‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 6 sur 134 · I. M. 0>ven Bées · texte numérisé non relu

I. M. 0>ven Bées

Abb«Uforâ,aTril i83o.

LE LAI

Le poëme offert au public est destiné à peindre les contâmes et les mœurs qui régnaient autrefois sur les frontières d'Angleterre et d*Ecosse. Les habitans menant une yie tour à tour pastorale et guerrière» et joignant des habitudes dé ^prédation continuelle à un esprit grossier de chevalerie , se montraient souvent sons un point de vue susceptible des ornemens de la poésie. La description

-des lieux et des mœurs étant Tobjet de l'auteur plutôt qu'une narration suivie et régulière , 11 a adopté le plan de l'ancien roman en vers y qui donne à cet égard plus de latitude que n'en accorderait la dignité d'un poëme régulier. Ce genre donne d'autres facilités , en permettant de temps en temps une variété de poésie qui va

jusqu'à autoriser le changement derhythmedans le texte. Enfin le merveilleux y adopté d'après la croyance populaire , et qui aurait semblé puéril dans un poëme , n'a rien d'inconvenant dans l'ancienne ballade ou roman poétique.

Voilà pourquoi Tauteur met son récit dans la bouche d'un vieux

-ménestrel y le dernier de cette race , qui, étant supposé avoir survécu à la révolution , peut avoir profité des changemens heureux que le temps a introduits dans la poésie moderne, sans avoir perdu la simplicité de son modèle primitif. La scène se passe vers le milieu du seizième siècle, époque où vivaient réellement la plupart

^ des personnages introduits dans cet ouvrage , et Faction dure trois

^nuits et trois jours.

LE LAI

Ijl dMBun ^ftait long, te Tfm éuài firaîd, h méanmtni était ^fi»x et infime» JloiiTÎaageflétri et ses ohefmui Uam» fenbbivit avoir eomia des îoors pkis hevreu:* Sa harpe, sed plaiaûr fwiliii restât, était portée par nu enfant orphelin. U était le ABomr 4e t64u teshardea^m «v^aieat ohamé las eheyaUers des firentièBei ' ; car, hélas 1 leur temps était passé : ses.firèrea, fib de l'hameoie , n'existaient pins, eft loi^oidnie, dédaigné» offriné, il déiirail partager, lenr repos dans la twnhe. On ne la Toyait fdna gniderm noUe eonrsier, et ehamw gaioBient oomne Talonette an point 4a jour ; il n'était pins fâté ni recèevché fwt le» ohaUebâns «et les ehâtelaines ; on ne le faisait pins aeseaîr à laplaaad'bonnenrpoiir entendre le lai qu'il improvisait snr sa harpe : les vieux temps et les vieQles mœurs n'étaient plus. Vu étranger occupait le tsAfie des Stoarts ; l'art [innocent du barde était un crime aux yeux des fanatiques de ce siècle de fer. Pauvre, humilié, errant, il mentait son pain de perte en porte, et aecordait peur Ti^reiUe-d'tin paysan la harpe qu'un roi avait aimé jadis à entendre.

Le ménestrel passait près de Tendroit où la tour nuyestnense sdeNewark' s'élève an-dessus des bouloaux de TYarrow; son reprd s'y porta avec l'expression du désir ; il np voyait pas dans les

a. Cet «difiectf A'ane fprmi ««rvé^ct mamt9t à promit àim>vnfi 4k e» «|i Um» !«•< «ptom» cUfuie inralU»«ctariff«re4éfancliie pcir des toiiraBe*. H est pUqé dMu wa «ite m«gnifiqiie^ A en^roi» Upi% «nllef 4» 8f«tt4tk . sar Us bords 4i ï'Twmqiw, 4mi«« aqbto et .rapi<k» V» >9«9<lit l'Bttrick à .an mille an-de8%Bnift da cbAteau.

9tm9Ê^4!M^9 « «té b^U p«r Jw^vm U. hM «fOM* r(^4tt» Afic Vi,lioa«D«> «ont frmim sur une pierre à l'oaest de la tour. Un ehfttevi bMaonup pli» ancien, nosaaé Ànldwai^, «OMttnit» dit^n. par Alexandre III , ae trouvait à tr^ p«a de diatanee. Taua deux étaient désignés pnar la résidence royale quand le i^iOlwt cliiai«r.d«ii» VinwMnaotnwlt di»i'J(ttn«k» Qa «QÎtdvtf les registre»

environs un autre asile plus humble. Enfin , d'un pas craintif , il franchitle seuil de cette pesante porte de fer de laquelle étaient si souvent sortiesdes légions de combattans, mais qui nes'était jamais fermée pour le pauvre et le malheureux. La duchesse ^ remarqua son air fatigué , sa démarche timide , sa figure vénérable , et dît à son page qu'elle voulait que ses gens fissent bon accueil an vieillard r malgré son illustre naissance , elle avait connu l'adversité; dans l'orgueil du pouvoir, dans la fleur de la beauté, elle avait pleuré sur la tombe sanglante de Monmouth.

Quand l'hospitalité eut pourvu à tous ses besoins, le ménestrel satisfait sentit renaître sa verve ; il se mit à parler du bon comte Francis ^ qui était allé rejoindre ses aïeux , et du comte Walter ^, que Dieu lui fasse paix 1 Jamais chevalier plus brave ne s'était montré dans les combats. Combien d'histoires il savait sur tons les anciens guerriers de Bucclench I Si la noble duchesse daignait écouter les accens d'un vieillard , si elle aimait les sons de la harpe, quoique ses doigts fussent raidis par l'âge, quoique sa voix eût perdu de sa force, il croyait pourtant, à parler sans détour, pou« voir encore lui faire entendre des accords qui ne seraient pas sans charmes pour son oreille.

Cette humble demande lui fut bientftt accordée , et le vieux ménestrel obtint une audience de la duchesse. Mais, quand il entra dans le salon de parade où elle était assise avec toutes les dames de sa suite, il aurait peut^tre préféré avoir essuyé un refus : quand il essaya d'accorder sa harpe, sa main tremblante avait

du petit scean, diren actes qui concèdent à diflerens barona le gonvemement da cbâteaa d« lîewark. Il exiate une tradition populaire, aairant laquelle il fut jadis surpris et occupé par le profcrit ttnrray » personnage célèbre dans les ballades , qui ne consentit à le rendre qu'à condition d'être nommé sberifF beréditaire de la forêt. Une longue ballade contenant le récit dé cet érèite- ^ ment, est conserrée dans le « Border Minsirelsy » (▼ol. I»p. 369). Lorsque Marguerite» foenr de Henry 7111, épousa Jacques IV, le cbitean dé Newark lui fut assigné avec la forêt d'Ettrick comme «ne portion ne son douaira. Mab elle en profila peu, car après la mort de son mari, on 1« ▼oit se plainore TiTcment de la saisie de ses terres par Buccleuch. En effet les fonctions de gouTernenr étaient remplies depuis qnelque temps par la famille de Bnoielench, qui les retenait avec une telle ténacité, que lorsque la forêt d'Ettrick cessa d'être close , elle obtint là cession du château de IVewark en propriété. C'est dans la conr de ce manoir que le général Lesly fit exécuter militiûrement les prisonniers qu'il ayait faits à Philiphaugh. Il continpa à être pendiint plus d'un siècle la résidence temporaire de la famille des Bucclench; et l'on dit que la duchesse de Monmonth-' et Buccleuch y furent conduits. C'est sans doute celte raison qui décida M. Scott à le choisir pour le lien de la*scène où « le Lai du dernier Ménestrel » est recité en sa présence et pour son amustment. (Commentaires de Scbelky an Lai du Jernhr MéntstrflA

On peut ajonter qne Bowhill était la résidence favorite de lord et de lady Dalkeith (ensuite duo et duchesse de Buccleuch), à l'époque de la composition du poème; les mines de Newark sont toutes renfermées dans le parc de cette habitation moderne de la famille; et nul doute que sir Walter Scott n'ait été influencé par la prédilection de la charmante lady , qui suggéra le sujet de Son « Lai , » pour lea rives du Tarrow.*^ Une très belle promenade sur les borda de la rivière, condaiaant de la maison an vieux chftteau, s'appelle en souvenir d'elle , la Dnchesa'8>'Wa)k.

X. Anne , duchesse de Buccleuch e| de Monmouth, héritière des anciens lords de Bucdeucb « et veuve de Tinfortoné Jacques, duc de Monmouth , décapité en z685.

a. Francis Scott, comte de Buccleuch, père de la duchease.

3. Walter, comte de Bucclench , gatrrier célèbre, aïeul de U duchesse.

perdo cette aisance que donne la certitude de plaire ; et des scènes dejoieetde donlear passées depuis long-temps se présentèrent confusément I sa mémoire vieillie : en yain il s'efforçait de mettre fion instrument 'd'accord. La duchesse en eut compassion , elle loua l'harmonie de ses sons ; elle Tencouragea , et attendit avec bienyeillance que ses cordes fassent toutes montées sur le même ton. — Il allait tenter, dit-il alors , de se rappeler d'anciens chants qu'il ne se croyait plus destiné à répéter. Ils n'avaient pas été composés pour d'humbles villageois , mais pour de nobles dames et pour de puissans seigneurs. Il les avait chantés devant le bon roi Charles, quand ce monarque tenait sa cour à Holyrood; il ne pou- Tait s'empêcher d'éprouver quelque crainte en essayant un air chéri, mais onblié depuis long-temps. Ses doigts errant sur les cordes en tirèrent un prélude peu assuré ; il secoua plusieurs fois sa tête blanchie par l'âge ; mais , quand il eut enfin saisi la mesure, le vieillard leva son front vénérable , il sourit , et ses yeux presque éteints brillèrent encore du feu poétique. Variant ses tons en parcourant ses cordes, il passait successivement de l'énergique au tendre : le présent , l'avenir, ses peines, ses privations, les glaces de l'âge , la méfiance de lai-même, tout fut oubUé dans son enthousiasme. Si sa mémoire infidèle laissait quelque lacune dans ses chants, l'inspiration y suppléait; ce fut en s'accompagnant de sa harpe que le derioer iiiînestrel chanta ce qui suit.

CHANT PREMIER

LiJianqiwt élût ini dattft k tonr do Bfttiikiome ( tf du châle»! a^ëudt nttàré^'àan» ton appanement Mcnt, apparte* mon gardé, par des^cbarmes et des pafolea magiqttea, terribles k CDtoidhre et terribles à répéter. Jésus et Marie, pretégez-nenst lialAtR livant, esoepté dfei n'aurait osé fnoicbbr le selâ de Ue porte.

LesvtaMefrétaieBtqikw<os ; toat éuit painble ef. oisif ;le ehff9ti' Ikr, k pi^e et l'écayeri se promenaiettt dans la* grande salte, 'On Tsstaieat groopés antonr dn Taste foyer; lés ehiens, fttignés de Udnsse;, soBmeillaîeBt éfeendns snr k plancher* oMTert^r^ sonXy et d&nsleiivs swiges poursuivaient enoore k bête favfe^A»* paîi leiâotâUNBO ^vqirïi EskAak-Mpor.

Tiflfa^noaf obevvKcrsde renoai siiqionâaknl km éoM^aBSs k grande salle dt Araisksome (i). Yiagitieaf ftièks douyersteH'^ laient à lears coursiers ; Tingt'-neitf hommes d'armes^ d'une taille âevée ks sHTmeat avec soumisskn. Tous ces dMvalîérs, ^un GoaBBge à Pépoeum, étaient ks paanena du tàiBant Bueohndi •

sv.

BÎKd'eatfjeeax étaient couYerts d'askr, kurs épées i^èMcnt àuubaoimr, et knratakna étaient arsés d'éperons» Ni jsnr ni iiaitik.iia çuttakut leur biilknte anmof iksofopDnientnmo: leateakaase, i^ei9iaientd!a«lreeoeiiler4a'nn dur et fiDiè hM* dier, découpaient à tabk, k main courerte du gantelet, et bunktfà; traters k Tisière de leur casqoe.

X. Voya au app«ndicM là note m, et tontes les notes inaiqaccs par nnftkMfP ilali^o.

Dix écnyers et dix hommes d'armes, reyâtns de cottes de mailles, étaient attentifs au moindre signe des dix guerriers; trente coursiers aussi agiles que vigoureux restaient sellés nuit et jour dans récurie, leur tête était défendue par un frontean d'acier, et à l'arçon de la selle était suspendue une hache de Jedwood ; cent autres coursiers étaient nourris dans l'étable. Tel était l'usage du château de Branksome ^ m

Pourquoi ces coursiers sont-ils toujours prêts à partir? Pourquoi ces guerriers font-ils sentinelle et gardent-ils leur armure pendant la nuit? Ils veillent pour écouter les aboiemensdu limier fidèle, et le cor des combats ; ils veillent pour voir déployer la croix rouge de Saint-George et briller les feux des signaux. Ils veillent pour n'être surpris ni par la ruse ni par la force, de penr que les Anglais Scroop, Howard ou Percy ne viennent de Warkworth , de Naworth ou de Garlisle, menacer les tours majestueuses

deBranksome.

vn.

. Tel est l'usage du château de Branksome (c). Maint chevalier y habite : mais où est celui qui fat leur chef? Son épée se rouille contre la muraille, à côté de sa lance rompue. La mort du puissant lord Walter {d) sera long-temps un sujet de chants pour les bardes. Quand les citoyens d'Edimbourg effrayés s'enfuirent an loin pour éviter les fureurs de la guerre des frontières ; quaid les rues de la ville virent briller les lances, et les glaives se rougir dans le sang ; quand on entendit pousser le cri terrible du slogati ^, ce fut alors que le Chef de Branksome reçut le trépas.

La piété penl>elle calmer la discorde ? Peutielle éteindre les feux d'une guerre à mort? Que peuvent les prières du chrétien , Tamour de la patrie et la divine charité ? En vain des guerriers se rendent en pèlerinage danstousles lieux saints ; en vain ils implorent -la clémence du ciel pour les chefs qu'ils ont eux-mêmes massacrés ; r tant que Gessford sera soumis auxdescendans de Car, tant qn'Et- ^^trick se fera gloire d'obéir à ceux de Scott , jamais, jamais on

-1. Les Ecosiaii» dit Froissard, ne sont pas d'exeellens archers, mais ils combattent parfaitement «rec la hache, et s'en servent à ravir dans rocc«sion> La hache de Jedwood était une sorte de pertnisane dont les cavaliers étaient armés, a. Cri de g aerre écossais.

CHANT PREMIER. 25

n'oobliera les Chefs qui ont péri» le carnage et les désastres de la gaerre féodale ^

Les belliqueux forestiers s'étaient inclinés doolonreasement sur le cercueil de lord Walter ; les jeunes filles et les matrones du vieux Teyiot y avaient répandu des larmes et jeté des fleurs; mais l'épouse de guerrier ne répandit pas de larmes sur sa bière sanglante, elle ne la décora pas de fleurs. Le désir de la Tengeance avait tari dans son ame la source d'une affliction plus douce. Un indomptable orgueil arrêtait la larme prête à couler. Mais quand, au milieu de son clan livré à la douleur, elle entendit son fils bégayer sur les genoux de sa nourrice ; — Si j'atteins l'âge d'honmie, la mort de mon père sera vengée, -^ alors les pleurs de la mère coulèrent , et baignèrent les joues enflammées de Tenfant.

Négligeant le soin de sa parure, et laissant flotter en désordre seç beaux cheveux d'or, Marguerite, penchée sur la tombe.de son père, pleurait avec désespoir. Mais la tendresse filiale ne faisait pas seule couler ses larmes amères ; la crainte et les inquiétudes d'un amour sans espérance l'accablaient en même temps. Elle n'osait chercher la compassion dans les yeux courroucés de sa mère : son amant avait pris les armes avec Car contre le clan de lord Walter, lorsque l'onde de Mathouse-Bum parvint jusqu'à Melrose teinte de leur sang; elle savait que sa mère aimerait mieux la voir sur son lit de mort que de lui donner pour époux lord Cranstoun ^.

La châtelaine était de noble race, et fille d'un magicien de renom , de la famille de Béthune en Picardie {e): son père avait appris l'art que personne n'ose nommer, à Padoue, par-delà les mersf . On disait qu'il avait changé son corps mortel par la yertu

I. Bntre autres expédieos auxquels on ent recours pour calmer l'Inimitié qui régnait entre les

pas

ëlïe ne produisit pas VefFet qu'on s'en était promis , car leur haine éclata bientôt ATec une nourelle tjolence.

La famille des Kerrs était très puissante sur les frontières d'Ecosse.

3. Les Cranstouns sont une ancientae famille dfs frontières, dont la résidence principale était à Grailidg , dans la vallée de Tetiot. Hs étaient alors en .guerre arec le dan des Scotts; car on Toit en 1557 lâdy Bnccleuch assiéger lord Cranstoun, et menacer sa rie. Cependant le même Cnuutoan,*ott peut-être son fils» épousa ensuite la fille de cette dame.

3. Padoue passa long.temps en Ecosse pour être la principale école de nécromancie. L'ombre d'un nécromancien est indépendante du soleil. Simon'le>Mage, dit Glycas, faisait marcber son ombre derant loi^ et laissait croire au peuple que c'était un esprit qui l'accompagnait. Le tnl>

20 LE LâI du DERNBER MÉIiŒlSTREL.

d^miMeuetiBagnine; et quand iltraTexsait ^.mé£taiit le doteradé Saint-Andréy son ombre ne se dessinait point sur la manàUi^ qu'éclairaient les rayons do soleil».

xn.

lies baiides SKOoMeHl qu'il initia sa fille dans son art ; eUe sut oonne lui fiMrter les eqMritB inirisiUss de l'air (/) àparakre de» vantdkk

Assise dans son af^nemeiit secvet de la tour oeddcntatoda TJeax loBd Dttfid, ladaaede Branksone écoute un son hgabre' qid nnurmim autour des tonrulkB côaTeEtev de mousse. SonMe le» fagues du Teviot qui se brisent contre la riTeescarpée ^ ? Bs^c» le font qui agite les branebes des cbénes? Est-ce l'écho dee reobers? Quel peut être ce son: lugubre <pii nmnuure autour dee tourelles antiques de Brankmuie?

Xltt*

A ce son triste et soknBel, le» UMniers-répoudent par des hurlonens., et le hibou épouyanté pousse descvia taoèbres du haut des tours qu'il habite. Dans la grande saUe,. le diesyaKer conoiM^ rëevfer jureut qu^un orage ya éclater. Ils approchent d'une fis»* nttve pour regaedev le ciel; la mût est bdie et sans nuage.

xrv.

Mais la damesayuit fiort bten que oe sw fanuidable n'était ni Itf gteissement du Tetiot luttant contre le flanc de la montu^ne, ni le sUBeoMUt duvent entre les chênes , ni If écho des rochers , ni b teuk ptécufssu» d'une tempête : c'était FEsprit des EaipE qui' parlait, et qui appelait l'Esprit de la Montagne.

L^nrarr un «aux.

•^ iDNiiB^u^ fiwe ?

&l»mv m tjL ■emiuiGNB»

-*^llXim r tom. Les laTUus de la lune se jouent sur mes jhoii^ tagnes depuis Graig-Cross jusqu'à Skelf-HiU-Pen. Près de chaque juioeenu, dans chaque TriWe, de joyeux eq^s exécutent des daases légères au sou d'une hamouie aérienne ; ils forment de» Goccks d'éu^Kandeasur lahcui^ce.: vois^Ieura pieds agiles, écoute, leur douce musique.

|K)anait pour s'emparer de celui qm mtnmwmm le dernien à manam-qp» eelirii ei* wm-vuvrm^nmm' vite pour qu'il wn^inUM iiii«w«iiie muMnlbn*iBm m«m U peweniMii dbi.«f»<i* ff ^»" ~^

CHANT HREMER. 27

l'espbit pes eaux.

— Les plears d'une jeane fille captâye akèrent mes eaux ; Margaerite de Branksome, accablée de douleur, gémit à la pale lueur de la lune. Dis-moi , toi qui t'approches des astres , quand cesseront ces discordes féodales ? Quel sera le destin de la jeune Tierge ? qui sera Tépoiix de Marguerite ?

xvn. l'esprit de la houtagio*

— * Le char d'Arthur poursuit lentement sa course dans une obseurité profonde autour du pôle ; TOurse du nord est sombre et men açante la ceinture brillante d'Orion disparait dans les ténèbres ; les planètes ne jettent qu'un éclat &ible et éloigné qui perce par moment la nuit profonde : j'ai quelque peine à interpréter kurs décrets ; mais les astres ne daigneront yerser une influence &Torable sur les eaux du Teyiot et sur la tour de BranksoBie, qne quand Torgueil sera dompté et l'amour libre.

Les Toix surnaturelles se turent, et le son redoutable mourut sur le sein calme des eaux et sur le penchant de la montagne ; mais il Duarmurait encore auprès de la tour de lord David et aux oreilles de h dame. Elle leva sa tête majestueuse, et son cœur palpitait d^orgaeil.-— Montagnes, s'écria-t-elle, vous courberez vos têtes ; et TOUS, ondes du Teviot, vous gravirez leur sonmiet, avant que Mttrguerîte devienne l'épouse de notre ennemi.

^St retourna dans la grande salle où étaient ses vaillans chevalÎM; son fils , an nuSeu d'eux , se livrait avec une joie bruyante à ^ jeux enfantins. Se croyant déjà un maraudeur (^), Fenfent, à cheval sur lé tronçon d'une lance, courait gaiement autour de la 8>Ae, comme s'il eût fait une invasion * sur le territoire anglais. I^ chevaliers, même ceux qui avaient vieilli sous les armes, pre* i^nt part à sa gaieté innocente , quoique leurs eœurs , naturdle*» ii^at farouches, fussent aussi durs que Facîer qui les convrait-r ^"^ les guerriers à cheveux blancs prédisaient que le brave enfont domiAeràit «n jour l'^gmiltde la Uoome^ et ferait triomplwr le craiMiii^tlWloile^.

^ Alkmatt ftini.^x«ioiiri« ^«s- S(e»tt8>«t et» Kerrt. Lei Xerrt èb Cfêatcfè ]MfrlKieiit aor- bopr

La mère oablia an moment son dessein , un instant, pas dayantage. Elle s'arrêta sous la porte cintrée, jeta un coup d'œil maternel sur son fils, et, du milieu de cette troupe de guerriers, appela William Deloraine {h).

C'était un maraudeur aussi déterminé qu'on en vit jamais sur les frontières. Les yeux bandés il aurait trouvé son chemin à travers les sables de Solway et les marais de Tarras. Par son adresse, par son agilité , il avait cent fois donné le change aux limiers les plus acharnés de Percy {i). U n'existait pas un seul gué dans l'Eske ou le Liddel , qu'il ne connût et qu'il n'eût passé. La saison, la force des courans n'étaient rien pour lui : les neiges de décembre on la verdture de juillet, une nuit sans lune ou l'aube du matin , tout lui était indifférent. Jamais pillard chargé des dépouilles du Gumberland n'eut l'ameplus ferme, le bras plus vigoureux. Cinq fois il avait été proscrit par le roi d'Angleterre et par la reine 4'Ecosse.

— Sir William Deloraine, prouve que tu sais me servir an besoin; monte sur ton meilleur coursier, n'épargne pas l'éperon , et ne t'arrête que lorsque tu seras arrivé sur les bords de la Tweed ; cherche le moine de Sainte-Marie dans le saint édifice de Melrose ; «aine ce père de ma part, et dis-lui que l'heure fixée par le destin est arrivée. Il veillera cette nuit avec toi pour obtenir les trésors de la tombe : car c'est la nuit de Saint-Michel ; quoique les étoiles soient obscurcies, la lune brille de tout son éclat; et la croix d'un ronge de sang te montrera le sépulcre du puissant magicien.

xxin.

Aie soin de ce qu'il te donnera. Ne t'arrête point ; ne prends ni sommeil ni nourriture. Mais, que ce soit une lettre ou un livre qui te soit reims, garde-toi bien de l'ouvrir. Si tu l'ouvres, tu es perdu ; il vaudrait mieux pour toi que tu ne fusses pas né.

XXIV

— Ah I mon coursier gris-pommelé, qoi.boit l'onde do Teviot, répondit le guerrier, a le pas agile ; et je serai de retour ici avant le point du jour. Vous ne pouviez, noble dame, confier votre message à un chevalier plus propre à s'en acquitter; car je ne pourrais lire une ligne, ni déchiffrer une lettre, serait-ce la première

CHANT PREMIER. 29

ligne ou la première lettre da verset qa'on présente à HaSriUe ^ •

Deloraine fat bientôt en selle. 11 descendit la colline escarpée, traversa la barbacane dn châteav, et gagna les rives da Teviot. 11 suivit la route de l'est sous une voûte de verdare fermée par les rameaux entrelacés des coudriers ; il passa le donjon de Goldiland ^, traversa le vieux Borthwick , entrevit la montagne de Moat*Hilly que les ombres. des druides fréquentaient encore; aperçut dans Hawick des lumières qui disparurent Uentftt derrière loi, et y pressant les flancs de son coursier, il arriva sous la tour d'HazcIdean.

Les sentinelles entendirent le bruit des pas du cheval : — Halte* là, courrier des ténèbres 1 — Je viens de Branksome, répondit le chevalier ; et, laissant la tour amie derrière lui , il quitta les bords da Teviot. Le murmure de l'eau guidant ses pas, il gravit une hauteur vers le nord, et gagna la pirairie dHorselie*Hill, laissant à sa gauche Tancienne voie romaine '.

II s'arrêta un instant pour laisser reprendre haleine à son coursier essoufflé. Il desserra la sangle, et essaya s'il pourrait tirer facilement son glaivedu fourreau. Les rayons delà lune éclairaient les rochers de Minto {i\ où Barnhill avait établi sa couche de pierre ; c'est là qu'il disputait aux faucons un abri pour reposer ses membres proscrits ; de la dune de ces monts son œil d'aigle pouvait aa loin apercevoir sa proie; les échos ajoutaient encore à la terfcar qu'inspirait le cor du brigand; ces mêmes échos retentiront long-temps après des sons du chalumeau dorien, et quelque amant mélancolique apprendra aux bocages que l'ambition n'est pas un remède contre l'amour.

xxvm.

Quittant ces lieux sans avoir r^icontré aucun ennemi , Delondae s'avança dans les beaux domaines de l'ancien Riddel (/), où

X. Lieu o& l'on exécatait les maraadenn à Carlisk. On présentait jadis le sixième psaame Mttenn m»i anx criininelst pour roir s'ils savaient lire, et s'ils pourraient réclamer le prÎTilëge da dergé. Le premier rerset da psaame s'appelait /• «eryec du eau ( le verset du pendu ) »

a. C'est nne montagne ronde formée par la main des hommes» ^ pen de distance d'Hfawick. Son nom, sigaifiaot m saxon eomseil, as$0mb/ée, porte à croire que c'était nn lieu de réunion pour les cbeCi dn tribus des environs. On trouve «n Ecosse un assez grand nombre de montagnes semblables, et qndqaes-unes sont de forme carrée.

3. Ancienne route conatmite par les Romains» et qui traverse une partie da comté de Rozbargli.

90 LE LAI 0U DEWnER SISNESTREL.

l' Aitt I ajantroflipa les barrières que lui o|yo&aient les oKmUigKep, Yoit sortir des lacs ses yagnes coiironnées d'écume et semblables à la crinière hérissée d'un cheral bai. liais nul torrent, quelle l^S^y quelque profond qu'il scût, ne peut arrêter randadeiix maraudeur.

Il s'élance dans les ondes impétueiises ; elles couvrent la sell9 » et à peine à travera leur écume iqierçoitHMi la crinière du conmer qui était , comme son maître, complètement bardé de fer. Jamais Jhomme et cheval plus pesamment armés n'avaient lutté an milieu de la nuit contre la force d'un torrent. Les vagues mouillèrent jusqu'au panache du guerrier, «t cependant, grâces à son courage et à la protection delà Vierge, il gagna enfin Fautre rive.

Le chevalier arriva ensuite à Bowdfin*Moor, et secoua la tête en apercevant Halidon-HiU, car il se rappda le carnage de celte malheureuse journée oà, pour la première fois , les Scotts et les Gars combattirent dans des rangs opposés ; où le roi Jacques vit le vainqueur rester maître du champ de bataille ; et où Home et Donglas, conduisant rav^ant-garde» culbuterait le clan de Bucdench qui battait en retraite , jusqu'à ce que le sang du brave Gesafinod eût teint la lance d'EUiot.

Fronçant le sonrdl, il se hâta de s'éla^ner des lieux tpà lid •offraient de si tristes souvenirs, et vit bientôt , malgré l'obsenriAé, la Twe^d rouler ses belles eaax^ ai Melrose montrer ses antiques murailles ^. Il vit s'élever la sondure abbaye, telle qu'un émisent rocher tapissé de lichen. En passant par Hawick, il avait entenAa fionner le couvre-fou, maintenant on chantait les laudes dans Melrose. Les sons mourans de cette harmonie solennelle arri^Kaient jusqu'à lui , semblables à ceux de cette harpe magique qui ne sont produits que par le souffle des venta* Mais quand il eatca dans Mebose, on profond aik&ceyrégnait. Il mit s(m.coursii^àrâpiuâe, et se rendit dans l'enceinte soUtaire du couvent.

Ici la harpe cessa de se faire entendre, le feu du méuesti'cl

X. L'ancien et beaa monastère de Melrose fat fondé par le roi Aarid 1er. Sas te ploa bMu mqd^e d'arcbitectore et de sculpture gothiques qu'qu puisae «tpwrer daûa toute l'Ecosse,

CHANT PRE»nER. 31

s'éteignit aussitôt, son courage rabandonna. Il baissa la tête d'un air confàsy et, jetant un regard timide sur les dames cpii l'entouraient, il semblait chercher à lire dans leurs yeux si elles étaient contentes de ses accords. N'osant croire aux louanges qu'il recevait, il parla du temps passé, et dit que la vieillesse et sa vie errante avaient rendu sa harpe moins juste et sa maim moins sûre.

La duchesse , ses aimables filles , et toutes les dames qui avaient éconté le ménestrel , donnèrent chacune à son tour des éloges à ses chants. — Sa voix était sonore, sa main fidèle à la mesure, et elles désiraient Tentendre encore. Encouragé de cette manière, le vieillard, après quelques instans de repos, continua en ces termes.

FDf DU CHAfIT PREMIER.

Yeux-tu bien Toir le beau Melrose? va le yisiter à la laeur pâle de la lune : les rayons da jour semblent ne dorer ses débris antiques que par moquerie. Quand la nuit règne sur les arches brisées y et que la lune argenté la sculpture de chaque croisée en ogive ; quand sa clarté incertaine et froide se répand sur les restes dçla grande tour centrale ; quand chaque arcade et chaque faisceau de colonnes paraissent être alternativement d'ivoire ou d'ébène ; quand un cadre d'argent entoure les figures en relief et les pieux versets qui vous exhortent à bien vivre et à bien mourir ^ ; quand le hibou chante sur les pierres des morts; alors va, — mais va seul , admirer le temple en ruines de Saint-David ^^ et conviens , au retour, qu'il n'existe nulle part un spectacle à la fois plus mélancolique et plus beau.

Deloraine se souciait peu d'admirer ce noble édifice. Il firappe au guichet à grands coups avec la garde de son poignard. Le portier accourt. — Qui frappe si fort ? qui vient si tard? — Je viens de Branksome, — répond le guerrier. A ces mots le guichet s'ouvre, car les Chefs de Branksome avaient combattu pour soutenir les droits de Melrose ; et ils avaient donné à l'abbaye de vastes domaines pour le repos de leur ame.

Le brav^Deloraine déclara son message. Le portier inclina

j. Versets de l'Ecritare sainte qui servent en qaelqne sorte de devise aux sculptures.

2. David 1er, roi d'Ecosse, acquit le titre de saint en fondant non-seulement le nnonastère de Melrose, mais plusieurs autres. Ce qui' donna lien au mot bien connu de son successeur, qui dit: que c'était un saint fort à charge à la couronne.

CaSANT SECOND. 33

hoioblement la tète , et le condoiait en silence les pieds nus et une torche à la main ; les Toutes da cloître retentirent du bmit des armes du gnerrier. Il baissa sa tête altière |onr entrer dans la cellule du vieux moine de l'aile Sainte-Marie, et releyala lisière ^ de son casque pour loi dire avec respect :

— La dame de Branksome tous salue. L'heure fixée par le destin est arriTée ; je dois Teiller avec tous cette nuit pour obtenir les trésors de la tombe. -^ Le moine était sur la haire qui luiseryait de couche; il souloTa aTec peine ses membres raidis par l'âge. Cent années aTaient répandu leur neige sur sa longue barbe et snr les cheTCux rares qui lui restaient.

Ses yeux bleus contemplent le chcTalier d'un air ^;aré : — Oses-tu bien, guerrier, chercher à Toir ce que le ciel et l'enfer Teolent cacher ? Ma poitrine est entourée d'une ceinture de fer, mon corps est couTOrt d'un cilice armé de pointes aiguës. J'ai passé soixante ans dans la pénitence ; mes genoux ont usé les pierres de ma cellule , et c'est encore trop peu pour obtenir le pardon d'aToir connu ce qui ne doTait jamais l'être. Veux-tu passer dans la prière et la pénitence le reste de tes années, et n'attendre qu'en tremblant la fin de tes jours?... Audacieux guerrier, suisrmoi.

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