AUX CONTES DE MON HOTE
homme habile dans le commerce de la librairie. C'était un petit homme, gai, malin, facétieux, et qui contrefaisait à merveille la voix des autres. Je n'ai eu qu'à me louer de sa conduite envers moi.
On peut voir maintenant l'injustice qu'il y aurait à m'accuser d'incapacité pour écrire les Contes de mon Hôte , puisque, après avoir prouvé que j'aurais pu les composer si j'avais voulu, comme je me suis abstenu de le faire, la critique doit retomber, s'il y a lieu, sur M. Pierre Pattieson; et, dans le cas contraire, la louange m'appartient, puisque, suivant l'argument plaisant et logique du doyen de Saint-Patrick1,
Celui sans qui chose n'est pas Est le sine quâ non causa.
L'ouvrage donc est pour moi ce qu'un enfant est pour un père ; si l'enfant se fait bien valoir, le père en recueille l'honneur, sinon la honte reste justement à l'enfant.
Je dois ajouter qu'en disposant ces contes pour la presse , M. Pierre Pattieson a plus consulté son caprice que l'exactitude des récits ; il en a même quelquefois mêlé deux ou trois ensemble pour l'agrément de ses plans. Je désapprouve cette infidélité; cependant je n'ai pas voulu prendre sur moi de rien corriger, parce que la volonté du défunt était que son manuscrit fût mis sous presse tel quel ; fantaisie bizarre de mon pauvre ami , qui , s'il eût pensé sagement, aurait plutôt dû me conjurer, par tous les tendres liens de notre amitié et de nos études communes , de revoir avec soin , d'abréger ou d'augmenter ses écrits d'après mon goût et mon jugement. Mais la volonté des morts doit être suivie scrupuleusement, même quand nous déplorons leur entêtement et les erreurs de leur amour-propre. Ainsi donc, aimable lecteur, je vous salue, en vous offrant le fruit de nos montagnes. Je vous préviens encore que chaque histoire est précédée d'une courte introduction , où l'on cite les personnes qui en ont fourni les matériaux, et les circonstances qui ont mis l'auteur à même d'en profiter.
JEDEDIAH CLETSHBOTHAM.