‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 23 sur 91 · I . Le cauchemar · texte numérisé non relu

I . Le cauchemar

?. l/auiear oublie qii'il a appelé déjà Ttatiquaire «on héros.

toat L'ANTIQUAIRB.

mens des dheyau* Chaque groupe poursuivait avec tonte Fardeor que donne la chasse Toccupation dans laquelle l'artiste Tayait représenté. Lovel regardait ce spectacle étrange sans étonnement^ sentiment qui se glisse rarement dans nos rêves, mais avec une seasation de crainte et d'inquiétude. Tandis qu'il regardait attentive* no^nt les chasseurs , un d'entre eux sembla se détacher de la tapisserie et s'avancer vers son lit ; mais , à mesure qu'il approchait, il subissait une métamorphose. Son cor de chasse devint un gros volume fermé par des agrafes de cuivre, et son chapeau de chasseur un bonnet fourré semblable à ceux que portent les bourgaemestre^ de Rembrandt ; il conserva son costume flamand , mais ses traits 9 au lieu d'être animés de toute l'ardeur de la chasse, prirent un air calme et imposant qui semblait convenir au premiiMT propriétaire de Monkbarns , d'après le portrait que son descendant eu avait fait à Lovel dans le cours de la soirée précédente. Pendant que cette métamorphose s'effectuait, l'agitation des autres personnages de la tapisserie disparnt aux regards de Lovel i qui n'avait plus d'yeux que pour l'être qui continuait à s'ayancer vers lui. Il s'efforça de l'interroger enf prononçant la formule d'exorcisme convenable en pareille occasion; mais sa langue, comme il arrive dans les rêves effrayans, lui refusa son service , et resta collée à son palais comme frappée de paralysie. Aldobrand leva le doigt pour imposer silence à l'intrus qui se trouvait dans sou appartement, et se mit à ouvrir le livre vénérable qu4l tenait de la main gauche. Dès qu'il l'eut ouvert, il le feuilleta quelques înstans, et le tournant ensuite du côté de Lovel il lui en montra du doigt un passage. Quoique ce livre fût écrit daus une langue que celui-ci ne connaissait point , son attention fut tellement excitée par la ligne que ce personnage mystérieux semblait lui montrer aiusi^ et dont les mots paraissaient briller d'un éclat surnaturel, qu'elle se grava dans sa mémoire. Aldobrand ferma son volume , et au même instant les sons d'une musique délicieuse se firent entendre dans l'appartement. Lovel tressaillit, et s'éveilla complètement; cependant la musique continuait, et il reconnut distinctement im ancien air écossais.

Lovel se mit sur son séant , et s'efforça de chasser de $on cerveau les fantômes qui Tavaieut agité pendant çc^tte nuit fati^antç. Les premiers rayons du sol^l levant péné^raie^t à, travers les vot lets à demi fermés , et répandaient une lumière distincte dans tout l'appartement. Il jeta Ic^syeux sur la tapisserie, mais les groupe»

L^ANtlQUAlRË. Iô7

éè ôiiafiseiirs'étaient au^si immobiles cfoe ponvaieiit Ids peniireJes clous qui les altachaientà là muraille, »i cen'estnne légère agitalioa que leur communiquiit Fait* du matin en se frayant une toîe à in^ Ters'la croisée entr'ouverle. Lovel santa » bas de son Ht , et > s'eu^ veloppant d'une robe de chambre qu'on avait eu la précaution de hi préparer, courut à la fenêtre qui donnait sur la mer; le| vag;ues mugissantes se ressentaient encore de U tempête qui les avait soulevées la veille , quoique la matinée i&t belle et l'air serein. Une tour s'avançait à unangledubâtimenty noùvloinde là chambre qu'occupait Lovel ; la fenêtre en était à demi ouverte, et il en entendit sortir les mêmes sons de musique qui avaient pi^bablement interrompu son rêve. Mais le prestige, en se dissipant, leur avait ôté la moitié de leurs charmes : ce n^était plusqu^un air passablemeot exécuté sur le clavecin. Tels sont les caprices de l'imagination en jugeant les beaux*arCs. Une voix de femme ehatrtaîty avec quelque goût et avec beaucoup de sim]^icité , les paroles suivantes, qui semblaient tenir k milieu entre un hymne et trne ballade :

Toi c^ue je vois assis prés de ces mars détruits -■ Dis-moi, qu'y cherches- tu, vieillarcl \ cheveux grisf Y viens^ltt méditer sur levr i^Iondeuv pMf év ^ Réfléchir tristement sur leur gloire éclipsée ?

Une imposante voii téfotiàt Jn mè coniytis ,

Puisque tu méprisas si souvent mes hienfaiU, C'est moi que tour à tour ta coupable iDconstaoce Désire , Appelle , craint , lyeglige , implore , offeps^.

Comme un chaume léger dispersé par le vent , - Tout mortel disparaît sous mon sniiCfle puismtii. Les empires par moi sVIèveDtét fleurissent, ie n ai ^u'à me montre^ pout q&'ila a'flanéMitisMiit.

Profite des inslans , le nombre en est compté , Vois ce sabU' tomber ayec rApidité.

Sans crainte et sans désir attends et persévère , Le bonheur et l'amour fermeront ta paupière.

Lovel était retourné dans son lit, et ce fut de là qu'il entendit chanter ces vers. Ils éveillèrent dans son esprit de nouvelles idées ; il se plût à les accueillir; et ajournant la tâche difficile de prendre nn parti définitif sur la conduite qu'il tiendrait, il s'abandonna à une sorte de langueur produite par l'air qu'il venait d'entendre, et s'endormit d'un sommeil si profond qu'il ne s'éveilla qu'assez tard dans la matinée , lorsque le vieux Gaxon entra doucement dans son appartement pour y remplir les fonctions de valet de chambre.

—J'ai brossé totre habita Monsieur, dit le vieux barbier dès 4ia'il vit Lovel éveillé : j'ai été le chercher de grand matin àFair- ^rty car celui qoe vous aviez hier n'est pas encore bien sec, quoiqu'il ait été étendu toute la nuit devant la cheminée de la coi* sine. J'ai nettoyé vos souliers. Je me doute bien que vous n'aurez pas besoin de moi pour vos cheveux , d'après la manière dont les jeunes gens les portent aujourd'hui. ( Et à ces mots il ne pat retenir un soupir. ) Mais j'ai apporté mon ter à firiser , et si vous le permettez , je vous les arrangerai avant que vous n'alliez joindre les dames.

Lovel , qui était alors sur ses jambes , le remercia de ses offres de service, mais il accompagna son refus d'une gratification qoien adoucit complètement l'amertume.

— C'est bien dommage qu'il ne fosse pas nouer et poudrer ses cheveux, dit le vieux Caxon en entrant dans la cuisine , où il troovait toujours quelque prétexte pour passer le& trois quarto da temps pendant lequel il n'avait rien à faire , c'est»à-dire toute sa journée ; c'est véritablement dommage, car c'est un jeune homme d'une figure bien avenante.

— Taisez-vous, vieux fou, dit Jenny Rintherout, .voudriex-TOtts frotter ses beaux cheveux bruns avec votre vilaine pommade , et y jeter de la farine comme sur la perruque du vieux ministre ? Mais vous n'oubliez pas votre déjeuner, sans doute? Tenez, voilà un morceau de pouding à la farine d'orge et une jatte de lait caillé ; avalez , cela vaudra mieux que de vous mêler de toucher à la tête de M. Lovel : vous gâteriez la plus belle chevelure qui soit dans tont. Fairport, dans tout le comté , oserais-je dire.

Le pauvre barbier soupira en voyant dans quel mépris son art était tombé ; mais Jenny était un personnage trop important pour qu'il osât la contredire : s'asseyant donc à un coin de la table , il avala son affront avec le déjeuner qui lui avait été offert.

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