‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 58 sur 91 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

On le voyait présider à lear» jeux ; ArlthK né et lome» l^ia^ ^tterètU* , Si quelquefois il s'en glissait entre eux.

Caâ»BB. le Village.

CoMFoaiubiBifr aux ordnês de son maître > Frani^is Macraw conduisît son ancieai compagnon d'armes jusqu'à la porte du cbatevi saas lui permettre d^avoir aucune cooversatioi» ni communication avec les domestiques.du comte* H Faccompagna mâme «un p^ {te loin, car, réfléchissant judicieusemeutque la restriction ne privait s'étendre jusqu'à lui qui était changé du nuassatge , il fit Umt oe qu'il put pour tirer d'Ochiltree le$ détails de soi^i entretien sccfiet et confidentiel avec lord GknaUan; mais Edie^ daffip te <«rars de sa vie , avait subi plus d'un interrogatoire , ^ il sot âuder teaiss les questic^ de son ci-devant camarade* -— Les secrets de^ ^^rsods seigneurs , se dk-il à luinnème , sent comme le^ anî w«i:i^ sauvages qu'on tient enfiicmés dasis dea lof^ Jbimi grilla ; tant qu'ils sont

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sous tet verroiuL > umt va bieo ; mais oûYrez?lear la porte , ils se retourpeat c&tkWé vous el tous déct^îrent. Je itie aoaviens de ce qn'il en a coàié à Di^ld Gunn pour avoir lâché la bride à sa laïufue sur ia fenuiie do major fst le capitaîue BaiidiUer.

Francis vit dooc tomes ses attaquas édiouor contre la discrétion du vieillard, et, semUaUe à im joueur d'éabecs peu babile, à chaque fanx moi|vam^nt, il s'oiipaiait Ini-méoie aux coups de son adversaire.

-~ Aini5i> dit Fraocis, vous soutenu que ygnm n^avie^ à parler à milord que de vos propres affaires ?

—Sans doute , et de quelques babioles q^e j'avais rapportées despays étrangers. Je savais que vous autres papistes vonsaittache? an grand prix aux reliipies qui viennent de tûen loin.

— Cest vrai ; mais il bfii cpie «âlord soit devenu toutpà*{ait foU» si les brimbçnîons que vous aves pu lu^ apporijer ^nt été en état de le mettre -ainsi tout bors de lui.

~ Yoiia Avez peut-être raison au fond ; mais il est possUile que dans sa jeunesse il ait eu de grandes contrariétés , et rien ne dérange davantage Tesprit d'niibolnme«

— C'est la vérité , Edie , et vous pouvei^ bien le dire. Mais, puisque voua ne devez fdus revenir au château.» et que, quand vous y reviendriez, vous ae m'y trojiverii^z plw i j# vo«s dirai que mi^ lord a eu le easat tdlenieiit brisé pt déebiré dans sa jeunesse, que c'est un miracle qu'il ait pu y résister si long-temps,

*- Ouinià ? Et je suppose qu'il s'agisjs^it d'une femipe?

—Tout jnste, vous l'avez deviné; une d^ ses cousines» miss Eveline Neville, comme on l'appelait. On a parlé de cettç alfoire dans le pays , mais tout bas , al tendu qu'il était question de grands seigneurs. U y a maintenant plus de vingt aus; oui» il y en a Tingtf>tFois.

— J'étais, alors en Amérique, et je ne pouvais pas entendre les propos du pays.

— Il n'y a paa eu grands propos , comme je vous le disais ; on a en soin d'étouffer bi^n vite la rtuneâr> Il aimait miss ËveUne et il voulait Fépouser; mais sa uière éventa la mine, ^ alors le diable s'en môla» La pauvre jeune fille se jet^i^du baii^ du Oaigburnsfoot dans la mer , et ce fut la fin de l'histoire.

— La fin pour elle , mais non pour le comte, à ce q^'il me ^mhle«

— Oh I elle n'aura de fin pour lui qu'avec sa vie.

— Mais poufq^i la vieille conpite^se s'opposa-t^le à «e if^riagQ?

— Pourquoi ? Elle n'en savait pem-être rien elle-même; mais qu^elie eût tort oïl raison , il n'en fallait pas moins fiiire ses volontés. Cependant on savait, bien que la jeune miss avait un certain penchant pour les hérésies du pays , et qu'elle était plus proche parente de lord Geraldin qu'il ^ne le fallait pour pouvoir l'éponser d'après tes règles de notre Eglise. Enfin elle fut poussée à cet acte de désespoir ; et depuis lors le comte n'a plus porté sa tête avec l'assurance d'un homme.

^ Eh bien \ dit Ochiltree , il est étonnant que je n'aie jamais entendu parler de tout cela.

— Il ne l'est pas moins que vous en entendiez parler aujourd'hui, et dû diable si aucun des domestiques aurait osé en ouvrir la bouche tant que la vieille comtesse a vécu. C'était une maîtresse fenune> Edie 9 et il aurait fallu un fier homme pour pouvoir jouter contre elle. Mais elle- est dans son tombeau, et, par conséquent , nous pouvons donner un peu de liberté à nos langues quand nous trouvons un ami. Mais adieu, Edie ; il faut que je rentre pour l'office du soir. Si vous allez à Inverrarj dans environ six mois , ne man* quez pas de demander Francis Maeraw.

L'invitation fot acceptée avec autant d'empressement qu'elle

était faite avec cordialité y et les deux amis s'étant séparés avec tocs

les témoignages d'une adfeçtion mutuelle , le domestique reprit la

'foute du château de son maître , et le mendiant continua à marcher

du côté de FairporC.

C'était une belle soirée d'été, et le monde entier, e'est-à-direle cercle restreint qui formait pour Edie le monde entier^ lui était ouvert afin d'y-choisir son logement pour la nuit. Quand il fut sorti des domaines moins hospitaliers de Gleuallan, il avait le choix entre tant de gîtes qu'il en devenait difficile. A un mille.de là, il y avait le cabaret d'Ailie Sim ; mais c'était un samedi soir , il y troaverait une foule déjeunes gens ne songeant qu'à se divertir , et il n'y aurait pas moyen d'avoir une conversation raisonnable. Il connaissait plusieurs fermiers et fermières dsins les environs; mais Fun était sourd et ne pourrait pas l'entendre ; l'antre n'avait plosde dents, et ce serait lui qui ne l'entendrait pas ; celui-ci était d'un caractère bourru , celui-là avait un chien hargiAeux. Uétaitsûr d'être bien reçu à Monkbarns et à Knockwinnock , mais c'était un pea loin pour s'y rendre ce soir.

— Je ne sais comment cela se fait, dît le billard, mais je suis plus difficile ce soir pour mon logement que je ne me souviens de

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l'avoir^té dé ma vie. Je crois cpie , pour avoir vu on si beau château, et reconnu qu'on peut être heureux sans. celai ^ j'en suis de* venu oi^etileux de 'mon sort.. Que Dieu m'en préserve ! car l'orgneil précède la perdition. Dans tons les cas , la plus mauvaise grange dans laquelle mendiant aitjamais couché me semblerait plus agréable que le château de Glenallan^> malgré tous ses tableaux , toutes ses tentures de Velouranoir et lespièces d'argent qu'oii y re* çoit. n fout pourtant me déterminer. Eh bien ! alloua chez Ailie Sim.

Comme il descendait la colline au bas de laquelle était situé le petit hameau où il se rendait , le soleil avait, en se couchant^ miafin aux travaux des habit ans ^ et les^ jeunes gens, profitant d'une snpetbe soirée , jouaient à la boule dans une prairie , entourés d'un cerde nombreux de vieillards, de femmes et d'enfans. Le rire et les exclamations des joueurs formaient un choçur bruyant qui frappa de loin les oreilles d'Ochikree , et qui lui rappela le temps où il avait lui-même disputé et souvent remporté le prix dans les jeux qui demandent de la force et de l'agilité. De tels souvenirs manquent rarement d'exciter nn soupir, même quand le soir de la vie est égayé par une perspective plus brillante (fae celle qui s'offrait à notre pauvre mendiant. — A cette époque , pensa-t-il assez naturellement , je n'aurais pas plus pensé à nn vieux pèlerin qui serait descendu de la colline de Kinbly themont , que ces jeunes gaillards ne songent aujourd'hui au vieil Edie Ochiltree.

Des pensées d'une nature moins triste succédèrent à cette réflexion , quand il vit qu'on attachait à son arrivée plus d'importance que sa modestie ne l'avait présumé. Un coup douteux avait fait naître une querelle entre les jouemrs ; et ^ comme le commis de l'accise s^était déclaré pour un parti , et le maître d'école pour l'autr^e, on pouvait dire que les grandes puissances se mêlaient de l'affaire. Le meunier et le serrurier soutenaient aussi chacun un parti opposé, et Ton apportait dans la dispute une chaleur qui donnait à craindre qu'elle ne se terminât pas à l'amiable. Mais la première personne qui aperçut le mendiant s'écria r — Ah I voici le vieil Edie ; personne ne connaîtmieux les réglés de tous les jeux» il faut qu'il décide du coup.

— Oui, oui, cria-t-on des deux côtés; plus de querelles: nous nous en rapportons au jugement d'Ë^e.

Edie fut donc accueilli à son arrivée par une acclamation um-

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Tersen«dPâll^re»e ^ et on Kastalia comme arbitre* Atee toute la hiodèstie d'an ministre à qoi l'on offre une raitred'évéque» ou d'un membre de la chambre des communes qu'on appelle à rempUrU iBiuteuii du président, le TÎeillard chercha à se soustraire à la responsabilité dont on voulait le charger. Mais , pour prix, de son hamilité y il eut la satisfaction d'entendre déclarer d'une Toix unanime qne , dans tout le pays, il n'existait personne qui fût plus en étatde remplir en cette occasion l'office d^arbitre en dernier ressort.

Ayant reçu de tels encotiragemens , il commença gravement l'exerdce de ses fonctions , et s'étant fait exj^iquer l'affaire , il entendit ensuite, comme avocats des parties, d'un côté le^ serrurier et le commis de l'accise , et de l'antre le meunier et le maître d'école, après leinr avoir recommandé de s'abstenir de toute expression iujurieuse^ et de n'avoir recours qu'à la justice et à la vérité. U est pourtant vrai qu'avant le commeiicement des plaidoyers^ Edie avait déjà intérieurement prononcé sa sentence, imitant en cda la conduite de pins d'un juge, qui, qaoi<](ue bien décidé à ne pas changer d'opinion, n'en écoute pas moins, par égard pour les formes , les plaidoyers des conseils des deux parties* Lorsqu'on eut établi et répété plurienrsfds les raisons pour et c<mtre, notre ancien, bien avisée tout bien considéré > rendit un jugement fort laage et fort modéré, en déclarant que le coup contesté était nul, et ne pouvait profiter à personne. Cette décision judicieuse rétablit la paix parmi les joueurs ; on reprit lesboules;. on poussa dct nosveaux cris de joie > et qnelqnes^ins ôtaient déjà leurs habits et lean cravates pour les donner à garder à leurs mères , à lieurs sœurs on à teurs maitresses. Mais la gaieté générale fut soudain interrompue.

Dans les derniers rangs du groupe nombreux rassemblé autour des joueurs , on commença à entendre un bruit d'nne nature bien difSérente, ces e^>èoes de soupirs étoulEés et d'exclamations a^ee ksquels on reçoit la première nouvelle d'une calamité. Quelques femmes s'écrièrent à demi«*voix : — £h quoi I mourir si jeune et si subitement ! On comprit sur*le-ehamp que quelque malheur était aivivé dans les environs > et chacun interrogeait à ce sujet son voisin , qni n'en savait pas davantage. Les cris de joie cessèrent. Bnfln b ftmeste nouvelle circula de rang en rang^ et arriva jusqu'à Oehiltree , qni était au centre du cercle« La barque de Saunders MttcUebaokity le pécheur dont nonfr ayons si souvent pariée

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swt coolé à fond» et Pon disait que les qoatife hommes qui Isi mou^ taient avaient péri , et que Mucklebackit et son fils Steenie étaient de €e Mmibre.

La renoBBoiEiée» en cette oocasioa comme en bien d'antres» avait été an-ddà de b vérité. li était vrai de la bar^pie avait échoué; mais un seul homme avait été victime de ce ftiûeste accident, ete'â^tSteaiieMttcUebackit. Quoique la prof^sMon de ce jeune liomme et le lieu de sa résidence lui donnassent peu 4e rdation.$ avec ces villageois^ ik n'en payèrent pas moins ce tribut de sensiUiité qu'obtient pres^pie toiyomis ime ^amité soudaine et im^ prévue. Cette noavcUe frappa Oehiltree en particoliep eomme un coup de tonnerre. Il se rappela qu'il avait engagé la veille èe jeune hofiABie dans une espi^lerie un peu forte; et, quoiqu'il n'eût eu dessin de nuire à l'adepte aUemand nr dans sa personne ni dans sjBs biens ^ et qu'il n'eAt voulu que Ini donner une leçon dont il pût se souvenir» il se disait qu'une pareille œuvre n'était poA c^e qui aurait dû occuper les derniers momens de la vie d'un bomme.

Un malheur ne marche jamais seul. Tandis qu'Ochiltree, ap« payé sur son bfiton d'un air pensif » joignait ses regrets à ceiix <JbBS villageois qui défieraient la QKH't prématurée de Stêenie » et qu'il se reprochait; intérieurement de se l'être associé dans sou ej^piidition nocimme contre Dousterswivel , un officier de paix lui mit tout à coup la n^ain içauche sur le collet , tandis qu'il lui montrait de l'autre le bâton , signe de l'autorité légale dont il était investi, et lui dit : — Je vous arrêté au nom du roi.

. Le comniis des douanes et le maître d'école réunirent leur rhétorique pour prouver au constable qu'il n'avait pas le droit d'arrêter un mendiant du roi comrne vagabond , et que son ^lanteau l)len lui permettait de parcourir le pays en demandant l'aumâne ; les poings fermés et les yeuxmenaçans du meunier et du serrurier prêtaient une nouvelle éloquence à ces argumens.

— Mais son manteau bleu, dit le constable, ne lui permet ni le vol ni le meurtre ; et je suis porteur d'un mandat d'arrêt décerné contre lui pour ces deux crimes.

— Meurtre I s'écria Edie : et qui est-ce donc que j'ai assassiné ?

— M. Herman Doustcrswivel , agent des mines de Glen- Withershin.

— Tousterchivel ! bon , bon , il est vivant et se porte bien.

— S'il vit encore , ce n'est pas votre faute ; car , s'il faut l'en

croire , il l'a écbftppé belle. Hais c'eifc à la juslioe qne tous en lé» pondrez.

Les défenseurs du mendiant se tarent en entendant Faccosation grave inteptéè contre liii , mais plus d'dne main compatissante lui apporta du pain , de la tiande et quelques sous pour se nourrir dans la prison où Vo)Ek allait le conduire.

— Grand merci, mes enfans, dit Edie; que le ciel yousbé* nisse ! je me suis tiré de plus d'une passe où je ne méritais pas si bien ma délivrance, et j'échapperai encore comme un oiseau à roiseleur. Continuez votre jen> etne vous inquiétez pasde moi; la mort du pauvre Steenie me cause plus dé chagrin qne tout ce qu'on peut me faire.

Le prisonnier se laissa emmener sans opposer aucune résistance. Il avait préalablement rempli ses poches et sa besace des aumônes abondantes que chacun s'empressait de lui faire, et jamais frère quête or n'était rehtré plus chai^ dans son couvent. Il n'eut pourtant pas la peine de porter bien long-tëiûps ce fardeau , carie constable prit une charrette attelée d'un bon cheval pour le cqdduire devant le magistrat.

La mort du malheureux Steenie et l'arrestation d'Edie interrompirent les jeux du village , dont les habitans attriètés se mirent à réfléchir sur les vicissitudes de la fortuné , qui , presque an même instant, venait de placer un de leurs camarades dans le tombeau , et de mettre l'arbitre de leurs différends en quelque danger d'être pendu. Le caractère de Dousterswivel étant généralement connu, ce qui veut dire qu'il était généralement détesté , on se flatta qne l'accusation portée par lui était calomnieuse; mais tous conyinrent que si Edie Ochiltree devait subir un châtiment en cette occasion , c'était bien dommage qu'il ne l'eût pas mieux mérité en tuant tout de bon l'entrepreneur des mines.

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