‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 54 sur 134 · EzpreMÎOQ ironique des tDaraudears incendiaires · texte numérisé non relu

EzpreMÎOQ ironique des tDaraudears incendiaires

1^ Ji^AMJÔK.^ CH. I.

monter à chéràl.

L'abbé de Sfaoreswoodl ' cehii-ttt tous dbtitpte^àil le côtrrsîer

lé ptus fougueux dé votre troupe, maid il n^y a pas de p(yncf-laiice au château qui sache mieux que M jàref / chercher qiietéîé, fit même donner un coup de poignant.

Le frère Jean de THbBcnitb serait mieu]^ votre homnie : bclti vivant à table y bienven» partovty il ctonnaît tous les éhateatax et tontes les villes où Fonbôh du bon vin- et de la bodné aie, éêpwàâ Newcastle jusqu'à Holyrood; maishâaillkj^uvrehômfliei^iie quitte §uère jdiis F^eèLate en cfaâtéan depuis le jônr où àa itanvaise étoile lui fit traverser la Tweed , poiir aller apprendre le Credo à la dame Alison. Le vieux Bughtrig le surprit avec sa femme ; et frère Jean, ennemi des querelles, décampa au plus vite, oubliant froc et capuchon ; le rustre jaloux a juré que , s'il revient, S n'aura plus personne à confesser. Je crois le frère peu ctésireux 4e le rencontrer ; cependant il est possible qu'il se hasarde à sortir floofl votre protection.

xxu.

Le jeme Selby, debout près de la table , découpait les mets pemr son oncle et son hftte ; il prit respectueusement la parole et dit ;

— Mon cher oncle, quel malheur ce serait pour nous, s'iï arrivait quelque mésaventure au frère Jean ! Cest un homme si gai t B n'est ni jeu ni bon tour qu'il ne sache : qui est plus adroit que lui au trictrac et aux boules ? qui chanterait comme lui ces cliansons si comiques, lorsque la neige de Noël nous fait trouver le temps si long auprès du foyer, sans que nous puissions ni chasser,* ni faire aucune excursion en Ecosse? La vengeance de ce lustre de Bnghtrig ne se contenterait pas cette fois de lui rétenir son froc. Que frire Jean dorme à son aise au coin de la cheminée! qu'il continue à faire rôtir des pommes sauvages, ou à vider des flacons 1 il est venu hier au soir à Norham un guide qui vaudra mieux que frère Jean.

— Par ma foil dit Héron, c'est bien parlé^ neved; voyons, achève.

-^ Nous avons ici un ftaint pèlerin qui a visité JérnsalenÉ et ^

X. Ce prêtre était sans doute un peu cousin de Webh, viéaire dé 3aint-Tlipmas d'È^etêr| qui, en 1649 > commandAit In insurgés de Cornish, et eut îs malheor d'être pendu au clucner ae son église.

LStlHÀTEÀU. iâ»

Tient de Hbide ; il a bAisé la pieite da Mdnt flépdlciie ; il a pàrcomti tond lès âAiiktd lileu de la Palestihe et de l'Arabib , graVi lés ilibiitagdeft de rArménie, où l'on Toitencoire Tatche db Noé; ti*atetsé cette Bter Rottge qui ft^oùvrit tous la baguette db {^t*o|ifaète , et saltté dâna le désert de SinaLlâ montagne snr laqnëllé là Itti fat donnée aa milieu des éclairs et de l'orage; il a àppbfié déâ eoqoillages de Saint-Jacques de Gompostelle; il a tu le fertile Mon^ «errât y et cette grotte bù, fityânt les bbitimages de tddtë la jeuned&é sicilietihey sainte kosalie se retira aveb Die& hedl ^.

Ce pèlerin a aussi imploré le pardon de iéà fécMs dàiis la bhapelle du Taillant saint George de Norwich , dahs bëUë de saint Gatfabërt de Durhaih et de siaiht Bède; il cbnnaît tofaà lej bhëmiiiè d'EcdSite , et va Ti^iter les églises du comte de Fdrth ; il iiiangè peu, teille Ibng-ténips, et ne boit que dé l'éati des rttiàsbàBx bti dès lacs. Voilà un bon guide daiis les plaihes eoîiimë dïiiâ leà ihôhta^ès ; mais/ quand firèire Jeah a Tidé sôii pot d'alb, il lié sàii plttà quel chemin il a pHs , et lie s'en soticië gilèi*e plhft que le Vent qtii soufSe et se réchauffe contre sbh nëz ^.

xit.

— Grand merci , dit lord Marmibn , je ne souffrirai ^às que le frerë Jean , cet honime Ténérablè , s'ex^osé pour mbi an lUoiiidrfe danger : si le pèlerin Teùt me sertir dé guidé jusqu'à âblyrbod» il aura lieu de se louer de liioi atktant que de son pàtrob. Ce ne sont ni coquilles ni chapelets tjue je Idi promets; màiâ de beaux ël bbns angélbt!^ d'or. J'aime d^ïilleurs ce^ saintà erràhs; ils ont toujours en rëséirte , |>otti' charmer l'ennui d'diie Ironie sttr lèâ âioHtagnesy quelque chanson , lai, romance, conte jb^etlx, Bbh ihbt, ou pour le moins tme légehde menteuse.

—Ah I noble chevalier, interrompit Sélbjr; — et il posa uii doigt Star sa bouche, d'uh air de inystèré; — cethbnlme est bien iàvatit: peut-être même l'est-il plus qu'on ne peut le devenir par de saintes pratiques ; il se parle souvent à lui-même , et recule comme devant un objet visible pour lui seul. Hier au soir nous allâmes écouter à la porté dé sa cellule : iiouà entendîmes des paroles étranges, et cela dura jusqu'au matin, quoiqu'il n'y eût peràoiiné aVeb itii. i^dl'-

I. Sainte Aosalie était de Paleniîe, et appartenait à une des plus iioblès fàbilles a'Itâliè. t5és sa )«tiQesse elle conçut on tel dégoût pour les Tanitës dii siècle , qd'elle résôliit de renoncer entièrè- BMnt au monde , et de se consacrer au Seigneur.

a. Cette plaÎMOterie triviale de l'auteur a été l'objet d'une critique sériée en Angleterre.

200 MARMION. ch. i.

fois il me^emblait que d'autres Toix répondaient àla sienne. Qae vous dirais-je? Je ne vois rien là de bon... et frère Jean prétend qa'il est écrit que jamais une conscience nette et exempte de tonte àooillure da péché ne pent veiller et prier si long-temps; car frère Jean loi-même s'endort toujours ^ disant son chapelet, ayant d'ayoi^ récité dix 'Ave et deux Credo*

xxvu.

«— ^ Fort bien> dit Marmion. Par ma foi! ce pèlerin sera mon guide y quand Satan et lui seraient d'intelligence. Ainsi , qu'il vous plaise, gentil jouyencel, d'appeler le pèlerin dans cette salle.

Le pèlerin fot appelé et introduit . ,

Un noir capuchon lui couvrait le visage; sa robe était de la même couleur, et sur ses larges épaules on voyait les clefs, de saint Pierre découpées en drap rouge. Des coquillages ornaient son chapeau ; le crucifix qui pendait à son cou venait de Lorette. Le voyage avait usé ses sandales : il portait le bourdon , la bougette ^, la bourde et la cédule. Le rameau de palmier flétri qu'il tenait à la main ^ indiquait le voyageur de la Terre-Sainte.

11 n'y avait dans la salle aucun chevalier dont la taille lût pins haute que la sienne, et qni eût une démarche plus noble et plos fière. Il n'attendit point qu'on le priât d'approcher, et il alla se placer vis-à-vis de lord Marmion, comme s'il eût été son égal. Mais il semblait épuisé par la fatigue : son visage était ridé et abattu; et, quand il essayait de sourire, ^1 y avait quelque chose d'égaré et de sombre dans ses yeux. La mère qui lui donna le jour aurait en peine à le reconnaître, en voyant ses joues pâles et ses cheveux brûlés par le soleil.

Ah ! comme les besoins et les privations, les voyages et les chagrins, altèrent bientôt le visage de nos amis les plus chers I La terreur peut devancer les années, et blanchir nos cheveux dans une nuit ;, de pénibles travaux , rendre nos traits austères. La misère

1. Le moine Jeon connaissait la verta soporifique de sou chapelet et de son bréviaire aussi bieu que son frère de nom dans Rabelais. « Mais Gargantua ne pouToit dormir en quelque façon qu'il se « mist, dont Inj dist le moine i Je ne dors jamais à mon aise, sinon quand je suis au sermon. ou « quand je prie Dieu. Je vous supplie, cooimençons tous et moy les sept psaolmes , pour veoir si « tantost ne serez endormi L'invention plenst très bien à Garg:intua , et commençans le premier tf psaulme , sur le poinct de btati quorum , s'endormirent l'ung et l'antre. »

a. rAe^w^f, bourse de cuir.

3. L'expression palmtr (porte-palme), par opposition an mot pitgrim (pèlerin), signifie un homme qni ne s'occupait qu'à visiter les lieux honorés des reliques des saints, passant toute sa vie à voyager , et vivant de la charité des fidèles. Les pèltrins revenaient chez enx, et ««prenaient leurs anciennes ooeupations , lorsqu'ils avaient une fois fait leurs dévotions au lieu qui faisait l'objet principal de leur pèlerinage; mats les porte-palme* semblent «voir été les quattionarii dont il est mention dans les «ncieus fanons d'Bcosse.

éteint le fea de» yeux , et la TieiUesse n'a point de rides ainasi profondes que celles qu'imprime le désespoir. Henrenx le mortel exempt de tontes ces peines! ce panvre pèlerin les avait tontes connaes.

Lord Harmion Ini demanda s'il yonlait être son ^de ; le pèlerin y consentit. Il fut conyenn qn'anx premiers feux du matin on se mettrait en marche ponr se rendit à la conr d'Ecosse. — Mais, ajouta le pèlerin , je' ne puis rester long-temps en chemin; des Tœux solennels m'appellent an rivage de Saint-André , dans la caverne où f du matin an soir, le bienheureux saint Regulus ^ mêlait ses cantiques à la voix mugissante des vagues. Mon pèlerinage ne finira qu'à la miraculeuse source de Saint-Fillan ', dont les eaux possèdent la vertu de calmer le délire et de rendre la raison. Fasse la Vierge Marie que je retrouve dans ces saints lieux la paix de mon cœur, ou puisse-t-il cesser de battre à jamais 1

Ce fut dans ce moment que le page de sir Héron versa dans une coupe d'argent la libation de minuit , et l'ofiFrit à genoux au lord Harmion , qui but au sommeil de son hftte. La coupe circula de main en main, et le pèlerin seul refusa de l'approcher de ses lèyresy malgré les instances de Selby.

C'était le signal de la fin du repas. On se tut. Les ménestrels cessèrent leurs chants, et bientôt on n'entendit plus dans le château que les pas mesurés de la sentinelle.

Marmion se leva avec l'aurore. On alla d'abord à la chapelle; on y entendit une messe dépêchée par le frère Jean , et un bon repas fut offert à Marmion. Bientôt les trompettes sonnèrent le boute-selle. On n'oublia pas le coup de l'étrier. Le baron et son hôte se conduisirent réciproquement eh chevaliers courtois ; Marmion remercia le gouverneur, qui, de son côté, s'excusa avec modestie. Ce cérémonial se continua jusqu'à ce que Marmion eût vu défiler son cortège, et lui-même partit. Aussitôt les trompettes

I. On prétend que saint Régulas (en écossais saint Rnh) , moine de Patras en àchaîe» averti par VM vision, l'an 370, s'embarqua, et se dirigeant rers l'occident, arriva à Saint- Andrews» en Ecosse, QÙ il fonda nne chapelle et une tour. La dernière existe encore, et quoiqu'on puisse mettre eo doute la date préase de sa construction , elle est certainement un des édifices If s plus anciens de l'Ecosse.

a. Saint Fillan est un saint écossais asses renomgié; car malgré la haine qu'inspire en général le pspisme , le bas peuple conserve encore quelques-unes des superstitions qui s'y rattachent. H T • dsns le comte de Perth des puits et des sources dédiés à saint Fillan, lieux de pèlerinage que /réqnentent même des protcstans. On les croit très efficaces contre la folie , et dernièrement des lunaâqacs ont été laissés tonte une nuit attachés sur la pierre consacrée ^ dans l'espoir que le ^aint leur rendxait avant le jour la raison et la liberté.

aOi MABMION; * gh. i.

firent reteatif lai éAùs de lenifè fanfUres^ le eaneli â>rAiila les teB^Mlrtâ et le.iiVage é'Bééssef une épaisse fumées Uaiichè eomnie la neig^ , en^loppa le chftteàe et ses vieilles tours , jusqu'à ce que la brise de la Tweed ^ la dissipant» eût éclairci de titsutiMlti l'horizon.

FIN DU qhaut frimieh*

AU RETEREND JOHN MâRRIOT, M. A.

Ashestiel , Ettrick Forest.

Elles «ont maintenant désertes et déponillées ces plaines oà s'élevait jadifc nne forêt antique {e) \ ils sont déTastés ces Tallom aotrefois coiiterts d^épais taillis , et jteaplés de cerfs et de daims 1 Cette aubépine. . ; qiii pent^étre yoit depuis plus de trois siècles ses tatneaox héiissës depiqnans; cette aubépine solitaii^^ qne ne pent-elle nons dire tons leè etaatigemens du sol qui Ta tne naître» flepniâ que, modeste rèjetoti » sa tige^ anjonrd'hiii si rolrostei âé* thissait an gf é de chaque brise I Qbe iie peut-elle nons dire : --^ Là le t^hêne altier couTtait la terre de son ombre gigantesque ; |dus loin le frêne tapissait le rocher de èà verdure, et dominait le taillis ftTee ses feuilles étroites et les rouges grappes de se6 baieà; Alors l<ïs pins courohiiaieilt la iHontagiie ; le boideau se balançait dans là plaine; lé tremblé frétnissait au moindre Tent, et le saule onkbm* Sejlit les ruisseaux. —

n me semble l'entendre dire encore : — Le cerf altier est yedi ^ l'eposer sods mod ombre, au ittiUeU du jour ; j'ai tu le loup pltii farouche (et la f allée Tbisiile porte eilcore son nom) éirer aalofà» de moi, la gueule altérée de carnage, et hurlant à la clarté ^ la Itme ; lé sanglier belUquëux aiguisant ses défenses tOfitre ^on écorce, tandis que le daim et le cheyreuii boadissaîeitt à lira»

vers le taillis. Souvent j'ai va les monarques d'Ecosse sortir de la tour crénelée de Newark, suivis de mille vassaux; les chasseurs , l'arc tendu, gardaient toutes les issues de la forêt; les piqneurs parcouraient à pas lents le plus épais du bois ; les fauconniers tenaient leurs faucons prêts à prendre l'essor , et les forestiers , en élégant costume vert , condubaient en laisse le lévrier rapide, pour le lancer sur le gibier que faisait partir le chien couchant. — Soudain la flèche sifflie et vole, l'arquebuse lui répond , tandis que la colline répète de rochers en rochers le btuit des chevaux, les aboiemens des chiens , les cris des veneurs et les joyeuses fanfares du cor.

Le souvenir de ces nobles plaisirs survit encore dans nos vallées solitaires, sur les bords de l'Yarrow et dans l'épaisse forêt d'£ttrick, qui fut long-temps l'asile d'un redoutable proscrit. Mais cette cour, qui venait ainsi parcourir les forêts, était moins heureuse que nous dans nos parties de chasse. Plus modestes; nos plaisirs n'ont ni pompe ni éclat ; mais notre gaieté, cher Marriot , n'en est pas moins vive. Tu te rappelles mes excellons lévriers ; jamais on ne les vit en défaut dans le bois ou sur la colline; jamais chiens n'eurent plus d'ardeur et une bouche plus sûre. Les intervalles qui dépassaient entre nos chasses n'étaient jamais tristes, car, pour nous distraire, nous avions toujours en réserve quelque poète de l'antiquité ou des temps gothiques ; nous admirions les scènes imposantes que la nature déployait à nos yeux ; nous redisions les vers qu'elles rappelaient à notre mémoire ; nous ne traversions pas une allée, pas un ruisseau qui n'eût sa légende on sa ballade. Et maintenant tout est muet... ton château est désert, ô Bowhill! Le laboureur n'entend plus le fusil du chasseur retentir sur la montagne; on ne le voit plus , ému au souvenir de l'héritage de ses pères, verser à la ronde de joyeuses rasades , et boire au Chef des collines. Elles ne sont plus ces fées mortelles qui habitaient les bosquets de l'Yarrow, parcouraient ses avenues et cultivaient ses fleurs ; fées aussi belles que les esprits dansant au clair de la lune sur Carterhaugh et aperçus par la superstitieuse Jeannette. On ne voit pins le jeune baron ^ qui animait les bois solitaires de Sheriff, et imitait, par son ton et sa démarche mâle , la majesté d'Oberon. Elle est partie cette noble dame dont la beauté était le

z. M< Mnrriot était çourerneor du jeane noble auquel ces lignes font allusion : — Geor^ Henry, lord Scott» £ls de Charles, comte de Dalkeith ( depuis duc de Bnccleuch) , qu'une mort prématiirée enleva en z3o$.

moindre attrait ; et cependant si la reine des sylphides eftt voida montrer à la terre tous ses charmes célestes ^ elle n'eût pu trar verser les airs avec une taille pins légère et des traits pins gra* cienx. L'oreille insensible de la bonne Teuye ne se ranime plos pour épier le brait de ses pas ; elle ne l'attend plus à Theure de midi, et ne s'occupe plus à orner sa chaumière pour la recevoir : triste et pensive, elle tourne son rouet bruyant ou prépare le repas de ses orphelins , en bénissant encore la main qui les nourrit.

Le vallon de rYair, où les collines plus resserrées laissent à peine un étroit passage à la Tweed qui mugit^ bouillonne et s'échappe en torrens écumeux , ce vallon a vu partir son seigneur de noble lignage^. Laissé seul sur les rives du fleuve, je regrette de ne plus avoir près de moi ces jeunes compagnons ^ de mes promenades y touchant à peine à la première adolescence, âge heureux où la franchise s'exprime avec un aimable abandon. Serrés àmesc6tés, avec quel plaisir ils m'entendaient parler de Wallace, quand je leur montrais du doigt son éminence que j'appelais un UeasacréM Gomme leurs yeux s'enflammaient à mes récits! et moi je souriais en pensant que, malgré la différence des années, mon front avait ressenti quelque étincelle de ce feu qui colorait leurs joues. Heareux enfans ! des sentimens si purs ne peuvent loûg-temps durer : entraînés par le flot rapide de la vie, il ne vous serapas permis de vous arrêter sur la rive, car le destin vous précipitera loin du bord, et les passions dirigeront la voile et le gouvernail de votre navire. Cependant chérissez toujours le souvenir dn ruisseau et de la montagne solitaire: oui, mes amis, un temps viendra sans doute où, domptant vos transports fougueux, vous penserez souvent et sans remords, je l'espère, à ces jours de bonl^eor et de liberté que nous avons goûtés ensemble sur le penchant des coteaux.

Lorsque, rêvant à nos amis absens , nous sentons doublement ^e nous sommes seuls , il y a encore un charme dans nos re- ^cts : ce sentiment flatte le vif désir d'isolement et de repos qu'éprouvent les âmes tendres ; le tumulte du monde l'empêche de se f^re écouter; mais c'est à un cœur préparé par la solitude, que

. ^- ^ea Alexandre Pringle, Esq. de 'Whytbank . dont la belle résidence d'Tair e«t titiiée sur 1« *e«d. environ à an mille an-dessous d'A&besUiiel , où résidait alors le poète. »• Us fils de M. Priogle de Whyibank.

.1/ y T « sur une cdte de montagne au-dessns de la ferme d'Asbestiel , un fossé appelé la tran- "^ de WalUce.

Bft Toût douce inspire plus facilement an mélange de résignation et de contentement. Souvent la vue du lac silencieux de Sainte- Marie {/) a réveillé dans mon ame ces pensées : ni joncs ni roseaux ne souillent le limpide cristal; la montagne s'arrête tout à coup sur ses bords , et une légère trace de sable argenté marque à peine le lieu ou le flot rencontre la terre. Dans le miroir de ces ondes d'un azur brillant viennent se dessiner les larges traits des collines ; vous ne voyez là ni arbres , ni buissons , ni taillis , excepté vers cet endroit où, sur une étroite" lisièrCi quelques pins épars se projettent dans le lac. Cette nudité du site produit aussi son effet , et ajoute à la mélancolie.de l'ame. On ne voit ni bosquet ni vallon qù puisse respirer un être vivant, ni grotte qui puisse receler quelque berger ou quelque bûcheron solitaire, ^imagination n'a rien à deviner : on ne voit au loin qu'un désert y et le silence

vient encqre y joipdre son influence mystérieuse Quoique

les rpchçrsde la colline envoient au lac mille ruisseaux, cependant, aux jours 4'été, ils coulent si doucement que leur murmure ne sert qu'à endormir l'oreille. Les pas du coursier qui nous porte nous semblent même trop bruyans , tant est profond le calme qui règne en ces lieux.

Rien de vivant ne vient y distraire l'oeil , mais je n'oublie pas que l'asile des morts n'est pas éloigné : au milieu des dissensions féodales , un barbare ennemi a détruit la chapelle de Notre-Dame * ; cependant c'est encore sous cette terre sacrée que le pays va se ireposer des fatigues de cette vie. Il demande, avant de mourir, que ses os soient déposés dans le lieu où priaient ses simples ancêtres.

Ah ! si l'âge avait apaisé le combat de mes passions ; si le destin avait brisé tous les liens qui m'attachent à là vie, qu'il me serait doux, ai je pensé souvent, de venir habiter ici, et d'y relever la maisonnette du chapelain ! elle deviendrait pour moi l'ermitage paisible qui faisait soupirer Milton ! Qu'il serait doux de contempler le coucher du soleil derrière le sommet solitaire de Bourhope, et dç dire, en voyant expirer ses derpiers rayons sur le penchant de la colline on sur les ondes du lac : — C'est ainsi que le plaisir s'évanouit ; jeunesse, talent, beauté, c'est ainsi que vous nous laissez

X. La chapelle de Sainte'Mary ^esLowev {dt lacuhms) était située sur la riv«ori«ntal«iin lacan^otl eUe donne son nom. Dévastée par le clan de Scott dans une pnerre avec les Cranstoans, elle était encore vénéré* au dix-septiéme siècle. Les vestiges de l'édifice ont presque disparu , mais la ciaietière n'a pas changé de destination , et les funérailles produisent dans ce lieu si isolé une ImpieiMM remarquable et profonde.

ÂV CHiNT iEGOND. . »f

tttttes, abandoiuiéi et en cheveux MaBCs ! QeW me gerah âo«x dHidmiier tes ranes de Dvjbepe et de vâver à la Fteur de P Yarrowl Q«e jHdmerais, ea enteôdapt k mmanefe swpd de la m<m* upf , ayantrcoiireiir dci Fevage, et le siiDemeiit loinlaîn de see ail^, aHer m^saeoir sur le tombeaii dn nagieieH ^, de oe prêtre èèvx le» oendres fàveat ^lées da lieo oà repesent les justes. Placé ^ m oe i^paoment que le soleil n'éelaira jamais ( comme le prétend la saperstition ), je Terrais le lao senleiFer ses vagaeaeoBtre ses mes, et le cygne sauvage monter sur Taile dey vents , d^loyer aamilka des anr^ ses larges voiles Uanelies y et descendre par in« tenalles pour l^gnw son sein dans Fonde a^de. flnftn , îorsqne mon plaid ne suffirait plus pour me protéger contre la grêle, jHraîa dans mon ermitage solitaire, allumer ma lampe, tisonner mon feu, et méditer quelque poëme romantique ; bientôt je serais abusé par mes propres idées ; le cri lointain du butor viendrait frapper mon oreille comme une voix mystérieuse, et m'annoncer le prêtre magicien réclamant son ancienne demeure. Mon imagination s'occuperait à lui trouver une figure bien étrange et bien farouche ^ et m'interrompant moi «même, je aouriraîa en pensant que j'ai eu peur.

Mais surtout il me serait doux de regarder ce genre de vie, adopté seulement pour fuir les caprices de la fortune, comme un grand acte de courage et de dévouement, un immense sacrifice dont il me serait tenu compte^ et de penser que chaque heure donnée à ces douces rêveries serait un pas de plus dans le chemin duciell

Une pareille solitude déplairait à celui dont le cœur est troublé : il a besoin d'aller oublier ses agitations secrètes au milieu de la guerre des élémens; et mon pèlerin eût préféré quelque demeure pins sauvage et plus triste encore, telle que la sombre montagne deLochskene^. Là les cris perçans de l'aigle retentissent de l'île an rivage; des torrens roulent avec fracas sur les rochers; un i)ronillard éternel infecte les airs , et étend son voile sombre sur le lac, dont les flots courent en bouillonnant se précipiter dans la

|< Dans un coin da cimetière , mais toujours dans l'enceinte consacrée , s'élère nn petit monti- <^>e, appelé Binram*s corse, où la tradition place les restes d'an prêtre nécromancien , qai le pre- "uerdessenritla chapelle. Soti histoire ressemble beaucoup à celle d'Ambrosio dans « le Moine, » et mon ami M. James Hogg, nommé plus poétiquement le berger d'Ettrick, en a fait le sujet d'une Milade.ie renvoie le lecteur curieux à l'ouvrage intitulé : — The Âfotmtain Bard.

2. Loch'Skene est un lac de montagne, d'une dimension considérable, placé à la tête de la chnte iK MofFat. Il se décharge d'abord dans un ruisseau et forme ensuite une cascade d'une hauteur îm> •nense et d'un aspect mélancolique, qu'on nomme la Grey Mœre's Tait, la queue de la jument Snse. Le tombeau du géant dont il est question dans le texte, et une sorte de tranchée qui porte ^nom, et est situé à peu de distance de la cataracte. Il a l'apparence d'ane batterie destinée à dé* fendre le passage.

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