‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 84 sur 91 · I . Shakspeare, Mmrjr F · texte numérisé non relu

I . Shakspeare, Mmrjr F

de manquer aux promesses qui semblaient devoir convertir en or tout son plomb.' Mais l'adepte voyait parfaiteipent qu'il n'avait plus rien à espérer de sa dupe , et il lui restait assez de pudeur pour ne pas se soucier d^étre témoin de la chute d'une maisop sons laquelle il avait creusé une mine. Il voulut doue bien faire encore la dépense de quelques mots savans pour que sir Arthur ne se tourmentât pas plus tôt qu'il n'était nécessaire. Il prit congé de lui en l'cissurant qu*il reviendrait le lendemain à Knockwinnock armé de tous les moyens convenables pour délivrer le chevalier de tous ses embarras.

— Depuis que moi m'occuper de pareilles matières , dit Dousterswivel , jamais ne m'être troufé si près de Varcanum , du grand mystère, du polychreste , du panchreste. Moi en safoir autant que Pelasco de Tarente, et si moi ne pas fous procurer sous deux ou trois jours la caisse n** 2 du pon M. Pastard , fous poufoir m'appe- 1er un misérable^ et moi renoncer à jamais fous regarder en face. L'adepte partit après lui avoir donné cette assurance consolante, dans la ferme résolution de s'en tenir à la dernière partie de sa proposition , et de ne jamais sç représenter devant sir Arthur. Le baronnet, après son départ, resta dans le doute et l'inquiétude. Les promesses positives de l'adepte , et leë grands mots polychreste, panchreste, etc. , n'avaient pas laissé de produire quelque effet sur son esprit ; mais il avait trop souvent été trompé par un jargon semblable pour y ajouter une foi explicite , et il passa la soirée dans sa bibliothèque dans l'état terrible d'un homme qui , placé sur un précipice , et n'ayant aucun moyen de retraite , voit la pointe sur laquelle il se trouve se détacher graduellement du reste du roc , et l'entraîner dans l'abîme.

Les visions de l'espérance s'évanouirent peu à peu , et firent place à cette agitation fiévreuse, à cette agonie anticipée dont se sent tourmenté un homme qui, doué d'une noble fierté, ayant possédé une belle fortune, père de deuxenfans, et ayant à soutenir un ancien nom , voit s'approcher l'instant fatal où il faut renoncer à la splendeur que l'habitude lui a rendue nécessaire , et être condamné au mépris et à l'indigence. Avec cette triste perspective devant les yeux, et n'osant plus se livrer à ses illusions, sir Arthur devint fantasque et bourru, et ses discours comme ses actions annoncèrent souvent tette insouciance produite par le Aéae$» poîr ^ ce qui alarma extrêmement miss Wardour. Nous avons vu, ilans une autre occasion , qu'il avait les passions aussi vives qtic

son caractère était faible sous d'autres rapports ; il n^était pas ac* coutume à la contradiction, et s'il avait passé jusqu'alors pour un homme enjoué et de bonne humeur, c'était probablement parce que dans tout le cours de sa vie il n'avait trouvé que peu d'occasions de se livrer à son naturel irritable.

Le troisième jour après le départ de Dousterswivel , le domestique > suivant l'usage , déposa sur la table , pendant qu'on déjeunait , le journal et les lettres du jour. Miss Wardour se mit à lire les nouvelles , pour tâcher de faire moins d'attention à la mauvaise humeur de son père , qui était entré dans une violente colère parce que les rôties étaient un peu brûlées.

— Je vois ce que c'est , dit-il en finissant de longues plaintes sur ce sujet intéressant ; mes domestiques , qui ont profité de ma fortune , commencent à croire qu'ils ont peu de chose à attendre de moi à l'avenir ; mais tant que les drôles seront à mes gages, je ne souffrirai pa^s qu'ils négligent leurs devoirs : ils ne se permettront pas la plus légère diminution du respect qu'ils doivent à leur maître.

. — Je suis prêt à en sortir sur-le-champ , dît le domestique accusé , dès qi^e Votre Honneur aura donné ordre qu'on me paie mes gages.

Sir Arthur .mit la main dans sa poche avec la même vivacité que s'il eût été piqué par un serpent , et en tira sur-le-champ tout l'argent qui s'y trouvait, mais qui ne suffit pas pour compléter la somme due au domestique.

— Combien avez- vous d'argent sur vous, miss Wardour? dit-il à sa fille avec un calme affecté , mais qui cachait une violente agitation.

Miss Wardour lui donna sa bourse ; il essaya de compter les billets de banque qui s'y trouvaient , mais il n'en put venir à bout. Après avoir inutilement recommencé deux fois son calcul , il jeta le tout à sa fille : — Payez ce drôle , lui dit-il , et qu'il sorte du château à l'instant. — Et en même temps il quitta l'appartement.

La maîtresse et le domestique furent également surpris de la violence et de l'irritation que le baronnet venait de montrer.

— Bien certainement , miss Wardour , dit le domestique , si j'avais cru être le moins du monde en faute , je n'aurais pas fait à sir Arthur la réponse qui l'a fâché ; je suis depuis long-temps à son service , et il a toujours été bon maître comme vous êtes bonne maîtresse ; je ne voudrais pas vous laisser croire que je pense à

m'en aller pour un mot de reproche. Je conviens que j'ai eu tort de lui parler de mes gages dans un moment où Son Honneur a peutêtre quelque chose qui le tourmente : je ne pensais pas à quitter la famille de cette manière.

— Descendez, Robert, dit miss Wardour ; quelque chose a donné de l'humeur à mon père., descendez; et si mpn père sonne, que ce soit Alick qui monte.

A peine sortait-il, que sir Arthur rentra, comme s'il eût guetté l'instant de son départ. — Que veut dire ceci ? s'écria-t-il en voyant encore les billets de banque sur la table ; n'est-il pas encore congédié? en est-il du père comme du maître ? n'obéit-on plus à l'un ni à l'autre.

— n est allé rendre ses comptes à la femme de charge, mon père; je ne croyais pas qu'il fût si urgent...

— Très urgent , miss Wardour ; les ordres que je donne maintenant dans le château de mes pères doivent être exécutés à l'instant , ou ils ne le seront jamais.

Il s'assit , et prit d'une main tremblante la tasse de thé qui lui avait été préparée, jetant de temps en temps un coup d'œil mr les lettres qui étaient sur la table, comme s'il eût redouté de les ouvrir, et qu'elles eussent contenu des aspics prêts à s'élancer sur lui,

— Vous apprendrez avec plaisir , lui dit miss Wardour cherchant à le distraire des sombreii réflexions dans lesquelles il parais sait plongé , que le brick du lieutenant Taffril est entré dans la rade de Leith. On avait eu des craintes pour sa sûreté ; je suis charmée de n'en avoir rien su avant qu'elles fussent dissipées.

— Et qu'ai-je de commun avec Taffril et son brick?

— Mon père I dit miss Wardour surprise au-delà de toute expression ; car sir Arthur , dans son état d'esprit ordinaire , aimait à entendre parler de tout ce qui se passait dans le pays.

— Oui I répéta-t-il avec une impatience encore plus marquée , que m'rsnporte qu'ils soient sauvés ou perdus ? que m'en reviendrat-il?

— Je ne savais pas que vous eussiez l'esprit occupé d'affaires , mon père ; et je croyais que M. Taffril étant un homme généralement estimé , un de nos concitoyens , vous seriez heureux d'apprendre...

— Oh ! sans doute je suis heureux , très heureux 1 et pour vous rendre heureuse jaussi , je vais vous apprendre quelque bonne nouvelle en retour. — Et prenant une lettre sur la table : Peu im-

porte laquelle j'oavrirai 9 ajouta-t-il; elles chantent tontes sur le même ton.

Il rompit le cachet à la hâte, parconmt la lettre y et la jeta à sa fille, — Oui, ditril, je ne pouvais tomber plus heureusement ; voilà qui met la dernière maia à l'œuvre.

Miss Wardour prit la lettre en silence et avec terreur.

— Lisez I lisez tout haut 1 vous ne pouvez trop la lire ; elle vous apprendra à vous familiariser avec d'autres épîtres du même genre.

Elle commença à lire d'une vpix tremblante : — « Mon cher Monsieur. •• »

— Mon cher Monsieur I vous voyez I un impudent clerc de procureur qui, il y a un an , se serait cru honoré de dîner avec mes gens ! Je présume qu^avant peu 41 m'appellera mon cher Knight ^

— Œ Mon cher Monsieur , » répéta miss Wardour. Mais s'interrompant elle-ihême : — Mon père , dit-elle , je vois que le contenu de cette lettre n'est nullement agréable ; je ne puis que vous irriter en la lisant à haute voix.

— Si vous voulez bien m'àccorder que je sais ce qui me fait plaisir, miss Wardour , je vous prie de continuer: si cela n'était pas nécessaire , vous devez penser que je ne vous en donnerais pas la peine.

— « Ayant été récemment associé , continua miss Wardour en lisant la lettre , a M. Gilbert Greenhorn , fils de feu votre ancien homme d'affaires , Girnigo Greenhorn , . écrivain du sceau^ dont j'ai conduit les affaires comme clerc chargé de les suivre an palais pendant plusieurs années , lesquelles affaires seront désormais continuées sous la raison de Greenhorn et Grinderson ( ce que je vous rappelle pour que vous adressiez exactement vos lettres à l'avenir), et ayant en dernièrement la faveur de votre dernière , adressée à mon susdit associé, Gilbert Greenhorn, et attendu qu'il est aux courses de Lamberton , j'ai l'honneur de répondre à votre dite lettre dont j'ai été favorisé. » /

— Vous voyez que mon ami est méthodique ; il commence par m'expliquer les causes qui m'ont procuré un correspondant si modeste et si élégant. Continuez; je puis supporter cette lecture.

Et il termina ce peu de mots par ce sourire amer qHi exprime si cruellement l'angoisse de l'ame. N'osant lui désobéir, miss Wardour > quoiqn'à regret, continua la lecture.

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