B lack- faces , loups-garous
iî aimait tant à s'asseoir au coucher du sc'eil, enveloppé de son plaid, pour voir revenir les vaches du loaning 1 ... pensez-vous que le pauvre homme serait bien aise de voir son joli tertre bouleversé par la char-' rue comme il l'a été depuis sa mort?
— Allons, Bauldie, prends ce verre que t'offre l'hôte, répondit le fermier, et ne t'inquiète plus des changements dont tu es témoin, tant que pour ta part tu seras bien toi-même.
— A votre santé, Messieurs, dit le berger : puis, après avoir vidé son verre et protesté que le whisky était toujours la chose par excellence, il continua : — Ce n'est pas, certes, à des gens comme nous qu'il appartient de juger, mais c'était un joli tertre que le tertre des genêts, et un bien brave abri dans une matinée aussi froide que celle-ci.
— Oui, dit le maître ; mais vous savez qu'il nous faut avoir des navets pour nos longues brebis, mon camarade, et que pour les avoir ces navets, il nous faut travailler rudement avec la charrue et la houe ; ça n'irait guère bien de s'asseoir sur le tertre des genêts pour y jaser du Nain noir, et autres niaiseries, comme on faisait autrefois lorsque c'était le temps des courtes brebis.
— Oui bien, oui bien, maître, dit le serviteur; mais les courtes brebis payaient de courtes rentes, à ce que je crois.
Ici mon respectable et savant patron s'interposa de nouveau , et remarqua qu'il n'avait jamais pu apercevoir aucune différence matérielle, en fait de longueur, entre une brebis et une autre; remarque qui occasionna un grand éclat de rire de la part du fermier et un air d'étonnement de la part du berger. — C'est la laine, mon brave homme, c'est la laine, et non la bête elle-même, qui fait appeler la brebis courte ou longue, dit celui-ci. Je crois que si vous mesuriez leur dos, la courte brebis serait la plus longue des deux; mais c'est la laine qui paie la rente au jour où nous sommes, et nous en avons bon besoin.
— Sans doute, Bauldie a bien parlé : les courtes brebis payaient de courtes rentes. Mon père ne donnait pour notre ferme que soixante pounds, et elle m'en coûte à moi trois cents, pas un plack ni un bawbie de moins 2. Mais ce qui n'est pas moins vrai, c'est que
\. On appelle loaning un endroit découvert, près de la ferme, où l'on trait les vaches. 2. Lepound d'Ecosse ne vanl que le vingtième du pound anglais ou livre sterling, environ un scùelling (vingt-cinq sous de notre monnaie). Le plach et le bawbie répondent à peu près à nos liards.
je n'ai pas le temps de rester ici à conter des histoires. — Mon hôte, servez-nous à déjeuner, et voyez si nos rosses ont à manger- Il me faut aller voir Christy Wilson, afin de nous entendre sur le iuckpenny ' que je lui dois depuis notre dernier compte ; nous avions bu six pintes ensemble en faisant le marché à la foire de Saint-Boswell; et j'espère que nous n'en viendrons pas à un procès, dussions-nous passer autant d'heures à régler ce petit compte qu'il nous en coûta pour le marché lui-même. — Écoutez-moi, voisin, ajouta-t-il en s'adressant à mon digne et savant patron, si vous voulez savoir quelque chose de plus sur les brebis longues et les brebis courtes, je reviendrai manger ma soupe aux choux vers une heure de l'après-midi, ou si vous voulez entendre de vieilles histoires sur le Nain noir, et d'autres semblables, vous n'aurez qu'à inviter Bauldie , que voici, à boire une demi-pinte ; il vous craquera comme un canon de plume. Je promets de payer moi-même une pinte entière si je m'arrange avec Christy Wilson 2.
Le fermier revint à l'heure dite, et avec lui Christy Wilson, leur différend ayant été terminé sans qu'ils eussent recours aux messieurs en robes longues. Mon digne et savant patron ne manqua pas de se trouver à leur arrivée, autant pour entendre les contes promis que pour les rafraîchissements dont il avait été question, quoiqu'il soit reconnu pour être très-modéré sur V article de la bouteille. Notre hôte se joignit à nous, et nous restâmes autour de la table jusqu'au soir, assaisonnant la liqueur avec maintes chansons et maints contes. Le dernier incident que je me rappelle fut la chute de mon savant et digne patron , qui tomba de sa chaise en concluant une longue morale sur la tempérance par deux vers du Gentil berger 3 , qu'il appliqua très-heureusement à l'ivresse, quoique le poëte parle de l'avarice :
En avez-vous assez , dormez tranquillement ; Le superflu n'est bon qu'à causer du tourment.
Dans le cours de la soirée, le Nain noir 4 n'avait pas été oublié : le
». C'est l'escompte qu'obtient uâns un marché celui qui paie comptant.
2. La conversation sur les brebis longues et les brebis courtes ne peut avoir qu'uu intérêt local. Le berger poëte Hogg raconte qu'il avait eu un jour, en présence de sir Walter Scott, cettr même explication avec l'homme d'affaires de celui-ci, M, Lairdiaw, et qu'il fut surpris de la trourer mot pour mot dans ce premier chapitre du Nain noir. — 3. Pastorales de Ramsay.
4. Le Nain noir, qui est presque entièrement oublié aujourd'hui, était regardé jadis comme un personnage formidable par les habitants des vallons des frontières , et c'était lui qui encourait le
vieux berger Bauldie nous fit sur ce personnage un grand nombre d histoires qui nous intéressèrent vivement. Il parut aussi, avant que nous eussions vidé le troisième bol de punch, qu'il y avait beaucoup d'affectation dans le prétendu scepticisme de notre fermier, lequel croyait sans doute qu'il ne convenait pas à un homme qui paie une rente annuelle de trois cents livres, de croire aux traditions de ses ancêtres; mais au fond du cœur il y avait foi. Selon mon usage, je poussai plus avant mes recherches en m'adressant à d'autres personnes qui connaissaient le lieu où s'est passée l'histoire suivante, et je parvins heureusement à me faire expliquer certaines circonstances qui mettent dans leur vrai jour les récits exagérés des traditions vulgaires.
blâme de tout le mal qui arrivait aux troupeaux de moutons ou aux bêtes à cornes. « C'était , » dit le docteur Leyden, qui s'est servi de lui avec avantage dans la ballade appelée le Cheval de Keeldar, a un être fée de la plus maligne espèce, le véritable Duergar du nord. » Les meilleurs et les plus authentiques détails sur ce nain mystérieux et malin se trouvent dans une anecdote communiquée à l'auteur par le savant antiquaire Richard Surtees, Esq., de Mainsforih, auteur de l'Histoire de l'évêché de Durham.
Suivant cette légende bien attestée, deux jeunes gens du Northumberland , étant à la chasse, s'étaient avancés jusqu'au fond des marais des montagnes qui bordent le Cumberland. Ils s'arrêtèrent pour se rafraîchir dans un petit fossé solitaire, sur le bord d'un ruisseau. Là , après avoir partagé les provisions qu'ils avaient apportées, l'un d'eux s'endormit, et le second , ne voulant pas troubler le repos de son ami, sortit silencieusement du fossé, dans le dessein de regarder autour de lui. Il ne fut pas peu surpris de se trouver en face d'un être qui ne semblait point appartenir à ce monde ; c'était le nain le plus horrible que le soleil eût jamais éclairé : sa tête, de la grosseur de celle d'un homme ordinaire, formait un effrayant contraste avec sa taille, qui ne dépassait pas trois pieds ; elle ne portait pour toute coiffure que d'épais cheveux mêlés, qui pour la dureté ressemblaient aux poils du blaireau, et dont la couleur, d'un rouge brun, rappelait celle des boutons de bruyère. Ses membres paraissaient remplis de force, et il n'était autrement difforme que par la disproportion qui se trouvait entre sa grosseur et la petitesse de sa taille. Le chasseur terrifié contemplait cette horrible apparition, lorsque enfin le Nain, le regardant avec colère, lui demauda de quel droit il venait troubler et détruire les paisibles habitants des montagnes; alors il essaya de l'apaiser en lui offrant de lui remettre son gibier, comme il l'eût fait envers le seigneur du manoir. Cette proposition redoubla la colère du Nain, et à ses yeux l'offense du chasseur; il se dit le lord des montagnes environnantes, et le protecteur des créatures sauvages qui cherchaient un refuge dans leurs retraites solitaires, ajoutant qu'il abhorrait la conduite de ceux qui les tourmentaient ou leur donnaient la mort. L'étranger s'humilia, et, par ses protestations sur son ignorance, par la promesse de ne plus commettre de tels crimes, il parvint à rendre le gnome plus traitable, plus communicatif même. Ce dernier, en parlant de lui , dit qu'il appartenait à une espèce d'êtres qui tenaient le milieu entre l'ange et l'homme, ajoutant néanmoins, ce qui eût semblé difficile à croire, qu'i participerait à la rédemption des fils d'Adam. Il venait d'inviter le chasseur a visiter sa demeure, qui était un peu éloignée, et avait engagé ,sa foi qu'il s'en retournerait en sûreté, quand les cris de l'autre qui appelait son compagnon se firent entendre; et le Nain, qui ne voulait pas être vu par plus d'une personne à la fois , disparut tandis que le jeune homme sortait du fossé pour rejoindre son ami.
L'opinion de ceux qui ont le plus d'expérience dans ces sortes d'aventures, est que, si malgré ic* belles promesses du Nain, le chasseur l'eût accompagné , il aurait été mis en pièces ou entériné pendant des années dans les profonGeurs de quelque montagne enchantée.
Tel est le dernier et le plus authentique récit de l'apparition du Nain noir.