‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 140 sur 161 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

pas VOUS instruire de cette circonstance. Un i^it entre autres dénoté son caractère , et me confirme dans l'opinion qu'il redoutait beaucoup mon retour en Angleterre. Il a trouvé moyen, par Tintermé-diaire d'un misérable agent qui > du vivant de mon père , avait coutume de m'envoyer mes remises , de retenir celles qui m'étaient nécessaires pour revenir du Levant , et j'ai été ibrcé d'emprunter à un ami. — Vraiment? c'est la première fois que j'entends parler de ces papiers... Puis-je vous demander où sont les originaux, et entre les mains de qui? — Je me trouvais en Orient lors de la dernière maladie de mon père , et ces papiers ont été déposés par lui dan» une respectable maison de commerce avec laquelle il était en rapport ; il les avait cachetés sous double enveloppé. Tune portant mon adresse, et l'autre celle du chef principal de cette maison. — Vous devez sentir que je ne puis prendre aucune décision relativement à Voffre extraordinaire qu'il vous a plu de proposer ; à savoir : de renoncer aux prétentions fondées sur ces documents , à moins que je n'aie été préalablement à même de les examiner. — > Vous ne tarderez pas à les connaître... je vais écrire qu'on me les envoie par la poste... ils ne forment qu'un petit paquet. —Voici donc (pii résume tout ce qu'on peut dire ^ quant^à présent... supposé que ees pièces fussent d'une authenticité inattaquable, je conseillerais cértainem^t à mon ami Etherington de couper court à des prétentions aussi fondées que les vôtres , au risque même de renoncer à sa stipulation matrimoniale. Je présume que vous avez dessein de persister dans votre offre? — Je n'ai pas l'habitude de rétracter ma parole, » répliqua Tyrrel avec une espèce de hauteur.

€ Nous nous quittons amis , j'espère, > dit Jekill , en se levant et en prenant congé de Tyrrel. — Pas ennemis, certainement, capitaine , capitaine Jekill ; je vous avouerai que je vous dois des remerciments pour m'avoir tiré de cette ridicule affaire aux Eaux..^ rien n'aurait pu me gêner plus que l'obligation de pousser jusqu'au bout cette sotte querelle. — Vous reviendrez donc nous y visiter ? — A coup sûr je ne désire pas avoir l'air de me cacher 5 c'est une circonstance qu'on pourrait tourner contre moi.... J'ai un ennemi qui sait profiter de tous les avantages. Je n'ai qu'un sentier à suivre , capitaine Jekill, celui de la vérité et de l'honneur. »

Le capitaine s'inclina et sortit. Aussitôt après son départ, Tyrrel ibrma à clef la porte de laehambre; et, tirant de son sein un portrait, il le contempla avec un mélange d'affliction et de tendresse, et les larmes tombèrent de ses yeux.

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C'était le portrait de Clara Mowbray, telle qu'il l'avait coonue au temps de leur jeune amour ; les traits de la séduisante jeune fille pouvaient encore se retrouver maintenant sur la jolie figure de roriginal. Mais qu'étaient devenues les vivoi oouUurs qui avaient embelli ses joues? Qu'était devenu cet enjouement miiin qui pétillait malgré elle dans ses yeux? et le joyeux contentement qui donnait à toute sa physionomie une expression ravissante? Hélas! tous ces cbarmes s'étaient depuis long- temps évanouis!

< Quelle catastrophe! s'écria-t-il , et tout cela est Touvrage d'uo misérable. Puis-je mettre la dernière main à l'œuYre , et devenir i'histrument de la justice divine? Je ne le puis !..• Je resterai ferme dans la résolution que j'ai prise...» je sacrifierai tout, rang, posi* tion, fortune et renommée, yengeanoe même!... Oui, la vengeance , dernier bien qui me reste , je la sacrifierai pour assurer i Gara le repos dont elle est encore capable de jouir! »

Il s'assit dans cette détermination, et écrivit une lettre i la mai* son de commerce où les documents concernant sa naissanee et les autres pièces étaient déposées : il demanda que le paquet qui lei contenait lui fût transmis par la poste,... Tyrrel n'était ni sans mr bjtion ni sans ce désir de considération personnelle qui accompS'* gne souvent une profonde sensibilité et un esprit ardent. Ce fot d'une main tremblante, mais avec un cœur fermement résolu » qu'il cacheta et envoya la lettre , premier pas vers la renonciation en br veur de son mortel ennemi , de ce rang et de cette position dans le monde qui lui appartenaient par droit d'héritage , et qui étaient restés si long-temps incertains entre eux.

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