‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 54 sur 91 · I . Chant de» funérailles · texte numérisé non relu

I . Chant de» funérailles

a. Dan» le comté d'Aberdeen.

qné personne bût. dans la coupe funéraire ou poussât les cris d'usage. Elle dit qu'il avait tué assez de Montagnards le jour de sa mort, pour que le corônach de leurs veuves et de leurs enfans servit pour eux et pour lui ; elle le vit mettre dans le tombeau , d'un œil sec , sans laisser échapper un soupir ni un gémissement. Or, la famille s'est fait gloire de cçtte conduite et Ta toujours imitée ensuite, surtout dans ces derniers temps, parce qu'étant papiste , elle remplit les cérémonies de sa religion avec plus de liberté qu'en plein jour. Au moins , de mon temps , la loi ne permettait pas ces sortes de pratiques, et les habitans de Fairport s'y seraient opposés. Peut-être n'est-il pas besoin de tant de myslère à présent ; le monde est renversé ; je sais à peine si je suis assise ou debout , morte ou vivante.

Et jetant un coup d'œil sur tous ceux, qui étaient assemblés autour du feu y comme si elle eût cherché à sortir de~ ses doutes et de son incertitude j elle remit machinalement sou fuseau en mouyement.

— Je ne sais où j'en suis, dit Jenny Rintherout à Maggie^ quand j'entends votre mère parler ainsi ; c'est comme la voix des morts qui s'adresse aux vivans.

—Vous. ne vous trompez pas de beaucoup; elle ne s'inquiète de rien de ce qui se passe aujourd'hui ; mais mettez-la sur ses vieilles histoires , et elle parle comme un livre ; elle en sait plus long que bien des gens sur la famille de Glenallan , car son mari, le père de Saunders , a été bien long-temps le pécheur de cette famille. Vous savez que les papistes se font un devoir de manger du pois; son, et ce n'est pas le pire de leur religion; car j'étais toujours sûre de vendre mon plus beau poisson, et à bon prix , pour la table delà comtesse, (que Dieu ait pitié de son ame!) et surtout les vendredis. Mais voyez comme les mains et les lèvres de notre mèr« vont leur train. Tout en filant, elle se parle à elle-même; elle jasera maintenant toute la nuit si l'on veut, quoiqu'elle passe des semaines sans dire un seul mot, si ce n'est aux enfans.

— Je vous dis, mistress Mucklebackit, que c'est une femme dont la présence m'impose. Etes-vous bien sûre d'elle ? On dit qu'elle ne va jamais à l'église, et qu'elle ne parle point au ministre : on sait qu'elle a été papiste autrefois; mais depuis la mort de son mari personne ne sait ce qu'elle est. — Ne croiriez-vous pas qu'elle est un peu sorcière?

— Sorcière ! quelle simplicité I pas plus que les autres vieilles

femmes > si ce n'est Âlisou Breck; car, pour elle, je n'en jurerais point. Je l'ai yae revenir avec son panier rempli de crabes, quand les antres...

— Paix I Maggie , paix I Votre mère va encore parler.

— Qnelqu'nn ne vient-il pas de dire, reprit la vieille EIspeth, qneJoscelinde, lady Glenallan, est morte et enterrée ?rai-je rêvé> on bien est-ce une révélation qui m'a été faite ?

— Oui, ma mère, cria Maggie : elle est morte.

— Ce n'est pas un grand malheur ; elle a fait bien du mal pendant sa vie , et jusqu'à son propre fils. Est-il encore vivant?

— <- Oui sans doute> mais le sera-t-il encore long-temps , c'est une autre question. Ne vous sou venez- vous pas qu'il est venu vous demander, le printemps dernier, et qu'il vous a laissé de l'argent ?

-^Cela'se peut bien, Maggie, je ne m'en souviens pas. C'était un beau garçon dans sa jeunesse, comme son père avant lui. Ab! si son père avait vécu, il aurait été plus heureux; mais il était mort, et la mère avait tout pouvoir sur son fils. Elle lui fit croire ce qu'il n'aurait jamais dû croire, et lui fit faire ce qu'il n'aurait jamais dû faire , ce dont il s'est repenti toute sa vie , et ce dont il se repentira toujours , quand sa vie serait aussi longue que ma longue et ennuyeuse vie.

— Quoi donc, grand'mère? quoi donc, ma mère? quoi donc, mère Elspeth? s'écrièrent en même temps trois ou quatre enfans, leur mère et Jenny Rinthérout.

-— Ne me le demandez pas , mais priez Dieu qu'il ne vous abandonne pas à l'orgueil et à l'opiniâtreté de votre cœur; cela peut se trouver dans une cabane comme dans un château ; j'en puis rendre témoignage. Oh I cette nuit terrible et effrayante ! jamais le soavenir n'en sortira de ma vieille tête. Et la voir étendue sur le sable » etl'eaude la mer qui dégouttait dê^es longs cheveux ! — Lai^engeance du ciel poursuivra tous ceux qui s'en sont mêlés. — Est-ce que mon fils est en mer par le vent qu'il fait?

— Non , ma mère, non. Il n'y a pas de barque qui pxissetenirà un pareir temps ; il est couché.

— Steenie n'est donc pas en mer?

— Non, grand'mère , dit l'aînée des filles; Steenie est sorti avec le vieux mendiant, Edie Ochiltree; ils sont peut-être allés voir l'enterrement.

— Cela ne se peut pas, dit la mère , nous ne l'avons appris

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qu'après lem* dépjfcrt, qaand Jock Rand eU venu nous dire que Rin^an Aikwood, avait reçu ordre de s^y trouver. Vous savez qi^e les papistes n'aûment pas à donnw trop de publicité à leiirs- Géré< mouies. Us doivent apporter le corps cette puit^ en grande procession, du château de Gienallan aux ruines de Sainte-Rutb, àvdix milles de distance. Il y a dix jours que la comtesse est sur un li.t de parade dans une grfinde chambre toute tendue en. noir, et éclairée par des cierges,

— Que le ciel lui fuisse miséricorde 1 dit Elspeth, qui semblait toajoin^ occupée de la mort de la comtesse ; elle avait le cœur bien dur, mais elle. est allée rendre compte à celui dont la miséricorde est infinie^ et puisse-t-elle en trouver près de lui! — Elle retomba alors , dans le silence , et ne parla plus du reste de la soirée.

— Je ne conçois pas ce que ce vieux mendiant et Steenie peuvent faire dehprs par une pareille nuit^ dit mi^tress Mucklebackit : et Jenny Rintherout ne montra pas moins de surprise.

— Qu'un de vous autres monte sur le rocher, dit la mère en^'adressant aux enfans , et qu'il crie bien fort afin qu'ils, se dépêchent, s'ils sont à portée>de l^entendre : nos gâteaux de farine d'avoine seront brûlés.

L'aîné'des garçons partit, mais il^evint en courant au bout de quelques minutes, en s'écriant : Ma mère! grand^mère! il y a. un esprit blanc qui court après deux esprits, noirs dans la vallée.

Cette singulière annonce fut presque immédiatement suivie du brait des pas de quelques personnes qui arrivaient; et Steenie Mucklebackift» suivi d'Ochiltree, tous deux hors d'haleine^ çntrèreat précipitamment dans la cabane. Le premier soin de Steenie, en arrivant, fut de fermer la porte, et de chercher, une grosse barre de bois qui servait de verrou.

— Vous avez donc oublié , lui dit sa mère , que nous l'avons brûlée dans le grand hiver, il y a trois ans ? Des gens comme nous ont-ils besoin de fermer leur porte ?

— Personne ne nous poursuit, dit le mendiant; nous sommes comme les méchans , qui- fuient sans avoir personne à leitrs trousses* ^

— Nous avons été poursuivis, dit Steeme , par un esprit ou par quelque chose qui ne vaut pas mieux; ' '

— Je vous dis que c'était un homme à cheval , dit Ochiltree ; j'en suis sûr, et il nous aurait attrapés si sa monture ne se fût

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enfoneé les pieds à chaque ytts4aiM le WttêSa htmààêm, fttjséca* gettx : f ai eôttra éHssi vke <iiie b1 j Vuèsè ^lé « 9peàitoti]^M

— Vous êtes deox fonSy dit Mftgjgie ; e^BSt éâtretaieiit ^|iiti<{t'wi qui revenait de l'eaterremeM: de la eomtesae.

— EstH^ qu'on a enterré cette nuit ta vieille comtesee à 8aHlt^ Ruth ? dît Ochiltree. Voilà doue la caose da brait et des lumières qui nous ont effrayés ; j'aurais voala le savoir; j'y serais resté, et je n'aurais pas laissé là notre homme. Vous avez frappé mi peu fort y Steenie ; je ne sais pas s'il s'en relèvera.

— N'ayez pas penr» il a de bonnes épaules , et je n'ai fait qa'en prendre la mesure avec mon bâton. Avez-vous ouUié que sr je ne l'eusse prévenu, il n'y allait pas de main morte contre tous ?

— Eb bien ! eh bien ! si je puis me tirer sain et sauf de cette bagarre , ce sera la demiène fois que je tenterai la Providence. Je ne crois pourtant pas qu'il y ait grand mal à jouer un tour sem- Uable à ce voleur Vagabond» qui ne vit qjateu trompant les hoonétes gens.

— Et qu'allons-noQS faire de ceci? dit Steenie en tirant de sa poche un portefeuille.

-- Que le ciel nçus protège , Steenie! s'écria Edie d'un ton alarmé. Par quel hasard avez<vons ce portefeuille ?'Savez-vott bien qu'il n'en faut qu'une ^seule feuille pour nour fûre pendre tous deux ?

— Je suppose qu'il jetait tombé de ea podie pendant ipie je secouais son habit ; je l'ai eSenti âmes pieds en me brâsattt pour remettre notre homme sur ées jambes; je l'ai mis chns ma poche de peur qu'il ne se perdit dans l'ôbs^curité , et pour le hn rendre ensuite ; mais tout à coup' nous avons entendu comme un bruit de chevaux , vous avez crié : Parlons ! partons ! et ne n'y ai plos pensé.

— n &ut le.lni remettre de manière ou d'autre. Je crois que le mieux serait d'en charger Ringan Aikwood ; il {andra que vous alliez le voir à la pointe du jour ; je ne voudrais pas pour cent livres que ce portefeuille se trouvât entre nos inaind*

Steeniepronadt de ne pas y manquer.

— n me paraît que vous avez bien employé la nuit, monsieur Steenie ? dit Jenny Rintherout » mécontente de n'avoir pas attiré

I. Voyei WàperUj. La faite des Anglais êuit devenue proverbiale depoia cette baUiUe e^Lgoie par Charïea IB^OMaé.

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jplu8 tôt f lâittentiôti du jetthé |)êchèût*, et VoulàM dù&à là fi»r sur elle; tbus PâvèÈ fort bietl ^ïùplofée en colâraiitteà chàiàpft àrec àH yfé^6nà&, «t en tôu!» ifi^isànt poursuivre par deà esprits, quand TOUS àitriez dû être dans vôtre lit comme ^btre hôniiéte homme de^pèrie. •

Le jeune pécheur ripèstâ avec toute la raillerie rustique de son létat, et l'on commença une attaqne générale contre les gpsiteauïc de forine d'avoine et les harengs fumés ^ renforcés d'un pot où deux de IwO'penHy S et d'une bouteille de gin« Le repas terminé, le mendiant alla se jeter sûr une hotte de paille dans une espèce de hutte attenante ; les enfàns avaient déjà ga^é leurs lits l'un après l'autre , et Ton avait déposé la grand'mèfe sur son matelas de laine. Steenie /malgré la fatigue qu'il avait» éprouvée, voulut escorter Jenny Rintherout jusqu'à Monkbarns, et l^'histoire ne dit point à quelle heure il rentra. La maîtresse de la maison, après avoir mis le coutre-feu sur |es charbons et rétabli une espèce d'ordre dans la chambre, se retira la dernière.

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