‹ Œuvres de Walter Scott;Chapitre 9 sur 93 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

Berger, as- tu de la philosophie?

Shakspeare. Comme il vous plaira.

p57^v7=sp| ar une belle matinée d'avril (quoique la neige fût tombée p^É^lp abondamment pendant la nuit et que la terre restât couf^lrv^Y verte ^un manteau éblouissant de blancheur), deux fiÉ/^^§ÉÉ voyageurs à cheval arrivèrent à l'auberge de Wallace.

^te^MI Le premier était un nomme grand et robuste, vêtu d'une redingote ' grise ; une toile cirée couvrait son chapeau ; il tenait à la main un grand fouet garni en argent , et des bottes armées de gros éperons protégeaient ses jambes; enfin il montait une grande jument baie au poil rude, mais en bon état, dont une selle de campagne et jne bride militaire à double mors un peu rouillé composaient le harnachement. Celui qui l'accompagnait paraissait être son domestique : il était porté par un poney2 gris, avait sur la tête un bonnet bleu,

i. Riding-coat, manteau de cavalier. — 2. Petit bidet d'Ecosse.

une grosse cravate autour du cou et de longs bas bleus au lieu de bottes. Ses mains, non couvertes de gants , étaient noircies par le goudron, et il observait envers son compagnon un air de respect et de déférence, mais aucun de ces égards affectés que prodiguent à leurs maîtres les valets des grands. Au contraire, ils entrèrent tous deux de front dans la cour, et la dernière phrase de leur entretien fut cette exclamation : — Dieu nous soit en aide ! si ce temps-là dure , que deviendront les agneaux? — Ces mots suffirent à mon hôte, qui s'avança pour prendre le cheval du principal voyageur et le tenir par la bride pendant que celui-ci descendait et que son compagnon recevait le même service du garçon d'écurie. Enfin mon hôte, saluant le fermier, lui demanda : — Eh bien! quelles nouvelles des montagnes du sud * ?

— Quelles nouvelles? répondit-il; d'assez mauvaises, je crois : si nous pouvons sauver les brebis, ce sera beaucoup; quant aux agneaux, il faudra les laisser aux soins du Nain noir.

— Oui, oui, ajouta le vieux berger (car c'en était un) en hochant la tête, le Nain aura beaucoup à faire avec les morts ce printemps.

— Le Nain noir? dit mon savant ami et patron 2 Jedediah Cieishbotham; et quel personnage est-ce là?

— Allons donc, mon brave homme , vous devez avoir entendu parler du bon Elshie, le Nain noir, ou je me trompe fort... Chacun raconte son histoire à son sujet; mais ce ne sont que des folies, et je n'en crois pas un mot depuis le commencement jusqu'à la fin.

— Votre père y croyait bien, dit le vieux berger , évidemment fâché du scepticisme de son maître.

— Oui, sans doute, Bauldie; mais c'était le temps des têtes noires3: on croyait alors à tant d'autres choses curieuses auxquelles on ne croit plus aujourd'hui!

— Tant pis, tant pis, reprit le vieillard; votre père, je vous l'ai dit souvent, aurait été bien contrarié de voir démolir sa vieille masure pour faire dés murs de parc; et ce joli tertre couronné de genêts où

\ . Par opposition aux montagnes du nord. C'est le nom qu'on donne aux montagnes des comtes de Iloxburgh, de Selkirk, etc.

2. Nous avons ici et ailleurs imprimé en italique quelques mots qoe le respectable éditeur, M. Jedediah Clcisbliotham, semble avoir interpolés dans le texte de son défunt ami M. P. Pattieson. Nous ferons observer une fois pour toutes que M. Jedediab n'a guère pris ce,c libertés que lorsqu'il s'agii de sa personne et de son caractère; et certes il est meilleur juge que qui que ce soit de la manière dont il doit être parlé de lui. [Note de l'Auteur.)

Page 1