‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 91 sur 91 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Sar Pownell du tifDal oo volt briller ks flam Sur 1« Skiddaw bi^U on triple bûcher:

Le cor guerrier vient eiciter nos âmes t

C'etI U voix de la sbire { amis, il faut nMicber,

James Bogg.

Là sentinelle qui veillait sur la montagne , les yeox tournés vers Bimam , s'imagina probablement d'abord qu'elle rêvait qoand elle vit le bois fatal se mettre en marche et s'avancer vers Dunsinane'. Il en fat de même du vienx Gaxon , la nuit qui suivit la conférence de l'antiquaire avec le mendiant. Perché sur le sommet d'Halket- Ifeady sous une espèce de guérite , il était tout occupé du mariage prochain de sa fille , et de l'honneur qu'il allait avoir de devenir le beao-père du lieutenant Taffril. De temps en temps il jetait un coup d'œil sur les deux signaux qui correspondaient avec le sien , en d^*igeant sa vue par le moyen de jalons qui avaient été plantés pour en indiquer la ligne. Quelle fut sa surprise quand il vit briller une lumière vers le sud , dans l'une de ces deux directions I II se frotta les yeux pour s'assurer qu'il était bien éveillé , mais rien n'était plus certain ; Ses tourbillons de flamme s'élevaient vers le ciel, et paraissaient à ses yeux effrayés redoubler d^ihtensilé à chaque instant. Tel l'astronome qui observe une comète croit y voir l'annonce de quelque terrible révolution.

— Que le ciel nous protège ! se dit-il à lui-même. Qoe Sain maintenant ? Mais il y a de meilleures têtes que la mienne pour s'en occuper ; je ne suis chargé que d'allumer le signal.

A ces mots , il mit le feu au. bûcher, dont la flamme , s'élancant dans les cieux en longs sillons de lumière , fit sortir de leurs nids les oiseaux marins épouvantés , et se réfléchit sur les vagues qui baignaient la base du promontoire. Le signal se répéta de mon* tagne en montagne sur toute la côte , et en peu d'instans la terreur fut répandue dans tout le district (d),

M. Oldbucky là tête enveloppée dans deux bonnets de coton ,

I. Alluiion à «me prMictioa fitale à Macbelh. Voyez celte tre(;<$die , dans laquelle Sliakipeare a consacre celle tradition écossaise.

L'ÂMTIQUAiRE. Ut

goûtait un sommeil doux et paisible, quand il fut éveillé en sursaut par les cris de sa sœur, de sa nièce et de ses deux servantes , qui entrèrent tontes ensemble dans sa cbambre.

-* Que diable y a-t-il donc? dit-il en se mettant sur son séant» Des femelles dans ma chambre à une pareille heure! Ëtes-yous devenues folles?

— Le signal est allumé > mon oncle , dit miss Mac-Intyre.

— Les Frai^eais sont débarqués ! s'écria miss Griselda*

— Au feu ! au meurtre ! criaient les deux servantes échevelées , formant comme un chœur d'opéra.

— Les Français ! s'écria l'antiquaire en tirant vers son lit une chaise sûr laquelle étaient ses habits; sortez de ma chambre, sottes femelles que vous êtes , et laissez-moi m'habiller. Un moment, dônnez-moi mon épée.

— Laquelle voulez-vous , mon frère ? lui demanda miss Oldbuck en lui présentant d'une main une épée romaine rongée par la rouille , et de l'autre une André-Ferrara sans poignée.

— La plus longue , la plus longue ! s'écria Jenny Rintherout en lui en offrant une du douzième siècle. ,

— Femelles , dit Oldbuck avec une vive agitation, soyez calmes, ne vous abandonnez point à une vaine terreur. Est-il bien sûr qu*ils soient arrivés?

— Si cela est sûr? s'écria Jenny Rintherout ; cela ne l'est que trop. Les soldats de terre et de mer , tous les volontaires à pied et à cheval courent à Fairport. Le vieux Mucklebackit lui-même y est allé ;^ il y sera bien utile à coup sûr. Hélas ! combien de gens on cherchera ce soir qui auraient pu servir encore bien long-temps le roi et le pays !

— Doimez-moi, dit Oldbuck , l'épée qui a servi à mou père en 1745. Je n'ai ni ceinturon ni baudrier, mais n'importe.

Et prenant cette arme formidable, il en fit entrer le bout dans la poche gauche de sa veste, et agrandissant un trou qui s'y trou-^ vait heureusement , il parvint à l'y assujettir.

En ce moment Hector arriva. Il revenait d'une hauteur voisine où il airait été pour s'assurer si les signaux d'alarme étaient véritahlement allumés.

— . Et où sont vos armes , mon neveu? lui demanda l'antiquaire ; où est le fusil à deux coups que vous aviez toujours en main quand il ne pouvait être bon à rien ?

— Fi donc, mon oncle ! répondit Hector , fi donc I Qui a jamais

pris un fusil de chasse un jour de bataille? Vous voyez que j'ai mis mon uniforme, et j'espère que, si l'on me donne un étmimandement , je serai plus utile que si je portais dix fusils à deux coups. Mais vous , mon oncle , il faut que vous partiez pour Fairport , et que vous donniez d s ordres pour enrégimenter les volontaires et . prévenir toute confusion.

— Vous avez raison , Hector; je crois aussi que ma tête rendra au moins autant de services que mon bras. IMUiis je vois arriver sir Arthur. Entre nous, je crois qu'il n'est pas beaucoup plus fort de la tête que du bras.

Sir Artjiur était probablement d'une autre opinion ; car, revêtu de son costume de député-lieutenant S il se rendait aussi à Fairport , et venait prendre M. Oldbnck. La bonne opinion que sir Arthur avait toujours eue de la sagacité du laird de Monkbams avait été plus que confirmée par les derniers évènemens. L'antiquaire et son neveu montèrent dans la voiture du baronnet , en dépit des prières de toute la gent femelle , qui aurait voulu qu'ils restassent à Monkbarns pour en former la garnison.

Pour se faire une idée du tumulte et de la confusion qui régnaient à Fairport , il faut avoir été témoin d'une scène semblable. On voyait à toutes les croisées des lumières qui, paraissant et disparaissant alternativement , annonçaient le trouble et l'agitation de tous les habitans. Les femmes des classes inférieures , attroupées à leurs portes, poussaient de bruyantes clameurs. Les volontaires» accourant des villages voisins, galopaient dans les rues, les uns iisolés , les autres par troupes de cinq ou six. Le rappel battu parles tambours, les cris des officiers, qui cherchaient a établir l'ordre, le son des fifres et des trompettes, se confondaient avec le carillon dés cloches. Les mâts de tous les navires dans le porl étaient illuminés , et leurs chaloupes débarquaient des hommes et de l'artillerie pour contribuer à la défense de la place. Taffril âurvelBait cette partie des préparatifs avec beaucoup d'activité. Deux oh trois navires, bons voiliers, avaient déjà filé leurs câbles, et ae mettaient en mer pour aller à la découverte de l'ennemi supposé.

Tel était le spectacle qu'ofh*ait la ville dé Fairport quand sir Arthur, Oldbuck et Hector y arrivèrent. Ce nefiit pàssans

• I . CVtt*i»dîre vice-lieat«Daiit do cèmic, «où» U Wd^Inutsniolt. iS'ntinBiln ttikt lii»" qae lir V^alter Scott exerçait en Ecotse, où il était dçputç-Iieoteaaat du oomie' de Rozbur^. Le costume de cette espèce de sous-prèfet est un frac bleu , {tareraens roux , T*ép^ ao •ât^ , «te.

qu'ils se frayèrent un chemin jusqu'à la place principale, sur laquelle est situé t'hôtel-de-ville. Il était illuminé, et les magistrats y pétaient, assemblés avec quelques gentilshommes des environs. En cette occasion, comme en plusieurs autres semblables, on put voir combien le bon sens et la fermeté du peuple en Ecosse savent suppléer au défaut d'expérience et de moyens. Les magistrats étaient assiégés par les quartiers-maîtres des différens corps de volontaires 9 qui demandaient des billets de logement pour leurs , Hommes et leurs chevaux. — Plaçons nos chevaux dans nos magasins^ dit le bailli Little-John, et recevons les hommes dans nos maisons. t>onnons nos fourrages aux uns, et partageons notre souper avec les autres. Nous nous sommes enrichis sous un gouvernement libre et paternel; c'est le moment de montrer que nous en connaissons tout le prix.

Il n'y eut personne qui n'applaudît hautement et avec sincérité à cette proposition, et chacun dévoua sur-le-champ tous ses moyens et toutes ses ressources à la défense du pays.

Le capitaine Mac-Irityre remplit en cette occasion les fonctions déconseiller et d'aide-de-camp du premier magistrat, et déploya une présence d'esprit et une connaissance de sa profession à un degré auquel ne s'attendait guère son oncle, qui, ne l'ayant jamais vu tenir le milieu entre l'insouciance et l'impétuosité, le regardait de temps en temps d'un air surpris, en l'entendant expliquer avec calme et sang-froid les diverses mesures de précaution que son expérience lili suggérait, et donner ensuite les ordres nécessaires pour les faire exécuter. Il trouva les différens corps en bon ordre, eu égard aux matériaux ifréguliers qui les composaient ; le nombre des volontaires était considérable, et leur enthousiasme était porté au jihis haut degré. Les connaissances militaires l'emportaient tellement alors sur toute autre considération , que notre vieux mendiant, Edie Ochiltree, au lieu d'être laissé occupé à rouler son tonneau, coinme Diogèrie à Sînope, quand chacurt préparait des moyens de défense , fut chargé de surveiller la distribution des munitions ; et il s'en acquitta parfaitement.

Deux choses étaient encore attendues avec impatience : Târrivée des Tôlohtâii'ès de Gléiiallân, qui, vu l'importance de cette fàinlllë , fermâîetit un corps sëpàrl ; et céllfe de rpflicier qui avait ét^ éâtidiitô ; et qui , ayant été chà^é par të commandant en chef de là dèfêtisë de cette ligne de côtés , devait prendra le comniàndenièùt de toutes les forcés militaires de ce district.

Enfin on entendit les trompettes de la cavalerie de Glenallau ; et le comte lui-même , à la grande surprise de tous ceux qui connaissaient seshabitudes et sa mauvaise santé, parut à leur tête eu uniforme. Ils formaient un escadron nombreux et bien monté, suivi par un bataillon d'infanterie composé de cinq cents Montagnards portant leur costume ordinaire , et marchant au son de leurs cornemuses. La bonne tenue de ces deux corps attira l'admiration du capitaine Mac-Intyre; mais son oncle fut encore plus frappé de la manière dont, en ce moment de crise , l'esprit militaire de la famille Glenallau semblait avoir ranimé son chef actuel. Il demanda et obtint pour lui et pour sa troupe le poste qui paraissait devoir être le plus dangereux , et déploya autant de vivacité à faire les dispositions nécessaires, que d'intelligence en en discutant 1m nécessité.

L'aurore venait de paraître , le conseil militaire restait encore assemblé , «t chacun continuait à s'occuper de préparatifs de défense, quand on entendit le peuple pousser de grands cris: —Il arrive I il arrive ! voilà le brave major Neville avec un autre officier ! — Et dans le môme instant une chaise de poste attelée de quatre chevaux arrivait sur la place au milieu des acclamations de tous les habitans. Les magistrats descendirent à la porte de l'hôtelde- ville pour recevoir le commandant ; mais quelle fut la surprise de tous ceux qui étaient présens, et surtout de l'antiquaire, quand, sous l'uniforme et le chapeau militaire, on reconnut la taille et les traits du .pacifique Lovel. Il fallut, pour assurer Oldbuckque ses yeux ne le trompaient pas , que son jeune ami vint l'embrasser cordialement et lui serrer la main. Sir Arthur ne fut guère moins surpris en reconnaissant son fils, le capitainlE; .Wardour, dans l'officier qui accompagnait Lovel, ou pour mieux dire le major Neville. Les premiers mots que prononcèrent les deux jeunes militaires furent pour complimenter tous ceux qui étaient présens sur le zèle, le courage et l'activité, dont venaient de faire preuve les habitans de ce district, et pour les assurer qu'aucun danger ne les menaçait en ce moment.

— Les renseignemens que nous avons pris en route , dit le major Neville, nous ont aj^ris que l'homme qui était de garde sur Halkct-Head a été naturellement induit en erreur par un grand feu que des ouvriers, sans mauvaise intention , à ce qu'il paraît, avaient allumé sur la colline de Glenwithershins, qui se trouTc précisément sur la ligne dusignal correspondant à celui de Fair|¥>rt.

, OMback , à ces mots, jeta à la dérobée sur sir Arthur un coup d'oeil qui disait bien des choses ; le baronaet y répondit par un léger mouvement des épaules , et baissa les yeux d'un air confos.

— Il faut, dit l'antiquaire rassemblant tout son courage, quoique un peu honteux d'avoir été la cause involontaire de l'alarme qui s'était répandue; il faut croire que ce feu consumait tous lea ustensiles servant à l'exploitation des mines de Glenwitbershins» que> dans notre colère, nous avions condamnés aux flammes. Au diable soit ce coquin de Dousterswivel ; même après son départ il nous fait faire encore des 'sottises. C'est lui qui. a mis le feu à la traînée de pcmdre. Gare qu'il ne parte encore quelque pétard dans les.jambés. Mais voilà le prudent Gaxon qui arrive] Levez la tête» vieil âne. Faut-il donc qiie ce. soit nous qui payions vos sottises ? Tenez, débarrasse;^moi de cela, ajouta-t-ii en lui donnantson épée* Qu'aurai&je répondu hier à celui qui m^aurait dit qu'une épée me battrait les jambes aujourd'hui ?

En ce moment il sentit son bras doucement pressé par lord Glenallan, qui le pria de passer dau^ un appartement séparé.

— Pour l'amour du ciel, lui dit le comte, dites-moi quel est ce jeune officier qui ressemble d'une manière si frappante. . .

— A la malheureuse Eveline , s'écria Oldbuck. Mon cœur m'a parlé pour lui dès le premier instant que je Tai vu, et Votre Seigneurie vient de m'en faire connaître la cause.

. •— Mais qui est-il ? qui est-il ? répéta lord Glenallan, tenant toujours le bras de l'antiquaire, et le serrant avec la violence d'un homme attaqué de convulsions.

-T-Hier, je l'aurais nommé Lovel; mais aujourd'hui c'est le inajor Neville.

— Que mon frère a élevé comme son pis naturdl ; et qu'il a institué son héritier. Dieu de miséricorde! c'est mon fUs! le fils de mon Eveline!

— Doucement, mïlord, doucement ;. ne vous abandonnez pas si promptement à de telles présomptions. Quelle {NTobabilité...

— Probabilité? aucune; il y a certitude, certitude absolue. Hier soir j'ai reçu de l'intendant de mon frère, dont je vous ai parlé, une lettre où il me conte toute l'histoire. Amenez-le-moi, de grâce I Qu'il reçoive la bénédiction d'un père avant son départ !

— De tout mon cœur ; mais , par égard pour vous et pour lui, donnez-moi quelques minutes pour préparer cette entrevue.

Et décidé à prendre quelques nouveaux renseignemens avant

442 L'ÀNTlOOAlftfi.

d'ajouter foi à une histeire si étrange » il cherèbâ le mâjo^ Neriffe, qjofU trouva s'occapant des mesores nécessaires pour renvoyer dans lears foyers les nombreux volontaires si promptement rassemblés.

— Major Nevilie, lui dit-il , ne pourriez-voos m'accorder ttn instant d'audience , et confier les soins qui vous occupent au câpi« taine Wàrdour et à Hector, avec lequel j'espère que vous êtes réconcilié ?

Neville sourit, et tendit la main à Hector, qui la serra avec autant de cordialité que d'empressement.

-^ U faudrait une affaire bien urgente , m<Misieilr Oldbuck , répondit le major en le suivant dans une autre chambre , pour qu'elle pût l'emporter sur les droits qu^ vous avez sur moi. Je n'ai point oublié que je vous ai trompé en me présentant à vous soûs un nom supposé, et que je vous ai récompensé de votre bospttalité en me querellant avec votre neveu, et en le blessant.

— Il n'a eu que ce qu'il méritait, dit l'antiquaire^ et il y a long-temps que je le lui ai dit. Cependant il a montré aujourd'hui autant de bon sens que de courage. S'il voulait étudier Giésar, Polybe, et les Stmtagemala Polyœni S il pourrait s'avancer dans l'arAiée, et certainement je lui donnerai un coup d'épaule.

— Il lé mérite, monsieur Oldbuck. Quant à mon nom emprunte i vous pouvez d'autant mieux m'excuser, que je vous avouerai frltfchement que je n'ai pas plus de droit à celui de NeVitlé , sous lequel je suis généralement donnn, qu'à celui de Lovel, sous le^l je me suis présenté à vous.

— En vérité! eh bien, j'espère que nous vous eii trouverons un auquel vous aurez un titre solide et légal.

— Monsieur, je me flatte que vous ne pensez pas que l'infortune de ma naissance doive ra'exposer...

— Nullement , jeune homme; mais je crois que votre liaiéiWfice est un secret que je connais mieux que vous. Et pour vous le prouver, je vous dirai que vous avez été élevé et cônîiu comnie fitS naturel de M. Geraldin Nevillè, du comté d'York, et deiitiifl! à être sob hérili&r.

— Pardonnei-moi ; jamais il dé tn'dVIlii GÉIt «flti^KIr ém perspective. Il a pourvu libéralement à MM lâMS&ilûfilf^ Ji ÉSA t

I . Le» SlrMafêinet ( ou ru«e» d« giMm) de Polye». pQljtii «^pii v»,9e99(^ |rf9 ^<M* à Rome sons Marc«Aurèle. Ses Stratagèmes , ain»i que ceux Je Frmitin , root pvtie de» Fettrei d9 re milituti.

son crédit et à sa générosité mon avancemeut dans l'armée ; mais je crois qne mon père supposé a eu long-temps des projets de mariage y quoiqu'il ne les ait pas exécutés.

— Votre père supposé , dites-vous? Quelle raison vous porte à croire que M. Geraidin Neville n'était pas véritablement votre père?

— Je sais, monsieur Oldbuck, que vous n'êtes pas homme à m'interroger sur un point aussi délicat^ uniquement pour satisfaire une vaine curiosité. Je vous dirai donc que, l'année dernière , tandis que nous occupions une petite ville de Flandre , je trouvai, dans iin couvent près duquel j'avais été logé^ une femme qui parlait anglais d'une manière remarquable. Elle était Espagnole , et se nommait Theresa d'Acunha. Dans le cours de notre connaissance , elle apprit qui j'étais , et se fit connaître à moi comme la personne qui avait pris soin ite mon enfance. Elle me dit que j'étais victime d'une injustice , qu^on me privait d'un rang auquel ma naissance me donnait droit, et me promit de me donner sur cette affaire importante tous les détails qui me seraient nécessaires, après la mort d'une dame d'Ecosse pendant la vie de laquelle elle était déterminée à ne pas s'expliquer davantage. Elle me déclara en outre que M. Geraidin Neville n'était pas mon père. Nous fûmes attaqués à cette époque par l'ennemi ; la ville tat prise d'assaut et livrée au pillage ; le couvent fut incendié ; plusieurs religieuses y périrent , et Theresa fut du nombre. Je perdis avec elle tout espoir de coniiattre jamais l'histoire de ma naissance, histoire qui doit être tragique > à en juger par les apparences.

— JRarà antecedentein scelestum , et je devrais plutôt dire scê' lestant y dit Oldbuck, deservit pede pœna claudo ^ Les épicuriens mêmes en conviennent^ Et sur cela , quel parti prîtes^vous ?

— J'écrivis à M. Neville pour lui faire des remontrances , mais inutilement. Ayant alors obtenu un congé de semestre , j'allai me jeter à ses pieds ,'et je le conjurai de déchirer entièrement le voile qui couvrait ma naissance , et que Theresa n'avait fait que soulever. Il fut contraint d'avouer qu'il n'était pas mon père , mais il refusa de se rendre à mes prières ; et comme j'insistais , il me reprocha avec indignation tous les services qu'il m'avait rendus. Je

trouvai qu'il abusait des droits que lui donnait le titre de bienfai-

I. Rarement le chàUmcnt aa pied boiteux , manque d'atteindre le coupable qui Tuit devant lui.

444 L'A?iTIQUAlR£.

teor 9 et nous nous séparâmes mécontens Fan de Paatre. Je quittai le nom de Neville, et pris celui sôos letpiel vous m'aTez comm. Ce ffi. à cette époque qœ , me troavant dans le nord de FAnglelerre» chez un ami qui favorisait mon incognito » je fis connaissance avec miss Wardonr, et j'eus l'esprit assez romanesque pour la suivre en Ecosse. Je flottais entre difEérens plans de vie, et, avant de prendre ancnne détermination» je résolus de Cadre un nouvel effort pour obtenir de H. NeviUe l'explication du mystère de ma naissance. Sa réponse se fit attendre assez longHemps, et vous étiez présent quand je la reçus. Il m'informait du mauvais état de sa santé , me conjurait , par égard pour moi-méme, de ne pas chercher davantage à percer l'obscurité qui m'environnait , et de me contenter de savoir que je lui tenais de si près par ma naissance, quelle qu'elle fiit, qu'il avait dessein de m'institner son héritier. Lorsque je me préparais à quitter Fairport pour aller le rejoindre, un second exprès m'apporta la nouvelle qu'il n'existait plus. La possession d'une fortune considérable ne fut pas en état de Cure taire les remords avec lesquels je me rappelais alors ma conduite envers mon bienCEÛteur. Quelques passages de sa lettre semblaient me donner à craindre que ma naissance ne C&t frappée d'one tache encore plus honteuse que celle d'une illégitimité ordinaire ; je me rappelai les préjugés de sir Arthur Wardour , et . . .

— Et vous vous abandonnâtes à toutes ces idées mélancoliques^ au point de vous en rendre malade , au lieu de venir me conter votre histoire et me demander mon avis !

— Précisément. Vint alors ma querelle avec le capitaine Macbityre, querelle qui me força à quitter précipitanunent Fairport et ses environs.

— A oublier Tamour et la poésie , miss Wardour et la Calédoniade.

— C'est la vérité.

— Et depuis ce temps vous n'avez été occupé que de plans pour venir an secours de sir Arthur ?

— Avec l'aide du capitaine Wardour.

— Et d'Edie Ochiltree. Vous voyez que je sais toute ^histoire. Hais ces lingots, d'où vous venaient-ils?

— Ils provenaient d'une vaisselle d'argent qui avait appartenu à mon oncle , et qu'il avait fait fondre quelques jours avant sa mort. On me les avait envoyés à Fairport aussitôt après ce fâcheux esk* nement.

L'ANTIQUÂIBË. 44&

— Peut-être ne vo1llai^il pas que tous y vissiez les armes dé Glenallan. Eh bien ! major Nerille , ou platôt M. Lorel , car c'est ainsi que j'aie le plus de plaisir à tous nommer , je crois qu'A fant que vous renonciez à ces deux noms pour prendra celui de lord Geraldin.

— L'antiquaire lui communiqua alors les tristes et étranges circonstances qui avaient accompagné la mort de sa mère.

— Je ne doute pas , ajouta*t-il y que votre oncle ne désirât qu'on crût que l'enJhnt issu de ce malheureux mariage n'existait plus. Comme il menait alors une vie fort dissipée , peut-être voulait-il s'assurer à lui-même la fortune de son frère. Mais malgré les soupçons qu'inspirèrent à Elspeth sa mauvaise conscience et l'agitation dans laquelle elle le vit , il paraît qu'il n'eut jamais de desseins criminels contre votre personne ; l'histoire de Theresa et la vôtre ne permettent pas de lui eu supposer. Et maintenant» mon jeune ami, permettez-moi de vous présenter à votre père.

Nous n'essaierons pas d'esquisser cette entrevue. Les preuves de la naissance du fils d'Ëveline se trouvèrent complètes , car M. Neville avait laissé entre les mains de son intendant un paquet cacheté contenant tous les détails de cette affaire , avec ordre de ne l'ouvrir qu'après le décès de la comtesse ; sou motif pour garder le secret si long-temps paraissait être la crainte de l'effet terrible qne la découverte des mancenvres de cette femme hautaine aurait produit sur son esprit aussi violent qu'orgueilleux.

Dans la soirée du même jour , les volontaires de Glenallan bu* rent à la santé de leur jeime maître. Un mois après , lord Geraldin épousa miss Wardour , et l'antiquaire fit présent à sa belle ennemie de la bague nuptiale. C'était un anneau d'or massif et antique y sur lequel était gravée la devise d'AIdobrand Oldenbuck kunst macht gansL

Edie Ochiitree, le plus important de tous les personnages qui portèrent jamais le manteau bleu en Ecosse , continua quelque temps sa vie errante , quittant la maison d'un ami pour aller dans celle d'un autre , et se vantant de n'être jamais obligé de courir les champs quand le temps était à la pluie. Cependant il parait , depuis peu , vouloir devenir plus stationuaire , car on le trouve souvent assis au coin du feu dans une chaumière située à égale distance de Knockwinnock , de Monkbams, et de la demeure du révérend M. Blattergowl , où le vieux Caxon s'est retiré après le mariage de sa fiUoy afin d'être à portée dès trois perruques de la paroisse ,

dont il continue à prendre soin pour son amusement. On a entendu £die dire qu'il était bien agréable d'avoir nn pareil toit ponr a'abriter en temps de pluie. Ses jrmbes commençant à devenir pins r^deSi on croit qu'il s'y fixera tout-à-fait.

Lord et lady Geraldin donnèrent des marques de leur mnnificence à mistress Uadoway et à la famille de Mucklebackit. La première en fit un bon usage , les antres ne surent pas en profiter. Ils continuent pourtant à recevoir des secours , qu'Ëdie Ochiltree est chargé de leur porter 9 mais ce n'est qu'en murmurant contre le canal qui les leur transmet.

Hector obtient un avancement rapide dans l'armée ; la gazette a plusieurs fois mentionné honorablement sa conduite; et il s'élève proportionnellement dans les bonnes grâces de son oncle. Ce qui ne fait guère moins de plaisir au jeune militaire , c'est qu'il a triomphé en combat singulier de deux veaux marins, ce qui a mis fin aux railleries perpétuelles de son oncle relativement àl'histoire dnpAoca.

On parle de mariage entre miss Mac-Intyre et le capitaine Wardour, mais cette nouvelle demande confirmation.

M. Oldbuck fait de fréquentes visites aux châteaux de Knockwinnock et de Glenallan. 11 y travaille à deux essais , l'un sur la cotte de mailles du grand comte de Glenallan , l'autre sur le gantelet de la main gauche de l'Ënfer-en-Armes. il s'informe régalièrement si lord Geraldin a commencé la Calédoniade , et secoue la .tête en entendant sa réponse. En attendant, il n'en a pas moins terminé ses notes sur ce poëme à faire , et nous croyons qu'elles sont à la disposition de quiconque voudra les faire imprimer sans nsque et sans frais pour I'amiquairb.

FIN DB l'antiquaire.

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