‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 97 sur 161 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sur la table de travail indiquait à la fois la culture et le peu de fixité de son esprit. On y voyait des dessins inachevés, de la musique couverte de ratures , divers genres d'ouvrages à Taiguille et plusieurs autres petits travaux de femme , tous entrepris avec zèle» continués avec art et élégance jusqu'au point où ils en étaient, mais tous abandonnés avant qu'un seul eût été achevé.

Clara dle-mëme était assise sur un petit lit de repos , près de la croisée, lisant, ou du moins tournant les feuillets d'un livre dans lequel elle semblait lire. Mais se levant subitement dès qu'elle aperçut son frère , elle courut à lui avec la galté la plus franche;

c Soyez le bienvenu, mon cher John; c'est fort aimable à vous diètre venu visiter votre sœur dans la retraite. J'étais là occupée à tâcher de clouer mes yeux et mon intelligence sur un livre stupide, parce qu'on dit que trop penser ne me vaut rien; mais grâce à la bêtise de Fauteur, ou au peu d'attention qu'il est en mon pouvoir de lui accorder, mes yeux parcourent les pages absolument comme dans un rêve, quand on s'imagine lire sans être en état de com* prendre un seul mot : vous me parlerez , et cela vaudra mieux. Que vous o£^irai-je pour votre bienvenue? Je crains que du thé ne soit tout ce que j'ai de prêt, et que vous n'en fassiez pas grand cas. — Je serai bien aise d'en prendre une tasse maintenant, répondit Mowbray, car je désire vous parler. — Alors, Jessy va nous en préparer à l'instant, > dit miss Mowbray en sonnant; et sa femme de chambre étant entrée, elle lui donna ses ordres. « Mais il ne faut pas être ingrat, John, et venir m'ennuyer du cérémonial de votre fete. . . c'est assez d'en avoir le désagrément le jour même ; j'y assiterai et je jouerai mon rôle aussi joliment que vous pouvez le désirer ; mais y songer d'avance me donnerait mal au cœur et à la tête : ainsi je vous prie de m'épargner. — Petit chat sauvage , dit Mowbray, vous devenez de jour en jour plus forouche.... Nous vous verrons quelque jour gagner les bois comme la princesse Ga* raboo. Cependant je tâcherai de ne point vous contrarier. Mais , Clara , j'avais quelque chose de plus sérieux à vous dire... une chose de la plus haute importance. — » Qu'est-ce? » s'écria Gara tout effrayée, c au nom de Dieu! qu'est-ce? vous ne savez pas combien vous m'épouvantez. — Allons, vous vous efii^ayez d'une ombre , Clara , reprit son frère , il s'agit de l'embarras le plus commun au monde.... Je suis dans un grand besoin d'argent. ^^ Est-ce là tout? répliqua Clara d'un ton qui^parut à son frère autant au dessous de la difficulté, lorsqu'il l'eut exposée, que ses çraintei l'avaient exagérée avant qu'elle en connût la nature.

LES EAUX Dl SAUn^RONAN.

f £iU«e làloul? Mais Mi» «'(6t là tout» c(t il y en a Uen âsia pour tna toiHtaflntar térifiuienM&t Ja me trouterai dant la plm grande fléae, à noint que jerqe. ma prooure ima eartaina lomma ë^arganU 4t je luii dans la . néeassité de toui demander ai toui poiiyei m'aidhr. «^ Youl aider? oui , de tout mon ccrar, maie vous savez que ma bouirse ait légère... Plus de la moitié de mon dei^ nier dividende s'y trouve n^nmoin», et assurément , Jidin, je serai heureuse si eette somme peut vous rendre serviee, surtout pare6 que cela prouverait que vos besoins ne Simt pas eonsidéra* bles. *- Hélai! Clara ^ si vous voulez m'alder, il ibot tuer la poule aux OButi d'or.... 11 iiiut me prêter le eapttal. ^ Et pourquoi non, John, si cela peut vous rendre service? n*ètei»vous pas non tuteur naturel? n^étes-vous pas bon pour mol? et ma petite Ibrtune n*estellé pas entièrement à votre dlspo8ition?.Je suis sûre que vous ferez tout pour le mieux* ^« Je orains que non, > dit Mowbray s*é« lançant loin d'elle, et plus embarrassé par son consentement subit et plein de eonllanoe , qu*il ne Teùt été si elle lui eût £iit des diffleultés ou des remmtranoes.

« Dieu me damne I murmura-t^il , c'est tirer le lièvre au gtte... » Puis il ajouta tout haut ; c Clara , je crains que cet argent ne soit pas employé comme vous pourrie^ le désirer. — Employez-le de la manière qui vous fera le plus de plaisir è vous-même, mon frère, et je trouverai tout pour le mieux. — Ainsi, tout ce qui vous reste i feire, répliqua-t-il , est de copier ce papier, et de dire adieu à vos dividendes... pour quelque temps du moins. J'espère vous doubler bientôt cette petite somme, si la fortune me favorise. — ^ Ne vous liez pas I la fortune ^ John, > dit Clara en souriant, quoique avec une expression de mélancolie profonde s « hélas I elle n^a jamais été Tamie de notre femllle, du moins depuis -bien des années. — Elle favorise les audacieux , dit mon vieux rudiment , et il faut que je me confie à elle, fftt-*elle aussi changeante qu'une girouette..... et néanmoins.... si elle me trompait!... que ferez-vous.... que direz* vous , €lara , s'il m'est impossible, contrairement à mfs espéranoes, de vous rendre cet argent sous peu de temps ? — Ce que je forai ? Je m'en passerai, oomme vous sentez) quanta ce queje dirai, Je n'en ouvrirai pas la bouche. -^ C'est vrai; mais vos petites dépenses, vos charités, vos pauvres et vos infirmes. -*« Obi j'arrangerai bien tout cela. Voyez -vous, là, John, combien de bagatelles à moitié finies? L'aiguille et le crayon sont la ressource de toutes les héroinei dans la détresse, et je vous promets t

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quoique j*aié été un peu paresseuse et inconstante depuis un certaia temps, que si Je m'y mets jamais, ni Êmeline ni Êthelinde n'auront ftiit T^dre autant de colifichets et gagné autant d'argent. — Non, Qara, » dit Jolm gravement (car une résolution vertueuse avait pris le dessus dans son cœur tandis que sa sœur partait ainsi), c nous forons quelque ehose de mieux que tout cela . Si votre aide généreuse M ne tire d'aflhire , je couperai court à tout. H ne s*agit que de quelques plaisanteries à essuyer. Les cliiens , les chevaux et tout ce qui s'ensuit sera mis à Tencan ; nous ne garderons que votre petit dieval, et je me cotitenterai d*unc paire d*excellcnte^ jambes. Je travaillerai dans le jardin, dans la forêt ; Je marquerai mes arbres, je les couperai moi-même , Je tiendrai mes comptes, et j'enverrai Saundere Micklewham au diable. •^ Cette derBière résolution est la meilleure de toutes , John , et si un pareil jour arrivait , je serais la plus heureuse des créatures. . . je tt*aurais plus un chagrin dans ce monde... Si j'en avais un, vous ne vous en apercevriez Jamais. It demeurerait ici, > dit*elle en pressant la main sur son cœur, « enseveli aussi profondément qu>ine urne funéraire dans un sépulere glaeé. Oh! ne pourrions -nous commencer une telle vie de» âeéaain? $*il est absolument nécessaire de se débarrasser de ce peu d'argent auparavant , Jetez-le dans la rivière , et imaginez-vous que vous Favez perdu parmi des joueurs ou a des courses de cbevaux.^ -^ Ma chère petite sœur, dit Mowbray, quelle folie de parier aifist, et quelle sottise à moi de vou» écouter lorsque j'ai mille choses à feire! Tout ira bien d'après mon plan : s'il ne réussissait pas, nous avons le vdtre en réserve, et Je vous Jure que je Fadopterai... Quand même je lerais mee réformes dès aujourd'hui, ces einq cents livres ne ehaugeraient pas grand'chose à notre position. Ainsi nous avons deux cordes à notre arc. Adieu, ma chère Cter». » En parlant amsi â t'embrassa avec un degré d'afiectioB depiua que de coutume.

Avant qu'il eftt rdevé la^ tête , miss Mowbray passa tendrement le brâa autour de son eou et lui dît du ton le plus pénétré : t Mon frère bien aimé , le moindre de vos désirs a été et sera toujours une loi pour moi.«. Oh! si en retour vous voufiez m'accorfler une seule demoHide? — Quelle demande? petite folle, » dit Mowbray en se dégageant doucement. « Que pouvez-vous avoir à demander qui exige une préftice si sotenneile?... Bappelez-vous que je hais les préfooes^j et lorsqu'il m'arrive d'ouvrir mt livre, je les esquive toujours. — Sana préfltce donc, mou cher frère ,^ voudrez- vous ,

pour Tamour de moi, éviter ces querelles où ceux qui vivent là-bas aux Eaux sont éternellement engagés? Je n'y vais jamais sans entendre parler de quelque nouvelle dispute ; et je ne repose jamais ma tète pour dormir sans rêver que vous en êtes la victime. Hier au soir encore... — Allons donc, Clara, si vous commencez à me raconter vos rêves, nous n'aurons jamais fini. Le sommeil, sans doute, est la plus sérieuse occupation de votre vie... car pour la nourriture vous mangez à peine autant qu'un moineau ; mais je vous supplie de dormir sans rêver ou de garder vos visions pour vous. Que pouvez-vous craindre au monde? Certainement vous ne craignez pas que cet imbécile de Binks ou quelqu'un de ces braves ose s'attaquer à moi ? •— Non , John , répliqua sa sœur, ce n'est pas de telles gens que j*ai aucune crainte ; mais il y a des hommes dans lé monde dont les qualités sont au dessus de ce qu'elles paraissent... dont la fierté et le courage demeurent cachés, comme les métaux dans la mine, sous un extérieur simple et ordinah'e... Vous pouvez en rencontrer de tels... vous êtes vif et inconsidéré, et disposé à exercer votre esprit sans peser les conséquences, et... — Sur ma parole, Clara, vous êtes diablement en humeur de sermonner ce matin ! ... Le ministre lui-même ne serait ni plus logique ni plus profond. Mais, Clara, vous, avez particulièrement en vue quelque personne quand vous me parlez ainsi. >

Clara ne put devenir plus pâle que son teint ne Tétait d'ordinaire ; mais sa voix était toute tremblante quand elle s'empressa de protester qu'elle ne songeait en particulier à personne.

« Clara, lui répliqua son frère, si vous me recommandez de ne point me quereller avec quelqu'un , vous savez certainement que ce quelqu'un existe, et qu'il n'est pas éloigné de se quereller avec moi. Vous êtes étourdie et bizarre, mais vous avez assez de bon sens pour ne pas me tourmenter ni vous tourmenter vous-même sur un point d'honneur, sans avoir un motif réel pour cela. >

Clara protesta de nouveau avec chaleur : elle avait craint seulement que son frère ne vint à s'engager dans les querelles ordinaires qui divisaient la société des Eaux. Mowbray écouta ses assurances avec un air de doute ou plutôt d'incrédulité. Enfin, il répliqua : « Que j'aie deviné juste ou non, ma chère Clara , il serait cruel de vous tourmenter davantage, vu ce que vous venez de foire pour moi. Mais rendez justice à votre frère et croyez-le : lorsque tous avez quelque demande à foire , un exposé franc de vos désirs vous réussirait beaucoup mieux que toute tentative pour l'influencer

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