INTRODUCTION GÉNÉRALE
garçons, et le plain-chant à sa fille; ce qui établissait une sorte de compensatioa, dont je m'accommodais plutôt que d'un honoraire ; car il est dur de faire attendre un gosier à sec.
Je crois cependant , s'il faut dire toute ma pensée , que ce qui engageait encore plus mon Hôte à déroger en ma faveur à son habitude assea naturelle de demander le paiement de l'écot, c'était le plaisir qu'il prenait à ma conversation, qui, quoique solide et édifiante, était comme un palais construit avec soin, et dans lequel on n'a pas oublié les ornements extérieurs. Mon Hôte était si content de ses répliques dans nos colloques , et nous discutions si bien sur tous les cantons et tous les usages de l'Ecosse , que ceux qui nous écoutaient avaient coutume de dire que le plaisir de nous entendre valait une bouteille de bière; plus d'un voyageur étranger, ou des cantons les plus éloignés de l'Ecosse , aimait à prendre part à la conversation, et à raconter les nouvelles recueillies par lui dans les climats lointains, ou sauvés de l'oubli dans notre propre patrie.
Or j'avais pris, pour diriger mes basses classes, un jeune homme appelé Pierre ou Patrick Pattieson, destiné primitivement au service de notre sainte église et déjà, comme licencié, investi du droit de monter en chaire. Ce jeune homme se plaisait à recueillir de vieux contes et d'anciennes légendes, et à les orner des fleurs de ia poésie, pour laquelle il avait un goût vain et frivole; car il ne suivait pas l'exemple de ces bons poètes que je lui proposais pour modèles , mais il s'était adonné à cette versification moderne, qui exige moins de peines et de pensées. Aussi l'ai-je plusieurs fois grondé d'être un des auteurs de cette fatale révolution, prophétisée par Robert Carey dans ces vers sur la mort du célèbre docteur John Donne * :
Tu n'es pins, et tes lois irritent la licence Des auteurs révoltes du moderne Hélicon; Nos vers, dont tu reglas la pensée et le ton, Dégénèrent bientôt en ballade ou romance.
Je lui cherchais aussi querelle sur le style facile et redondant plutôt que concis et grave de sa prose; mais, malgré ces symptômes de mauvais goût, et son humeur toujours prête à contredire ceux qui en savaient plus long que lui sur les passages d'une construction difficile dans les auteurs latins, je fus sincèrement affligé de la mort de Pierre Pattieson, et je le regrettai comme mon propre fils. Ses papiers furent laissés à mes soins; et, pour fournir aux frais de la maladie et de ses funérailles, je me crus autorisé à disposer d'une partie, intitulée les Contes de mon Hôte , que je cédai à un
t. Satirique du temps de Jacques 1er.