CHAPITRE XXIX
s'arrêta à ce mot , comme s'il lui en eût coûté bewcoup pour le pronoDcer, et coiïtinua ensuite. < Non , monsieur , je ne suis guidé dans cette affaire par aucun motif d'intérêt personnel. J'ai depuis long-temps renoncé à tout. . . mais je ne soullirirai pas que Clara Mowbray devienne la femme d'un... je veillerai sur elle avcQ des pensées aussi pures que celles de son ange gardien. J'ai été cause de tous les malheurs qu'elle a éprouvés... C'est moi qui d'abord Tai engagée à quitter le chemin du devoir... c'est donc moi qui dois la retirer de. l'abime... Je ne croirai jamais que, jouissant de sa raison et dun esprit calme, elle ait pu consentir à écouter cette proposition... Mais son esprit, hélas! n'est plus aussi solide qu'autre-, fois : et votre ami sait bien comment presser le ressort qui peut, l'agiter et l'alarmer. Des menaces de publicité peuvent extorquer son consentement à cet abominable mariage, si elles ne la poussent pas au suicide : et c'est par là que tout finira très probablement. Je serai donc fort pour remédier à sa faiblesse. Votre ami, monsieur , doit dépouiller ses propositions de leur feux éclat. J'éclaù-e-. rai M. Mowbray de Saint- Ronan relativement au titre et à la fortune de celui qui vous envoie ; et j'espère qu'il protégera sa sœur contre les tentatives d'un vU scélérat , quoiqu'il ait pu se laisser > éblouir par une alliance avec un riche pair. — Votre cause , mon» sieur, n'est pas encore gagnée ; et quand elle le serait , votre frère conserverait encore d'assez grandes richesses pour épouser une femme qui vaudrait mieux que miss Mowbray , avec son beau domaine de Nettlewood , dont ce mariage doit le rendre possesseur: Mais je voudrais faire quelque accommodement entre vous, s'il était possible. Vous déclarez, monsieur Tyrrel, mettre de côté tout inté« rêt privé, toute vue personnelle dans cette affaire, et ne considérer absolument que la sûreté et le bonheur de miss Mowbray. — Tel est, sur mon honneur, l'objet exclusif de mes soins... je donnerais tout ce que je possède au monde pour lui procurer une heure de
repos Quant au bonheur , elle ne le connaîtra jamais. — Vos
prévisions sur le malheur futur de miss Mowbray sont , j'imagine ; fondées sur le caractère de mon ami. Vous le regardez comme un homme sans principes , et , parce qu'il a mieux réussi que vous dans une intrigue de jeunesse , vous concluez que maintenant , dans un âge plus avancé et plus calme , le bonheur de celle à qui vous prenez tant d'intérêt ne doit pas lui être confié ? — Je puis avoir d'autres raisons , » réplicpia Tyrrel vivement ; « mais celles quQ vous avez énoncées suffisent pour autoriser mon intervention;
m LES EAUX DE^SAINT RONAN.
^Bk bleik âéfte, si je vous proposais quelque arraÉgmiait d'Uprès cdtte basé ? Lord étberin^ton n'a pas l'ardeur d'un amast ,* il vit beàoeoup dans la monda ot d&ire na pas le quitter. La santé de oaias Mowbray est dëlioàte, son humeur changeante , et la retraite serait probaMement de son ohoix... Supposeï qu'un mariage entre deux personnes placées dans nue telle position devint nécessaire ou atantageux pour l*une ou pour Tautre. .. supposez que ce mariage dftt assurer à l*une des parties contractantes un patrimobie considérable, et garantir l'autre des conséquences d'une triste publicité .* ce double avantage pourra s'obtenir par la pure formalité d'une eérémonie. Il pourrait y avoir un contrat préalable de séparatioD avec l'assurance d'un revenu convenable pour la dame , et stipula* tfon de la part du mari de renoncer à vivre jamais avec elle. De pareilles choses arrivent chaque jour , sinon le jour même du mariage, du moins avant que la lune de tniel soit passée. Miss Clara aurait ainsi richesses, liberté , et le titre même qu'il vous plairait de loi laisser en supposant vos réclamations fondées. »
Suivit un long intervalle de silence, pendant lequel franeis changea plusieurs fois de physionomie. Jekijl , qui rexaminail avec attention j ne le pressait pas de répondre. Enfin il répliqua : « Votre proposition renferme beaucoup de motifs qui pourraient noe tenter d'y accéder , comme iin compromis par lequel la tranquillité future de miss Mowbray serait en quelque sorte assurée t mais je me fierais plutôt à un serpent venimeux qu'à votre ami. En outre, je suis certain que la malheuraise Clara ne survivrait point s'il loi allait contraeter une pareille union , quand même elle ne devrait passer avec lui que le moment de paraître à l'autel. Il y a encore d'antres objections... * ' U se contint , pais continua d'un ton calme : <" Vous pensez peutêtre que j'ai des vues d'intérêt personnel dans cette affaire ) et vous pouvez vous croire autorisé à concevoir envers moi les menâtes soup* gons que je forme à l'égard de toute proposition venant de votre ami... Je ne puis combattre ces fâcheuses impressions qu'en agissant avec honneur et franchise, et c'est dans un tel esprit que je vous fais à vous-même une autre proposition. Votre ami est attaché au rang , à la fortune , aux avantages du monde , dans la proportion ordinaire du moins où ils sont recherchés par le commun des hommes... Vous m'accorderez ce point, et je ne vous offlens^aipas en supposant qu'il le soit davantage. — Je connais peu de gens qui ne désirent pas de tels avantages , et J'avoue fraiH^hement que, sous Q» rawcNr(, fl n'ifi^te aucunement une indiflérenee pbUosû|^qpi0«|
^ Soft , k vrat dire la propoiition que roui vénei de me Hàn itt* dtqtie que Ift prétendue réclaination à la mam de eette Jeune damf est diotée par des mnUh d'intérêt , puisque yous pensez que YOtri ami se contenterait d'une séparation complète dès le Jo^ même et son mariage , pourvu toutelbis qu'on lui assurât la possesslcm du domaine de Nettlewood. *^ Mon ami ne m'aTait pas autorisée fiiirè eette proposition ; mais il est inutile de nier que J'ai pu vous domier à penser que iord Etherington n'est pas un amant passionné. -<* C'est bien. Considérez ceci , monsieur» et que votre ami y pense sé« rieurement t le titre et la fortune qu'il possède aujourd'hui dépendent de ma volonté et de mon plaisir... û je feis valoir les droite dont ce papier vous donne une idée , il lui faudra descendre du rang de comte à celui de roturier, il lui Ihudra perdre )a meilleure moitié de sa ferbme... perte qui serait loin d'être compensée par le do^ maine de Nettlewood » m supposant qu'il en devint possesseur , ce à quoi il ne pourrait parvenir qu'au moyen d'un second procès, in-» certain dsns son issue et très déshonorant par son essence même» -^Bîen, moifôieur ; j'entrevois la valeur de votre aliment. . . Quelle est votre proposition? ^ Que je m'abstiendrai de fiiire valoir mes prétentions à ce titre et à ces biens . . . que je laiss^*ai Yalentin Bulmer en possession du rang qu'il a usurpé et des ricbe^es qu'il ne mé* rite pas... que je m'engagerai, sous les peines les plus rigoureuses » à ne le troubler jamais, à condition qu'il cessera de tourmenter Clara Mowbraf, soit par sa présence, soit par lettre, soit enfin par l'intervention d'un tiers, et qu'il sera désormais pour elle comme s'il n'existait pas* -^ C'est une offre bien singulière ; puis-je vous de-* mander si vous la feites sérieusement ? -«« Je ne suis ni offensé ni surpris de celte qiwstion; Je suis unhomme, monsieur, comnle tous les au* irep, et je n'aiiiscte pas un dédain complet pour ce qat tout le monde d^re... savoir , une certaine considération, un certain rang dans la société. Je ne suis pas un fou assez romanesque pour mécionnaiire la grandeur du sacrifice que je veux foire. Je renonce à un rang qui m*est et qui doit m'éti^ d'autant ^us précieux quil intéresse (et il rougit à ces mots) la réputation d'une mère honorabte... d'autant plus qu'en omeltsôit de le réclamer , je désobéis aux ordres d'un père mourant , qui désirait que je publiasse aux yeux du monde le re* pentir qui peut*-étre Ta précipité dans le tombeau , repentir dont ii pouvait considérer la publicité comme une expiation de ses fautes* Je de8cen(b de mon plein gré du rang élevé que j'occupe dans le mande n^our devenir w exilé sans nom; car» we finseertaîQ fue
k^epos de Qara Mowbray est assuré , rAngleterre ne me verra plus. Tous ces sacrifices, je les fais, monsieur, non par suite d'un moment d'enthousiasme exagéré , mais en appréciant tous les avantages auxquels je renonce... j'y renonce cependant très volontairement pour épargner de nouveaux malheurs à une infortunée à qui j'en ai déjà occasioné trop , beaucoup trop. »
Sa voix foiblit en dépit de ses efforts, lorsqu'il terminait- cette phrase ; et pour cacher une grosse larme qui s'échappait de ses yeux , il se tourna un moment vers la fenêtre.
c Je suis honteux de cet enfantillage, » dit-il en revenant vers le capitaine Jekill ; « s'il vous semble ridicule , monsieur , que ce soit du moins une preuve de ma sincérité. — Je suis bien loin de concevoir une idée semblable , > répliqua Jekill d'un ton respectueux... (car, dans le cours d'une vie remplie par toutes les folies de ce qu'on appelle le beau monde , son cœur ne s'était pas encore complète^ ment endurci). . . « j'en suis bien loin.Yous ne pouvez vous attendre que je réponde sur-le-champ à une proposition aussi extraordinaire que la vôtre : je vous ferai seulement observer que le caractère de la pairie est indélébile , et ne peut être ni quitté ni pris à plaisir. Si vous êtes réellement comte d'Ëtherington , je ne vois pas comment votre renonciation à ce titre pourrait profiter à mon ami. — A vousmême , monsieur, elle ne profiterait pas, ^ répondit Tyrrel gravement, c parce que vous dédaigneriez d'exercer un droit et de porter mi titre qui ne vous appartiendraient pas légalement. Mais votre ami n'aura point tant de scrupules , s'il peut jouer le rôle de comté aux yeux du monde : il a déjà montré que sa conscience et son honneur sont aisément satisfaits. — Puis-je prendre copie de cette note qui contient la liste de vos titres pour la communiquer à mon commettant? — Cette note est à votre service, monsieur, gardez-la, ce n'est qu'une copie... Mais le capitaine Jekill, » ajouta-t-il avec une expression sardonique, c n'est qu'imparfaitement, à ce qu'il me semble , dans les confidences de son ami... Il peut être sûr que son commettant connaît, à une virgule près, le contenu de ce papier, et qu'il possède des copies exactes des pièces qui s'y trouvent mentionnées. — Je ne crois pas la chose possible , » dit Jekill d'un air mécontent. — Elle est non seulement possible, mais certaine. Mon père , peu avant sa mort , m'envoya , avec l'aveu touchant de ses erreurs , cette liste de pièces , et bi'informa qu'il avait fait une pareille communication à votre ami. Qu'il l'ait réellement faite, je n'en doute pas, quoique M. Bulmer ait pu juger convenable de ne