CHAPITRE m
jusqu'à dire quelques mois des droits qu'il se croyait à être traité en homme bien né«
Ces querelles furent évoquées par le comité d'administration , qui intercéda le I^demain pour les offenseurs repentants , et obtint leur réintégration dans les bonnes grâces de lady Pénélope à des conditions modérées. Par une foule d'autres actes d'une au-torité conciliante , les membres de ce cimseil contribuèrent beau* coup à étouffer Tesprit de faction en assurant le repos de la petite colonie ; et leur gouvernement était si essentiel à la prospérité du lieu , que sans eux la source de Saint-Rouan eût bientôt été aban* donnée. Nouis devons donc tracer une esquisse rapide de ce comité souverain auquel les deux partis , dans un beau mouvement d'abnégation personnelle , avaient confié d'un commun accord les rèneg du gouvernement.
Chacun de ses membres paraissait être élu pour ses qualités particulières, comme Fortunio , dans le conte de fées, choisit ses compagnons. Le premier sur la liste apparaissait l'Homme de la Médecine , docteur Quinbus Quackleben , qui réclamait le droit de diriger la partie médicale aux eaux, d'après le principe qui anciennement assignait la propriété d'un pays nouvellement découvert au premier flibustier qui exerçait la piraterie sur ses bords. La reconnaissance du mérite du docteur, comme ayant été le premier à proclamer et à revendiquer les vertus de ces fontaines salutaires, l'avait fait installer unanimement premier médecin et proclamé savant. Et cette dernière qualification pouvait s'appliquer à toute sorte d'objets , depuis la cuisson d'un œuf à la coque jusqu'à la manière de faire un cours public. H était en effet, comme plusieurs personnes de «a profession , également propre à oflFrir le poison et l'antidote à un malade attaqué de dyspepsie : car il aurait pu disputer la palme de la science gastronomique au docteur Redgill lui-même, ou à tout autre digne médecin qui ait jamais écrit pour le perfectionnement de la cuisine , depuis le docteur Moncrieff de Tippermalloch jusqu'à feu le docteur Hunters d'York et du docteur Kitchiner de Londres. Mais les cumuls excitent toujours l'envie, et en conséquence le docteur avait prudemment abandonné l'office de pourvoyeur et de premier écuyer tranchant à l'homme de goût qui occupait régulièrement et d'office le haut bout de la table, se réservant le privilège accidentel de critiquer, et une part principale dans le soin de consommer les bonnes choses qu'offrait la table commune. Pour terminer ce portrait du savant docteur, il suffira d'à-
Jouter qa% c'était m grand homme maigre , dont lei eouM^ild se tou*-cbaient , ayec une perruque noire mal arrangée, etbàfllantdes deux cMés de la tè(e dont elte s*écartait. Il résidait neuf mois sur douze à Saint-Ronan, et passait pour en tirer un bon parti» tu surtocit qu'A jouait admirablement le whist.
Le premier par la place qu'il occupait à table, quoique peut-être le second en autorité réeHe si on le comparait au docteur , M. Wmterblossom étatt une espèce de personnage poli , étudié et précis dans ses discours » portant une queue et de la poudre , des boudes de jarretières ornées de pierres de Bristol , et un anneau-cachet aussi grand que celui de sir John Falstaff. Dans sa jeunesse il possédait un peu de bien qu'il avait mangé comme un homme bien né, en se mêlant au beau monde : c'était, en un mot, un de ces respectables anneaux qui lient les fats de nos jours è ceux du siècle dernier , et il pouvait, par sa propre expérience , mettre en parallèle les Mies de ces deux classes d'individus. Sttr les derniers temps , il avait eu assez de bon sens pour sortir de cette vie dissi* pée où il avait délabré sa santé et diminué sa fortune.
M. Winterblossom vivait depuis lors d'une petite pension viagère : il avait trouvé un moyen de concilier son économie forcée avec son goût pour la société et la bonne chère , en remplissant les fonctions de président perpétuel de la table d'hôte des Eaux de Saint-Ronafi. Là il avait coutume d'amuser la société en racontant des histoires sur Garrîck , Foote, Bonne! Thomton et lord KeHie, et en dév^ppant ses <^inions^en matière de goût et de vertu. Excellent découpeur, il savait servir à chaque convive exactement] ce qui lui revenait, et ne manquait jamais de se réserver un morceau cenv^able comme récompense de la peine qu'il se donnait. Enfin, fl était doué de quelque goût en feit de beaux-arts, do moins eu peinture et en musique , quoique y eût en lui plus de connaissances techniques que de ces inspirations qui échauffent le cœur et élèvent lès sentiments. Il n'y avait en effet, dans M. Winterblossom, rien qui ressemblât à la chaleur ou à l'élévation. Il étdit|rusé, égoïste et sensuel ; mais il cachait ces deux dernières qualités sous un vernis de complaisance et d'urbanité. Ainsi , dans son anxiété prétendue et apparente à foire les honneurs de la table avec le meilleur ton possible et la plus pointilleuse étiquette , il ne permettait jamais aux domestiques de servir aux autres ce qui leur manquait , jus-* i|u'à ce qu'il eût été largement pourvu à tout ce qu'il pouvait soufaaiter'pow* lm-*mème.