‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 13 sur 161 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans sa vallée natale de Douglas. Quant à moi, je ne Suis que le pauvre Aymer de Valenee , sans un acre de terre > sans grande es«pérance d'en jamais posséder un seul , à moins qu'avec mon large sabre je ne me taille un domaine au milieu de ces montagnes. Seulement, bon ménestrel, si tu vis assez pour conter un jour mon histoire, puisse te prier d'être Adèle à ta scrupuleuse habitude de rechercher la vérité? Que je vive long-temps ou meure bientôt, tu n'apprendras jamais que ta vieille connaissance d'une matinée deprintemps ait ajouté aux lauriers de James Douglas en cédant Iftcbement devant lui. — Je ne redoute rien de vous , sir Aymer , le ciel vous a doué dé cette chaleureuse énergie qui convient à la jeunesse d'un noble chevalier,. Dans un âge plus mùr cette énergie se changera en prudence : puisse une mort prématurée ne point priver votre pays de ses conseils ! r— Es-tu donc si simple que de souhaiterà la vieille Angleterre les sages avis de la prudence , quoique tu^ prennes dans la guerre actuelle le parti de l'Ecosse ? — Assurément , sire chevalier , en souhaitant que l'Angleterre et FEcossè connaissent chacune leur véritable intérêt , je désire aussf qu'elles soi^t également heureuses ; et je crois que , pour atteindre ce but , elles devraient songer à bien vivre ensemble. Occupant ishacune leur portion de la même lie , vivant sous les mêmes lois, en paix l'une avec l'autre» elles pourraient, sans crainte, braver la haine du. monde »tier. — Avee des opfaiions aussi larges (et ce sont celles d'un honnête homme) tu dois prier Dieu , sire ménestrel, d'accorder aux Anglais un triomphe véritable , qui leur permette de terminer cette guerre sanguinaire et de dicter une paix solide. Les rébelliims de ce peuple obstiné ressemblent aux vains efforts du cerf lorsqu'il, est blessé : le pauvre animal devient de plus feible en plus £sdble à mesure qu'il redouble d'efibrts jusqu'à ce qu'enfin la maia de la mort vienne terminer la lutte. — Hou pas , sire chevalier ! si je ne me trompe , nous ne devons pas adresser au ciel cette prière. Nous pou- . vons , sans ollenser Dieu , dire , quand nous prions , le but que nous voudrions atteindre; mais ce n'est pas à nous , pauvres mortels , de désigner à la Providence , qui voit tout , la manière précise dont nos vœux doivent être accoasplis , ni de souhaiter la ruine d'un pays pour mettre fin aux révolutions qui le tourmentent , de même que le coup de grâce termine l'agonie du cerf blessé. En consultant mon cœur et ma raison , il me semble qu'on ne doit demander au ciel que ce qui est juste et équitable \ et si je redoute* pour toi , sire chevalier , upe rencontre avec James d^ Douglas , c'est uniquement parce qu'il me

LX GBâTKAU DiJI«BlUIUX« • S

SI LE CBAmàX! BAiiaEREUX.

ptratt eembattro pQup la bODne pauta , et foa dm ^liMMti laAii^ mainefi lui ont présagé la sueais. r- Oiey^rvous bim ma parier d« 1% nirta, «ira méâa^tpel, ■ l'écvia da Valanaa d'ua tpn laeaafafit» « lorsqiia vaut lavai qui ja mto , at fual pasta j'oaoupa I ^ Vatre Hgailé perQODnella ai ?oi»a putavité , répliqua Baripan, na pauvaut abaogar la biau an flfial » ni ampèaher qua lai déoraf e da la ProvidfiuisB na ft-axéauiant. Voua sayai , ja la présume y que Douglas , au moyen de diffiépants stratagèaauBs , est déjà parvenu à s'^mparav tms fois du chkteau. Voi^ sa? ai aussi que sip John da Waltan , la gou* liarnaur actuel » rocaupe avao une garnison triple en foroas : il lui a été proniis que si, sans sp laisser surprendra , il peut s'y maintenîp malgré les e|brts des Ecossais ppndant une année at un Joup , il ^-tiendrii pour récompensa la (ibra propriété de rimmanse baronnia de Douglas. Si, au t^ontpaira, pendant ce même espace de temps, il laisse reprendre cettp forteresse, soit par ruse soit par force ouirerte , comme la chose est sueeaisivement arrifée à tous les gou* vamaups du Château dangereux , il pourra être dégradé comme chef aller , et prosepit eomma sujet : les oftcicps qui se renfermeront avec lui dans le château , et qui lerviront sous ses ordres, parta»* garent aussi sa gloire eu son ebàtiment. •-* Je sais tout cela; et Je m'ittonne ^ulement que , def anuas publiques , cas conditions soient répétées ai^ec tant d'exaolitude. Mais quel rapport peut avoir ceci avec Tissue du aembat , si le hasard voulait que Douglas et moi nous nous pcneontrasslonsf Je ne serai certainement pas disposé k combattre afcc moins d'ardeur parce que je porte ma fortune à la poiiite de mon épée , ni k devenir un lâche parce que je combats pour une partie des demainas de Douglas , aussi bien que pour la rraommée ei la glinre. fX après tout... — Ecoutez! un ancien raàiestrel a dit que dans une injuste querelle il n'est pas de véritable courage : IIIlustration qui en revient, mise en balance avec une honnête renommée , n'a pas plus de valeur qu'une ehatne de cuivre comparée k une chaîne d*or pur. Mais Je vous prie de croire que je ne garantis rien âan$ cette importante question. Vous savez comment James de Thirlwall, le dernier commandant anglais, avant sir John de Walton , fut surpris dans le château , et comment le château fut saccagé ai) milieu des actes de la plus révoltante barbarie. — Je crois que toute l'Ecosse et toute rÂngleterre ont entendu parler de cette boucherie et de rinfkme o<mduite du chef éjcossais , qui fit transporter au milieu d'une forêt l'or , l'argent , les munitions , les armes et tout ce qu'il était possible d'enlever y et détruisit tout le reste des nrovi*

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«foiM â\iM «HAtére Aussi horribla qo*iQM|6. •«- Pèutrètre, gfre ehe-* talier, av62*?ou$ été iëmoin ootilafra de oette a?entiire qoA a ftiit tant de bruit; peut-être avex-vom vu le |«i«l^in«n^«r de Dou* glas. — Je fi*ai pas précisément fu les brigands aeeomplir leur lumtettse destruetiou ; mais J^ai assez aperça leurs traees , pour ae Jamais oublier le garde^nanger de Douglas, et pour en garder toujours un soutenir d'horreur et d'abominatiOQ. Je vais ?ous raconter ee fait avec vérité , par ta main de mon père et par mon honneur de chevalier ! Je vous laisserai a juger ensuite si c'était une action propre à concilier la feveur du ciel à ceux qui en ftirent les auteurs. Voici la version que Je puis donner de cette histoire.

« Pendant deux années ou environ, une grande quantité de provisions avait été réunie de différents poinU : le château de Douglas, nouvellement réparé, et, comme on le croyait, soigneu^ smient défendu, fut désigné comme l'endroit ou ces provisions de>vaient être mise» en magasiii pour le service du roi d'Angleterre ou de lordClifford, lorsque Tun ou l'autre pénétrerait dans les Marches occidentales avec une armée anglaise. Cette armée devait aussi nous prêter assistance , Je veux dire à mon onele , le comte de Pembroke » qui, quelque temps auparavant, s'était jeté avec des ibrces considérables dans la ville d'Ayr, près de la vieille ixH^êt calédonienne , oà nous avions de chaudes escarmouches avec les Écossais insurgés. Eh bien I sire ménestrel , il arriva que Thirlwall , tout brave et tout hardi soldat qu'A était. Ait surpris dans le château de Doi»- 1^ pendant la sainte messe , par ce même digne jeune homme » votre James Douglas, il n'était nullement de bonne humeur» comme vous le pouvez croire : son père , qu'on nommait Wittiamr le-Hardi, ou William Longues^Jambes, ayant refusé de reconnaître le roi d'Angleterre à quelque condition que ce fût, avait été privé de sa liberté, et il venait de mourir dans une étroite prison à Berwick, ou , suivant d'autres, â Newcastle. La, nouvelle de la mort de son père avait jeté le jeune Douglas dans une rage épouvantable ; et ce fût certainement sous cette influence qu'il accomplit son étrange action. Les immenses provisions qu'il avait trouvées dans le château Tembarrassaient beaucoup , ne pouvant , ea présence d'une armée anglaise, ni les emporter, ni les iisire consommer par sa petite troupe : dans cette perplexité , le diable Je pense, lui inspira un moyen de les rendre à jamais inutiles.

« Vous jugerez par vous-même si une pareille idée lui fut suggérée par un bon esprit ou par un génie infernal.

« Pour «xécuter son projet, après que Tor, Targent et tous les effets précieux qu'on pouvait emporter eurent été conduits en lieu sur, Douglas ordonna qu'on descendit les provisions de bouche., la viande, le blé, l'orge et les autres grains dans la cave du ch&teau : faisant vider le contenu des sacs péle-méle, il défonça les tonneaux et les barils , et laissa les liquides couler sur la viande , le grain et les autres provisions qu'il avait amoncelées. Les bœufs qu'on avait amenés aucbâteaupour la nourriture des soldats anglais furent éyentrés dans la cave, et leur sang alla se mêler à cet amas monstrueux. Enfin, il fit couper les bœufs par quartiers, et les jeta également dans ce hideux mélange : il y ajouta les cadavres des défenseurs du château qui , tous immolés impitoyablement , payèrent bien cher le tort de n'avoir pas fiait meilleure garde. Cette ignoble et indigne manière de détruire des provisions destinées à nourrir des hommes, et l'ordre que James donna de faire jeter dans la fontaine du château des cadavres d'hommes et de chevaux, ainsi que d'autres ordures propres à souiller l'eau : voilà ce qui a donné lieu, depuis lors , à cette locution : « Le garde-manger de Douglas. > — Je ne prétends pas, sire Aymer, dit le ménestrel, défendre une action que vous flétrissez très justement, et je ne conçois aucun moyen de rendre profitables à des chrétiens les provisions du garde-manger de Douglas. Peut-être, néanmoins, ce pauvre jeune homme a-t-il été poussé à une pareille conduite par un ressentiment naturel qui rend son singulier exploit plus excusable. Songez-y, si votre noble père venait de mourir dans une longue captivité , si votre château était pris et occupé par une garnison d'ennemis , d'étrangers , tous ces malheurs ne pourraient-ils pas vous pousser à un mode de vengeance que , de sang-froid et en songeant uniquement qu'il a été employé par un ennemi, vous considérez avec une horreur bien naturelle et même louable? Respecteriez- vous, dites-moi, des objets qui n'ont ni vie ni sentiment , que personne ne vous blâmerait de prendre pour en faire votre profit ? et même auriez-vous scrupule de refuser quartier à des captifs , chose qui arrive si souvent dans des guerres qu'on appelle néanmoins loyales et humaines? — Vous me pressez vivement, ménestrel, répliqua Aymer de Valence. Quant à moi, je n'ai pas grand intérêt à excuser Douglas dans cette affaire, puisque par suite, moi-même et le reste des troupes de mon oncle , nous avons travaillé avec Cliflford et son armée à rebâtir ce ch&teau dangereux , et que , ne nous sentant aucun appétit pour le ragoût que Douglas nous avait laissé , mu»

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