‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 114 sur 161 · CHAPITRE XVII. St · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. St

eoiDine le lecteur peut l'avoir remarqué» de feire beaucoup de fracas pour rien. Dans cette occasion, il ne faisait qu'aller et ircnir dans la cuisine , tant et tant que mistress Dods perdit patience et le menaça d*attacfaer un torchon au pan de son babit, menace qu'il pardonna , vu que , dans tous les pays qu'il atait visités, et dont la civilisation était un peu avancée , les cuisiniers avaient le privilège d'être vift et impatients. Il se retira donc de la zone torrlde du microscome de mistress Dods , et employa son temps à la manière babituelle des oisife, partie en se prcHnénant pour exciter son appétit, partie en regardant Taiguille de sa montre arriver à trois heures. Quand une fois elle en eut heureusement marqué deux, il fit dresser la table dans le salon, bleu « et tâcha de rendre le couvert aussi élégant que possible pour l'auberge de mistress Dods. Cependant l'hôtesse , avec un air civil, mais malin , émettait de temps en temps qudque doute sur l'exactitude du ministre.

M. Tottchwood dédaigna d'écouter une pareille insinuation jusqu'à l'heure convenue : elle arriva , sans M. Cargîll. L'impatient ami^itryon aecorda cinq minutes pour la différence des montres et la variation du temps , et cinq autres pour le délai qui pouvait être nécessaire à un homme allant peu dans le monde. Mais aussitôt que les cinq dernières minutes Âirent écoulées, il repartit pour la mense , ncm paà, il est vrai , aussi vite qu'un lévrier ou un daim , mais avec la {H*éçipitation d'un homme corpulent, stimulé par un bon appétit, et jaloux de ne pas attendre plus long-temps son dtni»*. Il entra sans cérémonie dans le parloir, où il retrouva le digne ministre enveloppé dans- sa robe de chambre, et assis dans son fiiu« teuil de cuir comme il Tavait laissé cinq heures, auparavant. St)n ari^ivée soudaine rappela à M. Cargill un souvenir non distinct, mais général et confus, de ce qui s'était passé le matin, et il se h&ta de s'excuser en disant : « Ah!... vraiment... déjà?... sur ma parole, M. A... a ... je veux dire mon cher aml.^* j'ai peur d'avoir été incivil : j'ai oublié de commander le dîner... mais nous ferons de notre mieux. . . Eppie ! . . . Eppie ! ... »

Ce ne fut ni au premier appel , ni au second, ni au troisième, mais ex fntervcUlo, comme disent les hommes de. loi , qu'Eppie, fille à jambes nues , à figure rébarbative, et à bras rouges, entra et annonça sa présence en disant aigrement : « Eh bien ! qu'est-ce que vous voulez ? — Avez-vous quelque chose dans la maison pour dîner, Eppie? — Rien que du pain et du lait, mais en Donne quantité... que voulez-vous que j'aie? ^ Vous voyez, monsieur, dit

LES EADX es BAIMT4U0NAN.

Garg^ I 91e yeiis altez ttre traité à la pytbâgrorâieiiitft $ maii tous Ht$ voyageur, et voiii avez été heureux par fois de trouver du pua «t du lait. -^ Oui, mais seulement quand ou ne pouvait avoil* rien de pieillenr, répondit M. i ouchwood. Alhms» docteur, je vous é^ manéd pardon , maiis vous- battez la campagne ; c'est moi qui voof ai invité à dtner à Tauberge en haut de la rue , et non vous qui m'avez fait une invitation. -** Mais oui vraiment, je savais bien que j'avais raison. Je me rappelais p^rfeitementque nous devions diner mtsemble : j'en étais sûr, et c'est là le>principaL Allons, mmsi^^ je vous suis. — Ne cbangerez-vous pas de costume ? >;dit M^ Toudiwood , voyant avec surprise que le ministre se disposait à raccoiopagner en robe de diambre; « vraiment I nous aurons tout les eih fiants à nos trousses... Vous aurez 1-air d'un hibou en plein jour, et ilf s'amuseront autour de vous comme des moineaux franos. — h vais m'habiller, répliqua le digne ministre; je vais être prêt ém un instant... je suis réellement honteux de vous £Eiire atleudre, mcMi cher monpieiir... ehl....eh!... votre nom vient de m'échappar. ~ Je me nomme Touchwood, monsieur, pour vous servir; et je ne pense pas que vous ayez encore entendu parler de moi. -^ C'est la vérité... vous avez raison. v. en eUeti... eh bien I mon bon mrasieur Touebstone, voulez-vous me faire l'amitié de vous asseoir un instant, pendant* que je m'occuperai de ma toilette? C'est une ebose bien étrange que nous nous rendions ainsi et^laves de nos corps,. M. Touebstone. 4, l'action dcf les vêtir et de k» nourrir nous eoftte beaucoup dé temps et d^ réflexions, que nous pourrions effi- [rioyer mieux à pourvoir aux besoins de nos écrits immortels. »

M. Touebwood reconnut au fond de son cœur que jamais bramme ni gymnosiophiste n'avait été pla$ loin df» excès de table ôii de toilette que le sage qui se trouvait sMs ses yeux ; mais il donaâ soo assentiment à cette doctrine ^ quoiqu'elle lui parM hérétique, ^utét que de l^ire traîner les choses en longueur , en discutât ee point. Le min&tre ei^ bientôt passé son habit des dimanches , sans autre l)évue que de mettre un de ses bas ânirs à Fentérs ; et JVL Touebwood, aussi heureia que Bosv^ell, qua»id il menait eu triomphe le docteur Jdmson dîner avec Straham et Joba Wilkes» eut le piaisur de se diriger ^vee lui vers raubergé de mistress Dods.

Dans le cours de Taprès-^ner^ ils se familiarisèrent davantage, et Içur familiarité tes conduisit à porter léeiproqd^nest un jugement sur teurs connaissances et leur caractère. Le voya^^r trouva le savant tnip pédant , tsop attacM ii àm systèaaes isrméa dans ta

io]itoâf9 9 ^ dmEquelf il m SQuWi pas resweer i quand mène ils (étaient contredits p^f* 1^ Nmoigoage da Tj^^ëri^ce } en otilra H consf dëra son ^pdiffifreoce absolue pour la qualiM du boire et du mapfrcr coimpe iodigae d'uoe créature raiiopnable , c*est-à*dir6 d'uia boroiUQ qui possède uue eoisioe. Cargill passa , à eet égard > ànx. y ^x de spB nouvel ami , pour ignorant et ioeiviHsé ; néan-* moin^ J'étranger reconnut que e^était un bomme sensé et intelligent, quoique frugal et grand amateur de livres.

P'i)n autre oMé , le ministre ne put s'emptober de voir dans sa uQiiyelle copnaissanèe une espèce d'épicurien » Isisant un dieu de son ventre ; il s'aperçut aussi qu'il nta^quâit de ee qn'œ appelle réduoftiop première i et des manières polies qui distingii^ un bomme bien né , ce dont le ministre était devenu juge compétent par suite du t^nps qu'il avait passé dans le mimde. En outre il ne lui éebappa point que parmi les défauts de M. Toucbwood se trou-* vait celui de la plupart des voyageurs , une légère disposition èexa*" gérer ses propres avetitures, à amplifier ses pro(»*«s exploits. Maie aussi la parfaitct connaissance qu'il avait des meçur^ orientales^ mœurs qui sont encore ce qu'elles étaient au temps des croisades ^ armait un eommentaire vivant aux ouvrages de Guillaume de Tyr» de Raymond de Saint-Gilles ^ aux annales musulmanes d'Albuferagi, et autres bistoriens de c^te époque obscure qui faisaient ahurs le si]yet des études du ministre.

Ifpe $imitié , une liaison du moins , fat dcfie aussitôt formée entre ces deux originaux ; et , à Fétonnement de toute la paroisse ée Saint-Ronan^ on vit le ministre de ladite paroisse s'unir et s'asao«« eier encore une fois à un individu de son espèce ^ appelé par lea paysans te nabab du village. Leurs relations ccmsistaîent en de longues propaedades qu'Us faisaient ensemble, et qu'ils rrafermaieirt dans un espace de terndn limité, comme s'il eÉI été réellement e»» toléré de b^rières. Ils se présumaient, suivant les circonstaiees « sm un^ tarasse qui se trouvati au bas du village ruiné, ou mt l'ea^ planade devant le ebàte«a; et dans l'un ou l'autre d^ eés eas> Il loiiiigiienr du tevraia qu'ils parcourai^t n'excédait guère une een* taine dopa». Parfois^ aussi , mm rarement, le ministre prtageatft }e repa^ de M. Tou^hwood, quoiqu'il fôt m^insspl^ide (jœ kl premier $ car, comme l'orguemeux propriétaire d^ la eoupe d'CHS dans l'Ermite de ParneU ,^ il était

ÏO«|«ff»to Mm^fpni, litlil^»^«( «IpiM 4» friA^^

m LES EAUX DE SAINT-RONAN.

Dans ces occasions leur entretien n'avait pas cette régularité et cette suite qui se remarquent entre ce qu'on appelle ordinairement des hommes de ce monde : au contraire , Tun pensait souvent à Saladin et à Richard Gœur-de-Uon , quand Tautre parlait de Hyder<^ ili et de sir Eyre Coote. Néanmoins Fun parlait et l'autre semblait écouter, et peut-être les légères relations de Société, qui n'ont d'autre objet que l'amusement , ne peuvent reposer sur une base plus solide.

Un soir, le docte théologien s'était assis à la table hospitalière de M. Touchwood, ou plutôt à celle de mistrèss Dods , pour prendre une tasse d'excellent thé , le sfcul plaisir des sens pour lequel M. Cargill conservât encore un faible , quand une carte fut remise au nabab,

« Monsieur et miss Mowbray recevront compagnie à Shaws- Gastle , le vingt de ce mois , à deux heures. Déjeuner ; habits de caractère ; tableaux dramatiques. > — < Recevront compagnie ! ils sont plus que fous , » continua-t-il par forme de commentaire. « Recevront compagnie!... les phrases bien choisies sont toujours re^ cimmandables... et ce morceau de carton a pour but de faire sa- TOtr qu'on peut aller se joindre à tous les fous de la paroisse si l'en en a la fontaisie... Dans mon temps, on priait un étranger de vous accorder l'honneur ou le plaisir de sa compagnie. Je suppose que nous aurons dans ce pays le cérémonial de la tente d'un Bédouin , où chaque coquin d'hadgi, avec son turban vert, et en guenilles , entre sans en demander la permission , et enfonce sa patte noire dans le plat de riz , sans autre apologie que salant alicum. Habits de caractère! tableaux dramatiques^ quelle nouvelle folie est-ce là? mais qu'importe?... Docteur, docteur... mais il est dans le sixième ciel... Mère Dods! vous qui savez toutes les nouvelles, s'agit-il de la fête qui a été remise jusqu'à ce que miss Mowbray fût mieux portante? — C'est cela même, monsieur Touchwood... Ils n'ont pas le moyen de donner deux fêtes, en une saison... Ils ne sont peutêtre pas trop sages d'en donner une... mais c'est leur aflfisiire. -f^ Docteur! docteur!... le diable l'emporte... il charge les Musulman? avec le vaillant roi Richard... Docteur, connaissez*vôus les Mowl^ay? — Pas particulièrement , » répondit M. Cargill, après un moment de silence. « C'est l'histoire ordinaire d'une grandeur qui brille dans un siècle , et qui s'éteint dans l'autre. Je crois que Camden raconte que Thomas Mowbray, grand-tnaréchal d'Angleterre, hérita de cette haute charge ainsi que du duché de Norfolk , comm«

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