scène attendait notre antiquaire
La pre mière personne qu'il aperçut en y entrant fut lord Glen* allan. Ils se reconnurent , et montrèrent tous dedx beaucoup de surprise en se saluant, M. Oldbuck avec un air de réserve hautaine) et le comte avec une sorte d'embarras.
— Lord Glenalian , je crois ? dit l'antiquaire.
— Oui , bien différent de ce qu'il était quand il fit connaissance avec M. Oldbuck,
— Je me retire, Milord; je ne m'attendais pas à trouver ici Votre Seigneurie : je ne venais que pour voir cette famille afliigée.
— Et vous avez trouvé , Monsieur, quelqu'un qui a encore de plus grands droits à votre compassion.
— A ma compassion ! Lord Glenalian ne peut avoir besoin de ma compassion; et quand il en aurait besoin > je doute qu'il voulût me la demander.
- Notre ancienne connaissance , monsieur Oldbuck. . . r,^^ — Elle rémonte si loin , milord , elle a duré si peu de temps, et elle se rattache à des circonstances si pénibles, que je crois que nous pouvons nous dispenser de la renouveler. Bonjour, milord.
A ces mots, l'antiquaire se détourna et sortit de la chaumière. Mais lord Glensdlan ^ en dépit de cette froideur glaciale, le suivît
L'ANtIQUAIRE. 837
snv-Ie-chânip ^ loi demanda quelques minutes d'entretien ^ et le pria de lai donner son aTÎs sur un objet important. .
— Vous trouverez , Milord , bien des gens plus en état qoe moi de TOUS donner des avis , et qui se feront un honneur d'être consuites -par Votre Seigneurie. Quanta moi, je suis un homme retiré du mondé et des affaires; je ne ine soueie nullement de fouiller dans le passé pour me rappeler les évènemens d'une. vie inutile, ^ et vous me pardonnerez, Milord, si j'ajoute qu'il me serait surtoutbién pénible de révenir sur celte époque où nous agîmes, moi comme un fou, et vous...' Il s'arrêta.
— Comme un scélérat, voulez-vous dire? Je dois vous avoir paru tel. ' .
— Milord, Milord, je- n'ai nulle envie d'èntendire votre confessioR.
— Mais si je puis vous démontrer , monsieur Oldbuck , que j'ai été plus malheureux que coupable, plus malheureux qu^l ne se- ^ Tait possible de vous le peindre ; oui1 vous avez devant les yeux, an homme à qui la tombe seule offre eh ce moment l'espoir du ^ repos; vous ne refuserez pas d'écouter celui qiii regarde le hasard* qni vous a amené près de lui en cet instant critique^ comme ime manifestation des volontés du ciel. - . '' *
' -^Assurément, Milord, il ne m'est plus possible de me refuser À la continuation de cet entretien extraordina:ire,
■— Je VOUS rappellerai donc que nous nous rencontrâmes bica des fois- au château de Knockwinnock, il y a vingt ans et plus, et je préçume que vous n'avez pas oublié la jeune dame qui y demeurait alors. '- '■ '
— Non, Milord,. je n'ai pas oublié l'infortunée. miss Eveline Neville. ' •
— Pour qui vous aviez conçu des seutimens.. .
— Fort différens dé ceux que j'avais voués auparavant et que fiii voués depuis à tout son sexe. Sa douceur, sa sensibilité, le plaisir qu'elle j[)renait aux études qtie je lui indiquais, m'iqspi-. lurent plus d'affection qu'ail ne convenait à mon âge^ quoiqu'il n(* At pas encore très avancé , et à ]a gravité de mon caractère. Mais . P n'ai pas besoin de vous rappeler toutes les. occasions où la gaieté le Votre Seigneurie se divertit aux dépens d'un homme menant we vie studieuse et retirée, gauche et embarrassé pour exprimer rs sentimens si nouveaux, pour lui, et je ne doute pas que là. jeuiie ime ne trouvât quelque plaisir à* me tourner aussi ei\ ridicule ;
338 l^'ANTlQUÂiRJS.
-p'est rasage dq toute la race femdle. Je voiis^ parle ainû, ItUord} des offres que je. fis et du refus <^e j'essuyai > pour qoevoss sisjtsi. assuré que toutes ces circoustâuces j)émbîe8 sôul encore pMaeQtes à ma mjémoire, et que tous pinssiez^ en ce qui me eono^pne» m dire tout ce qu'il vous plairai sans serapîile ètsaos miedâicatesM
^inutile.
—Je profiterai de cette peripission ; 'inais'je dois d'abord yûos dire que vous commet! ez une injustice envers la mémoire de II plus douce , de la meilleure et de la plus màlheureose des femme% eu si^pposant qu'elle pouvait se C^ire un jeu de. i'aljteii^oB h<m(H rable d'un homme tel (pie vgu3- Elle me reprocha biea des fois le ton léger avec lequel je voua plaisantais. Et maintenant, numsienr Oldbwpk, puis-Je espérer ^^e vous me pàrdonnensE des sâôiliesde gaieté qni vous ont offensé ? Hélas ! dépuis ce temps il ne ni^enefll
point échappé une seule qui puisse me inettre dansle cas d'olinr des excuses à qui que ce soit.
. — Vous ayez un plein pardon y Milord. Vous sayez qoêi parla* .géant l'erreur générale^ j'ignorais (pie vous étiez mou rival. Je . regardais miss Neville comme dans.utt pénible état de dépendance qui pouvait lui faire accepter la maia/d'uà hommie qu-eUecât épousé sans se dégrader. Mais à quoi bon ces détails ? JSo y^odr^is pouvoir croire que les vues que d^utres avaient sur- eÛe étaiest aussi honorables que les mieunesi.
— Monsieur Oldbûclii vous, jugez àévèrement.
— £t ce n'est pas sans cause-, Milord, quand moi seul , dietoiK tes hiagistrats du comté , moi qui n'avais ni l'honueur , omne quelques-uns d'entre eux , d'être alUé à votre famille , ni , ooamie les autres, la bassesse de bi craindre , j'entamai un6 enquête sur là mort de. miss Neville. Je rouvrç vos plaies , Milord , mais je dois être franc. Je youà déclare que j'avais toutes les faisons possibles de croire qu'elle avait été la victime de quelque trc^iae iuftpmale; qu'elle avait été trompée pnr un faux maris^e» oaqu',oo avait pris des mesures pour anéantir tontes le^^ preuves d'une union lég^> El je suis intimement convaincu que cettç cruaulé de la partde Votre Seigneurie , soit qu'elle fût l'effet de votre propre volonté,
' soit qu'elle eût pour cause rinOtlence de yplre' mère» poussait malheureuse jeune dame à l'aae de désespoir qiii termina sa vie.
— Vous vous trompez en partie , monsieur Oldbnck , et vos cùit clusions ne ^out pas justes, quoiqu^elle$ naissent naturellemeat des circoustances. .Croyez-m^oi, je vous respectais , même daa** .
L'AIfTKHJAIREÙ Mfl.
l'iostàm àik irèus in^eniliarrassiez le plus par PactWité âe vos in* fionnatioi» nhp nos mâtbeiirs de famt le. Voua [ironviei que Tona éliez plut difoe que moi de nuaâ Néville, par l'énergie c|ue vooa mettiez à soutenir su réputatiofti , même après sa mort. Mais la ferme eroyanoe qse tons voâ efl'orU ne pouvaient aboutir qu'à mettre au grand joor une histoire don t les détails n'étaient que trop, hcrniilea) me d^4a à seconder les efforts .de ma mère pour de» tràire toiîtes les prenvéa du mariage légal qui avait nni mon sort à €eiai d'fivdiae. A présent asseyons^nons sur ce gazon , car je me* seiiftliDr8d''ëtàtde resiler debout pins long^temps, etayexia bonté d'écouter l%isloire de la déoonverie extraordinaii*e qne j'ai feite aojUMni'hiii.
Quand îia fnèenfc assis , lord GlwaUan raconta brièvement à > H. OUbuck; ee que nos lectedrs connaissent d^à, son mariage secret et PbofnriUe ntepsànge employé par sa mère pour empéchei Timion qui avait déjà en lieu. U hii détailla comment la comtesse, ayant entre le&maiiis toutes les pièces relatives à la naissance de miss MeviUe » ne loi avait montré que celles qui avaient rapport à aae^oqtte à b^nelle le père dm comte avait consenti , pour des rttsanade bmille, qne cette jeune personne passât poor sa âUe aatm-ette; et ilhii fit voir qu'il était impossible qu'ail soupçonnât sa mèrt d'împosbtfe , qnand sa déclaration se trouvait appuyée sor des lettres de son père , et confirmée jmr le serment d'EIspeth etdeTberen»
— JeqnittaflaJdemenrepntemëHey ajonta*t-il, ooramesij'ensse été ponrsttivi par iea ftuies. Je ne sais ni où j^allai, m ce que je <leviQs, et je n'ai jiuB le moindre souvenir de ce que je fis jusqu'au moment où le hasard me fit décoiivnr pài^ mon firere. Je ne vous . parlerai pas d'une lôiigoe maladie qne je fis. Ce ne fat qne quelque' temps après que je me b^santoi à demander des nonveHes ^e celle ^ avait partagé 9ion infortune , et que j'appris qne son désespoir avait trouvé un remède terrible à tous les maux de la vie. Je restai plongé dnns^ nne sorte de stnpenr léthargique^ et ki première chose qui m'en tira.fut l'enquête que vous faisiez sur cette cruelle affaire. Vous ne prouvez gu^re Âtre surpris que ^ croyant ce que je croyais, j'aie coBcburu s^nx mesures qne ma mère étmcm frère avaient déjà commeneé, àpretidreponr^vons arrêter dans cette procédure. Les înformalîoiDS que je leur donnai sur ^otre mariage secret les mirent m état dç déjouer tons les efforts de votre zèle. L'ecclésiastique jpii l'avait célébré ^ les témoins qui y avaient assisté, étaient de$
340 L'ANTIQUAIHE.
gens qui n'ayaient agi que pour plaire à l^Mritier dç Gl^nUan; ik $è laissèrent intimider par ses menasses «t gagner par ses libé* ralités , et une so^nme d'arge[Dt considérable les détorarana à changerde pays.
-^ Quant à moi y Gontini^-t«il / je me con^dând dès lors comi&e vayé du livre des vivans , 6t comme n'ayant plus rien de tximmmi avecs le monde. Ma mère employa tons les moyens possibles pour me réconcilier avec La vie. Elle me dit nféme des cboses apiy comme je le conçois à présent , étaient destinées à me donner de& doutes sur la vérité des horribles révélations qu'elle m'avait faites. Mais je regardai ces insinuations indirectes comme des fictioBs suggérées'par l'amoui* maternel. Je m'abstiendrai de tont reproche ; eUe n'existe plus ; et y comme vient de me le dire sa misé- Table complice , elle ignorait qu0 le dard dont elle. me perça fut empoisonné , et qu*il dût pénétrerai profondément dan^mon coeur. Mais 9 monsieur Oidbilck 9 si > depuis vingt ans et. plus « imêffe digne de votre pitié a rampé sur la terre, c'est celui qui est deva&t vous. Mes alimens ne m'ont pas nourri > mon sommeil ne m'a procuré aucun repos, ma piété aucune. consolation; tontes les sources du plaisir se sont taries pour moi. Le peu de relations que j'avais avec les autres hommes m'étsut enhorteur, etilmesemblait que tout ce qui m'approchait était souillé, par la eootagioa d'un crime qui fait frémir la natdre. Il y avait des momens où je songeais à m'exposer aux dangers de la guerre , à voyager dans des pays éloignés et barbares , à me lancer dans les intrigues* politiques i ou à mevouer à la réclusion austère des cénobites de notre religion. Tous ces projets se présentèrent alternativement à. mon esprit ; mais poiir en exécuter quelqu'un y il fallait une éneigie qui ne m'appartenait plus. Imagination, jugement, sMité> tont subis* sait en moi une décadence successive; je ne végétais plus que comme l'arbre qu'on a dépouillé de sonécorce, et qui voit se fié* trir d'abordées boutons, eiisuite ses feuilles, et enfin ses branches. Me refttserez-vous à présent votre Compassion et un pwrdon qnft j'implore?
— Nbn^ Milord, non, répondit l'antiquaire d'un ton émn; votre déplorable histoire n'explique que trop naturellement tont ce qu'il y eut d'extraordinaire et de mystérieux dans votre oon* duite ;. elle forcerait aux larmes et à ta pitié vos plus cruels ennemis ; et croyez 9 Milord , que je n'ai. jamais été de ce nombre. Mais permettez-moi de vous demander ce que vous avez dessein de fiûre
à présent*! et powqnoi vous ayez honoré de votne confiance eu cette ocearion on homme doni; Topinion est de si iièn d'importance?
•^ Monsienr Oldbnck, répUqna le comte , comme je n'aorais jar mais pu prévoir la nature désaveux que j'ai entendos aujourd'hili , je n'ai pas besoin de vous dire que je n'i^vais pas formé le projet de prendre votre avis ni celui de personne sur ce que je ne pouvais pas même spûpçonner. Mais je suis sans amis» étranger aux affaires y- et, par suite de la retraite dans laquelle j'ai vécu si longtemps, également étranger aux lois du pays et aux usages de la génération actuelle ; et ce que je viens d'apprendre me jette dans une sittiiition si inattendue , que je m'attache au premier, appni qui s'offre à moi. Je vous ai toujours entendu citer, monsienr 01d« buck, comme un homme plein de sagesse et-d'^intelligence; j'ai vu par moi-mém« que tous avez un esprit ferme et indépendant ; enfin, il existe uiiPcirconstance qui doit nous rapprocher» c'est que noQs avons tons deux rendu hominage aux vertus et aux qualités dePinfortunée ËveUne. Vous connaissiez déjà le commencement de mes infortniies; je viehs de vous apprendre ce que vous ignoriez , et c'est à vojud que je m'adresse pour obtenir secours , conseils et compassion. •
— Et rien de tout cela ne vous sera refusé , Milord» du moins antant que mes faibles moyens le permettront; je- me trouve honoré de la préférence que vous m'accordez , n'importe que je la doive au hasard ou à votre volonté. Mais c'est nne afbire qui exige de mûres réflexions; Puis-je tous demander quel est vbjtre projet en ce moment ?
— De chercher à m'assnrer du sort de mon fils, qnçUes qu^en poissent être les conséquences , et de rétablir l'honneur d'Eveline, qoe je'n'ai consenti à exposer aux soupçons qu'afin d'éviter la découverte d'une tache encore plus horrible à l'existence de laquelle on avait eu la cmaùté de me faire croire.
— Et la mémoire de Yoire mère? ,
-7 Supportera le poids de ses fautes , répondit lecomte> si cela devient indi^nsable. H vant mieux qu'elle soit convaincue d'imposture que de nous laisser accuser /Eveline et moi , de crimes nien plus épouvantables^'
— Alors , Milord, notre premier Soin d<Ht être de prendre la déposition de la-vieille Elspeth'en forme régulière et authentique.
— Je arains que cela ne soit impossible à présent» Elle est
349 t'ANnQUAIAE.
épuisée, et entenrée d*nne famille désolée. Demain peat-ètie,
quand elle sera seule...... £| cependant elle a des idées si imparr
faites de ce qui est juste ou injuste , qàe je doute qu'elle veuille parler ep présence de tout autre que moi. îé suis ttoi-méaie àb- .ligué eh ce moment
— Alors , Milord , dit l'antiquaire , Vintérèt du moment tei bi* eant oublier la dépense et le soin de ses aises , choses qui avaient ordinairement sur lui une assez graiide influence» <— au liea de retourner , fatigué comme vous {'étés^ an château de GleQaUan, du , ce qui serait encore pire , d'aller chercher on gîte dans me mauvaise auberge de Fairport, ce qui mettrait en monvemeot toutes tes langues de la ville , veuillez accepter rhos{)itdité i Nbnkbarns pour cette nuit. Demain ces bonnes gens auront lepris leurs occupations , car le chagrin ne leur accorde pas l'exempùoQ du travail ; taonâ irons voir la vieille EIspeth quand elle s^ra sevle, et nous recevrons légalement sa déposition* '•
Lprd Glenallan se défendit d'abord sur l'emSarras que sa visite pourrait oecasioner, et finit par. accepter cette proposition. Usfic mirent en marche > et , chemin faisant ^ le comité écouta atec F>' tienoe toute Thistoire de John deOit^dl» légende dont jamais M. Oldbuck ne faisait^fprâce à quiconque passait le seeil de H porté. *
L'arrivée d'un fa6te d'une telle importance » suivi d'un doutes* tiqué en grand deuil , conduisant deux^ chevaux de selle qui portaient de superbes* harnais sur lesquels brillait une couronne de comte, produisit une commotion générale dans la demeure pàisiU^ de l'antiquaire. Jenny Rintherout, à peine remisé d'une attaipe de nerfs qu'elle avait éprouvée en apprenant 1^ nciort du pantre Stèenie , se mit à poursuivre dindons et poulets dans là bassen^ofi caqueta et cria. plus haut qu'eux^ et finit par en tuer une demi* douzaine de trop. MissGriselda fit inpeiio dé fort sages réfleûoat sur le coup de tête de son frère ,. qui y en ameu^int ch^ Ivi si ^' dainement un lord papiste , avait nécessité une telle .dévastation* Elle se hasarda même à faire donner à M. BlattergoWl nn<avisiiMii^ rect du carnage qui venait d'avoir lieu dans la bàssè-cour , ce qtB détermina le digne ministre à venir sur-le-champ s'informera M. Oldbuck était rentré sain et sauf chez lui, et si la céréfflome desobsèques nel'àvaitpastr0pfatigué/La cloche du dtherétaitsttrle
point de sonner quand il arriva» de sorte que l'antiquaire necratpt» pouvoir se dispei^er de i'iiiviter à restcretàdtrelefosi^vficfte.Miss
L'ANTIQUAIRE. 84 a
ththl&tJTC cte son côté ne laissait pas d'être cnrieùse de Toir ce puissant seigneur dont le monde parlait conime les sujets d'un calife ou d'an sultan de l'Orient parlent de leur maître ; mais celte coriositë n'était pas sans mélange d'une sorte de crainte » et elle éprouyaic une timidité plus qu'ordinaire à l'instant de se trouver devant aa liotnme sur le caractère grave et austère duquel ou faisait courir tant d'histoires. D'une autre pari , la vieille femme de charge perdait presque l'esprit en cherchant à exécuter les ordres multipliés et souvent contradictoires de sa maîtresse, relativement à la pâtissârie y aux confitures et aux fruits , i^ la inanière d'arranger le dîner Sur la table, à l'attention nécessaire pour ne pas laisser tourner une sance blanche , et au soin tout particulier qn!elle devait prendre pour ne pas laisser entrer Junop dans la enisine; car» quoique bannie de la salle à manger, Junon n'en coûtinuait pas moins à marauder dans les environs.
Le seul habitant de Monkbams. qui conservât une tranquillité parfaite au milieu de cette agitation universelle, était Hector Maclutyre^ sur qui la présence d'un comte ne faisait pas plus d'impression que celle d'un roturier. La seule réflexion que lui inspira cette visite fiit qu'elle le mettrait probablement à l'abri du mécontentement de son oncle, si celui-ci avait trouvé mauvais qu'il ne l'eût pas accompagné aux ob^ques du jeune pécheur , et qu'elle lui épargnerait quelques railleries sur sou malheureux combat singulier avec le phoca ou veau marin.
Oldbuck présenta lord Glenallan à toute sa famille, et le comte écouta avec complaisance et civilité le discours apprêté. de Thoniiête ministi:e , et les excuses prolongées dé miss Griselda , qui récitait que la brièveté du temps ne lui permît pas de recevoir Sa Seigneurie comme elle l'aurait désiré, excuses que son frère tacha inatiiement d'abréger. Lord Glenallan demanda la permission de se retirer^ quelques instans avant le dîner j dans la chambre qiii lui était destinée, et M, Oldbuck le conduisit dans la chambre verte» déjà préparée pour le recevoir. Le comte regarda autour de lai avec un air de souvenir pénible.
— Il n^e semble, monsieur Oldbuck , dit-il enfin; que je suis déjà venu dans cet appartement.
— Oui , Mtlord, répondit l'antiquairei vous y êtes venu du chi teaude Knoekwinkiock, il y aplus de vingt ans ; çt puisque nous en sommes spr ce triste sujet , vous vous r^ppelez peut-être queUe
est la personne dont le ^oût a choisi les ^eA de Ghaocer que yûbs voyez brodés an bas de la tapisserie.
-^ Je ne m'en souviens pas, dit le comtés mais je le devine aisément. Son goût et ses connaissances la mettaient aa^dessns de moi aussi bien cpie ses antres qualité. C'est un mystère des voies de la Providence^ monsieur Oldbuck,- qu'une créature, douée de tant de grâces', de talens et de vertus , ait été retirée du monde d'âne manière si prompte çt si funeste, par suite du fatal attacbementqa'elle avait conçu pour un être aussi indigne d'elle qqe je l'étais.
M. Oldbuck n'essaya pas de répondre àxetteexclamatioa arrachéje par le chagrin qui déchirait le cœur de $o& hpté. Il pressa la main de lôrd Glenallan dans une des siennes , et passant l'autre sur les cils épais de ses paupières pour dissiper un nnsige qui obscurcissait sa vue , il laissa le comte se livrer eu liberté à ses ré< flexions jusqu'à l'heure du dîner.