‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 29 sur 93 · Sans nom. Anonyme · texte numérisé non relu

Sans nom. Anonyme

prie, à des plaisanteries fort déplacées. Ce matin nous n'étions pas encore compromis, nous ne nous étions pas déclarés publiquement, comme nous venons de le faire, grâce à votre inconséquence : et dans quel moment? celui où vous aviez en poche une lettre qui ajoute aux difficultés de notre entreprise et en rend la réussite presque impossible.

— Oh ! je savais bien tout ce que vous alliez me dire ; mais d'abord cette lettre de mon ami anonyme peut ne contenir pas un mot de vérité; ensuite, sachez que je suis las de me trouver dans une conspiration dont les chefs ne font tout le jour que former des projets qu'ils oublient la nuit. Aujourd'hui le gouvernement est dans la sécurité , il n'a ni troupes ni munitions , et dans quelques semaines il aura pris ses mesures. Le pays est plein d'ardeur pour une insurrection; donnez-lui le temps de se refroidir, et nous resterons seuls. J'étais donc bien décidé, comme nous l'avons dit, à me jeter dans le fossé, et j'ai pris soin de vous y faire tomber avec moi. Vous voilà dans la fondrière ; il faudra bien maintenant que vous preniez la parti de vous évertuer pour en sortir.

— Vous vous êtes trompé , monsieur Mareschal , au moins quant à l'un de nous , répondit sir Frédéric en tirant le cordon de la sonnette, car je vais demander mes chevaux.

— Vous ne me quitterez pas, sir Frédéric , dit Ellieslaw ; nous avons notre revue demain matin.

— Je pars à l'instant même , et je vous écrirai mes intentions à mon arrivée chez moi.

— Oui-da! répliqua Mareschal, et vous les enverrez sans doute par une compagnie de cavalerie de Carlisle qui nous emmènera prisonniers ? — Écoutez-moi , sir Frédéric Langley : je ne suis pas un de ces hommes qui se laissent abandonner ou trahir. Si vous sortez aujourd'hui du château d'Ellieslaw, ce ne se; a qu'en marchant sur mon cadavre.

— N'êtes-vous pas honteux, Mareschal? dit M. Vere : comment pouvez-vous interpréter ainsi les intentions de notre ami? Il a trop d'honneur pour penser à déserter notre cause ; et d'ailleurs il ne peut oublier les preuves que nous avons de son adhésion à nos projets, de 1" activité qu'il a déployée pour leur réussite. Il doit savoir aussi que le premier avis qu'on en donnera au gouvernement sera bien accueilli, et qu'il nous est facile de le gagner de vitesse.

— Dites moi, et non pas nous, quand vous parlez de gagner de vitesse pour se déshonorer par une trahison, s'écria Marescha) ; quant à moi, jamais je ne monterai à cheval dans un tel dessein."— Un joli couple d'amis pour leur confier sa tête ! ajouta-t-il entre ses dents,

— Ce n'est point par des menaces qu'on m'empêche d'agir comme je le juge convenable , dit sir Frédéric , et je partirai bien certainement. Je ne suis point obligé , ajouta-t-il en regardant Eilieslaw, do garder ma parole à un homme qui a manqué à la sienne.

— En quoi y ai-je manqué? dit celui-ci, imposant silence par un geste à son pétulant cousin ; parlez, sir Frédéric; de quoi avez-vous à vous plaindre?

— D'avoir été joué relativement à l'alliance à laquelle vous aviez consenti , et qui , vous ne l'ignorez pas , devait être le gage de notre liaison politique. Cet enlèvement de miss Vere , si admirablement concerté, sa rentrée si miraculeuse , la froideur qu'elle m'a témoignée , les excuses dont vous avez cherché à la couvrir, ce sont là autant de prétextes dont vous êtes bien aise de vous servir pour conserver la jouissance des biens qui lui appartiennent, et auxquels vous devez renoncer en la mariant. Vous avez voulu faire de moi un jouet pour vous en servir dans une entreprise désespérée, et voilà pourquoi vous m'avez donné des espérances sans avoir l'intention de les réaliser.

— Sir Frédéric, je vous proteste par tout ce qu'il y a de plus sacré...

— Je n'écoute pas vos protestations, elles ne m'ont que trop longtemps abusé.

— Mais songez donc que si nous nous divisons, votre ruine est aussi certaine que la nôtre. De notre union seule dépend notre sûreté.

— Laissez-moi le soin de la mienne ; mais, ce que vous dites fut-il vrai, j'aimerais mieux mourir que d'être encore votre dupe.

— Rien ne saurait-il vous convaincre de ma sincérité? Ce matin j'aurais repoussé vos injustes soupçons comme une insulte; mais dans la position où nous nous trouvons...

—Vous vous trouvez obligé d'être sincère? interrompit sir Frédéric en ricanant; vous n'avez qu'un moyen de m'en convaincre, c'est de célébrer, dès ce soir, mon mariage avec votre fille.

— Si promptement? impossible! songez à l'alarme qu'elle vient d'éprouver, à l'entreprise qui exige tous nos soins.

— Je n'écoute rien. Il y a une chapelle dans ce château ; le docteur Hobbler est au nombre de vos hôtes : donnez-moi cette preuve

êe votre bonne foi , mon cœur et mon bras sont à vous. Si vous me la refusez en ce moment où votre intérêt doit vous porter à consentir à ma demande , comment puis-je espérer que vous me l'accorderez demain, quand j'aurai fait une seconde démarche qui ne me laissera nulle possibilité de revenir sur mes pas ?

— Et si je consens à vous nommer mon gendre ce soir, notre amitié se trouvera-t-elle solidement renouée ?

— Très-certainement , et de la manière la plus inviolable.

— Eh bien, quoique votre demande soit prématurée, peu délicate, injuste à mon égard, donnez-moi la main, sir Frédéric, ma fille sera votre épouse.

— Ce soir?

— Ce soir, avant que l'horloge ait sonné minuit.

— De son consentement, j'espère, s'écria Mareschal : car je vous préviens, Messieurs, que je ne resterais pas paisible spectateur d'une violence exercée contre les sentiments de mon aimable cousine.

— Maudit cerveau brûlé ! pensa Ellieslaw. — Pour qui me prenezvous , Mareschal ? dit-il ; croyez-vous que ma fille ait besoin de protection contre son père; que je veuille forcer ses inclinations? Soyez persuadé qu'elle n'a aucune répugnance pour sir Frédéric.

— Ou plutôt pour être appelée lady Langley ; bien des femmes pourraient penser de même. Excusez-moi; mais une affaire de cette nature, traitée et conclue si subitement, m'avait alarmé pour elle.

— La seule chose qui m'embarrasse, poursuivit Ellieslaw, c'est le peu de temps qui nous reste; mais si elle faisait trop d'objections, je me flatte que sir Frédéric lui accorderait...

— Pas une heure, monsieur Vere. Si je n'obtiens pas la main de votre fille ce soir, je pars, fut-ce à minuit. Voilà mon ultimatum.

— Eh bien, j'y consens; occupez-vous tous deux de nos dispositions militaires, et je vais préparer ma fille à un événement auquel elle ne s'attend pas.

A ces mots M. Vere sorîiL

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