Coiffure des matrones d'Ecosse
2. The galhering peut , est la partie de la tourbe qu'on laisse pour entretenir le feu ; elle le conserve sans se consumer.
remarqua la sœur aînée en jetant un coup d'œii sur Earnscliff.
— Eh bien, eh bien, femme, chaque chien n'a-t-il pas son jour? qu'Earnscliff me pardonne ce vieux proverbe. Il a du bonheur aujourd'hui, une autre fois ce sera mon tour. N'est-il pas bien agréable, après avoir couru les montagnes toute la journée, d'avoir à tenir tête à une demi-douzaine de femmes qui n'ont rien eu à faire que de remuer par-ci par-là leur aiguille ou leur fuseau, surtout quand, en revenant à la maison, on a été effrayé.., non, ce n'est pas cela, surpris par des esprits?
— Effrayé par des esprits! s'écrièrent toutes les femmes à la fois; car grand était le respect qu'on portait et qu'on porte peut-être encore dans ces cantons à ces superstitions populaires.
— Effrayé! non; c'est surpris que je voulais dire. Et, après tout, il n'y en avait qu'un. — N'est-il pas vrai , Earnscliff? vous l'avez vu comme moi.
Et Hobbie se mit à raconter en détail, à sa manière, mais sans trop d'exagération, ce qui leur était arrivé àMucklestane-Moor, en disant, pour conclure, qu'il ne pouvait conjecturer ce que ce pouvait être, à moins que ce ne fût ou l'ennemi des hommes en personne, ou un des vieux Peghts f qui habitaient le pays au temps jadis.
— Vieux Peght! s'écria la grand'mère; non, non, Dieu te préserve de tout mal, mon enfant! ce n'est pas un Peght que cela. — C'est l'Homme brun des marécages 2. 0 maudits temps que ceux où nous vivons ! Que va-t-il donc arriver à ce malheureux pays, maintenant qu'il est paisible et soumis aux lois? Jamais il ne paraît que pour annoncer quelque désastre. Feu mon père m'a dit qu'il avait fait une apparition l'année de la bataille de Marston-Moor, une autre fois du temps de Montrose, et une autre la veille de la déroute de Dunbar. De mon temps même, on l'a vu deux heures avant ïe combat du pont de Bothwell ; et l'on dit encore que le fcaird de Benarbuck, tjd avait le don de seconde vue, s'entretint avec lui quelque temps avant le débarquement du duc d'Argyle; mais je ne sais comment cela eut lieu : c'était dans l'ouest, loin d'ici. Oh! mes enfants, il ne revient jamais qu'en des temps de malheur; gardez-vrus bien d'aller le trouver!
Earnscliff prit la parole. Il était convaincu, dit-il, que l'être qu'ils
4. Probablement les Picles, que le peuple en Ecosse croit avoir été des êtres surnaturels. 2. Sans doute de la famille des Brownies.
avaient vu était un malheureux privé de raison, et nullement chargé par le ciel ou par l'enfer d'annoncer une guerre ou quelque malheur; mais il parlait à des oreilles qui ne voulaient pas entendre, et' tous se réunirent pour le conjurer de ne pas songer à retourner le lendemain à Mucklestane-Moor.
— Songez donc, mon cher enfant, lui dit la vieille dame, qui éten* dait son style maternel à tous ceux qui avaient part à sa sollicitude; songez que vous devez prendre garde à vous plus que personne. La mort sanglante de votre père, les procès et maintes pertes ont fait de grandes brèches à votre maison. — Et vous êtes la fleur du troupeau, le fils qui rebâtira l'ancien édifice (si c'est la volonté d'en haut). Vous l'honneur du pays, vous la sauvegarde de ceux qui l'habitenJ , vous devez moins que personne vous risquer dans de téméraires aventures : — car votre race fut toujours une race trop aventureuse, et il lui en a coûté cher.
— Mais bien certainement, mistress Elliot, vous ne voudriez pas que j'eusse peur d'aller dans une plaine ouverte, en plein jour?
— Et pourquoi non? Je n'empêcherai jamais ni mes enfants ni mes amis de soutenir une bonne cause, au risque de tout ce qui pourrait leur en arriver; mais, croyez-en mes cheveux blancs, se jeter dans le péril de gaieté de cœur, c'est agir contre la loi et l'Écriture.
Earnscliff ne répondit rien, car il voyait que ses arguments seraient paroles perdues, et l'arrivée du souper mit fin à la conversation. Miss Grâce était entrée peu auparavant, et Hobbie s'était placé à côté d'elle, non sans avoir lancé à Earnscliff un coup d'œu d'intelligence. Un entretien enjoué, auquel la grand'mère prit part avec cette bonne humeur qui sied si bien à la vieillesse, fit reparaître sur les joues des jeunes personnes les roses qu'en avait bannies l'histoire de l'apparition, et à la suite du souper on dansa ou l'on chanta pendant une heure, aussi gaiement que s'il n'eût pas existé d'apparitions dans le monde.