CHAPITRE IX. iOft
eélèb-e parmi tous ceux de cette illHstre race. Cert loi que le Thane d'Athôl désignait au roi d'Ecfosse sous le nom de Sbolto Dhus^ass , ou Homme noir couleur de fer, dont les efforts avaient gagné la bataille pour son prince légitime , et qui , suivant la lé-, gende , donna son nom à notre vallée et à notre ville » quoique d'autres disent que celle famille emprunta le nom de Douglas de la rivière ainsi appelée depuis un temps immémorial , avant qu'ils se fussent établis sur ses bords. Ses descendants , Gachain ou Hector I«f , Orodh ou Hugues , William , premier de ce nom , et Gilmaour, qui fournit le sujet de plus d'un cbant de ménestrel , par les exploits qu'il accomplit sous Toriflàmme de Cbarles-le-Grand , empereur des Français : tous sont veùus ici s'endormir de leur dernier sommeil , et leur mémoire n'a pas tout entière échappé aux ravages du temps. Nous connaissons quelque chose de leurs grandes actions, de leur grande puissance , hélas \ et de leurs graids crimes; Nous savons aussi quelque chose d*un lord Douglas qui siégea dans m parlement tenu h Foriar par le roi Malcolm P' : or, nous avons découvert que telle était saftireur de courre le cerf, qu'il se construisit dans la forêt d'Ettrick une tour qui peut-être existe encore. -- Excusez-moi, vieillard, dit le cfievalier, mais je n'ti pas le temps aujourd'hui d'entendre réciter la généalogie de la maison de Douglas. Une moins ample matière fournirait l un ménestrel qui aurait l'haleine longue de quoi parler pendant tout un mois du calendrier, y compris les dimanches et les fttes. — Quels autres renseignements pouvez-vous donc attendre de moi, répliqua le fossoyeur, si ce n'est ceux qui concernent ces héros , dont quelques uns ont été installés par moi-même dans cet éternel repos qui sépare à jamais les morts des occupations de ce monde? Je vous ai dit où dormait cette fetnille jusqu'au règne du royal Malcolm ; je puis vous indiquer encore un autre caveau où repose sir John de Dougtas-Burn, avec son fils lord Archidald , et un troisième William , connu par un contrat avec lord Âlbemethy ; enfin je puis vous parler de celui à qui appartient justement cet écusson avec tout «on entourage de splendeur et de gloû*e. Portez-vous envie à cet Illustre seigneur, que je n'hésiterais pas, si la mort pouvait entendre, à nommer mon honorable patron; et avez-vous dessein de déshonorer ses restes? Ce sera une bien pauvre victoire 5 et il ne convient ni à un chevalier ni à un noble de remporter une pareUle victoire sur un mort contre qui , de son vivant , peu de chevaliers enraient dirigé leurs chevaux de bat^iJUle. Il combattit pour défcn-
dre ion pays » mais n'eut pas la booae fortune de la plupart de M aneètres» de mourir au milieu des eombats* La captititë, la mala^^ die 9 le ebagrin que lai causaient les malheurs de son pays lui ont donné la mort dans une prison et sur un sol étranger. •
ILâi rémotion du vieillard devint si vive qu'il fut fereé de s'in* terrompre i et le ohevalier anglais ne put poursuivre son iaterro^' gatoire du ton sévère que lui commandait son devoir^
« Yieiliardi dit-il i je ne vous demande point ces détails, qui ne peuvent m'étre qu'inutiles ^ aussi bien qu'ils vous sont pénibles à vous-mêmes Vous ne faites que votre devoir en rendant justice à votre ancien seigneur } mais vous ne m'avez pas encore expliqué pourquoi j'ai rencontré dans cette ville « et cette nuit même » il n'y a pas une demi-beurci un individu armé^ reconnaissable au teint noir des Douglas ^ qui a poussé leur cri de guerre comme paur ior sulter à ceux qui les ont vaincus. ^ On ne peut assurément^ répliqua le fossoyeur, exiger de moi que j'explique une pareille aven« ture s diraif-je que les craintes naturelles des Anglais évoqueront to^jours l'ombre des Douglas lorsqu'ils passeront en vue de leurs sépulcres? H me semble d'ailleurs que» par pie nuit p£ffeille« le plus beau cavalier du monde aurait eu le teint basané de cette femilie; et je ne m'étonnerais pas que leur cri de guerre j qui fat jadis poussé par des milliers de braves, fût sorti par hasard aujourd'hui de la bouche d'un seul champion.-^ Vous êtes bien hardi, vieillard ^ r<iKiSirtit le chevalier anglais ; considérez- vous que votre vie est en moQ pouvoir» et qu'il peut en certain cas être de mon devoir d'infliger la mort avec des tortures qui font horreur h l'bu^ manité? *
Le vieillard se leva lentement à la lueur dû feu qui flambait de manière à laisser voir ses traits maigris » semblables à ceux que les peintres donnent à saint Antoine du désert ; et montrant du doigt la fiiible lampe qu'il avait posée sur la table grossière , il s'adf essa ainsi à l'homme qui l'interrogeait , avec une apparence de calme absolu t et même avec une sorte de dignité.
« Jeune chevalier d'Angleterre, vous voyez cet ustensile destina à répandre la lumière sous ces sombres voûtes... il est aussi fragile que peut être toute lampe dont la flamme est produite par l'élér ment ordinaire renfermé dans un petit vase de fer. Il est sans doute en votre puissance de la mettre hors de service m la brisant et en réteignànt. Menacez-la d'une telle destruction, sire chevalier; et voyez si vos menaces inspireront la moindre peur a l'élément ou
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au fer. Sachez que tous ne pouvez rien de plus contre le feible mortel que vous menacez d'une destruction sitmblable. Il vous est loisible de dépouiller mon corps de la peau dont il est maintenant recouvert ; mais quoique mes ner£s puissent se contracter par la force de la douleur pendant cette opération cruelle , elle ne produira point sur moi plus d'e£fet que le chasseur n'en produit sur un oerf dont il déchire les membres» quand une flèche Ta auparavant percé au cœur« Mon âge me met à l'abri de votre cruauté : si vous ne m'en croyez pas , appelez vos agents et commencez vos tortures : ni menaces ni supplices ne parviendront à m'arracher des dioses que je ne veux pas vous dire de ma propre volonté* — C'est pour vous jouer de moi, vieillard, répondit de Valence. A vous entendre, il semblerait que vous soyez instruit des mouvements de ces Douglas , et cependant vous refusez de me mettre dans votre secret.— Vous allez bientôt savoir, reprit le vieillard, tout ce qu'un pauvre fossoyeur peut vous apprendre ; et ces communications ne vous apprendront rien de nouveau sur les vivants , quoiqu'elles puissent vous foire mieux connaître mes propres domaines, qui sont ceux des iports. Les esprits des Douglas décédés ne rcj^sent pas en paix dans leurs tombes pendant qu'on déshonore leurs monuments et que leur antique maison s'écroule. Croire qu'à la mort tous les membres d'une femille passent dans les régions de la félicité étemelle ou de la misère qui ne doit pas finir, la religion ne nous le permet pas ; et dans une race que distinguèrent tant de triomphes et de prospérités terrestres, nous devons supposer qu'il se trouva beaucoup d'hommes qui ont été justement condamnés à un temps intermédiaire de punition. Vous avez détruit les temples qu'avaient bâtis leurs descendants pour rendre le ciel fevorable au salut de leurs âmes ^ vous avez réduit au Silence les prières et troublé les cœurs par la médiation desquels la p.ete ucs enfonts tâchait d'apaiser la colère céleste et d'éteindre les feux expiatoires. Pouvez-vous donc vous étonner que des esprits livrés aux tortures, ainsi privés des secours qui leur étaient destinés, ne sachent plus, comme l'on dit, reposer dans leurs tombes? Pouvez-vous donc vous étonner qu'ils se montrent et viennent errer piaintife autour des lieux où la prière que vous avez bannie sollicitait pour eux sans relâche le pardon et le repos? Êtes-vous même surpris que des squelettes guerriers interrompent vos marches nocturnes , que des fantômes insaisissables viennent troubler vos conseils» et s'opposer autant qu^ils le penvent aux hostilités que
TOUS TOUS faites gloire de continuer à la fois contre les morts et contre tout ce qui survit à votre cruauté? — Vieillard, répliqua Aymer de Valence, tu ne peux croire que je recevrai pour réponse une histoire pareille ; fiction trop grossière pour avoir la Tertu d'endormir un écolier qui souffre d'un mal de dents. Cependant, et j'en remercie le ciel , il ne m'appartient pas de prononcer sur ton sort ; mon écuyer et deux hommes d'armes vont Remmener captif vers le digne sir John de W^alton , gouverneur du château et de la valtëe, afin qu'il prononce à ton égard comme bon lui semblera; et il n'est pas homme à croire aux apparitions et aux ombres qui sortent du purgatoire.... Holà! hé! Fabian, par ici! et amène avec loi deux archers de la garde. •
Fabian , qui attendait à Feutrée de l'édifice en ruine , y pénétra donc alors : grâce à la lumière que répandait la lampe du fossoyeur et au son^ de la voix de son maître , il parvint jusque dans le singulier appaFtement du vieillard, dont l'étrange décoration n'inspira point au jeune homme moins de surprise que d'horreur.
€ Prends deux archers avec toi , Fabian , dit le chevalier de Valence, et, avec leur assistance, conduis ce vieillard, à cheval ou dans une litière, devant le digne sir John de Walton; dis-lui ce que nous avons vu, ce dont tu as été témoin comme moi : ce vieux fossoyeur , que je lui envoie pour qu'il l'interroge avec sa sagesse supérieure , semble en savoir plus qu'il n'est disposé à en dire sur le cavalier-spectre qui nous est apparu , quoiqu'il se borne à répondre, quand je lui adresse des questions, que c'est l'esprit de quelque vieux Douglas échappé du purgatoire, conte auquel sir John de Walton ajoutera telle foi qu'il voudra. Tu peux ajouter que, pour ma part, je crois ou que le fossoyeur a perdu la tête de vieillesse , d'indigence et d'enthousiasme , ou qu'il n'est pas étranger au complot qui se trame parmi les ^ens du pays ; tu peux encore dire que je n'userai pas de beaucoup de cérémonie à l'égard du jeune homme confié aux soins de l'abbé de Sainte-Brigitte; il y a quelque chose de suspect dans ce qui se passe actuellement autour de nous, i
Fabien promit d'exécuter fidèlement les ordres du chevalier, qui, le prenant à l'écart , lui recommanda en outre de se conduire avec circonspection dans cette affaire : car il ne devait pas oublier que le gouverneur ne paraissait point faire grand cas de son jugement ni de celui de son maître ; et il leur serait extrêmement désagréable de commettre une bévue dans une affaire où il s'agissait peut-être de la sûreté du^châteaut — Ne craignez rien » mon dia^e maître ,