CHAPITRE X^IL U<l
Le paya était ombragé par des ehènes épais, au nSim des^iwU s'élevaient qu^dques restes de bâtiments, les mêmes peut-être qu'eue venait de traverser^ Une limpide fontaine d'eau vive jaiUis* sait do dessous les racine entrelacées d'un de oes arbres : la jeima daone but quelques gouttes du liquide élément, et y lava son visage qui avait reçu plus d'une égrati«)ure pendant le cours du voyage, en dépit du soin et presque de la tendresse avec laquelle on Tavait portée vers la fin* L'eau fratebe arrêta promptement le sang qui sortait de ces légères blessures , et en même temps elle servit à ra« niuier les sens de la malbeureuse Augu^ta. Sa première idée fut d'examiner si une tentative d'évasion , dans le cas où^ elle serait possible , ne serait pas convenable. Mais un moment de réflexion la convainquit de l'absurdité d'un pareil prcyet ; et cette seconde pensée lui fut confirmée par le retour du gigantesque Turnbull,. dont elle avait entendu la voix rude avant d'apercevoir sa figure*
f Étiez-rvous impatiente de me voir revenir, belle dame? les gens de ma sorte, i conUnua4*il d'un ton de voix ironique , c toujours les premiers à la chasse des daims sauvages et des habitants des ftu*èts , ne sont pas dans l'habitude de rester en arrière quand de belles dames comme vous sont rblyet de la poursuite ; et si |e ne suis pas un guide aussi constant que vous pourriez le désirer , croyez-moi , c'est que j'ai à m'occuper d'autres affiures auxquelles je dois sacrifier momentanément même le plaisir de demeurer avec vous. — Je ne fais aucime résistance , dit la dame; dispensex-voui^ donc, en vous acquittant de votre devoir , d'ajouter encore à mes peines par votre conversation ; votre mattre m'a donné sa parole qu'il ne souffrirait pas que je fusse insultée. — Allons , la belle, al* lonsl répliqua le cbassein*» j'avais toiyours pensé qu'il était bien de se concilier la bienveillance des dames par de douces paroles % mais si cela vous déplaît , je n'éprouve pas tant de plaisir » oaoi » à courir après de belles phrases endimanchées , que je ne puisse teut aussi bien me taire. Avants donc , puisqu'il fynt que nous voyions votre bien-aimé avant la fin de la matinée , et qu'il n<ms apprenne) sa résolution définitive relativement à une aflaire si compliquée; je ne vous adresserai plus un moi , comme femme , mais je vous par«lerai comme à une personne sensée , quoique anglaise. — Voua rempliriez mieux , répondît Auguste, les intentions de ceux dont vous exécutez les ordres en n'ayant avec moi d'autres relatioBi que celle qui est nécessitée par vos fonctions de guide. >
L'homme Aronça Je sourcil : cependant il parut consc^itir à ce
leO LE CHATEAU DANGEREUX.
que proposait lady de Berkely , rt garda quelque temps le silenee peudaot qu'ils poursuivaient leur route , chacun enfoncé dans ses propres réflexions , qui sans daute portaient sur des objets bien différents. Enfin le son bruyant du cor se fit entendre à peu de di* stance. « C'est la personne que nous cherchons , dit TurnbuU ; je reconnais son cor entre tous ceux qui retentissent dans cette forêt , et mes ordres sont de tous mener vers elle. »
Le sang de la jeune dame circula plus rapidement dans ses veines à ridée d'être ainsi présentée sans cérémonie au chevalier , en fiiveur duquel elle avait confessé une téméraire préférence. (Remarquons-le toutefois , une pareflle déclaration se trouvait plus conforme aux usages de ces temps où des sentiments exagérés inspiraient souvent des actions d'une générosité extravagante, qu'à ceux de nos jours oà toute chose est réputée absurde quand elle n'est pa$ fondée sur un motif qui se rattache immédiatement à l'intérêt personnel.) Lors donc que TurnbuU souffla dans son cor, comme pour répondre au son qu*ils avaient entendu , la dame fut tentée de s'enfuir, cédant à une première impulsion de honte et de crainte. TurnbuU s'aper(2ut de son intention, et la saisit par le bras d'une manière qui n'était rieh moins que délicate, en lui disant : « Voyons, noblo dame! comprenez- bien que vous jouez aussi un rôle dans la pièce , et que , si vous ne restiez pas en scène j elle se terminerait d'une manière peu satisfaisante pour nous tous , à savoir par un ébmbat à outrance entre votre amant et moi , où l'on verrait qui de nous deux est plus digne de votre iittention. — Je serai patiente, » dit Âugusta, en pensant que la présence même de cet homme étrange et la violence dont il semblait user envers elle étaient une espèce d'excuse utile à ses scrupules de femme , pour se présenter devant son amant sous im déguisement qu'elle sentait n'être ni extrêmement convenable , ni d'accord avec la dignité de son sexe.
Un instant après que ces pensées eurent traversé son esprit , on eptendit le galop d'un cheval qui approchait; et sir John de Wal« ton ,'paraissant au milieu des arbres , aperçut sa fiancée , captive , à ce qu'il lui sembla, entre les mains d'un bandit écossais, qui ne lui était connu que par un premier trait d'audace durant la partie de chasse.
La surprise et la joie ne permirent au chevalier que de s'écrier aussitôt : c Coquin ! lâche celte femme ! ou meurs dans tes proi^nes efforts pour gêner les mouvements d'un être auquel le soleil luimême, le soleil qui éclaire les cieux, serait fier d'obéir. » En même