‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 40 sur 93 · Personnage plaisant d'une comédie de Shakspeare · texte numérisé non relu

Personnage plaisant d'une comédie de Shakspeare

nir son oncle. Je désirerais que tous les contingents fissent composés de jeunes gens tels que lui.

— Et son oncle est sans doute une tête ronde, comme son père l'a été si longtemps.

— C'est un vieil avare dont les opinions politiques changeraient tous les jours pour une pièce d'or. Il serait difficile de dire si c'est par suite de ses principes qu'il a envoyé ici son neveu ; je croirais au contraire que c'est dans la crainte d'être mis à l'amende. Quant au jeune homme, je pense qu'il se trouve fort heureux d'avoir pu échapper un jour à l'ennui du vieux manoir de Milnvvood, où il n'a pour toute compagnie qu'un oncle hypocondriaque et une vieille femme de charge favorite.

— Savez-vous de combien d'hommes se compose le contingent que doit fournir la terre de Milnwood?

— De deux cavaliers complètement équipés.

— Cousin Gilbertscleugh, le domaine de Tiîlietudlem en a toujours fourni huit, dit lady Marguerite en se redressant d'un air de dignité, et plus d'une fois le zèle de ses propriétaires a triplé ce nombre. Je me souviens que Sa Majesté le roi Charles II, quand il me fit l'honneur de déjeuner à Tiîlietudlem, s'informa d'une manière toute particulière...

— Voilà le carrosse du duc qui se met en marche ! s'écria Gilbertscleugh, qui partageait l'alarme commune à toutes les connaissances de lady Marguerite quand elle se mettait à parler de la visite du roi à Tillietudiem. Il est temps, Milady, d'aller prendre le rang qui vous appartient dans le cortège. Me permettrez-vous de vous escorter jusque chez vous? Des partis de whigs rebelles sont répandus dans la campagne, et l'on dit qu'ils insultent et désarment les gens bien pensants.

— Je vous remercie, cousin Gilbertscleugh, mais l'escorte de mes hommes d'armes suffira pour me protéger.Voulez-vous avoir la complaisance d'ordonner à Harrison de faire marcher sa troupe plus vite? On dirait qu'il suit un enterrement.

Cet ordre fut transmis au fidèle intendant par le complaisant gentilhomme ; et le bon Harrison, qui avait d'excellentes raisons pour te cfo»*-e très-peu prudent, partit au petit trot. Il fut suivi par le belliqueux sommelier, dont l'attitude à cheval convenait parfaitement chez un homme qui avait servi sous Montrose : GudyJ montrait une

tierté qu'augmentaient encore les fumées de i'eau-de-vie dont il s'étai1 largement abreuvé, pendant les intervalles du service militaire, à la santé du roi et à la confusion du Covenant. Malheureusement cette dose un peu trop forte de rafraîchissements lui avait fait oublier l'attention qu'il devait donner à Gibby, son inexpérimenté compagnon de file, à qui il n'avait cessé de répéter ses avis en se rendant à la revue, et qu'il avait déjà préservé de plusieurs accidents. Dès que le cheval du malheureux écuyer se mit au trot, ses bottes commencèrent à battre contre les flancs du coursier ; et les éperons dont elles étaient armées mettant à une trop forte épreuve la patience du quadrupède, celui-ci fit un bund et partit au galop. Perdue en partie sou§ l'acier de son vaste casque, la voix de Gibby, qui criait au secours, ne put parvenir jusqu'aux oreilles du sommelier, alors très-occupé à siffler, de toute la force de ses poumons, l'air guerrier des Braves Grœmes*. Enfin, après s'être cabré et avoir entraîné son cavalier hors des rangs, le cheval arriva bientôt près de l'énorme voiture du duc, au grand amusement de tous les spectateurs.

Gibby, peu accoutumé aux soubresauts qu'il éprouvait, s'était accroché des deux mains à la crinière de son bucéphale, sur lequel il se trouvait presque couché à plat ventre, assujettissant par cette posture la pique dont il était armé, et qui était tombée en travers sur le dos de l'animal. Cette arme ainsi placée, était sur le point d'entrer dans l'équipage en brisant la glace d'une des portières, et de percer autant de gens que la célèbre lance de Roland, qui, selon le poëte italien, embrocha autant de Maures qu'un Français peut embrocher de grenouilles, quand un cri perçant, poussé par tous ceux qui étaient en danger causa un nouvel effroi au coursier. Par une dernière saccade, il fit perdre selle au malencontreux cavalier, qui alla mesurer la terre.

Le plus fâcheux de l'aventure, c'est que lady Belîentîen, ignorant encore que c'était un de ses guerriers qui donnait ce burlesque spectacle , arriva à temps pour voir son petit homme d'armes dépouillé de sa peau de lion, c'est-à-dire de la jaquette de peau de buffle dont il était revêtu. L'intendant et le sommelier s'empressèivr.i de lui expliquer le motif d'une métamorphose qu'ils ayaient jugée nécessaire, mais ils ne purent calmer son ressentiment; elle se relira udignée

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