LA RENCONTRE
Le terrain qu'ite traversaient était , comme lady Augusta pouvait s'en apercevoir , rompu et fort inégal , et quelquefois , à ce qu'elle pensa y encombré de ruines qu'ils avaient de la peine à traverser. La vicfueur de son compagnon la tirait d'embarras dans ces occasions i mais il lui prêtait ce secours d'une façon si brutale qu'uiie ou deux fois la dame , soit crainte , soit douleur , fut forcée de pousser un gémissement ou un profond soupir , malgré tout son désir de ne manifester aucun signe de la firayeur qu'elle éprouvait ou du mal dont elle avait à souffrir* Dans une de ces occasions , elle sentit distinctement que le rude chasseur n'était plus à son côté, et que la place avsât été remplie par un autre homme , dont la voix , plus douce que celle de son compagnon , ne lui semblait pas frapper son oreille pour la première fois.
« Noble dame , dit cette voix , ne craignez pas de nous la plus légère injure, et acceptez mes services au lieu de ceux de mon écuyer qui est allé en avant avec notre lettre ; ne croyez pas que je veuille tn*er avantage de ma position si je vous porte dans mes bras à travers ces ruines où vous ne pourriez pas marcher aisément seule et les yeux bandés. »
En même temps lâdy Augusta de Berkely se sentit soulevée de terre par les bras vigoureux d'un homme et portée avec la plus grande précaution , ce qui la dispensait des pénibles efforts auxquels il avait d'abord fallu se résigner. Elle était bien honteuse de sa situation ; mais si délicate que cette situation fût , ce n'était pas l'instant de s'abandonner à des plaintes propres à blesser dès gens que son intérêt était de se concilier. Elle fit donc de nécessité vertu , et entendit les mots suivants qu'on proncmçait tout bas à son
oreille:
« Ne craignez rien , on ne vous veut aucun mal 3 et sir John de Walton lui-même y s'il vous aime comme vous le méritez , n'atira rien à redouter de notre part. Nous ne lui demandons que de rendre justice à vous-même et à nous. Soyez convaincue que vous as-^ surerez votre propre bonheur en secondant nos vues : elles sont également favorables à vos désirs et à notre délivrance^ *
Lady Augusta aurait voulu faire quelque réponse ; mais elle était
tellement hon d'haleine par suite soit de sa frayeur , sûit de la iritesse afee laquelle on la transportait , qu'il lui fut impossible de proférer des accents intelligibles. Cependant elle sentit bientôt qu'elle était enfermée dans quelque édifice , probablement en ruines ; car , quoique la manière dont elle voyageait alors ne lui permit plus de reconnaître distinetement la nature du ienmt , ecpenduit Fair extérieur y qui tantôt cessait de se flaire sentir , et tantôt soufflait par boufifiées furieuses , anoon^ait qu'elle trav^psait des bètimenta em partie intacts , msôs dmuiaat, dans d'autres endroits, passif au Y eut à travers des crevasses et des ouvertoNs. En un eerlain arment , il parut à. la dame qu'elle traveimit une fbule ewsldérable de gens qui tous oikservaia^ le silence : parflûs oétfimoiBS il s'éla* vait parmi eux un munnyre auqud eontribuaieiit plus tu moina toutes les personnes présentes , bien que le sw gàiéral ne dépassât point uu Mlle ebuebcUament. Sa ràtuatkm lui io^Kisaît la loi de faire attention à tout, et eBe ne HKÙiqua point de renu^rquar que eea personnes faisaient place à Tbomme qui la portait : enfin eUe sentit qu'il descendait les marches régulières d'un escalier , ^qu'dile était alors seule avec lui. Arrivés, à ce qu'il lui sendila, sur un terrain pluségal , ils continuèrent leur singulier voyage par une route qui ne paraissait ni directe ni comBiod^, et à travers une atmospbèra presque suflbeante , en mèase temps humide et désagréable» ^'on eût dit produite par les vapeurs d'une tomb^ nouvdyiement ouverte. Son guide lui parla une seconde fdis.
€ Du courage» lady Augusta! encore un peu de courage: continuez à supporter cette i^gio^ière qui doit un jour nous être commune à tous. Ma situatioii m'oblige à vou$ remettre entre les nains de votre premier guide ^ je pus setAernent voua assurer que ni lui ni personne ne se permettra envets vuus la memdre impoli* tesse, le moindnç aCbont... vous pouves y compter sur laparele. d'un homme d'honneur. »
En prononçant ces mots^ il la déposa sur un gaion uzii„ et ,àsoB extrême soulagement , lui fit sentir qu'elle était revenue m plan ait et délivrée des exhalâsws sufibeantes qui Tavai^l ^^essée comme celles qui s'éebapiient d'im charnier. En même trâps , éllk exprima à voix basse le désir ardent d'i^teair la peroûsNon da se débarrasser du ^^anteau dont les pUs l'ea^ïtabaient presque de res^ pirer , quoiqu'on ne lui eût entouré la tête que peur l'empêehw de voir la route qu'elle parcourait Au même moncn^ le manteau Ait ^té, et elle. se bAta d'exa ncr la so«ae qui l'eavirenfiait.