‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 56 sur 134 · LE COUVENT · texte numérisé non relu

LE COUVENT

La brise qui dissipa les tourbillons de famée des canons de Korham ne ridait pas sealement la surface diamantée des eaux de la Tweed , mais soniflant aussi snr la mer dn Nord , eUe enflait les Toiles d'on léger vaisseau qui y parti du couvent de Withby S ^ dirigeait vers l'île de Sain^Gnthberty rile-Sainte *.

Cédant au souffle propice, le navire bondit snr les vagues, et les liatelots sourient en voyant la pioue sillonner avec rapidité l'écume verdâtre de la mer. Ils se montrent fiers aussi de leurs passagers , et contemplent sur le tillac l'abbesse de Sainte-Hilda dans un si^e dliomieur, entourée de cinq jolies nonnes.

C'était un speçtéqle charmant de voir ces saintes filles, s(emblables à des oiseaux écliappés de leur cage pour la première fois : timides et curieuses en même temps , elles admiraient tout ce qui frappait leurs regards, car tout était nouveau pour elles.

L'une répète ses pieuses oraisons en regardant le hauban et les Toiles ; une autre pâlit à chaque lame d'eau qui s'avance^ et, dans sa terrenr, elle se recommande à tous les saints; cell^ci pousse

T. L'abbaj0 de Withby» sar la cÀtè do Torkshire, fat fondée en 65 1 par Onr^» ri»i de Korthnm^ Wland. Le monastère renfermait des moines et des religieuses de l'ordre de Samt*BenoIt; mais par Bn« règle contraire à ce qui existait d'ordinaire , Tabbesse était snpérieore à l'abbé. Les mines de V^biibj'AblMy sont magnifiques.

a. Liiidisfame était appeiée l'Ile-Sainte, ft cause de la sainteté des anciens monastères qu'elle ren* fcrtnait, et parce qu'elle rat long-lemps le siège de l'cTéclié de Dorham, dans les premiers siècles da cbrittianisme. Lindisfame n'est pas précisément une ile , mais plutdt, ainsi que la nomme le véoérable Bède, une semi-U». Car si la nser l'entoure à la marée haute, le re^nz laisse les sableeà ttc •ntl* cUeetlas cdtes opposées da NorthomberUnd , qui sont éloignées d'enriron trois milles*

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un cri aiga à l'aspect du marsouin qui lève an-dessns de Fonde sa tête noire et ronde et ses yeux étincelans ; une quatrième ajaste les plis de son voile qu'avait soulevé le vent de la mer : peut-être elle craint qu'un œil profane n'entrevoie des appas consacrés an ciel ; peut-être aussi parce que ce mouvement donne une nouvelle grâce aux contours de son bras et à sa jolie taille.

Le cœur de chaque nonne, simple et pur, se livre au plaisir que lui cause le voyage ; l'abbesse seule et la novice Clara y restent étrangères.

L'abbesse de Sainte- Withby était d'une famille illustre : jeune encore elle prit le voile, et quitta le monde avant de l'avoir connu. Elle était belle, et sans doute «Ue aurait eu un cœur tendre; mais elle n'avait jamais entendu un amant soupirer pour elle; jamais elle n'avait «ppris quel était le pouvoir de ses yeux. Elle ne pouvait, dans ses idées, séparer l'amour de la honte et de la vanité. Ses espérances, ses craintes ^ ses plaisirs , étaient teas concentrés dans les murs du cloître; toute son ambition eût été d'égaler les mérites de sainte Hilda ; aussi avait-elle donné ses grands biens pour élever la .tour orientale du couvent. C'était à son zèle que la chapelle de la sainte devait l'élégante sculptnre dont elle était ornée, ainsi que sa châsse M'ivoire enrichie de pierreries. Le pauvre aussi se louait de sa charib^ et le voyageur égaré trouvait un asile dans les nmrs de Withby.

Le^êtement de l'abbesse de Sainte-Hilda était noir, et sa règle avait été réformée d'après les statuts sévères des bénédictines; son visage pâle"^ et sa maigreur attestaient ses veilles et son austère pénitence, qui avaient de bonne heure éteint le feu de ses yeux. Mais elle était remplie de douceur ; et, quoique vaine de ses prérogatives et de sonautmté, elle n'avait rien de sévère, et se faisait aimer de ses sœars.

Ce voyage attristait son ame : elle était mandée à Lindisfam ayec lé Tjeil abbé de Saint-Cuthbert et la prieure de Tynemouth, pour tenir le chapitre de Saint-Benoît , et décider du sort de deux infortunés accusés d'apostasie. ^

Je ne dirai rien de sœur Clara, si ce n'est qu'elle était jeune et belle , aimable et tendre comme une novice qui a connu le malheur; elle avait aimé un chevalier qui n'était plus, ou qui an

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.mems avoit perda rbonneur, plus précieux que kTie. Sa fiamUe yonlait la forcer à accepter un éponx qni ne la recherchait 91e pourses biens. Chira^ le cœor brisé, ayait préféré prendre le yoile^ et enseyelir ses espérances déçaes et sa jeunesse flétrie dans le sombre cloître de Sainte-Hilda.

yi.

Assise à la proue du yaisseau, elle semblait contempler les yagues et les compter dans leur course rapide; mais c'étaient d'autres tableaux qui occupaient sa pensée.

Elle se figurait un yaste désert brûlé par les feu;x du soleil, où ne murmurent ni la brise ni les yagues. Elle croyait yoir une main étrangère recouyrir d'un peu de sable un cadayre que bientôt le chacal yièndrait arracher à cette tombe de la solitude.

L'infortunée tourne les yeux yers le ciel ; yoyez quelle douleur est peinte dans ses regards I

yn.

Tendre, beUe et affligée... tes charmes, ô Clara! auraient touché le cœur le plus barbare.

Les harpistes et les poètes ont chanté que le lion farouche ayait oublié sa fureur à la yue d'une yierge faible et timide. Mais les passions de Fhomme sont plus cruelles que la rage du lion ; et la jalousie, liguée ayec l'ayarice sordide, ont ourdi une criminelle trame pour perdre Clara. Le poison et le poignard ont menacé sa vie; et lés prisonniers de Tiie de Saint-Cuthbert forent les complices de ce noir attentat.

Cependant le yaisseau côtoyait les montagnes du Northumberland. Les yilleSy les tours et les châteaux qui se succèdent charment les yeux des nonnes. Elles laissent bientôt derrière elles la prairie de Tyn^nouth; elles aperçoiyent au milieu des arbres la superbe tour de Seaton-Delaval ; elles yoient les .flots de filythe et du Wansbeck traverser en mugiseant une forêt ayant de se jeter dans la mer. EUes saluent la tour de Widderingtôn qni a produit de si nd»tefl oheyaliers. En passant près de Pile des Coquettes, ces saintes Mes prièrent le grand saint qui jadis habita ce rivage. Ensuite Warkworth, fier du nom de Percy,>fixa leur attention : elles se signèrent dévotement en entendant ks- échos sooterraiiis du Dunstanborough répéter les mugissemens des flots qui se précipitent dans lesrs cavernes. Ta tour aussi, Bainborough, a^ftira leuiB regards ; et bientôt après apparut le château régulier du

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roi Ida , qui , bâti sur le haut d'an rocher, semble menacer TOcéan de ses créneaux et de ses bastions. Ce fat alors que le vaisseaa s'éloigna de la c6te, et vogaa à pleines yoiles dans la baie de Tlle- Sainte.

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