‹ Œuvres de Walter Scott (volume 5)Chapitre 5 sur 39 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

-^n Le lUtttaoaat-coIonel Hooke eiiTojé de Fr«Me poor exciter une rébellion eo Ecosse, «v Sîttiatton da parti Jacobite sona les daes d'AJlboIe et d'ïamUton» — Négociations de Hooke ^MtMviilli 4n iol 4a VnOM p•a^ ma MpMicton «• f^vam do ckenHgr da Saint- dacrfa. — ArriTéc da Chatralier 1^ Oaoken|ntt pour la joindre. — àUmi» générale eo àogletarre* — La fiot^ franfaise met à la roîle.— Elle arrive daos le Frith de Forth , et retourne I Dunkerque sans avoir t Êkmi4 ■• djbt r qaw nwrt , «^ Tacilktto» da daa d'KamiitM. — Mbe A jugeaient de» JacoMM du coR»l4 da Stirliog. *— lia aoat afi{«itk«s. — «^ Introduction en ficoa^e de conmiaiiona d'O^rtr at Tena/nerb-» A.boUtion de la tortore. — Peines autrefois prononcées contre la haute- trahison.

Hvux r^aucms naissent de ee ^e nous avons dit dans h cha« ftUre précédent y et elles sont trop naturelles pour ne pas frapper Vattention*

En premier lieu, nous sommes portés à conclure que toutes ligues» ^Qft traités entre des nations, c[uand on veut leiur donner un caractère de permanence i doivent s'appuyer sur des principes nonseulecuwit équitables» mais libéraux. Quelques avantages que ^'arroge la force supérieure» ou qu'obtienne insidieusement Tastucç d'une des deux partie» ce ne sont qu'autant de causes qui compromettent la stabilité du traité» si elles ne l'anéantissent point par le ⁢ il n'y a nul doute que la corruption ouverte et la violence précipitée qu'on employa pour forcer l'union retardèrent de deux, ^fénératipus les bienfajits qui en auraient résulté si Ton s^y fut pris différemment. Le miécontentemeot » non pas tant de la mesure em elle-même que des conditions désavantageuses qui furent accordera à l'Ecosse y donna naissance à deux guerres civiles» et même à trois y si l'on fait entrer en compte la bataille de Glenshiel , et à tontes les misères qui en furent la suite. L'affection persomielle de bien des individus pour la maison de Stuart aurait pu conserver des sentimens jacobites pendant une génération , mais n'aurait jamais eu assez d'intensité pour allumer un incendie général dans le pays y si la manière injuste et illibérale dont l'Union fut conclue ne fût venue à l'aide du zèle des Jacobites pour donner lieu à une attaque formidable contre le gouvernement existant. Dans l'état où se trouvaient les choses» nous verrons tout à l'heure de combien

TftOISDmB 8KRK. 1»

pea il s'eniaUnt que Ionien mâme ne fiit détraitoet^'ime contra* réyotation ne s'opérât.

Ceci nons conduit à U sçcondt remarqne à laquelle je toos prie de faire attention ; il sera tonjoars di£Gicile à on goniremiinenti malgré la facilité qoe donnent aux commnnications ka mqenra doa nations modernes y d'obtenir des renseigneniens qo'il puisse re« garder comme dignes de confiance enr les affaires intérieures et la situation yéritable d'un autre Etat y soit d'après les dédarationa fiâtes par les partisans qui se disent dévoués au gouyemement qui fait cette enquête , soit d'après les rapports des agens qu'il a en* Toyés pour ebtenir des informatûms. Les premiers trompent leurs çorrsspondansy comme ils se trompent eux*mémes, par leur in* térèt personnel à juger fayorablement de la force et des ressourcée 4e leur parti; les autres sont incapables de porter un jugement exact de fe qu'ils voient et de ce qu'ils entendent» faute de oelt# coDoaifisaace babituelle el familière des mœurs du pays, connais* sauce indiapensaUe pour les mettre en état de juger jusqu'à quel point ils doivent porter la croyance ou le doute en rendant compta des discours.de eeux avec lesquekik ont des rapports relatib à kar mission «

On en eut un enemple dans les infsrmatiena que fit prenère Louis Xiy pour s'assurar des diqpoMtions du pei^le écessaie à l'égard du chevalier 4e SaintrGeorge* L'agent qu'employa le mn» narque français fut lo lieutenant-e olenel Hoolwi Anglais de honnu famille* Ce militake avait suivi Jacques II en France ^ et avait été reçu au service de Loma XI Vy auquel il parait qu'il s'était asauu dévoué pour devenir presque indifférent à la cause du fib de ëém anrien mettre* Les instruclione qu'il reçut de Louis furent de cher* dier à attacher à la France aussi solidement que possiUe lesBeeepi sais qui pourraient cire disposés à une insurrection ^ mais d'éviter les promesses précises qui pourraient oompromettre le roi et lui fsîre contracter l'oUigatioD de leur fournir des secours «i bommee oa en argents En mi mot^ h parti jacobite ou ennemi de FUnion devais avoûf la permiseion de Loms d^essayer de se révolter contre la reine Amie y i( ses risques etpérâs> pourvu que le Grand Me^ narque^ oCmmeion l'appekit généralement , ne fût pas ebUgé de ks aidet dans cette eaareptise plus que sa Magnanimité ne le jugerait àpropos^ouquela sitoatioude se^affÉuresneleluireil* drait convenable. C'était sans doate un marché aaqnel la France ne pouvait rien perdre ; mais il avait été fait avec txojf du ré-

20 mSTOIRE D'ECOSSB.

Éerre et de restrictions prudentes ponr offrir de grandes chances de profit.

Le colonel Hooke partit ponr l'Ecosse avec ses instmctions, à la fin de février on an commencement de mars 1707, et il y trouva , comme Favait annoncé la correspondance entretenue avec les Ecossais 9 différentes classes du peuple très disposées à se réunir pour une insurrection afin d'anéwtir l'Union et de rétablir sur le trdne la famille des Stuarts. Nous devons d'abord parler de la situation dans laquelle il trouva le parti jacobite, avec lequel principalement il venait se mettre en rapports directs.

Ce parti , qui renfermait alors la faction dupays ^ et toutes celles qui demandaient la dissolution de lUnion , avait des ramifications beaucoup plus étendues qu'à aucune autre époque antérieure ou postérieure de l'histoire d'Ecoëse ; mais il était divisé en deux partis qui avaient pour cheCsy l'un le duc d'Hamilton» l'antre le duc d'Athole , qui étaient en opposition l'un à l'antre , parce qu'ils prétendaient également au titre de chef des Jacobites. Si l'on devait juger ces deux grands hommes d'après leur fidéUté à la cause qu'ils avaient embrassée , leurs prétentions seraient à peu près égales y car ni l'un ni l'autre n'avait beaucoup de droit à passer ponr avoir toujours suivi une marche uniforme dans sa conduite politique ; celle d'Athole , pendant la révolution , avait été totalement contraire aux intérêts du roi, et celle d'Hamilton, quoiqu'il eût affecté d'agir comme chef de l'opposition contre l'Union, avait été de nature à l'exposer au soupçon d'être d'accord avec le gouvernement; car toutes les fois qu'il s'agissait de lui opposer une résistance formelle, Hamilton ne manquait jamais de trouver une raison bonne ou mauvaise ponr éviter d'en venir à des extrémités avec le parti opposé. Malgré des actes de défection si répétés de la part de ces puissans seigneurs , leur rang , leurs talens et la confiuice qu'on avait en leur dévonemmit généralement sincère à la cause jacobite , firent que tout ce qui composait ce parti s'attacha à l'un ou à l'autre. IL était naturel qu'on choisît pour chef le seigneur qui avait le plus d'influence dans le canton où l'on demeurait etoùl'on avait ses propriétés; par conséquent, les Montagnards jacobites au-delà du Tay se rangèrent sous le duc d'Athole, et ceux du sud et de l'ouest sous le duc d'Hamilton. Il en résulta aussi que les deux divisions du même parti étant de différentes provinces,

* t. Coantrf ftctioD./irefloM fianottt

et chacnne dans des circonstances différentes , n'ayaient pas la marne opinion sor la marche à suiyre poor amener la restaoralioii

projetée.

Les Jacobitti da nord , qui avaient pins de moyens Be lever def hommes et moins de moyens de lever de Fargentqne ceux dn sud, étaient d'avis de commencer la guerre sans aucun délai , sans demander des secours étrangers ; et sans autre aide que leurs cœurs dévoués et leurs bonnes épées, ils se montraient^déterminés à placer sur le trône celui qu'ils en appelaient l'hériti^ légitime. , Quand Hoake entra en conférences avec cette division du parti jacobite, il trouva facile de les porter à le dispenser de toute sti«^ pulation spéciale et précise sur le monta^it des secours qui seraient fournis par la France, en armes , en argent ou en soldats, du mo* ment qu'il leor eut représenté qu'entrer dans une négociation formelle de ce genre, ce serait manquer à la délicatesse aussi qu'aux égards dus au roi de France, et peut-être risquer de nuerrinclination qu'il avait de servir le chevalier de Saint-George. D'après ce point de délicatesse prétendue , ces pauvres gens se, laissèrent décider à encourir personnellement des risques qui pouvaient leur devenir funestes à eux-mêmes ainsi qu'à leur rang et à leur posiérité, sans prendre aucune des précautions raisonnables qui pouvaient les arracher à leur ruine.

Hais lorsque le duc d'Hamilton, lord Kilsythe, Lockhart de Camwath , Gochrane de Kilmaronock, et d'autres chefs des Jacobites de l'ouest, eurent une entrevue avec le colonel Hooke, leurs réponses furent bien différentes. Ils pensaient que, pour rendre praticable le plan d'insurrection, il devait y^avoir un engagement formel de la part du roi de France d'envoyer en Ecosse le chevalier de Saint-George, avec une armée auxiliaire de dix ou tout au moins de huit mille hommes. Le colonel Hooke répondit en termes très hautains à cette demande, disant que c'était une présomption que de vouloir donner des avis à Louis XIY sur la manière dont il devait conduire ses propres affaires : comme si ce n'eût pas été l'affaire des Jacobites eux-mêmes de savoir jusqu'à quel point ils devaient s'attendre à être soutenus , avant de risquer leur fortune et leur vie dans une entreprise si dangereuse I

Le succès du colonel Hooke alla jusqu'à obtenir un mémoire signé par dix lords et Chefs , agissant, comme ils le disaient, au nom de la masse de la nation , mais particulièrement au nom de trente personnes de distinction [dont Û$ avaient reçu des pouvoirs

2S HISTOIRE DIBCOSSB.

èpéekuix. Dans cette pièce, ib déclarèrent qu'à l'arriYée du cbe- Tâlier de Saint-Gforge ils le rendraient maître de rEcesse, qui était entièrement dans ses intérêts , et procéderaient immédiate* ment après & lever une armée de vingt-cinq mille Hbmmes d'infanterie et de dnq mille de cavalerie. Avec cette force, ils se proposaient d'entrer en Angleterre, de s'emparer de Newcastle, et de mettre la ville de Londres dans l'embarras en interrompant lé commerce de charbon. Ils y exprimèrent Tespoir qne lé roi de France enverrait avec le Ghevaliet une armée auxiliaire de cinq mille hommes au moins, quelques officiers et un général d*aâsez haut rang pour que les nobleft écossais ne se fiàsent pas un scrupule de fan obéir: le duc de Berwick, fita naturel du feu roi, et général ayant des taletis du premier ordre, fut particulièrement indiqué ; ils se plaignirent aussi de manquer d'artillerie de campagne et de aiége, et témoignèrent le désir d'en obtenir. Enfin ils s'appuyèrent EUT le besoin qu'ils avaient d'un subside de six cent mille livres pour être en état de commencer la guerre. Mais ils présentèrent ces demandes sons la forme d'humbles requêtes, plùt&t que ^mme ici conditions, et se soumirent dans lé même tnémoire à toute modification et à tout changenfient qui pourraient les rendre plus agréables an roi Louis. Hooke atteignit ainsi le but principal de sa mission , qui était de lier autant que possible les Jacobites écossais au roi de France, et de n'entrer, pour quelque cause que ce fbt , dans aucune négociation qui pftt astreindre Louis à des 6onditions. Louis montra beaucoap d'adresse à jouer ce jeu de Hnt, lâchez y comme on Pappelle vulgairement^, donnant toute raison de conclure que ses ministres, sinon le souverain lui-même, regardaient moins Tinvasion de l'Ecosse comme nn moyen d'opérer une contre-révolution , que comme une diversion qui obligerait les Anglais à retirer une bonne partie des troupes qu'ils avaient ^n Flandre, ce qui assurerait à la France la supériorité sur le théâtre général de la gùefre. Dans ce dessein , et isans doute pour {profiter de la chance des évènemens heureux , et du mécontenteinent général qui régnait en Ecosse^ la cour de F^rance reçut les offres trop généreuses des Jacobites d'Ecosse, et les discuta à loisir.

Enfin , après bien des délais , le monarque français se décida sérieusement à faire nn effort. Il résolut d'envoyer en Ecosse l'hé-

X. I«lMl«ar M ditit fàà «mWar tfae «ts «•npuiitoM «bot MtotiAltt flMUift Wt^tar a«6tl t'àdresM à son petit-fils.

TROISIEME SraUE. U

ritier des anciens rois de ce pays , avec un câtfs de cinq à six mille hommes, formant la force jugée nécessaire par ]^ parti d'Athole, celai d'Hamilton en ayant demandé huit mille tout au moins. Il fiit décidé que le chevaUer de Saint «George s'embarquefftit à Dukerqne avec cette petite armée, et que la flotte serait mise soos les ordres du comte de Forbin , qui s'était distingué par plusieum exploits maritimes.

Qaand ce plan fdt communiqué par M. de Pontchartrain » alors ministre de la iharine, le chef d'escadre fit de nombreuses objections au projet de débarquer une force si considérable sur une cftte nne, sans être assuré de posséder un seul port , une seule place fortifiée, qni pût servir de point ^ défense contre les troupes que le gouvernement anglais enverrait contre les Français. -^ Si vous ayez, continua Forbin, cinq mille hommes à sacrifier pour une expédition désespérée, donnez-m'en le commandement ; je les placerai sur des cj^alonpeset des bâtimens légers, je surprendrai Amsterdam, et en détruisant le conunerce de la capitale de la Hollande, j'ôterai aux Provinces-Unies tout moyen et tout désir de continuer la guerre.

—N'en parlons pas davantage, répondit le ministre; vous êtes chargé d'exécuter les ordres du roi , et non de les discuter. Sa Majesté a promis au roi et à la reine douairière d'Angleterre ( le chevalier de Saint-George et Marie d'Est) de leur donner le secours convenu, et vous avez l'honneur d'être chargé d'exécuter «a parole royale.

Entendre était obeir^, et le comte de Forbin s'occupti de l'exécution de la mission qui lui était confiée ; mais ce fut avec une répugnance secrète qui était de mauvais augure, puisque, dans toute entreprise audacieuse, le succès est principalement assuré par le zèle, la confiance et la coopération cordiale de ceux qui sont chargés de la mettre à fin. Forbin était si loin d'être salitfait de la mission qui lui était assignée, qu'il allégua mille difficultés, mille obstacles, qu'il était sur le point de faire valoir en présence du monarque lui-même dans une audience particulière , ^uand Louis, voyant la tournure que prenait la conversation de l^amiral, y coupa court en lui disant qu'il avait des affaires en ce momeut, et lui souhaita un bon voyage.

Le commandant des tronpes.de terre était le comte de Gacé, qui

1- Formtile orîeAttle poût exprhner l'db^lstneé p»êêbf 4a# M dmfùJkà té^ «n éoài|lMhlâ 4«è l'auteur s'en ^crt à dessein pour caractériser Louis XIV.

24 HISTOIRE D'£GOSSB.

porta ensuite le titre ie maréchal de Matignon. Douze batailloas furent placés à bord de hnit vaisseaux de ligne et de yingt-quatre frégates, îndépeiâamment des batimens de transport et des chaloupes nécessaires pour le débarquement. Le roi de France déploya sa magnificence en fournissant au chevalier de Saint- George une garde-robe vraiment royale , des services de vaisselle d'or et d'argent , de riches livrées pour sa suite, des uniformes splendides pour ses gardes, et toutes les décorations extérieures convenables an rang d'un prince souverain. En le quittant, Louis lui présenta une épée dont la poignée était enrichie de diamans ; et avec cet heureux choix de complimens qu'il savait faire mieux que tout autre prince, il lui dit que le meilleur souhait qu'il pût faire pour son ami, à l'instant de son départ, était de lui exprimer l'espoir, qu'ik ne se reverraieut jamais. C'était pourtant un mauvais 'présage que Louis eût employé la même formule de politesse en faisant ses adieux an père du Chevalier avant la bataille de La Hogue.

Le Chevalier partit pour Dnnkerqne, et y fit embarquer les troupes. Jusque-là tout avait été conduit avec un si grand secret, que l'Angleterre ne se doutait nullement de Tentreprise qui se préparait. Mais en ce moment un accident la retarda, et la rendit publique. Ce fut une maladie du Chevalier, qui fut attaqué de la rougeole. Ce ne pouvait plus alors être un secret qu'il était malade à Dunkerque^ et qu'il s'y était rendu pour se mettre à la tête d'Anne expédition , avec des troupes déjà embarquées.

Il est presque impossible d'imaginer un pays qui fftt moins préparé que TAngleterre à une telle attaque, si ce n'est l'Ecosse. La grande majorité de l'armée anglaise était alors en Flandre; il ne restait dans le royaume que cinq mille hommes, composés principalement de nouvelles levées. L'Ecosse était encore plus dépourvue de défense. Le château d'Edimbourg n'avait ni garnison, ni artillerie, ni munitions, ni approvisionnemens. Il n'y avait paa dans tout ce pays plus de deux mille hommes de troupes régulières, et c'étaient des régimens écossais, sur la ^^fidélité desquels on devait peu compter, s'il éclatait, comme cela était probable, une insurrection générale parmi leurs concitoyens. La terreur panique fut grande à Londres, à la cour, dans la Cité et dans le camp : chacun retira ses fonds de la banque avec un empressement qui n'avait jamais en d'exemple ; et si ce grand établissement n^Ltion^l n'eût été soutenu par fme dissociation de riches négocUiis

TROISIBAÙ: SERU. • 25

anglais el étrangers ^ un coap &tal aarait été porté aa crédit public. La constematioii fiait d'aatant plas aGcablanle, ^e les grands personnages en Angleterre étaient jalônx les ofts des antres; et ne croyant pas que le Chevalier se hasardât à débarquer en Grande-Bretagne sans antre enconragement que celui qu'il avait reçu des Ecossais , ils soupçonnaient l'existence de quelque conspiration générale dont l'explosion aurait lieu en Angleterre.

An milieu de l'alarme qui se répandait de toutes parts , on prit des mesures [actives pour détourner le danger. Les deux ou trois régimens qui se trouvaient dans le sud de l'Angleterre reçurent ordre de se rendre en Ecosse à grandes journées. On rappela de Flandre une partie des troupes anglaises pour les charger d'un service plna pressant dans Tintérieur. Le général G^dogan s'embarqua en Hollande avec douze bataillcms, et mit à la voile pour Tpe-Moutli. Mais y même parmi ces troupes , il y en avait sur lesquelles on ne pouvait compter. Le régiment de Montagnards da comte d'Orkney et celui qu'on appelle les fusiliers écossais déclarèrent , dit-on, qu'ils ne se serviraient jamais de leurs armes contre leur pays pour une querelle deTAngleterre. Il faut ajouter que Tarrivée de ces secours demandait du temps et était précaire. Mais l'Angleterre avait une ressource plus prompte et plus sûre dans la supériorité de sa marine.

Au moyen des efforts les plus actifs, on parvint à rassembler et à mettre en mer une flotte de quarante vaisseaux de ligne ; et avant que l'escadre conmiandée par Forbin eût mis à la voile, on vit arriver cette flotte puissante devant Dunkerqne, le 28 février 1708. A cette formidable apparition, le comte de Forbin dépêcha un courrier à Paris pour obtenir des instructions, ne doutant pas qu^il ne reçût ordre, d'après ce contre-temps, de faire débarquer les troupes, et d'ajourner l'expédition. La réponse qu'il avait prévue arriva;- mais tandis que Forbin se préparait, le 14 mars, à mettre cet ordre à exécution, une tempête fit lever le blocus, chassa la flotte anglaise en pleine mer ; et dès que la cour de France en fnt instruite, Forbin reçut des ordres positifs de mettre à la voile, à tons risques, avec l'escadre d'invasion.

Il sortit donc le 17 mars de la rade de Dunkerque ; et tout dépendait de la circonstance accidentelle du vent et de la marée qui pouvait favoriser la flotte anglaise ou celle de la France. Les élémens se déclarèrent contré les Français; ils n'eurent pas plus tôt quitté la rade de Dunkerque que le vent leur devint contraire, et

26 HISTOnS lyECOSSK.

leur etoadrefat poussée dans la rade de Newport-Pits, où ils forent retenus pendant denx jonrs; alors , le Tent ayant encore changé, lis firent voile vers l'Ecosse avec une brise favorable. Le comte de Forbin et son escadre entrèrent dans le Frith de Forth, femon* tèrent jusqu'à la pointe de Grail, sur la cdte du comté de Fifo, et j jetèrent Pancre. Le projet de Vamiral était d'avancer le lendemain dans le Frith jusqu'à proximité d'Edimbourg, et d'y débarquer le chevalier de Saint-George , le maréchal de Matignon et les troupes. En attendant , il fit des signaux, tira des coups de canon, et chercha à attirer l'attention des amis quMl croyait prêts à accueillir leurs alliés sur le rivage.

Tous ces signaux ne reçurent aucune réponse du c6té de la terre ; mais on y répondit d'une Manière aussi inattendue que désagréable du côté de la mer. Cinq coups de canon, partis du côté de l'entrée du Frith, annoncèrent l'arrivée de sir John Byng et de la flotte anglaise, qui avait pris le large dès que l'amiral avait appris que le coknte de Forbin était eii mer ; et quoique les Français eussent beaucoup d'avance, laïotte anglaise réussit à entrer dans le Frith immédiatement après l'escadre française.

Le lever de l'aurore montra la flotte anglaise , très supérieure en forcés , s'avançant dans le Frith , et menaçant d'intercepter l'escadre française dans l'étroit bras de mer ou elle avait osé s'engager. Le chevalier de Saint-George et sa suite demandèrent à passer à bord d'un plus petit bâtiment que celui que commandait M. de Forbin , dans le dessein de débarquer à l'ancien château de Wemiss, sur la côte du comté de Fife, appartenant au comte portant le même nom, qui avait été constamment attaché à la maison de Stuart. Il n'aurait pu agir d'une manière plus sage et plus courageuse; mais le fils de Jacques tt était destiné à apprendre combien peu est libre d'exécuter sa volonté le prince qui s'est mis sous la protection d'un auxiliaire puissant. M. de Forbin, après avoir quelque temps éludé sa demande, finit enfin par lui dire d'un ton décidé : — Sire, les ordres du roi mon maître m'ont prescrit de prendre les mêmes précautions pour la sûreté de votre auguste personne, que s'il s'agissait de celle de Sa Majesté ellemême : ce doit être mon premier soin, et je ne consentirai jamais que vous vous exposiez dans un château en n^ine, dans un pays découvert, où quQ^ques heures pourraient vous livrer entre les mains de vos ennemis. "Votre personne m'a été confiée ; ma tête est responsable de votre sûreté; je Vous prie donc de m'accorder

TftOISlEHB SERIE. 27

votre confiance tout entière, et de n'éooatér que inoi; eeox qui Tons donnent des ayis difiérens des miens sont des traîtres on des lâches.

Ayant ainsi tiré le Chevalier de dotite d'nne manière qni se fessetitait un peu de la mdesse de sa profession, le comte de Foii)iii porta le cap snr l'amiral anglais, comme ffû eût en dessein de combattre pour s'onyrir nn chemin à travers la flotte. Mais tandis ifùe sir Gedrge Byng faisait nn signal à ses vaisseaux pour se réonir et livrer combat à Pennemi , le Français eonmt nne antre bordée, et profitant de la inancenvre de Pamiral anglais pottr éviter de s'en approcher, il réussit à sortir dn Frith. Les vaisseaux anglais avaient tenu long-temps la mer, et n'étaient pas très bons voiliers; cenic de Forbin, an contraire, avaient été choisis avec soin et carénés ponr ce service. La pottrsnite de Byng fot dobc inatile , si ce n'est qne FEiisabeth, vaissean mauvais voilier de la Hotte française, tomba entre ses mains.

L'amiral Byng , au^el lesFratiçais échappèrent, se rendit à Edimboorg , afin d'aider à la défense de la capitale si quelque moQvement des Jaic^obites la mettait eti danger. Le comte de Forbin, avec son expédition, avait, de son cAté, le pouvoir de choisir paimi tous les ports du nord-est de l'Ecosse, depuis Dundee jusqu'à tuverness, celui que les circonstances rendraient le plus favorable pour y débarqtier le chevalier de Saint-George et les troupes françaises. Mais, soit parce qu'il ne s'était pas porté de cœd^ à cette expédition, soit, comme le soupçonnèrent les Jacobites écossais dans le temps, parce qu'il avait reçu de sa cour des ordres secrets qui réglaient sa conduite , Forbin refusa positivement de débarquer le prince privé de son héritage, et les soldats destinés à son service, sur aucune partie de la côte septentrionale de l'Ecosse, malgré la demande réitérée que lui en fit le Chevalier. L'expédition retourna à Dunkerque, d'où elle était partie trois semaines auparavant. Les troupes furent mises à terre, et distribuées dans différences garnisons, et les commandans coururent à la cour, chacun d'eux cherchant à s'excuser en rejetant sur l'autre le blâme dti manque de réussite.

Après Fissue défavorable de ce projet d'invasion , les mécontens d'Ecosse sentirent qu^ils avaient perdu une occasion qu'ils ne retrouveraient peut-être jamais, et qui dans le fait ne se présenta plas. L'unanimité avec laquelle toutes les sectes et tous les partis en Ecosse étaient disposés à se réunir pour adopter toute mesure

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qui pourrait les dëUTrer de rUnion, était si eztraordinairei qa'on ne pouvait s'attendre qu'elle durerait long-temps dans une nation divisée en tant de factions. Il n'était pas probable qu'après une teUe leçon le gouTemement anglais laissât une seconde fois le royaume d'Ecosse si dépouryu de moyens de défense. Par-dessus tout y il semblait yraisemblable que la vengeance du ministère tomberait d'une manière assez terrible sur la tète de ceux qui avaient été les premiers à montrer des dispositions bvorables à la cause du chevalier de Saint-Geori^e, pour détourner les autres de suivre leur exemple en quelque autre occasion.

Pendant le court espace de temps qu'on sut que la flotte française était en mer, et tandis qu'on s'attendait presque à chaque instant au débarquement de l'armée sur quelque partie de la côte d'Ecosse y le petit nombre des adhérons du gouvernement existant étaient plongés dans une consternation extrême. Le comte de Leveuy commandant en chef des forces écossaises^ accourut d'Angleterre pour se mettre à la tête de deux ou trois régimens, qui étaient tout ce qu'on put rassembler pour la défense de la capitale ; et il écrivit au secrétaire d'Etat que les Jacobites étaient en si grand nombre , et montraient tant d'enthousiasme, qu'à peine osaitril les regarder en face quand il passait dans les rues. En Toyant une flotte s'approcher, le comte riangea son armée en bataille sur les sables de Leith , comme s'il eût eu dessein de s'opposer au débarquement. Mais il fut heureusement trompé quand, à bord des vaisseaux qui arrivaient, il vit déployer le pavillon d'Angleterre au lieu de celui de France, et qu'il reconnut que c'était la flotte de sir George Byng , au lieu de celle du comte de Forbin.

Quand cette nouvelle importante fut publiquement connue , ce fut le tour des Jacobites de quitter cet aif hautain devant lequel leurs ennemis avaient baissé les yeux, et de rendre à leur physionomie l'expression qu'elle avait lorsqu'ils étaient une faction souffrante, mais soumise. Les Jacobites du comté de Stirling particulièrement avaient presque été jusqu'à faire une levée de boucliers, ou pour parler plus correctement, ils avaient pris les armes, quoiqu'ils n'eussent pas trouvé l'occasion de s'en servir. Us avaient donc alors lieu de s'attendre à toute la vengeance du gouvernemeiit.

Cette petite troupe se composait d'honmies distingués par leur fortune, leur influence et leurs propriétés. Stirling de Keir, Seaton

TROISIBMB SE&IB. 2»

de ToQchy Edmondstonn de Newton , Stirling de Garden, et qml* qnes aatres, assemblèrent nn corps bien équipé de cavalerie^ afin d'être les premiers à offrir leors services au cheralier de Saint- George. Ayant appris en chemin qae l'expédition n'arait pas réussi y ils se dispersèrent , et retournèrent chacun chez eux. Ili forent pourtant arrêtés, jetés en prison, et menacés d'être traduits en justice poor crime de haute trahison.

Le doc d'Hamilton , avec cette indécision qui donnait à sa con* dnite on air d'inconséquence mystérieuse, avait quitté son chtteau de Kimdel pour aller visiter ses domaines du comté de Lancastre, pendant qu'on discutait le traité relatif à Finyasion des Français. Chemin faisant, il fut rejoint par un ami, qui Tenait lui apprendre qne, toutes les difficultés qui arrêtaient l'expédition étant aplanies, on pouYait l'attendre avec certitude sur la c6te vers la mimars. Le duc parut fort embarrassé, et déclara à Lockhart de Camwatb qu'il retournerait volontiers sur ses pas, s'il ne prévoyait qu'en s'arrêtant ainsi au milieu de son voyage, et en retournant en Ecosse à la première nouvelle que le Chevalier y était attendu, ce serait donner une si forte marque de l'intérêt qu^ prenait à son arrivée, que le gouvernement se déciderait faien certainement à le faille arrêter comme suspect. Mais il proniit que dès qu'un exprès viendrait lui annoncer le débarquement effectif des Français, il retournerait en Ecosse, en dépit de toute opposition, et se rendrait à Dumfrïes, ou M. Lockluurt viendrait le joindre avec les insurgens du comté de Lanàrk, districts dans lesquels ils avaient toas deux beaucoup d'influence.

Le duc était à peine arrivé dans son château d' Ashton , comté de Lancastre, qu'il fut arrêté comme suspect ; et il était encore 80U8 la garde du messager d'Etat , quand il reçut la nouvelle que l'escadre française avait mis à la voile. Il ne crut pas même encore que ce fût un moment convenable pour se déclarer, mais il protesta solennellement que , dès qu'il apprendrait que le Chevalier était débarqué, il se débarrasserait de l'officier sous la garde duquel il était, et partirait pour l'Ecosse, à la tête de quarante cavaliers, pour vivre ou mourir à son service. Gomme le Chevalier ne mit jamais le pied sur le rivage, nous ne pouv<ms savoir si le duc d'Hamikon aurait accompli sa promesse ^ que IL Lodibârt semble avoir considérée comme franche et sincère , ou s'il aurait en recours à quelque subterfiige, conune dans d'autres occasions critiques.

80 HISTOIRE DIGOSSB.

Le (oaTornement, eomme c'est l'asage en parai casi fo de Atrictei recherches «ir la source de cette conspiration , et menaça Deux qui rayaient fomentée , en proportion de Talarme qu'il en HTait conçue. Un grand nombre de nobles écossais de tout rang f iirent arrêtés comme soupçonnés d'y ayoir pris part, mis en prison dans des forteresses d'EcossOi ou envoyés à Londres avec une sorte de triomphe , à cause de T^ncouragement qu'ils étaient supposés ftYoir donné au prcyet d'invasion.

Les individus du comté de Stirling qui avaient pris les armejB de fait, et qui s'étaient formés en corps, furent désignés comme devant être les premières victimes, et on les renvoya en Ecosse pour que Ipur procès fût instruit dans le pays où le crime avait été commis. Ils y trouvèrent des juges qui leur furent plus favorables qu'on ne devait peut-être s'y attendre.

Ib fm^wl mis en jugement devant la haute cour de justice ; on interrogea plusieurs témoins qui les avaient vus assemblés en corps; mais aucun d'eux n'avait remarqué aucune circonstance qui dennil à leur réunion le (caractère d'une force militaire. Ils avaient à la vérité des armes, mais peu de personnes de distinction à eette époque sortaient sans épées et sans pistolet. Personne ne les avait entendus tenir des conversations qui sentissent la haute trahison, ni avouer des projets de cette nature. La déclaration du jury fut doue que le erime était non prouvé, déclaration qui, d'a^* près les lois éeossaises, produit le marné eflet que celle de non eoupable, mais qui s'applique à ces cas où l'accusé est couvât d'une ombre de soupçon qui rwid son criine probable aux yeux des jurés, quoique Paceusateur n'ait pas réussi à en donner la preuve. ^ procès fat jugé le 32 novembre 1 708.

Une anecdote conservée par la tradition servira à expliquer eommei^t ils furent acquittés. Le laird de Keir, dit^on, retournait joyeufemeat chez lui , accompagné de son sommeUer, qui avait ^ m d^ témoins produits contre lui dans ce procèsi mais qui p lors de son intenreipaleire, avait oublié jusqu'au moindre moi de l'affaire* Ktfir mi put a'empdcher de lui témoigner sa surprise du peu dé mémoire qu'il avait montré en r^ondant à certaines qœe^ tiona qui lui avuient élé faites. -^ Je comprends fort bien ee que Voire Honneur veut diroi répond le domestique avec beaucoup de sang^froid^ mais j'avais pris mon parti, et j'étais résolu à eonâer mon «DQA à U Uk6rct du ckl^ pktôt ^ le oorps de Votre Us^^

TROiflDDfB 8BRIB. H

t b tendre compaasioQ des Whig». Cette bisteîreforle «Te» die ion eommenUôre.

N'ayant pas réuaai à couYainere dea coQ8|^teinra qii «Teient

Igi si oayerteineiit, le goaTernement sentît qu'il serait inmtile de

procéder contre ceux qû n'ayaient été arrêtés q«e sur desùq^

flonpçons. Il s'y troavait beaucoup de seigneurs du fM'eeûer rang

qu'on regardait comme appartenant an parti jaoobite. Le dnode

Gordon, le marquis d'Huntly» les comtes Seaforth f Em4> Nitha*

iai», Marischal et Murray ; les tordsStormont, Kibythet Dtïuùi^

uond, Naimoy Belhayen et Sainclair^ el beaneoep de persemiea

ayant de la fortone et de l'influence, étaient délenua dans la Tour

de Londres, ou dans d'autres prisons d'Etat. On soppaoe qne le

doc d'Hamilton réussit à obtenir des Whigs leur mise en liberté,

en leur promettant en retour d'accm*dar aux ministres V UTantâge

de son erédH et de celui de ses amis, dans ka élections f ntnraa. Lee

prisonaier» fareiit donc mis en liberté sons caution*

, iegoaYerncmc&t pensa pourtant qne , s'il n'ayait pas rénasi à

faire déelarer eoupables les accusés de haute traliiaoïi (et ils l'é*

tdient certainement), c'était moins à cause de la répugnance dea

tmom à déposer contre eux, que par suite de Fayantage que leur

doanaîent les disposîtiona générales et im^erlaiDea des lois d'Eeoase

dans les eaa de baute trahiaen* Ib youlorent y remédier en abro*

géant les statuts d'Ecosse refattifs à ce crim^ en y iatrodniaant en

place la loi anglaise, et en ordonnant que les crimes de hante tra-

bson CGanmis en Ecosse iassent instruits el jngës par ce qu'on

ajqpelle en termes techniques une commission ^tOyer ei Terminer,

c'est-à-dire une cour de commissaires chargés d'eslciidre et de

juger une oartaine cause eu un certain genre de causes. On doit

remarqner qne cette mesnre était nu ayantage impertanl pour le

gsuvememena , puiaque le cas étasi retiré des attrfbmions dee

eours ordinaires de justice, et conié à des* commbsûres nmamé»

pour feoeaaion spéciale ,> qui deyaieni natnveUcment être choisie

pamà des hommes amis do gouyerBcment^ prompta à prendre l'a^

brme à lente i^arence d'aitaqoe ccHitre loi , et par oenséquciit

paraissant ne paa-devoir être moÊoptê de tontes préyemieBS eontrei

bs iadiyidns traduits deyaM eux cmnaw eompUoea d*iHie telle

milreprise* D'une autre part, la loi nouyeHe, avec la pvécisioit

requise par le système delà jurisprudence anglaise, réglait d'une

mmière dbtincie et absolue certames tûnrmes de procédure , qui,

iurni bôiaées en Ecosse à Farbîlraire des jugea, lemr donnaicM

32 ' . HISTOfRB D'BGOSSB.

l'occasion de favoriser les accusés amenés devant eux, ou de leur être contraires. C'était une latitude dangereuse dans les procès politiques, où chaque individu, quel que fût son rang, et quelle que pût être sa réputation d'impartialité en général, était porté à prendre parti pour ou contre la question qui donnait lien à la prévention de crime.

' Une autre disposition de la nouvelle loi était pourtant un bienCait inestimable pour l'Ecosse. Elle délivrait le pays à jamais de Tatroce pouvoir d'employer la torture lors de Tinterrogatoire des accusés. Cette mesure, comme nous l'avons vu, était d'un usage presque habituel sous les règnes de Charles II et de son frère Jacques, et l'on y avait eu recours, quoique non fréquenmient, même après la révolution. On ne saurait imaginer une plus grande injustice que d'employer la torture pour extorquer un aven, quoiqu'elle' ait autrefois fait partie des procédures judiciaires dans toutes les contrées de l'Europe, et qu'elle subsiste encore chez quelques nations du continent. Il est aisé de concevoir qu'un homme timide, et particulièrement sensible à la douleur physique, avouera des crimes dont il est innocent pour éviter les douleurs de la torture, ou pour s'en déUvrer ; tandis qu'un scélérat, dont le corps et l'esjurit sont également endurcis, souffrira les pins cruels tourmens ^i puissent lui être infligés, plutôt que de se reconnaître coupable 4es crimes qu'il a véritablement commis.

Les lois des deux pays ne s'accordaient que trop à ajouter au châtiment de la haute trahison certains raffinemens de supplice, qui non-seulement devaient frapper de dégoût et de terreur tout être humain et civilisé , mais qui tendaient uniquement à abrutir la populace gvossière et ignorante qui assistait à ces exécutions, et à la famiUaf^ser avec des actes de cruauté. Sur ce point, les lois anglaises étaient minutieuses. Elles ordonnaient que la corde qui suspendait le traître fût coupée avant que la vie fût éteinte en lui, et tandis qu'il pouvait encore être sensible aux souffrances ; — que pendant qu'il était à demi-étranglé, on lui aïrachat le cceur de la poitrine et qu'ion le jetât dans le feu; —* qu'on ouvrit son corps et qu'on en retirât les entrailles, et — sans parler d'autres injonctions encore plus honteuses et plus féroces, — qu'il fûtécartelé, et que les fragmens de son cadavre fussent exposés sur les ponts et les tours de la ville, pour être abajadonnés aux vautours et aux corbeaux. En ftdoaefitant j[ue la haute trahison est le plus grand des

crimes possibles, paisqa'elle tend à la destrtiction in gOQTernement 80QS lequel noos yiyons, il n'en est pas nioips vrai qnela peine de mort qui la punit, et qui doit la punir, est le plus grand châtiment que comporte notre condition mortelle. Toute cette boucherie que prescrivaient les anciennes lois d'Angleterre, ne sert donc qu'à dégoûter ou à endurcir le cœur du spectateur; tandis que cet appareil de terreur affecte rarement le criminel, qui en général a été porté à commettre le crime par un sentiment profond d'en-*, thoasiasme, que l'éducation a fait naître en lui, ou que d'autres loi ont inoculé , et qui, en le poussant à hasarder sa vie même , n'est naliement extirpé par les tortures dont on peut prolonger la peine capitale.

Une antre peine attachée au crime de haute trahison était la confiscation des biens du criminel au profit de la couronne, au détriment de ses enfans ou de ses héritiers naturels. Il y a dans cette disposition quelque chose qu'il est difficile de concilier ayec la morale, poisqu^on peut dire que c'est, en quelque sorte, punir les enfans du crime de leur père. On peut aussi alléguer qu'il est Lien dur de confisquer, et de faire sortir de l'ordre légal des suc* cessions, des biens qui ont pu être isicquis par les talens et l'industrie des ancêtres du coupable, et peut-être même par le$ serrices qu'ils ont rendus à l'Etat. Mais, d'une autre part, on doit réfléchir qu'il n'est peut-être pas tont^-fait injuste de réduire à la pauvreté la iamiile de celui qui, en attaquant l'Etat, aurait pu causer la ruine de milliers de familles. On doit convenir aussi que ce genre de punition a un effet toujours désirable, puisqu'il tend à détourner les homnies de ce crime. Ceux qui se rendent coupables de hante trahispo, sont ordinairement des hommes distingués par leur rang et leur fortune : du moins c'est sur eux , comme étant les cheb dans toute guerre civile, que tombe ordinairement le châtiment. Il est naturel que de tels individus, quelque disposés qu'ils puissent être à risquer leur propre vie , soient portés à hésiter quand l'entreprise qu'ils méditent met en danger toute la fortune de leur maison, leur nom, leur rang, et d'autres avantages qu'ils tiennent peut-être d'une longue suite d'ancêtres, etqu'ils ont le désir naturel et louable de transnaettre à leur postérité ^ .

La proposition ponr étendre à TEcosse les lois anglaises sur la haute trahison fut présentée sous le titre de bill pour achever de

I. On roit çonbitn aotnlégitUtioa «eUelle est ici supérieure k la lé^isUtioa angUItt. .

31 qiSTOIRB

coqijplét^r et ie gerfettîimner lUaifEm* PlaskmrsiQMiibret éodssaîs prétendireiit aa contrairff que les diiQ>06ition9 proposées étaient platot une yiolatioii de ce traité national, puisque ce bill usarpail direaement les pouYoirs de la haute cour de justice, qui avait été garantie par TUiiion. Cette objection devint moins forte par suite d^un amend^nent gui dédara que trois des juges de la haute cour de justice, — conime on appelle la cour criminelle en Ecosse^ feraient toujours partie d'une commissioa i^Oyeret Terminer, Le ' bill fut adopté, et il a toujoura été depuis ce temps la loi du pays. Ainsi fut achevée FUnioq. Nous chercherons maintenant à faire voir, pour nous servir de^ termes de la mécanique, comment allèrent ces nouveaux rouages, c'est-à-dire comment ce grand changement dans la constitution intérienro de la Grande-Bretagne répondit à l'attente de ceux qui en avaient été les auteurs.

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