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L'ANTIQUAIÈE. 111
— Davie Dibble connaît ces plànteâ , quoiqu'il leur dontiera peutêtre des noms latins. — Puis de l'anis , je crois ; nous h^en manquons pas, et...
^-^ De rhypéricon i folle que vous êtes, cria Oldbuck d'une voix de tonnerre. Croyez-vous faire un haggis^? Parce qu'un esprit est une substance aérienne , supposez-vous qu'on puisse le chasser par une récette contre les vents ? Cette prudente soént Grizzy, monsieur Lovel , se rappelle , et vous voyez avec quelle exactitude , un charme dont je lui ai parlé une fois ; et , coinmé ce sujet tient à ses folies superstitieuses, elle s'en souvient mieux qae de mille choses utiles que je puis lai avoir dites depuis dix ans. Mais plus d'une vieille fille , sans la compter...
— Vieille fille ! mon frère , s'écria miss Oldbuck , s'élevant un peu au-dessus du ton de soumission qui lui était ordinaire. Réellement vous êtes moins que civil à mon égard.
— Rien moins que juste, Grizzy. Au surplus , j'enferme dans la même liste force noms bien ronflans , depuis Yamblichus jusqu'à Anbrey, qui ont perdii leur temps à nous donner des remèdes in^iaginaires contre des maux qui n'existaient point. Mais j'espète, mon jeune ami, que, soit qu'il existe ou non un esprit dans la chambre verte, soit que vous soyez armé de toute la puissance de l'hypéricon , du dill et de la verveine , qui met une sorcière en peine , on que vous soyez livré sans défense aux attaques du monde invisible , vous donnerez une autre nuit aux terreurs de ce formidable appartement,, et un autre jour à vos sincères et fidèles amis.
— Je ïe voudrais de tout mon cœur ; mais. . .
-^ Point de mais: c'est un mol avec lequel je suis en guerre.
— Je vous suis très obligé , mon cher Monsieur ; mais...
— L'y voilà I encore un mais ! je vous dis que je déteste les maU, Jamais cette expression ne peut paraître sous un jour a^éable , à moins qu'il ne s'agisse d'un mai de cocagne. Mais e3t pour moi une combinaison de lettres plus détestable que n(m mem«. Non est un gaillard franc et déterminé , qui vous dit sans dérx^ur ce qu'il pense : Mais est un drôle qui biaise , qui cherche des sub terfuges, un sournois qui vous fait sauter le verre de la main à Tinstant où vous le portez à la bouche.
On mais gfite toujours ce qui Ta précédé.
Fi de maisï ce n'esl rien qu'un geôlier haifssable
Conduisant au gibet quelque obscur misérable.
* • Esptee de pouding écosMλ.
— Eh bien ! répoudit Lovel , qui dans le fait u' avait eucore riea de bien arrêté sur la ^marche qu'il suivrait^ je ne veux pas que vous puissiez allier le souvenir de mon nom avec celui d'une coqjonction qui vous est si désagréable. Je crains d'être bientôt obligé de quitter Fairport , et , puisque vous êtes assez bon pour le désirer^ je saisirai volontiers cette occasion de passer encore une journée avec vous.
— Et cette journée ne sera pas perdue pour vous , mon jeune ami. D*abord je vous ferai voir le tombeau de John de Giniell. Ensuite, tout en nous promenant sur les sables, bien entendu en choisissant une heure à laquelle nous n'aurons rien à craindre de la marée , (car nous ne voulons j[)lus d'aventures à la Peter Wilkins, plus de travaux de Glum et de Gawrie * ), nous irons jusqu'au i^hâteau de Knockwinnock , nous informer de la santé du vieux baronnet et de ma belle ennemie. Ce ne sera qu'un acte de civilité; après quoi....
— Pardon , mon cher Monsieur, mais ne feriez-vous pas mieux d'ajourner cette visite à demain? Vous savez que je suis étranger dans ce pays.
— Vous n'en êtes que plus tenu à faire cm acte de politesse, à ce qu'il me semble. Mais je vous demande pardon d'emplojer un terme dont un antiquaire seul pourrait peut-être s'avisera — Que voulez-vous? je suis de la vieille école; j'appartiens au temps où
Alor» qu'un courtisan traversait trois comtés - Le lendemsin d'un bal , pour savoir si sa belle N'avait pas pris un rhume on quelque toux cruelle.
-^ Eh bien... si... si tous croyez qu'on puisse s'attendre à ma visite... je... crois pourtant qu'il vaudrait mieux ne pas la faire.
— Soit, soit, mon cher ami, je ne tiens pas assez aux vieux usages pour vous presser de faire ce qui vous est désa^éable. Non ! sur ma foi I il suffit que je voie qu'il existe quelque rtmara, quelque motif qui vous retient, quelque empêchement dont je n'ai pas le
1 . Nous avons en besoin de lire les AmUures dt Pétér ffiUins pour comprendre ici Tallusion de sir lYaller Scott. Peter lYilkins est une espèce de Gulliver qui , aprt< *^ écbappë an péril de la mer comme sir Arthur Wardour , se trouve transporté dso* ■' ipyaûme des hommes volans. Dans le langage de ce peuple , Glum signifie homme voiso(« Gawrie femme volante. On ne connaît en Angleterre que les initiales ( R. S. ) de 1 suieur de ce voyage imaginaire qui a été traduit en français , je crois , par M. de Puisieox.
9. n y a dans la phrase le mot bouni ^ tenu à , obligé de; ce mot veut dire aussi rrde* M. Monkhams croit avoir fiùt un !eu de mois.
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droit de vons demander la caase ; ou peut-être êtes- vous encore fatigné. Ne vous inquiétez pas; je saurai donner de Toccupation à Toire esprit sans vous exercer les jambes. Moi-même je n'aime pas à faire trop d'exercice; une promenade dans le jardin une fois par jour suffit pour un être pensant. Il n'y a qu'un fou on un chasseur de renards qui puisse en exiger davantage. Eh bien> qa'allons-nous faire? vous lirai-je mou essai sur la castramétation? Non, je réserve cette lecture comme un cordial pour l'après-dînée. Je vais vous montrer les pièces de la controverse entre Mac- Cribb et moi sur les poëmes d'Ossian. Je me suis déclaré contre l'éditeur, et il en soutient l'authenticité. La querelle a commencé d'one manière douce, civile et honnête, mais l'aigreur commence à s'en mêler, et notre style à devenir scaligérien. Je crains que le coquin n'entende parler de cette sotte histoire d'Ochiltree. En tout cas, j'aurai une réponse vigoureuse à lui faire, au sujet de la disparition de mon Antigène. Je vais vous montrer sa dernière épitre, et le brouillon de ma réponse. Diable! c'est un fier coup d'étrivières !
En parlant ainsi l'antiquaire ouvrit un tiroir, et commença à fouiller dans un, amas de papiers anciens et modernes confusément mêlés. Mais malheureusement il lui arrivait souvent en pareille occasion^ comme à bien des savans et même à des gens qui ne le sont guère > d'éprouver ce qu'Arlequiîi appelle l'embarras des richesses. En un mot, l'abondance des pièces composant cette collection l'empêchait fréquemment d'y trouver celle qu'il cherchait.
— Au diable soient ces papiers ! dit-il en les feuilletant ; je crois qu% prennent des ailes comme les sauterelles, afin de s'envoler ; mais en attendant, regardez ce petit trésor. Et en même temps il lui mit en main. une boîte de bois de chêne ornée de rosettes et de clous d'argent. Poussez ce bouton, dit-il envoyant que Lovel ne savait comment l'ouvrir. Aussitôt le couvercle s'ouvrit, et laissa voir un in-quarto fort mince relié avec soin en chagrin noir. Voyez, monsieur Lovel, ajouta- t-il, voilà l'ouvrage dont je vous parldishier soir, ouvrage très rare, la Confession d^Augsbourg, la fondation et le boulevard de la religion réformée, rédigée par le savant et vénérable Melanchthon, défendue par l'électeur de Saxe et d'autres braves champions qui soutinrent leur foi en face d'un empereur puissant et victorieux , et imprimée par le digne et non moins vénérable Aldobrand01denbuck> dont je me fais
gloire de descendre , pendant les tentatives encore plus tyr^aniques de Philippe II pour détruire en même temps la liberté civile et religieuse. Oui, Monsieur, ce fiu pour ^voir imprimé cet ouvrage que cet homme illustre fut exilé de ^n ingrat pay^i forcé de transporter ici ses dieux pénates, et de les établir au milieu des débris de la religion romaine ; considérez sa véritable iiuage et irespectez l'occupation honorable dans laquelle on Ta représentéi travaillant lui-même à sa presse, pour répandre les connaissances chrétiennes et politiques. Faites aussi attention «à sa devise favorite, qui annonce son indépendance et sa confiance en lni| senti* mens qui lui faisaient dédaigner Ae devoir à la protection ce qoe son mérite n'aurait pu obtenir; à cette devise qui exprimait aussi cette fermeté d'ame j cette ténacité dans ses desseins que recom* mande Horace. Il les possédait, monsieur Lovel ; c'était un homme qu'on aurait vu rester inébranlable au milieu des débris de ses caractères, de ses formes, de ses presses, et de toute son imprimerie. Mais lisez sa devise, vous dis-je, car chaque imprimeur avait k sienne dans le berceau de ce bel art. Celle d'Aidobrand, commenças le voyez, était conçue en ces termes teutoniqoes. Kunst iucbt GUNST , c'est-à-dire que la prudence et l'adresse à nous servir de nos taleus et de nos avantages naturels obtiennent enfin la faveur et la protection^ quand même Tiguorance et les préjuges s'y PP posent.
— Et c'est là, dit Lovel aprè^ un moment de réflexion et de silence, c'est là ce que signifient ces mots allemands?
— Sans contredit. Vous sentez leur application évident^ ^^ sentiment intime que ce grand homme avait de son méritai et dn degré d'élévation où il était parvenu dans un art utile ^t bouorabîe. Chaque imprimeur, à cette époque, avait, ainsi que je tous l'ai déjà dit, sa devise tout aussi bien que le plus lier pbeVali? qui s'avançait dans un tournoi. Aidobrand était ^ussi fier de » sienne que s'il l'avait déployée victorieux sur un champ de b»' taille. Elle annonçait qu'il répandait non le s^ng, mais les connaissances. Et cependant il existe une tradition de famille qui prétend qu'une circonstance plus roraanesqwe la lui fit choisir.
— Et quelle est cette circonstance, mon cher Monsieur?
— Eh ! eb I elle est un peu dérogatoire à la réputation de pr?* dence de mon respectable prédécesseur dans ce domaine» ^^ semel insanivimus omnes, chacun fait à son tour quçl<{ue foUe- On dit qu' Aidobrand , pendant qu'il était apprenti chez un desce»-
L'àNTIQIfAIAE. 1 1 &
daat da patiiarefaé de rimprimerie , de Fus t, fifaoe tradition populaire a envoyé an diable sous le nom de FaostnSt se laissa gagner le cœur par un misérable brin de femelle, la fille de son . maître 9 nommée Berthe. Us rompirent une bague et tireui toutes les singeries absurdes d'usage eu pareil cas pour se promettre vn amour constant, et Aldobrand partit pour foire son tour de Germanie, en brave et honnête kand'werker, car tel était alory l'usage des ouvriers: ils parcouraient tout l'empire, et travaillaient successivement dans les principales villes , avant de songer a former un établissement. Cette coutuine était fort sage; car ces on* vriers étant partout reçus en firères par les gens qui exerçaient le même métier, trouvaient ainsi l'occasion d'acquérir ou de ré* pandre des connaissances. Quand Aldobrand retourna à Nmrem* berg, son ancien maître était mort, diton, et deux ou trois jeunes galans, peut-être quelques embryons à demi affamés de l'ordre de la noblesse , serraient de près la yu7ig fmw ^ Berthe, à qui foll savait que son père avait laissé une fortune qui pouvait bien équivaloir à seize quartiers de noblesse. Mais Berthe, qui n'était paè m trop mauvais échantillon de la gent femelle , avait fait vœu de ne prendre pour époux que l'homme qui pourrait travailla à la presse de son père. Ce genre de talent était à cette époque aussi rare qu'il est admirable, et cette proposition la débarrassa sur4echamp de ses nobles amans auxquels il aurait été aussi facile de manier la baguette du magicien que le bâton ^ du compositeur. Quelques typographes du mérite le plus ordinaire firent pourtant la tentative, mais aucun d*eux n'était suffisamment initié dans les mystères de l'art. Mon histoire vous ennuie peut-être^ monsieur Lovel?
— Nullement, je vous assure , monsieur Oldbuck. Continuez , je vous prie; je vous écoute avec beaucoup d'intérêt.
— Ce n'est pourtant qu'une folie. Au surplus , Aldobrand arriva revêtu du costume ordinaire d'un ouvrier imprimeur, costume sODs lequel il avait traversé toute l'Allemagne , et causé avec Luther, Melanchthon , Erasme , et d'autres sàvans (jui n'avaient méprisé ni ses connaissances ni les moyens qu'il avait de les commu-
. niqner, quoiqu'elles fussent cachées sous des vêtemens grossiers. Mais ce qui avait paru respectable aux yeux de la sagesse, de la religion» de la science et de la philosophie, devait, comme on pou-
). imam fiUfc.— 3. Â comfoiingtiiekf un composteur.
y ait s'y attendre , paraître bas, vil et méprisable, aux yeux d'ane sotte femelle pétrie d'affecUtion , et Beçtbe refosa de reconnaître son ancien amant dans l'ouTrier reyéta d'an habit troué , portant nn bonnet de peau, des souliers garnis de dons, et le tablier de cuir de sa profession. Il réclama pourtant le priyilége d'âtre admis à l'épreuve ; et quand ses rivaux eurent, les ans renoncé à l'entreprise, les autres fait une feuille d'impression que le diable n'aurait pu lire, son pardon en eût-il dépendu, tous les yeox se fixèrent sur l'étranger. Aldobrand s'avança avec grâce , arrangea ses caractères sans omettre une lettre , un trait on ane virgule, et tira une feuille d'impression dans laquelle il ne se trouvait pas plos de fautes que si c'eût été nne tierce. Chacun applaudit au digne snccesseur de l'immortel Fust ; Berthe reconnut en rougissant qu'elle avait commis une erreur en ne consultant que le témoignage de ses yeux ; et Aldobrand , devenu son époux, prit pour devise Kunst MACHTGUNST, OU U /a&n^^a^^&/&v^n Maisqa'avcz-vousdoDC? Vous semblez enfoncé dans de sombres réflexions. Allons , allons, je vous disais bien qu'une telle histoire ne méritait pas l'attention d'hommes pensans. Mais j'ai enfin mis la main sur ma controverse au sujet d'Ossian.
— Je vous demande pardon , monsieur Oldback ; je vais vous paraître bien singulier , bien pea stable dans mes idées ; mais vous sembliez penser que la civilité exigeait que je rendisse une visite à sir Arthur ?
— Bon , bon! je me charge de vos excuses. D'ailleurs, si vods devez nous quitter aussi promptement que vous le dites, qu'importe le rang que vous occuperez dans ses bonnes grâces? et je tous en avertis , mon essai sur la castramétation est d'une certaine longueur. Ce sera tout ce que nous pourrons faire cpie de le lire dans l'après-dînée; de sorte que si nous ne consacrons pas la matinée a la controverse sur Ossian , vous courez le risque de la perdre. Nou^ irons sous mon bosquet sacré , mon houx toujours vert , et nous la lirons ^09u& super vindL
Chantons le hoox sacrtf 1 crkms : vive le houx , L'amitié n'est qu'an mot } l'amoar est poar les Toas.
— Mais vraiment, plus je vous examine, plus je commence a croire que vous n'êtes pas du même avis. Amen! de tout mon cœur ; jamais je ne querelle la mouture d'un antre parce qu'elfe ne peut suivre la mienne. Eh bien , que dites-vpus? dans le langagf^^"
monde et des mondains, si vous ponyez descendre dans une sphère si basse , irons-nous ? resterons-nous?
— AlIons-y, allons-y, répondit Lovel; c'est vous répondre dans le langage de Tégoïsme , et par conséquent dans celui du monde.
—Amen, amen, commedit le comte Marshall, reprit Oldbuck en changeant ses pantoufles pour une paire de souliers, et en couvrant ses jambes de aUikinSy nom qu'il donnait à ses guêtres de drap noir.
Il ne se détourna de la route que pour passer sur le tombeau de John de Girnell , dernier bailli de l'abbaye qui ait résidé à Monkbams. Sous un vieux chêne situé au haut d'une colline descendant vers le sud, et d'où l'on apercevait la mer dans le lointain , au-dessus de deux ou trois beaux enclos et du Mussel-Craig , était une pierre couverte de mousse sur laquelle on avait gravé une inscription en l'honneur du défunt, inscription que personne ne pouvait lire, mais ^'Oldbuck prétendait avoir déchiffrée ainsi qu'il suit :
Passant , ci-gît John de Girnell ; La coque est ci- dessous, mais l'amande est au ciel. De son vivant , nulles femelles Ne connurent stériSié.
Poules pondaiept l'hiver comme Vé\i:
Chaque fiûnille avait ou jumeaux ou jumelles. V De quatre boisseaux il savait
En faire cinq, dont il donnait Quatre à l'Eglise , et le cinquième aux belles.
— Vous voyez, dit Oldbuck , combien était modeste l'auteur de cet éloge funèbre. Il nous dit que l'honnête John était assez adroit pour trouver dans quatre boisseaux de quoi en faire cinq ; que de ces cinq boisseaux de sa façon , il en rendait quatre à l'Eglise , c'està-dire à ses maîtres, et qu'il donnait le dernier aux femmes du pays. Il ajoute que de son vivant les poules pondaient hiver comme cte, mais du diable si cela m'étonne, si elles mangeaient le cinquième des grains de l'abbaye ; et que nulle famille ne restait sans cnfans, miracle qu'il faut regarder comme inexplicable. Mais, ûHons, laissons John de Girnell , et gagnons les sables. Vous voyez que la mer, semblable à un ennemi vaincu, nous a cédé le terrain sur lequel elle nous a livré bataille hier soir.
En parlant ainsi , il s'avançait vers les sables. Sur les dunes qui «û étaient voisines s'élevaient trois ou quatre Imttes habitées par <les pêcheurs dont les barques laissées à sec par la marée exhalaient le parfum agréable du goudron fondu par Içs rayons ardens au soleil, sa mêlant à celui des entrailles des poissons et des autres
immondices ordinairement accnmuléesàutonrdes ehaamièresécos* saises. Au milieu de cette atmosphère empestée, et sanâ en paraître aucunement incommodée , était une femme de moyen âge, dont les traits dnrs et rembrunis auraient défié mille tempêtes^ et qui, assise à sa porte, s'occupait à raccommoder un filet. Un mouehoir noué sur sa tête» et un habit qui ayait été jadis celui d'an homme, lui donnait un air masculin, auquel des membres vigoo* renx , une taille presque gigantesque et une voix rattque ajoutaient encore.
— Qu'est-ce qu'il faut atijourd'hui à Votre Honneur? dit-elle ou plutôt cria-t-elle à Oldbuck; des harengs, des merlans, un tnrbot, une plie?
— Combien pour le turbot et la plie? demanda l'antiquaire.
— Quatre shillings d'argent et six pence > répon4it la naïftde.
— Quatre diables et six diablotins , répliqua Oldbuck ; me prenez-vous pour un fou , Maggie?
— Et croyez-Tous, dit la virago en appuyant les poings sur ses hanches, que mon homme et mes enfans aillent à la mer par on temps pareil à celui qu'il a fait hier et qu'il fait encore aujourd'hui, sans rien avoir pour leur peine que des sottises, monsieur Monkbams? Ce n'est pas du poisson que vous achetez , c'est la vie de$ hommes.
— Eh bien ! Maggie, je vais vous faire une belle offre : je vous donnerai un shilling pour les deux , c'est six pence la pièce. Si toat votre poisson est aussi bien payé, votre homme, comme vous l'appelez, et vosenfahs, n'auront pas fait un mauvais voyage.
— J'aimerais mieux que le diable eût brisé leur barque sur le fiell-Rock ^ c'eût été un voyage plus heureux. Un shilling pom'cés deux beaux poissons! voilà une belle proposition I
— Eh bien, éhbien! ma vieille amie, portez votre poisson à Monkbams, et vous verrez à vous arranger avec ma sœur.
— Non, monsieur Monkbarns, non. Je veux faire affaire avec vous, car quoique vous soyez dur à la desserre, miss Grîzzy nous rogne les ongles de bien près. Je vous le donnerai , ajouta-t-clle en adoucissant sa voix, pour trois shillings six pence.
— Dix-huit pence ou rien. '
— Dix-huit pence! oî»ia-t-elle d'un ton qui annonçait d'abord
I. Bell. Rock ou Indh Cap Mt situé k doiue milles rjd-ouest d'Aribroath< Ce rœ «t •arnommé le Phare calédonien , depuis la construction d'un phare dont l'histoire iest celle d*ttn des plus beaux triomphes de Tindustrie humaine sur les élémcM.
une stn*prise ihâléede colère, et qui finit par un ^inissement lorsqo'elie vit Oldbnck foire un pas pour sMloigner d'elle. Vous ne Toolez donc pas de mon poisson ? Eh bien, continua-t-elle d'un ton plus haut en voyant qu'il s'en allait, vous les aurez avec ufié demi-douzaine de crabes pour faire la sauce, pour trois shillings et et nn verre d'eau-de-vie.
— Allons^ Maggie, vous aurez une demi*couronne et le verre d'eau-de-vie.
— Il faut bien en passer par où Votre Honneur le veut ; d'aillëars un verre d'eau-de-vie vaut de l'argent aujourd'hui que les alambic i ne travaillent plus.
— Et j'espère bien qu'ils ne travailleront plus de mon temps ' .
— V^iment , il est bien aisé à Votre Honneur de parler ainsi , de même qu'à ceux qui, comme vous, ont tout à bouche. que ireox-tu, bon feu et bon couvert, bonne chère et bons habits; mais si votre cheminée était froide, si vous ne saviez comment, dîner aujourd'hui , si vos habits étaient mouillés, si vous grelottiez de froid , et que vous eussiez en outre le chagiin dans le cféur, ce qui est le pire de tout, avec dix pence dans votre poche, ne seriez-vous pas bien aise d'avoir un verre d'eau-de-vic pour vous servir de souper , et vous tenir le cœur chaud jusqu'au lendemain matin?
— Cela n'est que trop vrai , Maggie. Et le brave homme est-il encore en mer ce matin , après sea travaux d'hier soir ?
— Oui, sans doute, Votre Honneur. Il est parti ce matin à quatre heures , tandis que le vent soulevait encore les vagues comme le levain fort lever la pâte , et notre petite barque dansait comme nn bouchon.
— C'est un Éfonrine laiborieux. Eh bien , vous porterez ce pois-» ^itklRonkbarns.
— Je vais y aller, ou plutôt j'y enverrai Jenny : elle ira plus vite$ mais j'irai moi-même chercher le verre d'eau-de-vie, et je dî^i à miss Grizzy que c'est de votre part.
Une créatùf'e d'aorte espèce qu'aucun naturaliste n'a décrite, et qm aurait ptr passer pour une sirène , attendu qu'elle était dans «lié iflâre tbtmie par î'eau de la mer entre les rochers, fut appelée à grafldd cria par la femme du pécheur, et s'étant mise décemment.,
I. li »W ici de ladislillation. frauduleuse de» liqueur» «piriluçuse» , qu'on a bçaucoup ^ peiàé à âlfftli^ en itoHè et eu Iriàiidé.
comme le dit sa mère , c'esuà-dire ayant ajooté nne espèce de mante ronge an jupon qui fonnait auparavant son unique vêlement, et qui ne lui couvrait pas les genoux, elle partit avec le poisson dans un panier, et chargée par Oldbnck de dire qu'on le fit cuire pour le dîner.
— Il se serait passé bien du temps , dit Oldbnck d'un air content de lui-même, avant que mes femelles eussent fait un marché aussi raisonnable avec cette vieille peau tannée» et cependant je les entetids quelquefois se disputer avec elle pendant une heure entière sous la fenêtre de mon cabinet, criaillant .toutes trois comme des mouettes pendant un ouragan. Mais , allons^ reprenons le chemin de Knockwinnock.