e,

Çm^^ tous ces §ignau]| inarticulés étaient égsleniwt inutiles , If. T9Moliw()iûd , tout çr«n4 Pmfmi qu'il ^tait^du çéréai<ini»1 1 se vit dan^l« nécessité d'fUiqoneer Y^99iix0. qui Taoïepait pour excuser «qh îfpportuuité.

f Hem ! ff Qpeieur. .. bem, bem I f ou» vu; e? 49ifPit yous un boann^ que le manque de soQîété rend matbeureus « et qui prend la liberté de s'adresser à vous eoQwe à nu bon pait^nr > espérant que, par cbarité chrétienne , vous lui pennrttre? de Jouir un peu de Y<Âre société , attendu qu'il est epniiyé de la aienue- »

De ce discours A{. C^rgiU n'entendit guère que les mpta: « Malbeur reui( et cb^rité, • mots qu'il eounaissatt bien , et qui ne manquaiwt ifcuais de produire quelque elfet sur lui. U regarda l'étranger avee ses yeux luornes ; et saut corriger la prewèce opîniw qu'il a? ait fûirinée , quoique l'embonpoû^t et la bonne win^ de rino(Hintt, aoasi l^ien que son babit soîgneuseœent l»*osséy sa canne à pomme loi* s$mte , et surtout son maintien droit et son air content de hii-mémes ^e ressemblassent nullement au eodtume » k la tour mire et aux ma^ nières d'un mendiant , îl iui i^ tranqmUeiAent un scb^ing dans la inain, et rentra dans la méditation atudiet^ qu^ l'entrée de M. Touehwood avait interrompue.

f Sur ma parole, moft bon inonsieuri, » lui répliqua «on visiteur, surpris d'un degré de; distraction qu'il croyait k seipe poi&îble., f vom V0U9 méprepe^^ aksolù^nei^t sur le v¥Aii de im visite. — Je suis £lcbé que mon aumil^ne m^ insuffisapte 1 ooon amii » répondit le qDiBistFe s^s rejever les yeux ; « c'est tQut ce que je pifis tou^ ^ner poui: le n^ment» — ^i voua voulez avoji^ lai bonté de i^ regarder un instant, dit le itoyageur, vou§ ree^oA^tre^ peut-être que vous êtes dans une complète erreur*. ■

M. Cargill leva la tête , appela toute ^Q attention à son ^de, et« voyant devant lui une personne bien mise et d'extérie.ur respeç-* table, il s'écria non sans con&ision : « Ah !... oui... «ur nia p^irol^^i j'étaiis teUemçnt occupé de n^n livre!... ^^eroi$.o je pense que j*«»

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le plaiMr de ^ofr mon élfsné ami, mondenr La?etider? — Point dû teut, inoû^teur CargHI, répliqua M. Toucbwood; je veux vous éviter la peine de ohetefaer à vous souvenir de knoi . . . Vous né tn'avek Jamais vu. Maii^ ({ue je ne trouble jpas vos études... Je ne suis pas pn$$éi, et mon aibire peut attendre votre toisir. — Je vous silis bieii obligé , répondit M. Cargill; aye? la bonté de prendre un siégie, si vous pouvez en trouVer un... J*aî une suite d'idées i retrouver... uu léger caleul à finir... ensuite je s)?rai à vos ordres. » L'étrangeir trouva parmi les meubles délabrés, mais non sans peine, une chaise assez solide pour supporter le poids de son eorps , et s'assit » lés deux nains appuyées sur sa canne , et regardant avec attention son hôte^ qui bi^itOt parut ne plus s'apercevoir de sa présence. Il y eut un long intervàlte de silence absolu , troUblé seulement par le léger bruit que produisait M. Cargili en tournant les feulHets de Tinfolio dont il semblait iaire un extrait, et de temps à autre par une petite exclamation de surprise et d*impatience quand il plongeait sa plume, comme cela se fit plusieurs fois, dans sa tabatière, au lieu de la tremper dans Tencrier qui était à eOté. Enfin , précisément lorsque M. Touehwood commençait à trouver l'aventure aussi ennuyeuse qu'elle était singulière, le îfïavant distrait leva la tète y et dit comme en se parlant à lui-même : « D'Accon, Accor, ou Saint- Jean-d' Acre à Jérusalem , combien de distance ? — Vingt-trois milles Bord-nord-ouest , > répondit l'étranger sans Hésitation .

M. Cargili ne témoigna pas plus de surprise que s'il eftt trouvé la distance sur la carte; et probablement, il ne vit guère par quel moyen il avait obtenu la réponse de sa question ; et ce Ait au sens , de la réponse seulement qu'il fit attention, lorsqu'il répliqua en po^ sant la main sur rénorme volume : « yingt4rois milles 1 Ingniplius et Jeffrey Winesauf ne sont point de éet avis-là. — Alors ils peuvent alierensemble au diable, comme deux ibenteurs, répliqua M. Toucbwood. — Vous auriez pu contredire leur autorité sans employer une pareille expression , > repartit lé ministre gravement.

« Je vous demande pardon , docteur ; mais voudriez- vous comparer ces drdles en parebemin à moi , dont les jambes ont mesuré comme un compas la plus grande partie du monde habité ?

— Vous êtes donc allé en Palestine? « réfrfiqua M. Cargili en se redressant sur son siège et en parlant avec curiosité et intérêt.

« Vous pourriez en foire le serment, docteur , et à Saint-Jean^ d'Acre aussi. Tenez, j'y élair précisément un mois après que Bonaparte eal tiouf é qiK c'était me ncff^ irof dt^re à casser... i'ài ékA

die LES EAUX DE SAINT-RONAN.

a?ec le compère de sir Sidney , le vieux Djezzar Pacha, et nous avons eu un excellent repas.: tout aurait été pour le mieux si on n'eût apporté un dessert de nez et d'oreilles qui troubla ma digestion. Le vieux Djezzar trouva la plaisanterie si bonne qu'à peine auriez*vou8 vu dans Acre un seul homme dont la figure ne fui pa» aussi plate que la paume de ma main..,yentrebleu! je respecte mon organe olfectoire, et le lendemain matin je décampai mm vite que put m'em* porter le plus léger dromadaire qu'un pauvre pèlerin monta jamais. — Si vous êtes allé réellement dans la Terre-Sainte , dit M. Gargill , à qui la galté de M. Touchwood inspirait quelques doutes, c vous serez capable de m'éclairer au sujet des croisade^, r— Elles ne se sont point passées de mon temps ^ docteur. — Vous devez comprendre que ma curiosité ne porte que sur la géographie des eontrées où ces événements eurent lieu. -*- Oh ! quant à cette affaire, vous avez trouvé votre homme : dès qu'il s'agit du temps présent , me voilà. Turcs, Arabes^ Cophtes et Druses , je les connais tous , et je puis vous les faire connaître aussi bien que moi. Sans dépasser d'un pas le seuil de votre porter vous connaîtrez la Syrie tout comme moi-même. Mais un bon service en mérite ua autre; et pour me disposer à vous répondre, il faut que vous soyez assez bon pour dîner avec moi. — Je ne sors que rarement, mou^ieur^ » dit le ministre avec une hésitation marquée , car ses habitudes de solitude et de retraite ne pouvaient être entièrement vaincues , même par Tespérance qu'avaient fait naître en lui les préambules du voyageur; c cependant, je ne puis renoncer au plaisir de passer quelques heures avec un homme qui possède tantd'expérienqe. — Eh bien donc, à trois heures. .. Je ne dîne jamais plus tard, et toujours à la minute... Je demeure à l'auberge en haut de la rue, oà mistress Dods s'occupe en ce moment de préparer un diner comme votre science n'en a jamais vu, docteur; car j'ai apporté des quatre parties du monde les recettes d'après lesquelles il sera préparé. »

Ce traité conclu , ils se quittèrent ; et M. Gargill , après avoir réfléchi ijuelque temps au singulier hasard qui avait envoyé un homme vivant pour résoudre les difficultés sur lesquelles il consultait vainement les autorités anciennes, reprit par degrés la suite de réflexions et de recherches que la visite de M. Touchwood avait interrompue, et bientôt il perdit tout souvenir de cet épisode et de l'engagement qu'il avait pris.

Il en était autrement de M. Touchwood , qui , lorsqu'il n'était pas occupé par des affaires d'une importance réelle, avait Fart,

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