‹ Œuvres de Walter Scott (volume 5)Chapitre 4 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

JStàm matmiUe te Aiiglaii et du Eccmaif- *^ Diflérepce 4m opialb^t «a Aogletarm i^l^^jtmmX àl'TJnion.^-Iféconteiiteinent nniversel que cause l'Union en Ecosse. — Dfsposition Je tons les pertiftà léteUir sar te tatee la faadil* dee StMrt» ^ Edncatf«i et ciMclèi» àm <h«nlMr Ae Saint-George.— I<oiiis XIV promet de aooteair les prétentions ds la famille de lieyieall. — \m intrigues des émissaires jacobites embarrassent le roi de France, qni se^détermine à s'assnrer de fctprit dtt pays en y enfojant «m i

Nous approchons en ce moment ^ mon cher* enlknty êfttoû époqne pins semblable à la nôtre qo'ancnne de celles à trarers tesqnelles je vons ai conduit josqu^d. En Angleterre^ et dans les basses terres de FEcosse^ on parlait la même langue, on avait, a nn degré considérable , les mêmes habitudes de société , et l'on Viyait sons la même forme de gonvemement qui a existé en Àn« gleterre jnsqn'an moment actnel. Les montagnards, à la Térité^ conservaient lenrs anciennes mœnrs : depnis qn'on avait élevé des forts et placé des garnisons dans lenr pays, les lois avaient

pla3. d'empire sur eux qu'auparayant, de sorte qu'ils ne pou-, vai^nt plus se livrer aux mêmes excès; cependant ils étaient en*, core, par leur costune, leurs usages, leurs manières et leur langage , plus semblables aux anciens Ecossais du règne de Malcolm Ganmore» que les habitans des basses terres de la même époque ne Pétaient à leurs ancêtres du dix-septième siècle.

Mais quoique les Anglais et les Ecossais des basses terres mon* trassent peu de différence dans leurs manières et leurs habitudes, si ce n'est que celles des derniers annonçaient moins de richesse et de luxe, il n'y avait entre eux aucun lien de sympathie, et l'effet produit par la mesure récente de l'Union n'était que celui qu'on aurait pu attendre en attachant à la même laisse deux chieus hargneux^ ou en aitelant au même joug deux chevaux ré-, tifs. L'habitude peut avec le temps leur apprendre à se supporter mutuellement; mais le premier résultat du lien forcé qui les unit est d'augmenter leur sentiment d'hostilité respective.

Les préjugés dominons des Anglais représentaient les Ecossais, pour nous servir des termes du célèbre Swift, comme un peuple pauvre, sauvage et hautain, détestant les Anglais ses voisins, et les regardant conmie une sorte d'Egyptiens qu'il était non-seulement légal , mais louable , de piller, «oit à force ouverte, soit par adresse secrète. La pauvreté des Bretons septentrionaux, la patience et les humbles travaux par lesquels on voyait fréquemment des individus s'élever, les rendaient méprisables aux yeux des Anglais; tandis que, d'une autre part, l'esprit turbulent et irascible de la nation et l'usage habituel des aimes les exposaient à la haine et à l'aversion : c'était là le trait caractéristique et général de l'Ecosse à l'époque de l'Union. Les montagnards, comme il est bon que vous vous en souveniez, n'étaient jamais sans armes; et s^i leurs voisins du midi songeaient à eux, ils devaient les considérer comme de véritables sauvages, incapables de civilisation. Les habitans des basses terres étaient alors également accoutumés aux armes, car presque toute la nation écossaise y avait, été exercée sous l'Acte de Sécurité: la population avait été distri-. buée en régimens , et était maintenue prête à être mise en activité de service ; enfin dans la sombre irritation occasionée par la manière dont le traité d'Union avait été conduit, les Ecossais parlaient tout haut et volontiers d'une guerre contre l'Angleterre. Les Anglais avaient leurs raisons particulières pour ne pas aimer l'Union. En général, ils n'étaient nullement flattés devoir leur

riche pays et ses habitans civilisés intimemeiit onis et identifiés ayec la région boréale da Nord et s^ tribus grossières et sanyages. Ils craignaient que l'adresse et le travail opfe^âtre des Ecossais ne leur donnassent plus que leur part du commerce colonial dont ils s'étaient jusqu'alors réservé le monopole.

Cependant, quoique telle fiit l'opinion des Anglais en général, la partie la plus éclairée de la nation, se rappelant les guerres sanglantes qui avaient si long-temps désolé la Grande-Bretagne, qoand elle formait deux royaumes, citait la date de TUnion comme une ère de paix et de bonheur pour les deux pays, et, portant la vue bien loin dans l'avenir, prévoyait le temps où les préventions nationales, qui alors étaient si fortes, s'éteindraient d'elles-mêmes on seraient extirpées comme les mauvaises herbes qui nuisent aux travaux du cultivateur, et feraient place à la paix et à l'abondance» Ce fat par suite de l'influence de ces sentimens que le duc de Qoeensberry, principal négociateur du traité d'Union, quand il partit d'Ecosse pour retourner à Londres, après l'accomplisse» ment de cette mesure, fut reçu avec la plus grande distinction dans les villes d'Angleterre qu'il traversa. Et quand il approcha des environs de la capitale, un grand nombre de membres des deux chaml>res allèrent à sa rencontre pour féliciter un homme d'Etat qui, pendant la négociation du traité, sans les gardes qui l'entouraient, aurait été assassiné par ses concitoyens dans les mes d'Edimbourg.

L'Union avait donc ses partisans en Angleterre : en Ecosse elle était regardée avec un sentiment universel de mécontentement et comme un déshonneur. Le parti jacobite, qui avait conçu de grandes espérances d'éluder l'acte qui fixait la couronne dans la maison de Hanovre, les vit entièrement perdues; les Wighs, on presbytériens, se trouvèrent faisant partie d'une nation chez laquelle l'épiscopat était une institution de l'Eut, Le parti national, qui avait nourri une idée vaine , mais honorable, de maintenir l'indépendance de l'Ecosse, vit ce pays avec tous les symboles de son ancienne souveraineté se confondre et s'anéantir sous le gouvernement de l'Angleterre. Toutes les classes, toutes les professions virent dans cet odieux traité quelque chose qui nuisait à leur intérêt.

L'ancienne et fière noblesse d'un pays qu'elle était habituée à gouverner suivant son bon plaisir, fat dépouillée de ses privilèges législatif, si ce n'est qu'il lui fut permis de les exercer.

comme les droits d'ane petite corporation, par Fintermédiaire d^ine poignée de délégnés. Leslmrons de second ordre et la petite noblesse partagèrent la même humiliation , lenrs représentans formant nne troupe trop pen nombreuse et ayant la voix trop faible pour être d'aucun poids dans la chambre des conminnes d'Angleterre y où ils né ftirent admis qu'en petit nombre.

Le clergé s'inquiéta aussi pour son système de discipline ecclésiastique , et les avis fréquens qu'il donnait du haut de la chaire entretenaient parmi l'auÀtoire la terreur de Pinnoyation.

Les hommes de loi eurent des moti6 semblables pour prendre l'alarme, ils voyaient ce qu^s regardaient comme la dégradation de leur profession et des lois qu'ils s'étaient fait une étude d'expliquer; leur cour civile suprême, qui s'était révoltée à l'idée de voir ses décrets révisés par le parlement, soumise maintenant à un appel à la chambre des pairs britanniques, corps dont on ne pouvait attendre une grande connaissance des lois , et présidée par un chancelier élevé dans la jurisprudence d'un autre pays. En outre, quand l'Ecosse vit partir son sceptre, et que le législateur ne fat plus assis à ses pieds, il était vraisemblaiile que ses lois municipales seraient assimilées peu à peu à celtes de F Angleterre, et ses hommes de loi mis par degrés à Fécart comme inutiles , par suite de l'introduction des institutions d'un pays étranger qui n'avaient pas fait partie de leurs études.

Les marchands et commerçans écossais trouvèrent aussi dans l'Union des griefs qui leur étaient particuliers. Les privilèges qui admettaient les Ecossais au commerce colonial de l'Angleterre n'étaient que comme les fruits de Tantale, tant que les préjugés locaux, le manque des capitaux et la difficulté qu'on trouve à leur faire prendre un nouveau cours, empêcheraient qu'on en pût* profiter. D'une autre part , ils perdirent tout l'avantage de leur commerce à l'étranger quand ce commerce se trouva gêné par les droits anglais. Us perdirent en même temps un commerce lucratif, quoique illicite, qu'ils faisaient avec l'Angleterre même, parce que les marchandises étrangères étaient beaucoup moins chères en Ecosse. Enfin Fétablissement des douanes et de V excise ^ avec l'arrivée d'une nuée de commis, tous Anglais, et la plupart, disait-on, d'un caractère suspect, fut fatal à la partie commerçante d'une nation que sa pauvreté avait mise jusqu'alors assez à Fabri des taxes.

Les commerçans et les citoyens soutErirent surtout de Fémigra-

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tion générale des fanufles d'un rang distingaé, qui naturellement allèrent résider à Londres , tant ponr s'acquitter de leor deyoir dans le Parlement , qne pour être anx aguets des occasions de recevoir des Cavenrs, qn'on ne peut obtenir qn'en se tenant con* stamment près de la source d'où elles décçulent ; pour ne rien dire d'an grand nombre de familles ricbes, qui se rendirent dans )a métropole uniquement pour suiyre la mode, cette émigration générale fit nécessairement sortir de PEcosse les revenus de ceux qu^ n'y réaidaient plus, et qui dépensaient leur fortune parmi de9 étrangers, au préjudice de ceux de leurs concitoyens qui ayaient autrefois gagné leur vie en leur fournissant des objets de luxe oi| de nécessité.

U^cnlture souffrit aussi de la rareté de Pargent, qui fut la soite des nopyelles lois, du transport en Angleterre des rerenus ^e les émigrés écossais tiraient de leurs domaines pour subvenir anx dépenses extraordinaires de Londres , et de la décadence de toat commerce extérieur et intérieur.

Indépendamment de ces griefs , particuliers à certaines classes et à certaines professions, les Ecossais sentaient généralement la d^adation, comme ils le croyaient, de leur pays, devenu Fallié subordonné â*un Etat aux efforts duquel , quoique infiniment plus poissant, ils avaient résisté pendant Pespace de vingt siècles. Le citoyen le pins pauvre et le plus bumble, aussi bien que le plus riche et le pins noble, sentait qu'il avait sa part de Thonnenr national, et les premiers étaient même plus intéressés que les autres aie conserver sans tacbe, parce que, personnellement et individuellement , ils n'avaient d'autre dignité et d'autre considération ^e celles de leur titre d'Ecossais.

On n'entendait donc dans toute PEcosse que lamentations et mécontentement, et toutes les classes exhalaient leurs plaintes contre l'Union d'aiitant plus haut, qu'elles pouvaient cacher le sentiment de leurs griefs personnels, en se livri^it à des déclamations populaires sur le déshonneur du pays.

S y avait des réponses faciles à faire à tous ces sujets de plainte, et elles étaient fondées sur les avantages futurs que l'Uûion devait produire, et sur la perspective de ceux qui en ont été effectivement le résultat, I^ais à l'époque qui suivit immédiatement ce traité, ces avantages n'étaient qu'un objet éloigné de théorie douteuse , au $eu que les maux que nous vç^ons de détailler étaient présens, palpables et certains. On manquait d'avocats en &.veur de l'Union

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comme d'argomens fondés sar un intérêt actuel. A la vérité un nombre considérable d'ecclésiastiques écossais, qui ne partageaient pas la crainte d'une innovation épiscopale, épouvantai! de la majorité de leur ordre, concluaient que la meilleure politique était d'adhérer à Tunion avec l'Angleterre, sous la souveraineté d'un prince protestant, plutôt que de ramener dans l'Eglise et dans l'Etat , sous le roi Jacques YIII, tous les maux qui avaient occa- ■sioné la chute de son père. Mais les ministres qui employaient de tels argumens ne faisaient que se dégrader axvf. yeux du peuple, qui leur répondait avec aigreur que c'étaient eux qui avaient déclamé le plus haut contre TUnion , jusqu'à ce que leurs presbytères et leurs dîmes leur eussent été assurés ; qu'à présent qu'ils en étaient en possession, ils consentaient à abandonner les droits civils de la monarchie écossaise et à mettre en danger la stabilité de TEglise ^'Ecosse. Les auditeurs des ministres favorables à TUnion abandonnaient leurs églises, refusaient d'écouter leurs avis religieux, et allaient en foule entendre les sermons de ceux qui prêchaient contre le traité avec le niême zèle qu'ils avaient autrefois élevé jusqu'au ciel le Covenant. Presque tous les ministres non conformistes et caméroniens étaient déclarés contre l'Union, et quelquesuns des plus enthousiastes étaient si violons, que, long-temps après gue l'esprit de controverse se fut endormi , j'ai entendu mon grandpère — (car votre grand-père, M. Hugh Littlejohn, a eu aussi un grand-père) — dire qu'il avait entendu un vieux ministre avouer qu'il n'avait jamais pu arriver à la péroraison de son sermon, n'importe sur quel sujet il prêchât, sans donner un blaud, c'està-dire un bon soufflet à l'UnioR.

Si on fermait la bouche aux ministres partisans du traité, par les reproches qu'on leur faisait d'écouter leur intérêt personnel , ces reproches s'adressaient avec bien plus de justice aux hommes d'Etat laïques qui avaient contribué à cette mesure. Le peuple écossais ne voulait pas seulement les entendre parler delà grande alUance d'incorporation à laquelle ils avaient travaillé si efficacement. Quel que dût être le résultat de l'Union, une objection personnelle à la plupart des hommes d'Etat qui l'avaient fait adopter, était qu'ils avaient accéléré l'anéantissement de l'indépendance de l'Ecossp, qui en était la suite nécessaire, par des motifs particuliers d'égoïsme , dont le seul but était de satisfaire leur ambition et leur cupidité. On leur reprochait la bassesse de leur conduite , même dans le Parlement d'Angleterre. Une taxe sur la toile, principal

TROtSISMB SERIE. U

"ÇTo&uît des manufactures d'Irlande , ayant été proposée dans la Cbasabre des Communes, M. Baillie de Jerriswood et d'autres membres écossais , qui avaient fayorisé l'Union , s'y opposèrent; mais enfin M. Harley, qui avait été secrétaire d'Etat pendant le traité , coupa court à la discussion , en disant : « N'avons-nous pas acheté les Ecossais, et n'avons-nous pas acquis le droit de les taxer? Pour quelle autre raison leur avons-nous donné un équivalent? » Lockhart de Carnwath se leva pour lui répondre, et dit qu'il était charmé d'entendre avouer franchement que FUnioii avait été une affaire de trafic , et que l'Ecosse avait été vendue et achetée le jour mémorable qui avait consommé cette mesure ; mais qu'il était surpris d'entendre un homme qui avait eu tant de part à ce marché, parler des équivalons accordés comme en étant le prix. , puisque les revenus publics de l'Ecosse même étant montés proportionnellement à cette sonmie, nul prix n'avait été réellement payé, si ce n'est celui que l'Ecosse devait définitivement acquitter elle-même, et sur ses propres fonds.

La haine de ce traité étant alors la passion dominante du temps^ toutes les différences d'opinions pohtiques et religieuses furent oubliées en Ecosse, et l'on vit se former une singuUère coalition de tous les partis, dans laquelle les Episcopaux, les Presbytériens, les Cavaliers, et un grand nombre d'amis de la révolution^ renon* cèrent à leurs anciens sentimens d'hostilité, pour s'unir par une aversion commune contre l'Union. Les Caméroniens eux-mêmes, qui formaient alors un corps puissant dans l'Etat , conservèrent contre l'Union, quand elle fut conclue, le même zèle qui leur avait fait prendre les armes pour la prévenir quand elle n'existait encore qa'en projet.

II était évident que le traité d'Union ne pouvait être rompu sans une contre-révolution ; et pendant un certain temps, presque tous les habitans de l'Ecosse furent disposés à concourir unanimement à ce qu'ils appelaient la restauration du fils de Jacques II sur le trône de ses pères; et si le roi de France, son allié, eût pris sa cause véritablement à cœur, si ses partisans en Ecosse eussent été pins unis entre eux , ou qu'ils eussent eu quelque chef doué de talens distingués , la maison des Stuart aurait pu se remettre en possession de son ancien domaine d'Ecosse, et peut-être même aussi de l'Angleterre. Pour bien comprendre les causes qui anéantirent cet espoir, il est nécessaire de revenir sur l'histoire de

U HISTOmB D'ECOSSE.

Jacques II , et de prendre en considération le caractère et la sitaàtion de sou fils.

Lé chevalier de Saint-George^ nom de convention quHl portait, et qni n'était ni une reconnaissance , ni un désaveu de ses prétentions à la royauté^ était ce fils infortuné de Jacques tl dont la naissance, qui , dans un cas ordinaire, aurait dû être l'appui du ti^ône de son père , devint , par une fortune cruelle, le motif le plus tort pour accélérer la révolution. Il perdit donc l'espoir d'une cçutônnc^, et fut exilé de son pays natsd, avant de savoir ce que signifiaient les mots pays et couronne ; il vécut à la cour de Saint- Germain, où Louis XIY permettait à Jacques U de conserver une vaine parade de royauté. Ainsi il fut élevé d'après le système généralement reconnu comme le plus mauvais qu'on puisse suivre pour l'éducation d'un prince ; c'est-à-dire, il bit entouré de toute là pompe et de tout le cérémonial extérieur d'une royauté imaginaire , sans que l'expérience pût lui apprendre aucune partie des fonctions et des devoirs véritables d'un roi. Des hommes oisifs qui formaient le simulacre d'un conseil et qui jouaient le r&le de ministres , s'occupaient aussi activement d'intrigues politiques pour obtenir des places et des dignités idéales à la cour de Saint-Germain, que si elles eussent dû leur procurer un rang et des émolu* mens ; — de même qu'on vcât des joueurs ruinés passer les jours et les nuits dans une maison de jeu, quoique trop pauvres pour mettre eux-mêmes leur'enjeu sur la table.

Il est certain que la versatilité des hommes d'Etat d'Angleterre, en y comprenant qudques grands noms , est en quelque sorte l'apologie du cabinet de ce prince détrôné, et va même jusqu'à justifier l'espoir qu'avaient conçu les courtisans de Saint-Germain, qu'une contre-révolution aurait bientôt lieu , et remplirait leur attente. Un malheur nécessairement attaché aux succès de tous ices changemens importans de gouvernement, qui, opérant une innovation dans la constitution d'un pays, sontappelésrévolutions, c est que le nouvel établissement de choses ne peut, pendant un certain temps , obtenir ce degré de respect et de vénération que l'antiquité seule peut donner. Lorsqu^on éprouve sous le nouveau gouvernement des maux qu'on doit éprouver sous tontes les institutions humaines, on se décide aisément à y remédier, soit en adoptant de nouveaux changemens , soit en revenant à l'ordre de choses qu'on avait vu exister si peu de temps auparavant ^ car on

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suppose q[ae ce qui est nouveau en soi, peuti sans inconTénient, sonmir de nonyeanx changemens ; et si ces innovations sont re« i;ardées comme essentielles, nécessaires, ou sealemwt même avantagenses , les esprits ardens et turbalens ne voient guère de raison pour douter que la force par laquelle ont été récenunent renversées des institutions qui avaient reçu la sanction vénérable de randijuité , puisse obtenir le même succès en changeant de nouveau ce qui a été l'ouvrage de la génération actuelle , et peut-être même des hommes d'Etat qui désirent maintenant le changer* A cette facilité d'innover se mêlent d'autres passions. Parmi ceux qù ont trempé dans une révolution récente , il doit toujours s'en trouver un grand nombre qui n'en ont pas retiré les avantages personuel&aui&quels ils avaient droit, ou, ce qui est la même chose, qu'ils s'imaginaient devoir en attendre. Ces hommes, trompés dans leur espoir, sont portés à croire, dans leur ressentiment, qu'il ne dépend que d'eux de renverser ce qu'ib ont aidé à construire, et derehatir Tédifice à la destruction duquel ils ont si récemment coopéré. Ce sentiment se développa dans toute son étendue après la révolution d'Angleterre. Non-seulement des agens subordonnés qui avaient été actifs dans la révolution, mais quelques hommes des plus distingués et doués de talens supérieurs , se laissèrent aller à entrer dans des complots pour la restauration des Stuarts. Marlboroogh, Garmarthen et lord Rnssell furent impliqués en 169^ dans une correspondance avec la France, et pendant tout le règne de Guillaume III et de la reine Anne beaucoup de personnages importans , ne voulant pas se prêter explicitement à des complots contre-révolutionnaires , ne se firent pas scrupule de re« cevoir du ci-devant roi des lettres, des projets, des promesses, et de loi rendre en échange de vagues expressions de bonne volonté pour la cause de leur ancien monarque et de respect pour sa personne.

Il n'est donc pas étonnant que de semblables négociations, aient fait croire aux ministres jacobites de Sainl>Germain qu'une contrerévolution approchait, et qu'ils aient intrigué pour avoir leur part des honneurs et de la puissance qu'ils regardaient comme devant être bientôt à la disposition de leur msutre; ils pouvaient en cela ressembler aux chasseurs de la fable, qui vendirent la peau de Tours avant de l'avoir tué; mais, d'un autre côté, ib ressemblaient moinsà des novices qui passent leur temps à jouer pour rien, qu'à des joueurs avides qui jouent pour gagner un enjeu sur

l%|ael ils comptent qu'ils A'ont qa'à mettre la main , qaoiqvL^û ne

'soie pas encore à eox.

Au milieu de ces petites et mesquines discussions , il n'était pas probable que le fils de Jacques II augmenterait beaucoup la force d'esprit dont la nature ne lui avait donné qu'une petite portion , d'autant plus que son père avait perdu cette habitude des affaires qui lui avait été familière autrefois , et, abandonnant tout espoir "de sa restauration 9 s'était entièrement livré aux pratiques sévères d'une dévotion ascétique. Le chevalier de Saint-George ne jpouvait donc tirer aucun fruit de ses avis ni de son exemple , et le .ciel ne lui avait pas accordé les talens qui peuvent remplacer l'inustruction.

L'héritier de cette ancienne race ne manquait pourtant pas des iqua&ités extérieures qui conviennent à de si hautes prétentions : il était de grande taille , et avait une physionomie noble et des manières affables. Dans une ou deux campagnes , il avait mérité des applaudissemensy et prouvé qu'il ne manquait pas de courage, s'il manquait d'énergie. Il pataît avoir été d'un caractère gai, doux et traitable. En un mot, né sur un trône, et avec des ministres judicieux, il aurait pu être un prince populaire; mais il n'avait pas les qualités nécessaires pour gagner ou reconquérir on Toyaume.

Immédiatement avant la mort de son malheureux père, le chevalier de Saint-George fut confié à la protection de Louis XIY d'dne manière touchante. Le monarque français vint pour la dernière fois dire adieu à son infortuné allié , alors étendu sur son lit de mort. Emu par cette scène pathétique, et possédant réellement une portion de cette magnanimité royale dont il aimait à se faire honneur, Louis déclara publiquement son dessein de reconnaître le titre du fils de son ami comme héritier du trône de la Grande-Bretagne, et de prendre sa famille sous sa protection. Le prince mourant se souleva sur son lit, et s'efforça d'exprimer sa reconnaissance; maïs ses faibles accens furent étouffés par le murmure de douleur et de joie de ses fidèles serviteurs. Tous répandaient des larmes ; et Louis lui-même y joignit les siennes. Ainsi fut donnée dans un moment d'enthousiasme une promesse d'appui dont le roi de France eut ensuite de bonnes raisons pour se repentir , attendu qu'il ne pouvait décemment violer un engagement contracté dans une circonstance si solennelle ; quoique , dans la tsuite de son règne , il se soit trouvé peu en état de fournir au cher

"fa^er de Saint-George les secours que sa promesse donnait à oe

prindi le droit d'attendre de lai.

Louis était particulièrement embarrassé par le nombrode plans et de projets poar one invasion de l'Ecosse et de l'Angleterre , pro* posés , soit par de vrais Jacobites, empressés de se distinguer par leur zèle, ou par des aventariers qui , comme lebmcu capitame Simon Fraser , en prenaient l'apparence ponr se mettre en état, soit de favoriser la caase du chevalier de Saint-George, soit de trahir en faisant connaître ses desseins an ministère anglais, suivant que l'exigeraient les intérêts de Fémissaire. Ce capitaine Fraser, qui fut ensuite le célèbre lord Lovât, était traité avec froideurpar le Chevalier et par lord Middleton, son secrétaire ; mais il gagna la confiance de Marie d'Est, veuve de Jacques D. Ayant enfin été, par son influence, envoyé en Ecosse, Fraser intrigua ouvertement avec les deux partis; et quoique, en voyageant dans les montagnes d'Ecosse, il jou&t le rôle et tînt les discours d'un Jacobite prononcé, il faisait connaître secrètement tout ce qu'il pouvait apprendre au duc de Queensberry, alors commissaire royal et représentant de la reine Anne. Il eut pourtant l'audace de retourner en France , et d'y parler en victime innocente de l'injustice ; mais il fiit enfin envoyé à la Bastille , en récompense de sa duplicité. Il est probable que cette intrigue du capitaine Fraser, qui eut lien en 1703 , contribua à inspirer à Louis de la défiance contre les agens jacobites écossais, et le décida, malgré le bruit général du mécontentement inspiré par le gouvernement de la reine Anne , à s'assurer de l'esprit du pays en y envoyant lui-même un agent, avant de se déterminer à accorder au Chevalier des secours c<msidérables pour une invasion, ce que ses guerres en Flandre et les victoires de Marlborough le rendaient peu en état d'exécuter.

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