CHAPITRE XXXn. Wt
m'aiirait peat-ètre rendue semblable à raninial qai meurt sans peine sur la prairie où il trouvait sa chétive nourriture. Mais , hélas ! je suis née pour un sort plus éleyé ; et ce souvenir fsit de ma situation présente... de ma honte... de ma pauvreté.. • de mon infihmie... de la vue de mes entants expirants... de l'approche de la mort... un avant-goût de Tenfer. >
La dignité delady Pénélope fut ébranlée par un si eifrayant exorde. Elle tressaillit, elle frémit , et, pour la première fois de sa vie peut*étre , elle éprouva le besoin véritable de porter son mouchoir à ses yeux. Lord Etherington aussi se sentit ému.
« Bonne femme* dit-il, soyez sûre que Je prendrai soin de vos enSsmts, que je veillerai à vos besoins, et puisse vos diagrias en être allégés! -*- Dieu vous bénisse , » répondit la pauvre femme en jetant un regard sur les malheureux enfants couchés à côté d'elle , c et puissiec'vous * • ajouta-t-elle après un moment de silence , c mériter la bénédiction de Dieu : car il la donne en vain à celui qui n'en est pas digne. »
Lord Etherington éprouva peut-être un remords de conscience , car il reprit avec un peu de précipitation : • Bonne femme , si vous avez réellement quelque chose à me déclarer, en ma qualité de magistrat, ne tardez pas... il est temps d'améliorer votre situation, et je vais donner l'ordre qu'on prenne de vous les soins nécessaires. . «--Encore im moment, dit-elle $ laissez-moi décharger ma conscience avant que je quitte la terre : aucun secours hmnain ne saurait prolonger ma vie. Je suis née dans une condition honnête... ma honte n'eil est que plus grande. . . J'ai rei^u une bonne éducation... ma feute n'en est que moins excusable... J'étais pauvre, à la vérité, mais je ne sentais pas les maux de la pauvreté; je n'y pensais que quand ma vanité me créait des besoins factices et dispendieux; car, pour des besoins réels , je n'en connus jamais. J'étais la compagne d'une jeune parente d'un rang plus élevé que te mien; elle était ^'une telle bonté qu'elle me traitait comme sa sœur, et qu'elle aurait partagé avec moi tout ce qu'elle possédait sur la terre. Je ne sais si je pourrai continuer mon récit... ma g<N*ge se serre quand je pense comment j'ai récompensé cette tendresse de sœur... J'étais plus âgée que Clara... j'aurais dû la diriger dans le choix de ses lectures ^ éclairer sa raison : mais mon penchant me portait à ne lire que ces ouvrages qui , bien qu'ils outre-passent la nature , séduisent l'imagination. Nous lûmes ensemble ces livres extravagants, jusqu'à l'heure oà> en nous forgeant un destin ro-*
manesque, nous nous précipitâmes dans un labyrinthe de funestes aventures. Clara était pure comme les anges ; quant à moi... le démon, toujours vigilant , m'offrit un tentateur au moment où il était le plus dangereux. »
Elle s'arrêta en ce moment, comme si elle éprouvait quelque difficulté à parler, et lord Étherington se tournant vers lady Pénélope avec un air d'intérêt, lui demanda si elle voulait entendre plus long-temps les déclarations de cette malheureuse femme.... « Elle paraissait avoir à parler de choses qu'il pourrait être pénible d'entendre. — C'est précisément ce que je pensais, répondit-elle, et j'allais proposer à Votre Honneur de me laisser seule avec cette pauvre femme. Mon sexe l'encouragera à parler avec plus de franchise et d'assurance. —Vous avez peut être raison, madame; mais je suis retenu ici en ma qualité de magistrat. — Écoutez, dit lady Pénélope , elle parle encore. — On dit que toute femme qui oublie ses devoirs devient l'esclave de son séducteur: ainsi je vendis ma liberté, non à un homme, mais à un démon. Il fit de moi l'instrument de ses lâches desseins contre mon amie et ma bienfaitrice.... hélas ! il trouva en moi un agent disposé par la jalousie à détruire dans une autre la vertu que j'avais perdue moi-même. Ne m'écoutez pas davantage.... retirez-vous, et abandonnez-moi à mon malheureux sort : je suis la plus détestable créature qui ait jamais vécu.... détestable à mes propres yeux , parce que , en cet instant même, au sein du repentir, une voix secrète me dit que, si j'étais encore dans la même situation, j'agirais avec la même perfidie, et peut-être avec encore plus de scélératesse. Ah ! que le ciel m'aide à chasser les mauvaises pensées !....»
Elle ferma les yeux , croisa ses bras amaigris , et les éleva comme si elle priait intérieurement. Ses mains se séparèrent ensuite et retombèrent doucement sur son lit; mais ses yeux ne se rouvraient pas, et son visage n'offrait pas le plus léger signe de vie. Lady P^' nélope poussa un cri , se cacha les yeux , s'éloigna avec elfroi du lit. Lord Étherington, dont .les regards étaient obscurcis par un mélange de sentiments divers, demeura les yeux fixés sur le Ht» cherchant à pénétrer si tout était fini
Lord Étherington dit à lady Pénélope en se retirant : « La dé' claration de cette femme semble se rapporter à des événement* étrangers aux lois. Je crois qu'il est^mieux de n'y donner aucune suite, d'autant qu'elle paraît concerner la réputation d'un« i«^^