‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 147 sur 161 · DÉSAPPOINTEMENT · texte numérisé non relu

DÉSAPPOINTEMENT

Regardez ce riyage , et ne craignez pas la tempête.

VOrage,

Lord Étherington, en rentrant chez lui, fut prévenu par Solmes, son valet de chambre , que les lettres de Sa Seigneurie étaient dans son portefeuille. En efi^et, le comte trouva, parmi d'autres dépèches à son adresse, le paquet qu'il avait vu le matin au bureau de poste, et qui était destiné à Francis TyrreL Sa première pensée, en voyant ce paquet , fut d'anéantir des pièces qui pouvaient lui enlever sa fortune et son rang. Il ne put résister cependant au désir de briser le cachet, et d'examiner les originaux de ces pièces importantes , qu'il ne connaissait jusque-là que par des copies. Mais quel fut son désappointement quand il eut ouvert une lettre adressée à M. Tyrrel par l'associé de la maison de commerce où lord Oakendale avait déposé les pièces dont il s'agit! cet associé écrivait qu'en l'absence du chef de la maison , on n'avait pas cru pouvoir, même sur la demande de M. Tyrrel,. confier à la poste les titres originaux ) qu'en conséquence on envoyait les copies fidèles et entières , lesquelles suffisaient pour être examinées par un avocat , et obtenir une consultation , suivant Tintention présumée de M. Tyrrel.

Le comte , après avoir refermé soigneusement le paquet , sonna son diHnestique , lui reprocha d'avoir apporté par étourderie un

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paquet qui n'était poiat à Tadresse de toa mattre , et ttti ordoima de le reporter sur-le-champ à la poste. Solmes , toujours doéile » allait sortir quand le eomte l'arrêta.

« Un instant, lui dit-il , j'ai à tous parler d*nne affaire plas importante , Solmes. Vous avez diablemeint mal pris V(M mesures relativement à eette Hannah Irwîn. -^ Comment, milord? répondit Solmes. '^ Gomment!... ne m'avez-Tous pas dit qu'dle était partie ponr les Indes orientale^ ayec un de yos amis ; et ne vous avats-je pas remis 200 guinées ponr payer leur passage?--- Oui, milord, répliqua le valet de chambre. ** Oui... et maintensAt il se trouve que non : elle esjt revenue dans ce pays, en un misérable état, mourant de hiat, prête sans doute à faire et à dire tout ce qu'on voudra pour avoir du pain.... Gomment cela est-il arrivé? — Il faut que Riddulph lui ait pris son argent, et qu'il Tait plantée là, * répondit Solmes d'un ton de voix aussi calme que s'il parlait de la chose du monde la plus naturelle, c Mais je connais tellement le caractère de cette femme et son histoire , que je puis l'emmener de ce pays en vingt-quatre heures, et la placer en un lieu d'où elle ne reviendra jamais , pourvu que Votre Seigneurie puisse se passer de moi pendant ce temps. — Ne perdez pas un moment... je dois vous dire que vous trouverez cette femme dans mi accès de repentir, et de plus très malade. — * Je suis sûr d'elle, répondit Solmes; et avee la permission de Votre Seigneurie, je pense que, si la mort et son bon ange tiraient cette femme par un bras, le diable «t moi pourrions la retenir par l'autre. -^ Partez donc , dit Étherington. Mais éeoutez, Solmes.... traitez-la avee douceur $ qu'il soit pourvu à tous ses besiritts... te lui ai feit assez de mal, quoique le diable ait feit la moitié de la besogne. •

Solmes se retira pour s'acquitter de eette commission, avec l'assurance que son mattre se passerait de ses services pendant vingtquatre teures.

Lord Étherington, ayant perdu l'espoir de détriure les titres à l'aide desquels Tyrrel pouvait lui enlever sa fortune et son rang, avait senti qu'il lui importait plus que jamais de devenir le mari de Clara Mowbray, afin de conserver au moins les riches prD[Mriétés qui lui avaient été léguées sous cette condition par son grand-onde. Son imagination fertile lui suggéra promptement le plan qu*il c<mvenaît de suivre pour réussir dans cette entreprise difficile. On va Toir quel était ce pian par la conversation dans cette laquelle le eomte «clique |t JeidU pourquoi il avait engagé Mowhray à dtr:

CHAFITRl XXXnL M

ïïffr^ et pourquoi il tenait à passer la soirée en tète à tète a?ee lui.

« Je ne puis m'empëcher de vous le répéter, disait Jekill, j'ai d'é» tranges pressentimenté sur ce tèt^ à tête avec Mowbray . MénagezlOt milord; il n'est pas en état de lutt^ avec tous les cartes à la main. -*- AUes lui dire cela > répondit le comte $ son orgueil écos* sais prendra feu sur-to-champ, et |1 ? ous fera ses remeretments ayee une balle de pistolet. Gomment donc! il fait le glorieux « malgré la leçon que je lui ai donnée... Lecroirîez-vous?... il a rtmpudenee de trouyer mes attentions pour lady fiinks incompatibles avec met projets de mariage... Oui, Jekill, ce grossier laird écossais, i peinf doué d'assez d'esprit pour feire la cour à une laitière , a la flattnittf de s'afficher pour mon rival I »- Alors adieu pour lui au beia ixh maine de SaintrRonan«.«. ce dtner sera fatal... Étberington , je vois à Yotre rire que vous êtes décidé à consommer sa ruine.h. j'ai grande envie de lui en donner avis. ~ Cela me fera plaisir, répondit le comte , j'en aurai plus beau jeu. -^ Yous m'en défiez ! éh bîm , si je le rencontre» je lui4irai de se tenir sur ses gardes« »

Les deux amis se séparèrent , et Jekill , queues moments après» nencontra Mowbray sur la promenade pubûque.

« Vous dînez avec Etberington aujourd'hui» lutditlecapitaine.é. permettez^moi , monsieur Mowbray , de vous dire un $eal mot... Attention^ — Attention! et à quoi feut-il fiiire attention , eapitaint Jekill, quand je dtne chez un de vos amîSy et chez un homme d'honneur? — Certainement, h>rd Etberington est l'un et l'autre , monsieur Mowbray ; mms il aime les cartes, et il est trop tari pour èien des gens. —Je vous remercie de votre avis, capftame Jddll... Je suis> il est yrat, un Ecossais novice, mMs je sois ime chose on deux : on doit (onjours présumer ipie deux hommds d'honneur, jouant ensemble, jouent franc jeu; et ce point une fois étaUf, j'ai la vanité de penser que je n'ai pas besoin d'avis à ce sujet, pas même de ceux du capitaine JeUU, quoi^ie son expérienee puise être Men supérieure à in mienne. — En ce cas, AMxisieur, t répondit Jekill en le «ahiaut poliment, « je n'ai plus rien à vous fins ; j'espère que vous ne m'en voulez pas... •

Il continua sa promenade, et Movrbray se dirigea vers ia demeure d'Elherington, dans une disposition d'tsprit très ftvorable aux projets du comte , qui avait bien jugé son earact^ en permeltant à Jekill de lui diuiner l'avis qu'il avait si mal reçu» Être considéré coDone un objet de compassion , s'entendre donner des aver- 4iss«ments patemds, s'était là un sniet de d^t et d'^mertsane qui

le poussait à toat faire pour se maintenir sur le pied d'une apparente égalité.

Depuis la mémorable partie de piquet, Mowbray n'avait joué contre Etherington que des sommes peu considérables ; mais son amour-propre lui faisait croire qu'il connaissait maintenant la manière de jouer de son adversaire ; et , suivant l'habitude des joueurs, il éprouvait de temps en temps la tentation de prendre sa revanche ; il désirait aussi pouvoir s'acquitter de sa dette envers Etherington : une obligation pécuniaire était pour lui d'un poids insupportable , et c'est ce qui l'empêchait de s'expliquer franchement avec le comte de la cour assidue qu'il faisait à lady Binks , ce que Mowbray regardait comme une insulte d'après les intentions qu'il avait à l'égard de Clara. Une heureuse soirée pouvait délivrer Mowbray de ces obligations , et il s'abandonnait à ces rêves de son imagination » quand il fiit interrompu par Jekill. L'avertissement intempestif de ce dernier ne fit qu'exciter en lui un esprit de contradiction et la résolution de prouver au capitaine combien peu il était en état de juger de ses talents. D'après ces dispositions, sa ruine, qui fut consommée dans cette soirée , ne sembla pas préméditée par le comte d'Etherington.

Au contraire , la victime elle-même fat la première à proposer de jouer , de jouer gros jeu , de doubler les mises. Lord Etherington , au contraire , offrit à plusieurs reprises de diminuer le jeu , de laisser là les cartes ; mais ce fut toujours avec un air de supériorité qui ne foisait qu'exciter Mowbray à risquer davantage. A la fin, quand Mowbray eut perdu une somme énorme pour lui , le comte jeta les cartes , et déclara qu'il serait trop tard pour se rendre au thé de lady Pénélope , comme il l'avait formellement promis.

« Ne vouIe2-vous donc pas me donner ma revanche? » dit Mowbray en battant les cartes d'un air mécontent et agité.

« Pas maintenant, Mowbray, répondit le comte; nous n'avons déjà joué que trop long-temps... Vous avez trop perdu, plus peutêtre qu'il ne vous conviendrait de payer en ce moment. »

Mowbray grinça des dents , en dépit de sa résolution de con* server au moins un extérieur de fermeté.

< Vous pouvez prendre du temps , dit le comte ; un billet de vous me conviendra tout autant que de l'argent comptant. — Non , Dieu me damne! s'écria Mowbray, je n'y serai pas repris une seconde fois... j'aurais mieux fait de me vendre au diable qu'à Votre Seigneurie. — . Ces expressions, Mowbray, ne sont pas amicales.

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